Grammaire hébreu
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A1 (30)
L’hébreu s’écrit de droite à gauche avec 22 lettres de base. Cinq d’entre elles changent de forme à la fin d’un mot : כ/ך, מ/ם, נ/ן, פ/ף, צ/ץ. Les voyelles peuvent être indiquées par de petits signes appelés niqqud, mais elles sont généralement absentes des textes destinés aux adultes.
Les pronoms sujets hébreux indiquent qui parle ou accomplit l’action : אני « je », אתה / את « tu », הוא / היא « il / elle », אנחנו « nous », אתם / אתן « vous » et הם / הן « ils / elles ». Contrairement au français, l’hébreu distingue le masculin et le féminin non seulement à la troisième personne, mais aussi pour tu et vous. Au présent, le verbe ou l’adjectif s’accorde également en genre et en nombre.
En hébreu, chaque nom est masculin ou féminin. Une terminaison en ־ה ou en ־ת signale souvent le féminin, comme dans ילדה « fille » et דלת « porte », mais ce ne sont que des indices : בית « maison » est masculin. Le genre doit donc être appris avec le nom, car il détermine la forme des adjectifs, des démonstratifs, de nombreux nombres et parfois des verbes.
En hébreu, un nom masculin prend le plus souvent la terminaison ־ים (-im) et un nom féminin la terminaison ־ות (-ot) : ספר → ספרים (« livre → livres »), ילדה → ילדות (« fille → filles »). C’est la règle de départ, mais la terminaison du pluriel ne révèle pas toujours le genre : שולחן → שולחנות reste masculin et מילה → מילים reste féminin.
En hébreu, l’article défini correspond à le, la, les et se fixe au début du nom sous la forme ה־, généralement prononcée ha- : ספר « un livre » devient הספר « le livre ». Il n’existe qu’une seule lettre pour tous les genres et tous les nombres. Devant un adjectif placé après le nom, il faut cependant répéter l’article : הספר הגדול, « le grand livre ».
En hébreu, de nombreux mots sont construits autour d’une racine, appelée שורש (shoresh), généralement formée de trois consonnes. La racine כ־ת־ב, par exemple, apparaît dans כתב « il a écrit », כותב « il écrit » et מכתב « lettre ». Elle indique une famille de sens, tandis que le modèle dans lequel elle s’insère précise le type de mot et sa forme.
Au présent, l’hébreu n’emploie généralement aucun équivalent de « suis, es, est, sommes, êtes, sont » dans une phrase simple : אני מורה signifie « Je suis professeur ». En revanche, « être » se conjugue au passé et au futur : הייתי (« j’étais / j’ai été »), היה (« il était / a été »), אהיה (« je serai »). Son infinitif est להיות.
Au présent, un verbe hébreu du Pa’al ne change pas selon la personne, mais il s’accorde avec le sujet en genre et en nombre. On emploie donc quatre formes : masculin singulier, féminin singulier, masculin pluriel et féminin pluriel. Ainsi, כותב peut signifier « j’écris », « tu écris » ou « il écrit » selon le sujet et le contexte.
Au présent, יש (yesh) signifie « il y a » et אין (ein) signifie « il n’y a pas ». Avec une forme de ל־ (« à »), ces mêmes mots expriment la possession : יש לי (« j’ai », littéralement « il y a à moi ») et אין לי (« je n’ai pas »). יש et אין restent inchangés, que ce qui existe soit singulier ou pluriel.
En hébreu, l’adjectif se place normalement après le nom et s’accorde avec lui en genre et en nombre : ספר טוב, ילדה טובה, ספרים טובים, ילדות טובות. Si le nom est défini, l’adjectif qui le qualifie prend lui aussi l’article ה־ : הבית הגדול, « la grande maison ». En revanche, dans הבית גדול, « la maison est grande », l’adjectif est un attribut et ne prend pas l’article.
En hébreu moderne, on place généralement לא (lo, « ne… pas ») devant ce que l’on nie : אני לא מבין (« je ne comprends pas »). Pour dire qu’une chose n’existe pas ou que quelqu’un ne possède pas quelque chose, on emploie אין (ein) : אין בעיה (« il n’y a pas de problème »), אין לי זמן (« je n’ai pas le temps »). Une interdiction directe se construit plutôt avec אל (al) : אל תדבר (« ne parle pas »).
En hébreu moderne, une question fermée — celle à laquelle on répond par « oui » ou « non » — garde généralement l’ordre d’une phrase affirmative : אתה מדבר עברית? signifie « Tu parles hébreu ? ». À l’oral, l’intonation et le contexte indiquent qu’il s’agit d’une question ; האם peut être ajouté au début, surtout dans un style écrit ou soutenu. Pour demander une information, on emploie un mot interrogatif comme מה « quoi », מי « qui » ou איפה « où ».
En hébreu moderne, on exprime le plus souvent la possession avec un nom suivi d’une forme de של : הספר שלי « mon livre », הבית שלך « ta maison ». La forme de של indique la personne qui possède, tandis que le nom reste généralement précédé de ה־, l’article défini. Des suffixes directement attachés au nom, comme ספרי « mon livre », existent aussi, mais ils sont surtout fréquents dans certains mots usuels et dans un registre plus soutenu.
En hébreu, plusieurs prépositions très fréquentes s’attachent directement au mot suivant : ב־ « dans, à », ל־ « vers, à, pour » et מ־ « de, depuis ». D’autres s’écrivent séparément, notamment על « sur, au sujet de » et עם « avec ». Enfin, את ne se traduit généralement pas : il signale le complément d’objet direct défini, c’est-à-dire la personne ou la chose précise sur laquelle porte l’action.
En hébreu, les nombres cardinaux (ceux qui indiquent une quantité) s’accordent souvent avec le genre du nom : שני ספרים signifie « deux livres », tandis que שתי מחברות signifie « deux cahiers ». Il faut surtout mémoriser les deux séries de 1 à 10 ; les dizaines, de עשרים à תשעים, ne changent pas. Dans un nombre composé, on relie normalement la dizaine et l’unité par ו־ : עשרים ואחת « vingt et une ».
Pour commencer une conversation, שלום convient presque partout et signifie aussi bien « bonjour » qu’« au revoir ». Les autres formules essentielles sont בוקר טוב (« bonjour » le matin), תודה (« merci »), בבקשה (« s’il vous plaît » ou « de rien ») et סליחה (« pardon », « excusez-moi » ou « désolé » selon la situation). Ce sont souvent des expressions toutes faites : on peut donc les employer avant de savoir construire une phrase complète.
En hébreu, une préposition peut se combiner avec un pronom en un seul mot : ל- « à, pour » + « moi » donne לי « à moi », et עם « avec » donne איתי « avec moi ». Chaque série possède ses propres formes : il faut donc apprendre לי, איתי, שלי, בי, עלי et ממני comme des familles distinctes plutôt que d’ajouter partout le même suffixe.
Les adverbes de temps indiquent quand une action a lieu — עכשיו « maintenant », היום « aujourd’hui », אתמול « hier », מחר « demain » — et ceux de lieu indiquent où elle se déroule — פה ou כאן « ici », שם « là(-bas) ». Ils sont invariables : ils ne changent ni selon le genre ni selon le nombre. Pour débuter, placez le moment en début ou en fin de phrase, et placez généralement תמיד « toujours » avant le verbe.
En hébreu, ו־ « et », אבל « mais », או « ou », כי « parce que », גם « aussi » et אז « alors, puis » suffisent à relier la plupart des idées simples. Une différence essentielle avec le français est que ו־ s’attache au mot suivant : קפה ועוגה signifie « du café et un gâteau ». Les cinq autres mots s’écrivent séparément.
En hébreu, le démonstratif s’accorde normalement avec ce qu’il désigne : זה au masculin singulier, זאת ou זו au féminin singulier et אלה ou אלו au pluriel. Devant un groupe nominal, la construction diffère du français : « ce livre » se dit הספר הזה, littéralement « le livre, ce-ci », avec le nom défini et le démonstratif placé après lui. Pour désigner quelque chose de plus éloigné, on emploie notamment ההוא, ההיא, ההם et ההן.
En hébreu moderne, une phrase d’action simple suit généralement l’ordre sujet + verbe + complément : דני אוכל תפוח. signifie « Dani mange une pomme. » Au présent, une phrase comme אני סטודנט. se construit sans verbe équivalent à « être ». Enfin, את se place devant un complément d’objet direct défini : דני אוכל את התפוח. « Dani mange la pomme. »
Pour demander l’heure, dites מה השעה? ; pour répondre, utilisez השעה suivi d’un nombre : השעה שלוש (« il est trois heures »). Un rendez-vous a lieu בשעה שלוש (« à trois heures »), ביום שלישי (« mardi ») ou בינואר (« en janvier »). Retenez surtout le préfixe ב־, qui sert très souvent à situer un événement dans le temps.
Pour dire « vouloir », « pouvoir » ou « devoir », l’hébreu place généralement רוצה, יכול ou צריך devant un infinitif (la forme du verbe qui correspond à « manger », « partir », « aider ») : אני רוצה לאכול, « je veux manger ». Ces trois formes s’accordent en genre et en nombre avec le sujet. אפשר, en revanche, reste invariable et sert notamment à demander si quelque chose est possible ou permis : אפשר לשבת?, « On peut s’asseoir ? »
En hébreu, la terminaison du pluriel ne révèle pas toujours le genre du nom : שולחן « table » est masculin, mais donne שולחנות, tandis que מילה « mot » est féminin, mais donne מילים. Le genre ne change pas pour autant : on dit שולחנות גדולים « de grandes tables » avec un adjectif masculin, mais מילים חשובות « des mots importants » avec un adjectif féminin. Il vaut donc mieux mémoriser chaque nom avec son genre et son pluriel.
Les verbes הלך, בא, נתן, לקח, אכל et ישב appartiennent au pa‘al (פעל, un modèle de conjugaison), mais leur radical change selon la forme : הלך donne par exemple הולך au présent et ללכת à l’infinitif. Au niveau A1, le plus efficace est donc de mémoriser pour chaque verbe son infinitif et ses quatre formes du présent, plutôt que d’essayer de tout reconstruire à partir d’une règle unique.
Pour dire où l’on se trouve, l’hébreu emploie souvent ב־ : אני בבית « je suis à la maison ». Pour dire où l’on va, il utilise plutôt ל־ : אני הולך לבית הספר « je vais à l’école », ou certaines formes en ־ה comme הביתה « vers la maison, chez soi ». Les mots ליד, מול et בתוך précisent respectivement « à côté de », « en face de » et « à l’intérieur de ».
En hébreu, הרבה signifie « beaucoup », קצת « un peu », מעט « peu » et כמה « combien » ou, dans une affirmation, « quelques ». Ces mots sont invariables : ils ne changent ni selon le genre ni selon le nombre. Ils se placent directement devant le nom, sans équivalent du de français : הרבה אנשים (« beaucoup de personnes »).
En hébreu, un mot comme טוב « bien », מהר « vite » ou לאט « lentement » se place généralement après le verbe et reste invariable : הוא מדבר מהר « il parle vite », היא מדברת מהר « elle parle vite ». Contrairement au français, il n’existe pas de terminaison générale comparable à -ment : beaucoup de formes courantes s’apprennent directement.
Au présent, l’hébreu n’emploie généralement aucun équivalent du verbe français être entre le sujet et ce qu’on dit à son propos : אני תלמיד signifie « je suis élève ». On place simplement le sujet devant le prédicat, c’est-à-dire l’information donnée sur ce sujet : הבית גדול, « la maison est grande ». Au passé et au futur, en revanche, le verbe להיות apparaît.
En hébreu moderne, on exprime le plus souvent la possession avec של : הספר של דני signifie « le livre de Dani ». Devant un pronom, של prend une terminaison : שלי « à moi / mon », שלך « à toi / ton », שלו « à lui / son », etc. La structure essentielle à retenir au niveau A1 est nom possédé + של + possesseur.
A2 (12)
Au passé, un verbe hébreu porte une terminaison qui indique la personne, et parfois le genre et le nombre : כתבתי « j’ai écrit », כתבה « elle a écrit », כתבנו « nous avons écrit ». Pour commencer, apprenez les terminaisons sur כתב « écrire » ; retenez ensuite chaque nouveau verbe avec sa forme de troisième personne du masculin singulier, car le radical peut changer.
Au futur du Pa'al (פעל), le verbe reçoit un préfixe qui indique la personne : א־ pour « je », ת־ surtout pour « tu » et « elle », י־ pour « il » et « ils/elles », et נ־ pour « nous ». Deux formes ajoutent aussi une terminaison : ־י au féminin singulier de « tu » et ־ו au pluriel. Ainsi, כתב « écrire » donne אכתוב « j’écrirai », תכתבי « tu écriras » à une femme et יכתבו « ils/elles écriront ».
Le Pi'el (פיעל) est un binyan (un modèle de construction des verbes) très fréquent en hébreu. Il produit notamment מדבר « parle », מלמד « enseigne », מבקש « demande » et סיפר « a raconté ». Il peut parfois ajouter une idée d’action causée ou renforcée, mais son sens n’est pas prévisible à coup sûr : il faut apprendre chaque verbe avec ses formes principales.
Le hif'il est un binyan (un modèle qui donne sa forme et souvent une orientation de sens au verbe hébreu). Il exprime fréquemment l'idée de faire faire, de provoquer un résultat ou de mettre quelque chose dans un état : אָכַל « manger » donne הֶאֱכִיל « nourrir, faire manger ». On le reconnaît souvent à ה־ au passé et à l'infinitif, mais à מ־ au présent : הִכְתִּיב « il a dicté », לְהַכְתִּיב « dicter », מַכְתִּיב « dicte ».
La סמיכות (smikhout), ou état construit, unit généralement deux noms sans employer של : חדר אוכל signifie « salle à manger » et ספרי ילדים, « livres pour enfants ». Le premier nom peut changer de forme ; si tout le groupe est défini, l’article ה־ se place sur le dernier nom : בית הספר, « l’école ».
Pour dire « plus… que », l’hébreu emploie יותר + adjectif + מ־ : יותר גדול מ־ (« plus grand que »). Le superlatif courant se forme avec הכי + adjectif : הכי גדול (« le plus grand ») ; dans un registre plus soigné, on rencontre l’adjectif défini + ביותר : הגדול ביותר. L’adjectif continue de s’accorder en genre et en nombre.
Pour relier deux événements dans le temps, l’hébreu emploie notamment כש־ « quand », אחרי ש־ « après que », לפני ש־ « avant que », בזמן ש־ « pendant que », מאז ש־ « depuis que » et עד ש־ « jusqu’à ce que ». Le ש־ s’attache au mot qui le suit : אחרי שאכלנו « après que nous avons mangé ». Chaque partie de la phrase garde un verbe conjugué selon son propre repère temporel.
En hébreu moderne, le pronom qui remplace un objet direct se place normalement après le verbe : הוא רואה אותי signifie « Il me voit ». Les formes courantes sont construites à partir du marqueur את : אותי, אותך, אותו, אותה, אותנו, אתכם, אתכן, אותם, אותן. Elles distinguent parfois le genre, mais pas toujours.
L’hébreu emploie מישהו pour « quelqu’un », משהו pour « quelque chose », אף אחד avec une négation pour « personne », et שום דבר avec une négation pour « rien ». Devant un nom, כל peut signifier « chaque » ou « tout/tous », tandis que כמה signifie « quelques » dans une affirmation et « combien » dans une question. Au niveau A2, le réflexe essentiel est de dire אף אחד לא... et שום דבר לא..., avec לא explicitement exprimé.
Au passé, Pi'el et Hif'il prennent les mêmes suffixes personnels que Pa'al : ־תי pour « je », ־נו pour « nous », ־ה pour « elle » et ־ו pour « ils/elles », entre autres. Ce qui change, c'est la base du verbe : דיברתי « j'ai parlé » appartient à Pi'el, tandis que הזמנתי « j'ai invité » appartient à Hif'il. Pour bien conjuguer, il faut donc associer une base propre à chaque binyan (schème verbal) à la série commune de suffixes.
Pour relier des idées avec précision, retenez quatre rapports essentiels : לכן introduit une conséquence, בנוסף ajoute une information, בכל זאת marque une opposition inattendue et לא רק... אלא גם met deux éléments en relief. למרות exprime une concession devant un nom ou un groupe nominal : malgré quelque chose. Ces mots organisent le discours sans imposer une inversion du sujet et du verbe.
Au présent, les verbes hébreux en Pi'el (פיעל) et en Hif'il (הפעיל) ont chacun quatre formes : masculin singulier, féminin singulier, masculin pluriel et féminin pluriel. La forme s'accorde avec le sujet en genre et en nombre, mais pas en personne : אני מדבר et הוא מדבר emploient donc le même verbe si « je » désigne un homme.
B1 (13)
Le hitpael (בניין התפעל) est un schème verbal hébreu souvent associé à une action réfléchie, réciproque ou à un changement d’état : מתלבש « s’habille », מתכתבים « correspondent » et התרגשה « s’est enthousiasmée ». Son préfixe caractéristique apparaît sous la forme הת־ à l’infinitif et au passé, mais il devient notamment מת־ au présent. Le sens exact reste propre à chaque verbe : le hitpael n’équivaut pas automatiquement au français « se ».
Le nif'al (נפעל) est un modèle de conjugaison hébreu, ou binyan, souvent reconnaissable au נ־ au passé et au présent : נכתב « a été écrit / est écrit », נפתח « s’est ouvert / est ouvert ». Il exprime fréquemment le passif d’un verbe au pa'al, mais aussi un changement d’état ou un sens propre qu’il faut apprendre avec le verbe. Au futur et à l’infinitif, le נ n’est généralement plus visible comme lettre séparée.
L’hébreu adresse un ordre directement à la deuxième personne et distingue trois formes courantes : כתוב pour un homme, כתבי pour une femme et כתבו pour plusieurs personnes. À la forme négative, on n’emploie pas l’impératif : on place אל devant le futur de la deuxième personne, par exemple אל תדבר « ne parle pas ». Dans la conversation moderne, le futur sert aussi très souvent à donner une consigne affirmative.
En hébreu, on relie une proposition principale à une proposition subordonnée (un groupe de mots qui dépend d’une autre proposition) au moyen de connecteurs tels que ש־ « que/qui », כש־ « quand », אם « si », למרות ש־ « bien que », בגלל ש־ « parce que » et כדי « afin de ». La plupart de ces petits mots s’attachent directement au mot suivant, sans espace : שאתה, כשאגיע, למרות שירד.
À la voix passive, le sujet subit l’action au lieu de l’accomplir : החברה בנתה את הבית (« l’entreprise a construit la maison ») devient הבית נבנה (« la maison a été construite »). L’hébreu exprime surtout ce sens au moyen de modèles verbaux comme נפעל (nif'al) et פועל (pu'al), sans ajouter un auxiliaire équivalent au français « être ». Pour décrire un état résultant, il emploie aussi un participe passif : הדלת סגורה, « la porte est fermée ».
En hébreu moderne, l’infinitif courant, appelé שם הפועל, commence généralement par ל־ : לכתוב « écrire », לדבר « parler », להבין « comprendre ». Il ne varie ni selon la personne, ni selon le genre, ni selon le nombre, mais sa forme dépend du בניין du verbe, c’est-à-dire de son modèle de construction.
Au futur, les sept binyanim (les grands modèles selon lesquels se construisent les verbes hébreux) emploient les mêmes préfixes personnels : א־, ת־, י־, נ־. Ce qui change d’un binyan à l’autre, c’est la forme du radical : אדבר « je parlerai », אתחיל « je commencerai », אתלבש « je m’habillerai ». Il faut donc reconnaître à la fois la personne indiquée par le préfixe et le modèle propre au verbe.
Un mishkal (מִשְׁקָל, au pluriel מִשְׁקָלִים mishkalim) est un moule qui transforme souvent une racine en nom grâce à des voyelles, à un préfixe ou à un suffixe. Avec כ־ת־ב, associé à l’écriture, on obtient notamment מִכְתָּב « lettre », כּוֹתֵב « personne qui écrit » et כְּתִיבָה « écriture ». Le schème donne un indice sur la catégorie ou le sens du mot, mais jamais une traduction automatique.
הרבה et מעט expriment une grande ou une petite quantité, מספיק une quantité suffisante, רוב la majorité d'un ensemble et כמעט l'idée de « presque ». Leur forme ne change pas, mais leur place dépend de ce qu'ils modifient : הרבה אנשים « beaucoup de gens », עבדתי הרבה « j'ai beaucoup travaillé », גדול מספיק « assez grand », רוב האנשים « la plupart des gens » et כמעט סיימתי « j'ai presque terminé ».
Un nom verbal, appelé שם פעולה (« nom d’action »), transforme une action en nom : לכתוב « écrire » donne כתיבה « écriture, fait d’écrire », et להתלבש « s’habiller » donne התלבשות « fait de s’habiller ». Sa forme dépend du בניין (le schème verbal auquel appartient le verbe), mais elle doit souvent s’apprendre avec le verbe. Une fois formé, il se comporte comme un nom : il a un genre, peut recevoir l’article ה־ et peut être suivi d’un complément.
Pour introduire une cause exprimée par un nom, on emploie surtout בגלל (« à cause de ») ou, dans un registre plus soutenu, בשל (« en raison de »). Devant une proposition complète, on utilise מפני ש־ (« parce que »). Pour annoncer la conséquence, לכן correspond souvent à « donc », tandis que כך ש־ relie directement le résultat à la proposition précédente.
Dans un registre soutenu, l’hébreu peut remplacer une proposition comme « quand je suis arrivé » par une forme compacte : בהגיעי. Elle réunit une préposition, un infinitif construit et un suffixe qui indique l’auteur de l’action : ב־ + הגיע + ־י. Le temps — passé, présent ou futur — se déduit de la proposition principale et du contexte.
En hébreu, les ordinaux de 1 à 10 se comportent comme des adjectifs : ils suivent généralement le nom et s’accordent avec lui en genre et en nombre, comme dans הקומה השלישית (« le troisième étage »). En revanche, une date civile s’exprime normalement avec un nombre cardinal — le nombre servant à compter — et non avec un ordinal : ב-15 במרס (« le 15 mars »). À partir de 11, les ordinaux prennent eux aussi la forme de nombres cardinaux placés après un nom défini : המאה העשרים ואחת (« le XXIe siècle »).
B2 (10)
Pu'al et Hof'al sont deux modèles verbaux passifs : Pu'al correspond en général à l’actif Pi'el, tandis que Hof'al correspond à Hif'il. Le sujet ne fait pas l’action, il la subit : הסיפור סופר signifie « l’histoire a été racontée » et הארוחה הוכנה « le repas a été préparé ». Le verbe passif porte lui-même le temps et s’accorde avec ce sujet.
Pour une condition réelle ou possible, l’hébreu emploie généralement אם et, lorsqu’il s’agit de l’avenir, met volontiers les deux verbes au futur : אם תבוא, אשמח (« Si tu viens, je serai content »). Pour une situation contraire aux faits ou purement imaginée, il emploie surtout אילו ou לו, puis une forme passée dans la condition et היה + participe présent dans la conséquence : אילו היה לי כסף, הייתי נוסע (« Si j’avais de l’argent, je voyagerais »).
Pour rapporter une affirmation, l’hébreu emploie généralement ש־ devant la proposition rapportée : היא אמרה שהיא עייפה (« elle a dit qu’elle était fatiguée »). Une question fermée se construit avec אם (« si »), tandis qu’une question ouverte conserve son mot interrogatif : הוא שאל איפה אני גר (« il a demandé où j’habitais »). Les personnes et les repères comme « ici » ou « demain » s’adaptent au nouveau point de vue, mais les temps ne reculent pas aussi automatiquement qu’en français.
En hébreu moderne, la forme appelée בינוני remplit plusieurs rôles. À l’actif, elle sert notamment de présent : אני כותב signifie « j’écris » ou « je suis en train d’écrire ». Une forme passive comme כתוב, סגור ou שבור décrit souvent le résultat d’une action — « écrit », « fermé », « cassé » — et s’accorde en genre et en nombre avec le nom.
Pour donner une cause, l’hébreu moderne emploie notamment בגלל ש־, מכיוון ש־ et, dans un registre soutenu, הואיל ו־. Pour exprimer un but, on choisit en général כדי + infinitif lorsque les deux actions ont le même sujet, mais כדי ש־ + verbe conjugué lorsque le sujet change : למדתי כדי להצליח (« j’ai étudié pour réussir »), mais הסברתי כדי שתביני (« j’ai expliqué pour que tu comprennes »).
Pour dire « bien que », l’hébreu emploie surtout למרות ש־ dans l’usage courant et אף על פי ש־ dans un registre plus soutenu. Pour opposer deux faits, בעוד ש־ relie deux propositions comme « tandis que », alors que לעומת זאת ouvre une nouvelle proposition avec le sens de « en revanche ». Le ש־ s’attache toujours au mot qui le suit.
En hébreu moderne, ש־ introduit la plupart des propositions relatives, mais ne dit pas à lui seul si l’antécédent est sujet, objet ou complément d’une préposition. Lorsque la relation passe par une préposition ou par la possession, l’hébreu emploie généralement un pronom de reprise dans la relative : האיש שדיברתי איתו, littéralement « l’homme que j’ai parlé avec lui ». אשר est une variante plus formelle, tandis que מי ש־ et מה ש־ forment des relatives sans nom exprimé : « celui qui / quiconque » et « ce qui / ce que ».
En hébreu moderne, היה + בינוני associe le passé de היה (« être ») à la forme verbale du présent : הייתי כותב signifie, selon le contexte, « j’écrivais », « j’avais l’habitude d’écrire » ou « j’étais en train d’écrire ». Le second élément s’accorde en genre et en nombre : une femme dit הייתי כותבת. La même structure sert aussi à exprimer l’irréel : הייתי בא אילו ידעתי, « je serais venu si j’avais su ».
En hébreu, l’accord suit d’abord le genre grammatical et le nombre grammatical du nom, et non le nombre de personnes ou d’objets que l’on imagine. Un collectif reste donc souvent au singulier, un groupe comprenant au moins un homme prend traditionnellement le masculin pluriel, et les nombres de 11 à 19 changent selon le genre du nom compté : חמישה עשר ילדים mais חמש עשרה ילדות. Quant à l’accord au féminin singulier avec un sujet non animé pluriel, il appartient surtout à des états anciens ou très soutenus de la langue : ce n’est pas la règle générale de l’hébreu moderne.
Une racine hébraïque, par exemple כ־ת־ב autour de l'écriture, peut entrer dans plusieurs binyanim (modèles de construction du verbe) : כתב « il a écrit », הכתיב « il a dicté », התכתב « il a correspondu » et נכתב « il a été écrit ». Le binyan donne une orientation — active, causative, passive, réfléchie ou réciproque — mais le sens exact doit s'apprendre avec chaque verbe : toutes les racines n'existent pas dans les sept binyanim, et les liens de sens ne sont pas entièrement automatiques.
C1 (8)
L’hébreu soutenu, שפה גבוהה, se reconnaît à ses connecteurs précis, à ses groupes nominaux compacts, à certaines formes héritées des textes anciens et à un vocabulaire moins courant à l’oral. Il ne consiste pas à remplacer chaque mot quotidien par un mot rare : il faut surtout choisir des formes adaptées au genre du texte et garder un style cohérent.
L’hébreu organise ses verbes en sept grands בניינים (binyanim, « constructions ») : un même ensemble de consonnes peut recevoir plusieurs schémas, souvent avec une relation de sens actif, passif, causatif ou réfléchi. Les racines à quatre consonnes et de nombreux verbes créés à partir de noms ou d’emprunts entrent surtout dans la famille de פיעל, comme לטלפן « téléphoner », לפרגן « se réjouir pour quelqu’un et le lui montrer » et לגגל « chercher sur Google ».
L’hébreu moderne reprend constamment des mots et des fragments de la Bible : certaines formules sont devenues des expressions courantes, tandis que וַיְהִי et וַיֹּאמֶר servent surtout à donner un ton biblique, solennel ou humoristique à un récit. Pour bien les comprendre, il faut distinguer la citation figée, l’allusion libre et la grammaire ordinaire d’aujourd’hui.
L’hébreu juridique et administratif privilégie les formulations condensées, impersonnelles et très balisées : בהתאם לחוק (« conformément à la loi »), בכפוף לאישור (« sous réserve d’approbation »), מבלי לפגוע באמור לעיל (« sans préjudice de ce qui précède »). Pour le comprendre, il faut surtout repérer les conditions, les obligations et les exceptions, puis déplier les chaînes de noms et les formes passives au lieu de traduire chaque mot isolément.
L’hébreu académique et journalistique organise l’information au moyen de connecteurs précis, de noms d’action, de phrases complexes et de formulations qui indiquent clairement la source ou le degré de certitude. Des tournures comme על פי המחקר (« selon l’étude »), מתברר כי... (« il ressort que… ») et עם זאת (« toutefois ») ne servent pas seulement à faire plus soutenu : elles montrent le rapport logique entre les idées et évitent d’affirmer plus que les faits ne permettent.
L’hébreu moderne crée des mots de plusieurs façons : il combine souvent une racine consonantique avec un patron vocalique, mais il ajoute aussi des préfixes et des suffixes, adapte des emprunts, fusionne des mots et transforme des groupes de mots en sigles. Ainsi, מחשב « ordinateur » se rattache à ח־ש־ב, רמזור « feu de circulation » unit רמז et אור, et דוא״ל abrège דואר אלקטרוני.
En hébreu moderne, un verbe principal au passé n’entraîne pas automatiquement le recul du temps de la subordonnée. Pour exprimer une action qui était encore à venir au moment d’un récit passé, on emploie normalement le futur hébreu : חשבתי שהוא יבוא signifie « je pensais qu’il viendrait ». Le temps de la subordonnée se choisit surtout selon sa relation avec le moment dont on parle : avant, pendant ou après.
En hébreu soutenu, certaines idées s’expriment par un groupe de mots consacré par l’usage : ככל הנראה « selon toute vraisemblance », בשום פנים ואופן « en aucun cas », לכבוד en tête d’une lettre ou בברכה pour la conclure. Il faut apprendre ces groupes comme des unités : selon le cas, on peut conjuguer un verbe ou remplacer un nom, mais non choisir librement une autre préposition, changer l’ordre des mots ou traduire chaque élément séparément.
C2 (6)
L’argot israélien ne consiste pas seulement à remplacer un mot soutenu par un mot familier : des formes comme יאללה, סבבה, אחלה, כאילו et סתם servent aussi à encourager, nuancer, plaisanter ou organiser la conversation. Leur sens dépend fortement de l’intonation, de la situation et de la relation entre les personnes. Elles sont indispensables pour comprendre l’hébreu parlé, mais ne conviennent pas automatiquement à un courriel professionnel ou à un texte officiel.
Un פתגם est un proverbe : il formule généralement à lui seul une observation ou un conseil. Un ניב est une expression figée ou semi-figée dont le sens ne se déduit pas toujours de chaque mot, comme לשבור את הראש, « se creuser la tête ». Pour bien les employer, il faut apprendre ensemble le sens figuré, la forme grammaticale, la situation appropriée et, lorsque c'est pertinent, la référence culturelle.
L’hébreu parlé et l’hébreu écrit reposent sur la même langue, mais ne sélectionnent pas toujours les mêmes pronoms, connecteurs, constructions ni le même degré d’explicitation. אנחנו, אני לא et המכתב שלו sont naturels dans la conversation et parfaitement possibles dans de nombreux écrits ; אנו, איני et מכתבו donnent généralement un ton plus soutenu, institutionnel ou littéraire. Il faut donc choisir selon la situation, et non remplacer mécaniquement toute forme « orale » par une forme « écrite ».
L’hébreu moderne emploie couramment des mots et des formules issus de la Michna, du Talmud et de la littérature rabbinique, dont une partie est en araméen. Des expressions comme בדיעבד, לכתחילה ou הלכה למעשה ne signalent donc pas nécessairement un discours religieux : elles servent aujourd’hui à parler d’une décision prise après coup, d’une solution préférable dès le départ ou de l’application concrète d’une idée. Au niveau C2, l’essentiel est d’en saisir à la fois le sens moderne, l’arrière-plan traditionnel et la valeur de registre.
La syntaxe hébraïque est dite marquée quand l’ordre choisi attire l’attention sur un élément : את הספר הזה אני אוהב ne se contente pas de dire « j’aime ce livre », mais place « ce livre » au premier plan. Le détachement, le clivage en זה… ש־, l’inversion et les constructions corrélatives servent à organiser l’information, opposer deux idées ou donner du rythme. Leur interprétation dépend toujours du contexte et du registre : un ordre inhabituel peut être oral, argumentatif, littéraire ou simplement motivé par ce qui vient d’être dit.
L’hébreu israélien n’a pas une prononciation ni un vocabulaire parfaitement uniformes. Des façons de parler associées à des héritages mizrahi, ashkénaze, yéménite, éthiopien ou russophone peuvent se manifester dans certains sons, dans l’intonation et dans le choix des mots. Ces traits ne permettent toutefois pas de déduire sûrement l’origine d’une personne : ils circulent, se mélangent et changent selon l’âge, la situation et le parcours individuel.
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