Le datif -nak/-nek en hongrois
Részeshatározó (-nak/-nek)
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En bref
Le hongrois ajoute -nak ou -nek au nom pour marquer notamment la personne à qui l’on donne, dit ou écrit quelque chose : Péternek adom signifie « je le donne à Péter ». -nak suit en principe les voyelles postérieures, -nek les voyelles antérieures. Ce cas sert aussi dans la possession : a fiúnak a háza (« la maison du garçon ») et Nekem van egy könyvem (« j’ai un livre »).
Vue d’ensemble
Le datif est un cas grammatical, autrement dit une terminaison qui indique le rôle d’un nom dans la phrase. Le français emploie souvent une préposition devant le nom, comme « à » ou « pour » ; le hongrois place généralement un suffixe après celui-ci. Ainsi, Péter devient Péternek et a kutya (« le chien ») devient a kutyának (« au chien / pour le chien »).
Ce point apparaît au niveau A2, après une première découverte des cas hongrois. Sa fonction la plus simple est de désigner le destinataire ou le complément indirect — la personne qui reçoit quelque chose ou à qui l’action s’adresse. On le rencontre avec des verbes courants tels que ad (« donner »), mond (« dire »), ír (« écrire »), segít (« aider ») et köszön (« remercier »).
Pour un francophone, traduire d’abord -nak/-nek par « à » constitue un repère utile, mais non une règle absolue. Le français dit aussi « aider quelqu’un » sans préposition, alors que le hongrois emploie le datif : Segítek Annának. Inversement, tous les « à » français ne correspondent pas au datif hongrois : la direction vers un lieu ou une personne relève souvent d’autres suffixes. Il vaut donc mieux apprendre le cas avec ses fonctions et avec les verbes qui l’exigent.
Fonctionnement
Choisir entre -nak et -nek
Les deux formes ont la même fonction. Leur choix dépend de l’harmonie vocalique, c’est-à-dire de l’accord entre les voyelles du mot et celles du suffixe.
- Les mots à voyelles postérieures a, á, o, ó, u, ú prennent normalement -nak.
- Les mots à voyelles antérieures e, é, i, í, ö, ő, ü, ű prennent normalement -nek.
| Forme hongroise | Sens en français | Explication |
|---|---|---|
| ház → háznak | à la maison / pour la maison | á est une voyelle postérieure |
| barát → barátnak | à l’ami / pour l’ami | voyelles postérieures |
| kutya → kutyának | au chien / pour le chien | a final s’allonge en á |
| ember → embernek | à la personne | voyelles antérieures |
| Péter → Péternek | à Péter | voyelles antérieures |
| nő → nőnek | à la femme | ő est une voyelle antérieure arrondie |
Avec un mot d’emprunt ou un mot contenant plusieurs types de voyelles, le choix suit l’harmonie propre à ce mot. Au niveau débutant, mémorisez la forme entendue avec le nom lorsque le choix n’est pas évident : sofőrnek (« au chauffeur »), mais telefonnak (« au téléphone / pour le téléphone »).
Ajouter le suffixe au bon endroit
Le suffixe se fixe directement au nom. L’article reste devant le groupe nominal et ne change pas :
- a tanár (« le professeur ») → a tanárnak (« au professeur ») ;
- az orvos (« le médecin ») → az orvosnak (« au médecin ») ;
- egy gyerek (« un enfant ») → egy gyereknek (« à un enfant »).
Un a ou un e bref à la fin du nom s’allonge généralement avant le suffixe : kutya → kutyának, körte → körtének. Ce changement appartient à un phénomène plus général de la suffixation hongroise.
Si le nom est au pluriel ou porte déjà une marque de possession, -nak/-nek vient après cette marque :
- gyerek-ek-nek : « aux enfants » ;
- barát-om-nak : « à mon ami » ;
- szülő-k-nek : « aux parents ».
Le hongrois peut donc empiler plusieurs éléments, toujours dans un ordre précis. Il ne faut pas placer -nak/-nek avant le pluriel ou avant le suffixe possessif.
Les pronoms personnels au datif
Avec les personnes grammaticales, on n’ajoute pas simplement le suffixe aux pronoms français équivalents. Le hongrois utilise une série construite sur nek-, à apprendre comme un petit paradigme (un ensemble de formes correspondant aux différentes personnes).
| Pronom hongrois | Équivalent courant | Personne |
|---|---|---|
| nekem | à moi / pour moi | 1re personne du singulier |
| neked | à toi / pour toi | 2e personne du singulier |
| neki | à lui, à elle / pour lui, pour elle | 3e personne du singulier |
| nekünk | à nous / pour nous | 1re personne du pluriel |
| nektek | à vous / pour vous | 2e personne du pluriel |
| nekik | à eux, à elles / pour eux, pour elles | 3e personne du pluriel |
Neki ne distingue pas le masculin du féminin : seul le contexte permet de traduire par « lui » ou « elle ». Comme les autres pronoms hongrois, ces formes peuvent apparaître seules : Nekem? (« À moi ? »), Nem neki (« Pas à lui / elle »).
Le destinataire et la personne concernée
Le datif indique d’abord à qui quelque chose est remis, montré, dit ou envoyé :
- Könyvet adok Évának. — « Je donne un livre à Éva. »
- Írok a tanárnak. — « J’écris au professeur. »
- Megmutatom neked. — « Je te le montre. »
Il marque aussi la personne concernée par certains verbes qui ne se construisent pas de la même façon en français :
- Segítek a testvéremnek. — « J’aide mon frère / ma sœur. »
- Köszönök Péternek. — « Je remercie Péter. »
- Hiszek neked. — « Je te crois. »
La meilleure méthode consiste à retenir le verbe avec un modèle, par exemple segít valakinek (« aider quelqu’un », littéralement avec la forme dative de « quelqu’un »).
La possession
Dans un groupe comme a fiúnak a háza, le datif marque le possesseur :
- a fiúnak : « du garçon », le possesseur ;
- a háza : « sa maison », la chose possédée, qui porte elle-même un suffixe possessif.
Le hongrois dispose aussi d’une construction plus courte, très courante : a fiú háza. Les deux signifient « la maison du garçon ». La forme avec -nak/-nek rend le possesseur plus explicite et devient particulièrement utile lorsqu’il est mis en relief, séparé de ce qu’il possède ou développé par plusieurs mots. Dans une première approche, retenez surtout que le suffixe sur la chose possédée reste indispensable : on dit a fiúnak a háza, et non simplement a fiúnak a ház.
La possession exprimée par « avoir » emploie également le datif. Le hongrois construit souvent cette idée avec van (« il y a / être ») et un suffixe possessif sur l’objet :
- Nekem van egy könyvem. — « J’ai un livre. »
- Péternek van autója. — « Péter a une voiture. »
- Nekünk nincs időnk. — « Nous n’avons pas le temps. »
Dans Nekem van egy könyvem, nekem désigne le possesseur et könyvem signifie littéralement « mon livre ». Si le possesseur est déjà clair, le pronom au datif peut disparaître : Van egy könyvem suffit normalement pour dire « J’ai un livre ». Nekem van peut aussi répondre à une question lorsque l’objet est sous-entendu : « Moi, j’en ai un / une. »
Exemples en contexte
| Hongrois | Français | Point à observer |
|---|---|---|
| Péternek adom. | Je le donne à Péter. | destinataire avec ad |
| A kutyának viszek vizet. | J’apporte de l’eau au chien. | destinataire, forme en -nak |
| Ajándékot veszünk Annának. | Nous achetons un cadeau pour Anna. | bénéficiaire |
| Írtál már a tanárnak? | As-tu déjà écrit au professeur ? | verbe ír avec le datif |
| Elmondom neked az igazat. | Je vais te dire la vérité. | pronom neked |
| A nagymamámnak telefonálok. | Je téléphone à ma grand-mère. | personne contactée |
| Segítesz nekem? | Tu m’aides ? | le français n’emploie pas « à » |
| Köszönöm mindenkinek. | Merci à tout le monde. | mindenki → mindenkinek |
| Neki tetszik ez a film. | Ce film lui plaît. | personne qui éprouve l’impression |
| Nekem ez túl drága. | Pour moi, c’est trop cher. | point de vue personnel |
| Nekem van egy kérdésem. | J’ai une question. | possession avec van |
| A gyerekeknek nincs idejük. | Les enfants n’ont pas le temps. | pluriel + datif ; négation avec nincs |
| A fiúnak a háza messze van. | La maison du garçon est loin. | possesseur au datif |
| Ez a kabát a testvéremnek a kabátja. | Ce manteau est celui de mon frère / de ma sœur. | possesseur explicité dans le prédicat |
| A vendégeknek készítek vacsorát. | Je prépare le dîner pour les invités. | bénéficiaire au pluriel |
Erreurs fréquentes
Choisir le suffixe d’après le français
- Incorrect : Péternak adom.
- Correct : Péternek adom.
- Pourquoi : le choix ne dépend pas de « à » ou de « pour », mais des voyelles du mot hongrois. Les voyelles antérieures de Péter appellent -nek.
Oublier l’allongement de la voyelle finale
- Incorrect : a kutyanak
- Correct : a kutyának
- Pourquoi : le a final de kutya devient á devant ce suffixe. De même, körte donne körtének.
Copier la construction française de « aider »
- Incorrect : Segítek Anna.
- Correct : Segítek Annának.
- Pourquoi : même si le français dit « j’aide Anna » sans préposition, segít demande normalement une personne au datif en hongrois.
Confondre destinataire et direction
- Incorrect : Péternek megyek pour dire « je vais chez Péter ».
- Correct : Péterhez megyek.
- Pourquoi : -nak/-nek marque ici un destinataire, non un mouvement vers une personne. La direction « vers / chez » se marque par -hoz/-hez/-höz.
Oublier la marque sur l’objet possédé
- Incorrect : a fiúnak a ház
- Correct : a fiúnak a háza
- Pourquoi : dans cette construction, le possesseur porte le datif et la chose possédée porte un suffixe possessif. Háza signifie « sa maison ».
Traduire chaque « pour » par -nak/-nek
- Incorrect : Kenyérnek megyek pour « je vais chercher du pain ».
- Correct : Kenyérért megyek.
- Pourquoi : -nak/-nek convient au bénéficiaire, comme dans A gyereknek veszek kenyeret (« j’achète du pain pour l’enfant »). Le but ou la chose que l’on va chercher s’exprime ici avec -ért.
Notes d’usage
Le pronom au datif est souvent omis lorsque l’information est déjà portée par un suffixe possessif et qu’aucun contraste n’est nécessaire. Van egy autóm est la façon neutre de dire « J’ai une voiture ». Nekem van egy autóm insiste plutôt sur « moi » : peut-être que les autres n’en ont pas, ou que l’on compare plusieurs personnes.
Dans la langue parlée, nekem, neked, neki sont extrêmement fréquents, non seulement pour un transfert concret, mais aussi pour une réaction ou un jugement : Nekem jó (« ça me va »), Neki fontos (« c’est important pour lui / elle »), Neked sikerült (« tu as réussi »). Selon la phrase, le français traduit donc le datif par « à », « pour », un pronom comme « me / lui », ou par une tournure entièrement différente.
L’ordre des mots hongrois sert à organiser l’information et à mettre un élément en relief. Nekem tetszik a kék met volontiers l’accent sur le point de vue de la personne : « Moi, c’est le bleu qui me plaît. » A kék tetszik nekem met davantage a kék (« le bleu ») au premier plan. Le suffixe ne change pas ; c’est la mise en relief qui varie.
Au-delà des bases
Les emplois suivants ne sont pas à maîtriser immédiatement au niveau A2, mais ils expliquent des phrases que l’on rencontre assez vite.
Un possesseur détaché ou complexe
Le possesseur au datif peut être éloigné de la chose possédée ou placé après elle : Ez a könyv Péternek a könyve (« Ce livre est celui de Péter »). Dans des groupes longs, le datif aide aussi à repérer la limite du possesseur : a mellettünk lakó fiatal párnak a kutyája (« le chien du jeune couple qui habite à côté de chez nous »).
Dans un style soigné, on évite souvent de multiplier sans raison l’article défini dans une possession simple : Péter háza et a fiú háza sont neutres et naturels. La variante dative Péternek a háza, a fiúnak a háza est utile lorsqu’elle apporte contraste, clarté ou séparation. Elle n’est donc pas un simple équivalent obligatoire du « de » français.
Des expériences et évaluations
Plusieurs constructions présentent la personne concernée au datif, alors que la chose ressentie ou évaluée occupe une autre fonction :
- Tetszik nekem ez a város. — « Cette ville me plaît. »
- Fáj nekem ez a mozdulat. — « Ce mouvement me fait mal. »
- Fontos nekünk a pontosság. — « La ponctualité est importante pour nous. »
- Sikerült neki a vizsga. — « Il / elle a réussi l’examen. »
Il est plus efficace de mémoriser chaque construction complète que de chercher systématiquement un sujet et un objet sur le modèle français.
Le sujet logique d’un infinitif
Dans certaines phrases de nécessité ou d’obligation, la personne qui doit agir apparaît au datif et l’infinitif reçoit une marque personnelle : Péternek el kell mennie (« Péter doit partir »), Nekünk dolgoznunk kell (« Nous devons travailler »). Cette structure relève d’un niveau plus avancé. À ce stade, retenez simplement que Péternek peut parfois désigner non un destinataire, mais la personne à qui l’action incombe.
Des compléments imposés par le verbe
Certains verbes et adjectifs sélectionnent le datif sans que « à » soit toujours visible en français : valakinek látszik (« sembler être quelqu’un / quelque chose »), valaminek tart (« considérer comme quelque chose »), valaminek örül (« se réjouir de quelque chose »). Ces associations lexicales doivent être apprises avec leur cas. Le sens général de « personne ou chose concernée » aide, mais il ne remplace pas l’apprentissage du régime de chaque mot.
Conseils de pratique
- Travaillez par paires harmoniques. Prenez cinq noms en -nak et cinq en -nek, puis dites-les avec un verbe : adok a barátnak, írok a nőnek. Ajoutez deux mots terminés en a ou e pour automatiser l’allongement.
- Apprenez les verbes avec leur modèle. Notez ad valakinek valamit (« donner quelque chose à quelqu’un »), segít valakinek (« aider quelqu’un ») et ír valakinek (« écrire à quelqu’un »). Remplacez ensuite valakinek par nekem, neked, neki ou par un nom.
- Transformez des phrases de possession. Partez de Van egy könyvem, puis mettez le possesseur en contraste : Nekem van egy könyvem. Faites de même avec van autója, nincs idejük et van kérdésed afin de relier le datif aux suffixes possessifs.
Notions associées
- Prérequis : Introduction aux cas hongrois — pour comprendre comment les suffixes indiquent la fonction d’un nom et suivent l’harmonie vocalique.
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