Exprimer ses goûts en hongrois avec *tetszik* et *szeret*
Tetszik/Szeret Szerkezet
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de hongrois sur Settemila Lingue.
En bref
Le hongrois dispose de deux constructions courantes là où le français emploie souvent « aimer ». Avec szeret, la personne qui éprouve le sentiment est le sujet : Szeretem ezt a házat (« J’aime cette maison »). Avec tetszik, la chose appréciée devient le sujet et la personne se met au datif : Tetszik nekem ez a ház (« Cette maison me plaît »).
Vue d’ensemble
Au niveau A2, la règle essentielle tient en une opposition très proche de celle qui existe en français entre aimer et plaire. Szeret présente le goût du point de vue de la personne : elle aime un objet, une activité ou quelqu’un. Tetszik présente plutôt l’effet produit par une chose : elle plaît, fait bonne impression ou correspond aux goûts de quelqu’un.
Cette différence change toute la structure de la phrase. Avec szeret, ce qui est aimé est le complément d’objet direct (la personne ou la chose sur laquelle porte directement le verbe) et prend généralement l’accusatif, souvent reconnaissable au suffixe -t. Avec tetszik, ce qui plaît est le sujet (l’élément avec lequel le verbe s’accorde), tandis que la personne concernée est au datif, le cas qui exprime ici « à quelqu’un » : nekem « à moi », neked « à toi », etc.
Le choix n’est pas seulement grammatical. Szeret convient bien à un goût durable, à une habitude ou à un attachement ; tetszik sert volontiers à exprimer une appréciation, une impression ou une réaction à ce que l’on voit, entend ou découvre. La frontière reste souple : pour une même réalité, les deux phrases sont parfois possibles, mais elles ne mettent pas l’accent au même endroit.
Comment cela fonctionne
La règle de base pour débuter
| Construction | Structure | Point de vue | Exemple | Sens naturel |
|---|---|---|---|---|
| szeret | personne + szeret + objet à l’accusatif | « quelqu’un aime quelque chose » | Szeretem a zenét. | J’aime la musique. |
| tetszik | chose qui plaît + tetszik + personne au datif | « quelque chose plaît à quelqu’un » | Tetszik nekem ez a zene. | Cette musique me plaît. |
Le parallèle avec le français est donc particulièrement utile :
- Én szeretem ezt a filmet. correspond à « **J’**aime ce film » : én « je » est le sujet.
- Nekem tetszik ez a film. correspond à « Ce film me plaît » : ez a film est le sujet.
Les pronoms sujets comme én sont souvent omis en hongrois, car la terminaison du verbe indique déjà la personne. On dira donc normalement Szeretem ezt a filmet, sauf si l’on veut insister sur « moi ».
Szeret et l’accusatif
Quand szeret signifie « aimer quelqu’un ou quelque chose », il est transitif, c’est-à-dire qu’il reçoit un complément d’objet direct. Ce complément porte l’accusatif :
- zene → zenét : « musique » → « la musique » comme objet ;
- film → filmet : « film » → « le film » comme objet ;
- Anna → Annát : « Anna » → « Anna » comme objet du verbe.
Le hongrois distingue aussi deux séries de terminaisons verbales. La conjugaison définie s’emploie lorsque l’objet est identifié, par exemple avec l’article défini a/az (« le, la, les »), un démonstratif comme ez (« ce, cette ») ou un nom propre. La conjugaison indéfinie s’emploie notamment avec un objet non identifié ou sans article défini.
| Personne | Conjugaison indéfinie | Conjugaison définie |
|---|---|---|
| je | szeretek | szeretem |
| tu | szeretsz | szereted |
| il / elle | szeret | szereti |
| nous | szeretünk | szeretjük |
| vous | szerettek | szeretitek |
| ils / elles | szeretnek | szeretik |
Comparez :
- Szeretek kávét inni. — « J’aime boire du café. » L’objet n’est pas présenté comme un café précis.
- Szeretem ezt a kávét. — « J’aime ce café. » Ezt désigne un café précis, donc le verbe est à la forme définie.
- Szeretem Annát. — « J’aime Anna. » Un nom propre déclenche ici la conjugaison définie.
Avec une activité, szeret peut être suivi directement d’un infinitif, la forme non conjuguée du verbe : olvasni « lire », főzni « cuisiner », utazni « voyager ». On emploie alors la conjugaison indéfinie : Szeretek olvasni (« J’aime lire »), Szeretünk utazni (« Nous aimons voyager »).
Tetszik et le datif
Avec tetszik, la personne à qui quelque chose plaît se met au datif. Pour les pronoms personnels, les formes les plus utiles sont :
| Personne concernée | Forme au datif | Sens dans cette construction |
|---|---|---|
| moi | nekem | me / à moi |
| toi | neked | te / à toi |
| lui, elle | neki | lui / à lui, à elle |
| nous | nekünk | nous / à nous |
| vous | nektek | vous / à vous |
| eux, elles | nekik | leur / à eux, à elles |
Pour un nom, on ajoute généralement le suffixe datif -nak ou -nek, selon l’harmonie vocalique : Péternek tetszik a kép (« L’image plaît à Péter »), a gyerekeknek tetszik a játék (« Le jeu plaît aux enfants »).
Le datif est souvent omis lorsque le contexte suffit. Dans Tetszik a film?, la question posée à son interlocuteur se comprend naturellement comme « Le film te plaît ? » ou, plus spontanément en français, « Tu aimes le film ? ». Pour lever toute ambiguïté, on peut dire Tetszik neked a film?
L’accord de tetszik dépend de ce qui plaît
C’est le point qui déroute le plus facilement un francophone habitué à penser « j’aime ». Le verbe ne s’accorde pas avec la personne au datif, mais avec la chose qui plaît :
| Sujet hongrois | Forme du verbe | Exemple | Traduction |
|---|---|---|---|
| une chose | tetszik | Tetszik nekem a ruha. | La robe me plaît. |
| plusieurs choses | tetszenek | Tetszenek nekem a színek. | Les couleurs me plaisent. |
Ainsi, nekem reste identique dans les deux phrases. C’est le passage du singulier a ruha au pluriel a színek qui impose tetszenek.
Questions et négation
La négation se forme simplement avec nem :
- Nem szeretem ezt a dalt. — « Je n’aime pas cette chanson. »
- Nem tetszik nekem ez a dal. — « Cette chanson ne me plaît pas. »
- Nem tetszenek ezek a cipők. — « Ces chaussures ne me plaisent pas. »
Pour poser une question, l’intonation suffit souvent :
- Szereted a magyar ételeket? — « Tu aimes les plats hongrois ? »
- Tetszik neked Budapest? — « Budapest te plaît ? »
Exemples en contexte
| Hongrois | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Szeretem a zenét. | J’aime la musique. | Goût général exprimé avec un objet défini. |
| Nagyon szeretem. | Je l’aime beaucoup. | L’objet déjà connu est sous-entendu. |
| Szeretek este olvasni. | J’aime lire le soir. | Szeret est suivi d’un infinitif. |
| Szereted a magyar konyhát? | Tu aimes la cuisine hongroise ? | Question avec la conjugaison définie. |
| A gyerekek szeretik ezt a játékot. | Les enfants aiment ce jeu. | Ezt a játékot est un objet défini. |
| Szeretem Annát, mert nagyon kedves. | J’aime Anna, car elle est très gentille. | Annát est à l’accusatif. |
| Tetszik nekem ez a ház. | Cette maison me plaît. | La maison est le sujet ; nekem est au datif. |
| Tetszik a film? | Le film te plaît ? | Neked est compris grâce à la situation. |
| Neked melyik tetszik? | Lequel te plaît ? | Neked est exprimé pour préciser la personne. |
| Péternek tetszik az új iroda. | Le nouveau bureau plaît à Péter. | Le nom Péter reçoit le suffixe datif -nek. |
| Nekünk nem tetszik ez az ötlet. | Cette idée ne nous plaît pas. | Nem rend la phrase négative. |
| Tetszenek nekem ezek a képek. | Ces images me plaisent. | Le sujet pluriel exige tetszenek. |
| Anna tetszik nekem. | Anna me plaît. | Peut suggérer une attirance ou une impression favorable. |
| A kék jobban tetszik, mint a piros. | Le bleu me plaît davantage que le rouge. | Le datif est omis ; jobban marque la préférence. |
Erreurs fréquentes
Employer l’accusatif après tetszik
- Incorrect : Tetszik nekem ezt a házat.
- Correct : Tetszik nekem ez a ház.
- Pourquoi : la maison n’est pas l’objet de tetszik ; elle en est le sujet. Elle reste donc à la forme ez a ház, sans accusatif.
Oublier l’accusatif après szeret
- Incorrect : Szeretem ez a ház.
- Correct : Szeretem ezt a házat.
- Pourquoi : avec szeret, la maison est le complément d’objet direct. Le démonstratif et le nom portent tous les deux la marque de l’accusatif : ezt a házat.
Calquer « je plais » au lieu de « cela me plaît »
- Incorrect : Én tetszik ez a film.
- Correct : Nekem tetszik ez a film.
- Pourquoi : la personne qui apprécie n’est pas le sujet. Le français « ce film me plaît » donne ici le bon modèle : ez a film est le sujet, nekem signifie « à moi ».
Garder tetszik avec un sujet pluriel
- Incorrect : Tetszik nekem ezek a képek.
- Correct : Tetszenek nekem ezek a képek.
- Pourquoi : « ces images » est pluriel. Le verbe doit donc être au pluriel, même si la traduction française spontanée est « j’aime ces images ».
Utiliser la mauvaise série de conjugaison avec szeret
- Incorrect : Szeretek ezt a filmet.
- Correct : Szeretem ezt a filmet.
- Pourquoi : ezt a filmet désigne un film précis ; il faut la conjugaison définie. En revanche, Szeretek filmeket nézni (« J’aime regarder des films ») emploie naturellement la forme indéfinie.
Donner exactement le même sens aux deux verbes avec une personne
- À distinguer : Szeretem Annát et Anna tetszik nekem.
- Interprétation : la première phrase exprime de l’affection ou le fait d’aimer Anna ; la seconde dit qu’Anna plaît au locuteur et peut évoquer une attirance.
- Pourquoi : avec une personne, le choix du verbe peut modifier nettement la nuance relationnelle.
Notes d’usage
Goût durable ou impression favorable
Pour parler d’une habitude ou d’un plaisir régulier, szeret est très naturel : Szeretek főzni (« J’aime cuisiner »), Szeretem a klasszikus zenét (« J’aime la musique classique »). Tetszik convient souvent à une réaction face à une tenue, un logement, une proposition, une chanson que l’on découvre ou une manière de faire : Tetszik az új lakásod (« Ton nouvel appartement me plaît »).
Ce n’est toutefois pas une opposition absolue entre « durable » et « momentané ». Tetszik ez a stílus peut exprimer un goût stable pour un style, et szeretem ezt a képet peut porter sur une image que l’on vient de voir. Demandez-vous surtout quel cadrage vous souhaitez : « j’aime X » avec szeret, ou « X me plaît » avec tetszik.
Le datif peut servir à contraster
L’ordre des mots hongrois permet de mettre un élément en relief. Nekem tetszik insiste souvent sur « moi, cela me plaît », éventuellement par opposition à d’autres personnes : Nekem tetszik, de Péternek nem (« Moi, cela me plaît, mais pas à Péter »). Sans contraste particulier, le datif peut se placer après le verbe ou disparaître si son référent est évident.
« Je préfère » avec jobban tetszik
Pour comparer deux choix, jobban tetszik signifie littéralement « plaît davantage » et correspond souvent à « préférer » :
- A zöld jobban tetszik. — « Je préfère le vert. »
- Melyik tetszik jobban? — « Lequel préfères-tu ? »
La personne au datif peut être ajoutée : Nekem a zöld tetszik jobban (« Moi, je préfère le vert »).
Pour aller plus loin
Les points suivants ne sont pas indispensables pour appliquer la règle A2, mais on les rencontre fréquemment par la suite.
Szeretnék et szeretném pour formuler un souhait
Le conditionnel de szeret sert à dire « je voudrais ». La distinction entre conjugaison indéfinie et définie reste visible :
- Szeretnék egy kávét. — « Je voudrais un café. » L’objet est indéfini.
- Szeretném ezt megvenni. — « Je voudrais acheter ceci. » L’objet est défini.
Ici, il ne s’agit plus simplement d’indiquer ce que l’on aime : la forme adoucit un souhait ou une demande.
Le passé et le conditionnel de tetszik
Tetszett signifie « a plu » et tetszene « plairait ». L’accord au pluriel reste commandé par les choses appréciées :
- Tetszett neked a koncert? — « Le concert t’a plu ? »
- Tetszettek a dalok? — « Les chansons t’ont plu ? »
- Nekem jobban tetszene a másik. — « L’autre me plairait davantage. »
Tetszik dans l’adresse respectueuse
Tetszik possède aussi un emploi distinct dans certaines formules de politesse adressées à une personne que l’on vouvoie, souvent plus âgée : Mit tetszik kérni? (« Que désirez-vous ? ») ou Hogy tetszik lenni? (« Comment allez-vous ? »). Dans cet emploi, tetszik est suivi d’un infinitif, ici kérni « demander » ou lenni « être », et contribue à marquer une forte déférence.
Cet usage peut encore s’entendre, notamment dans des échanges avec des personnes âgées ou dans la parole d’enfants envers des adultes, mais il peut paraître traditionnel ou très respectueux. Dans de nombreuses situations modernes, on emploie plutôt ön avec la troisième personne ou une formule au conditionnel : Mit szeretne? (« Que désirez-vous ? »).
Il ne faut donc pas analyser automatiquement Tetszik a film? comme une formule de vouvoiement. Sans infinitif, cette phrase signifie simplement « Le film vous plaît ? » ou « Le film te plaît ? » ; le contexte indique à qui la question s’adresse.
Conseils pratiques
- Transformez chaque phrase dans les deux sens. Partez de Szeretem ezt a ruhát (« J’aime cette tenue »), puis reformulez avec tetszik : Tetszik nekem ez a ruha (« Cette tenue me plaît »). Vérifiez ce qui devient sujet, accusatif ou datif.
- Apprenez les questions comme des blocs. Répétez Szereted…?, Tetszik neked…? et Melyik tetszik jobban? avec des mots de la vie quotidienne : films, plats, couleurs, villes et vêtements.
- Repérez le nombre du sujet de tetszik. Lorsque vous lisez ou écoutez du hongrois, cherchez d’abord ce qui plaît. Une seule chose appelle tetszik ; plusieurs choses appellent tetszenek.
Concepts associés
- Prérequis : Conjugaison définie au présent — elle explique les formes szeretem, szereted, szereti et le choix de la série définie avec un objet identifié.