A2

La conjugaison définie au présent en hongrois

Jelen Idő Határozott Ragozás

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de hongrois sur Settemila Lingue.

En bref

En hongrois, la terminaison du verbe dépend aussi de son objet direct — la personne ou la chose directement concernée par l’action. Si cet objet est identifié, par exemple dans a könyvet (« le livre ») ou Pétert (« Péter »), on emploie la conjugaison définie : Olvasom a könyvet (« Je lis le livre »). Avec un objet indéfini ou sans objet, on choisit normalement l’autre série : Olvasok egy könyvet (« Je lis un livre »).

Vue d’ensemble

La conjugaison définie, appelée határozott ragozás ou tárgyas ragozás en hongrois, est l’une des particularités les plus importantes du système verbal hongrois. Le français adapte parfois un pronom à l’objet — je le vois, je la vois — mais ne change pas la terminaison de voir selon que l’on voit « un film » ou « le film ». Le hongrois, lui, oppose Látok egy filmet (« Je vois un film ») à Látom a filmet (« Je vois le film »).

Ce point est introduit au niveau A2 après la première opposition entre conjugaison indéfinie et conjugaison définie. Il faut donc prendre deux décisions : qui fait l’action ? pour choisir la personne verbale, puis l’objet est-il défini ? pour choisir la série de terminaisons. Le sujet peut souvent rester sous-entendu, car la terminaison indique déjà la personne.

Le mot « défini » signifie ici que l’interlocuteur peut identifier l’objet : le livre déjà mentionné, cette chanson, Péter, votre collègue, ou encore une information exprimée dans une proposition. Cette notion ressemble souvent à l’opposition française entre un/une et le/la/les, mais la correspondance n’est pas parfaite. Les règles hongroises dépendent de la forme grammaticale de l’objet, pas seulement de l’idée que l’on souhaite exprimer.

Fonctionnement

Première étape : repérer l’objet direct

L’objet direct, aussi appelé complément d’objet direct ou COD, répond simplement à « qui ? » ou « quoi ? » après le verbe. Dans Olvasom a könyvet, on lit quoi ? a könyvet, « le livre ». En hongrois, cet objet porte généralement l’accusatif — la forme qui marque ce rôle — reconnaissable le plus souvent à -t :

  • a könyv (« le livre ») → a könyvet (« le livre » comme objet) ;
  • PéterPétert ;
  • a zene (« la musique ») → a zenét.

Le -t de l’objet et la terminaison définie du verbe remplissent deux fonctions différentes. Il faut normalement les deux : Látom Pétert, et non pas seulement l’un des deux marquages.

Deuxième étape : décider si l’objet est défini

La conjugaison définie s’emploie notamment dans les situations suivantes :

Type d’objet Exemple hongrois Pourquoi ?
article défini a/az Olvasom a könyvet. Il s’agit du livre identifiable.
nom propre Látom Pétert. La personne est nommée.
démonstratif Megveszem ezt a kabátot. ezt signifie « ce/cette …-ci ».
objet avec possesseur Ismerem a testvéredet. « Ton frère / ta sœur » est identifié.
pronom de troisième personne Látom őt. őt signifie « lui/elle » comme objet.
objet déjà connu mais omis Kéred? « Tu le/la veux ? » : l’objet est compris.
proposition objet Tudom, hogy igazad van. On sait un fait précis : « que tu as raison ».

À l’inverse, on emploie normalement la conjugaison indéfinie avec un objet introduit par egy (« un/une »), avec des mots comme valami (« quelque chose ») ou valaki (« quelqu’un »), ou en l’absence d’objet :

Conjugaison indéfinie Conjugaison définie
Olvasok egy könyvet. — Je lis un livre. Olvasom a könyvet. — Je lis le livre.
Látok valakit. — Je vois quelqu’un. Látom Pétert. — Je vois Péter.
Olvasok. — Je lis. Olvasom. — Je le/la lis.

Les terminaisons de base

Pour former le présent défini, on part du radical du verbe et on ajoute une terminaison adaptée à la personne et à l’harmonie vocalique — les voyelles du mot attirent certaines variantes de suffixes. Les voyelles postérieures, comme a, o, u, appellent généralement la série de várom ; les voyelles antérieures non arrondies, comme e, é, i, celle de kérem ; les voyelles antérieures arrondies, comme ö, ő, ü, ű, celle de töröm.

Personne Terminaisons courantes várni — attendre kérni — demander törni — casser
én — je -om/-em/-öm várom kérem töröm
te — tu -od/-ed/-öd várod kéred töröd
ő — il/elle -ja/-i várja kéri töri
mi — nous -juk/-jük várjuk kérjük törjük
ti — vous -játok/-itek várjátok kéritek töritek
ők — ils/elles -ják/-ik várják kérik törik

Ces trois verbes donnent un bon modèle de départ, mais les terminaisons ne se collent pas toujours de façon entièrement mécanique. Il est utile d’apprendre les six formes d’un nouveau verbe fréquent, en particulier sa troisième personne.

Ce qui se passe avec certaines consonnes

Le j de plusieurs terminaisons peut modifier la consonne finale du radical. Avec olvasni (« lire »), le groupe s + j apparaît sous la forme ss :

Personne olvasni — lire szeretni — aimer
én olvasom szeretem
te olvasod szereted
ő olvassa szereti
mi olvassuk szeretjük
ti olvassátok szeretitek
ők olvassák szeretik

On rencontre de même zz dans certaines formes de verbes en -z, par exemple hozza (« il/elle l’apporte ») et hozzuk (« nous l’apportons »). D’autres verbes très fréquents présentent des alternances qu’il vaut mieux mémoriser : teszem, teszed, teszi, tesszük, teszitek, teszik pour tenni (« mettre, faire »).

Sujet exprimé ou sous-entendu

Les pronoms sujets én, te, ő, mi, ti, ők sont souvent omis. Látom a buszt suffit pour « Je vois le bus », puisque -om indique déjà la première personne du singulier. On exprime le pronom pour insister ou opposer : Én látom, de Péter nem látja (« Moi, je le vois, mais Péter ne le voit pas »).

Exemples en contexte

Hongrois Français Remarque
Olvasom a könyvet. Je lis le livre. Objet avec l’article défini a.
Látom Pétert. Je vois Péter. Un nom propre objet déclenche la série définie.
Szeretem a zenét. J’aime la musique. La catégorie « la musique » est présentée comme définie.
Ismerik a tanárt. Ils connaissent le professeur. Troisième personne du pluriel en -ik.
Megnézed ezt a filmet? Tu regardes ce film ? ezt a filmet est démonstratif et défini.
Kérjük a számlát. Nous demandons l’addition. Formule courante au restaurant.
Becsukjátok az ablakot? Vous fermez la fenêtre ? Deuxième personne du pluriel en -játok.
A gyerekek megeszik az almát. Les enfants mangent la pomme. Sujet pluriel et objet défini.
Nem értem a kérdést. Je ne comprends pas la question. La négation ne change pas la conjugaison.
Holnap befejezem a munkát. Demain, je terminerai le travail. Le présent peut avoir une valeur future avec holnap.
Tudom, hogy fáradt vagy. Je sais que tu es fatigué. La proposition introduite par hogy tient lieu d’objet.
Már ismerem. Je le connais déjà / Je la connais déjà. L’objet défini est omis mais reste compris.
Ön kéri a kávét? Vous souhaitez le café ? Ön, forme de politesse, commande la troisième personne.
Elolvasod a levelemet? Tu liras ma lettre ? L’objet possédé est identifié.

Erreurs fréquentes

Choisir la série d’après le sujet seulement

  • Incorrect : Én olvasok a könyvet.
  • Correct : Én olvasom a könyvet.
  • Pourquoi : én indique la première personne, mais a könyvet impose la série définie. Avec egy könyvet, on dirait bien olvasok.

Employer la conjugaison définie avec egy

  • Incorrect : Olvasom egy könyvet.
  • Correct : Olvasok egy könyvet.
  • Pourquoi : egy könyvet signifie « un livre » et reste indéfini. La ressemblance avec une forme française comme « je le lis » ne doit pas guider le choix : il faut regarder l’objet hongrois.

Oublier l’accusatif de l’objet

  • Incorrect : Látom Péter.
  • Correct : Látom Pétert.
  • Pourquoi : la terminaison -om marque le verbe, tandis que -t marque Péter comme objet. L’une ne remplace pas l’autre.

Ajouter partout les variantes en -j-

  • Incorrect : Ő szeretja a zenét.
  • Correct : Ő szereti a zenét.
  • Pourquoi : de nombreux verbes à voyelles antérieures prennent -i, -itek, -ik aux personnes concernées. On a donc szereti, et non une forme fabriquée sur várja.

Traiter ki? comme un objet défini

  • Incorrect : Kit látod?
  • Correct : Kit látsz?
  • Pourquoi : le pronom interrogatif ki? (« qui ? ») appelle normalement la conjugaison indéfinie, même si la réponse sera une personne précise. En revanche, Melyik tanárt ismered? (« Quel professeur connais-tu ? ») prend la conjugaison définie avec melyik.

Dire szeretem téged au lieu de la forme spéciale

  • Incorrect dans l’usage standard : Szeretem téged.
  • Correct : Szeretlek téged ou simplement Szeretlek.
  • Pourquoi : avec un sujet à la première personne du singulier et un objet à la deuxième personne, le hongrois emploie la terminaison spéciale -lak/-lek. Cette construction est détaillée plus bas.

Notes d’usage

Le parallèle avec le français aide, sans suffire

L’opposition française entre « un livre » et « le livre » donne souvent le bon réflexe : egy könyvet olvasok contre a könyvet olvasom. Elle fonctionne aussi dans Szeretem a zenét, très proche de « J’aime la musique ». Mais le hongrois classe certains pronoms et mots interrogatifs selon ses propres règles. Il faut donc apprendre les déclencheurs hongrois plutôt que traduire mentalement chaque article français.

L’objet peut disparaître de la phrase

Une terminaison définie permet de reprendre un objet déjà connu sans répéter son nom :

  • Kéred a süteményt? — Igen, kérem. — « Tu veux le gâteau ? — Oui, je le veux. »
  • Látod? — « Tu le vois ? / Tu la vois ? »

Contrairement aux pronoms français le et la, la forme verbale hongroise ne précise pas le genre de l’objet. Le contexte donne l’information manquante.

Questions, négation et politesse

Une question ou une négation ne modifie pas le choix de conjugaison : Látod a házat? (« Vois-tu la maison ? »), Nem látod a házat (« Tu ne vois pas la maison »). Les formes de politesse Ön et Önök sont grammaticalement à la troisième personne : Ön kéri, Önök kérik.

L’ordre des mots reste souple

Olvasom a könyvet et A könyvet olvasom contiennent la même forme définie. La seconde phrase met davantage « le livre » au premier plan ou en contraste. La position de l’objet peut donc changer selon l’information mise en relief, mais sa nature définie ne change pas.

Pour aller plus loin

Les points suivants ne sont pas indispensables pour commencer au niveau A2, mais ils expliquent des formes très courantes et évitent de fausses généralisations.

Les objets « moi » et « toi » ne suivent pas la règle simple

La série dite définie concerne avant tout les objets de troisième personne. Avec engem (« moi ») et téged (« toi »), on ne choisit pas automatiquement la série définie : Látsz engem? (« Tu me vois ? »). Quand le sujet est « je » et l’objet « tu » ou « vous » informel, une forme spéciale en -lak/-lek apparaît :

  • Szeretlek. — Je t’aime / Je vous aime.
  • Látlak. — Je te vois / Je vous vois.
  • Várlak benneteket. — Je vous attends.

Avec Ön, la politesse entraîne en revanche un comportement de troisième personne : Látom Önt (« Je vous vois » dans un registre formel).

Les propositions peuvent servir d’objet

Après des verbes comme tudni (« savoir »), une proposition introduite par hogy (« que ») entraîne couramment la conjugaison définie : Tudjuk, hogy késik a vonat (« Nous savons que le train est en retard »). On peut parfois annoncer cette proposition par azt : Azt hiszem, hogy igazad van (« Je pense que tu as raison »). Le azt est alors un objet démonstratif explicite.

Les préverbes n’annulent pas la conjugaison

Un préverbe est un petit élément placé devant le verbe qui précise souvent le résultat ou la direction, comme meg- dans megnézni (« regarder jusqu’au bout, aller voir ») ou el- dans elolvasni (« lire jusqu’au bout »). On conjugue toujours selon l’objet : Megnézem a filmet (« Je vais regarder le film »), mais Megnézek egy filmet (« Je vais regarder un film »). Sous la négation, le préverbe peut se séparer : Nem nézem meg a filmet ; la terminaison définie reste la même.

Une terminaison visible ne raconte pas toujours toute l’histoire

Certaines formes de verbes en -ik peuvent se ressembler dans les deux séries, surtout à la première personne : iszom peut se rencontrer avec ou sans objet défini selon le contexte. Inversement, des verbes fréquents comme enni, tenni, venni, vinni ont des alternances de radical : eszi/esszük, teszi/tesszük, veszi/vesszük, viszi/visszük. À un niveau plus avancé, il vaut mieux les étudier par famille que tenter de tout déduire d’un seul tableau.

Enfin, les mots interrogatifs montrent bien que la « définition » hongroise est une catégorie grammaticale : Kit ismersz? (« Qui connais-tu ? ») emploie la série indéfinie, alors que Melyik embert ismered? (« Laquelle de ces personnes connais-tu ? ») emploie la série définie. Ces contrastes s’acquièrent surtout par l’exposition à des phrases complètes.

Conseils de pratique

  1. Travaillez par paires. Prenez cinq verbes transitifs fréquents et opposez un objet en egy à un objet en a/az : Nézek egy filmet / Nézem a filmet. Cette méthode associe immédiatement la terminaison à sa raison.
  2. Mémorisez trois colonnes avant tout. Apprenez d’abord les paradigmes de várni, kérni et törni, puis ajoutez olvasni et szeretni. Prononcez chaque forme avec un objet réel plutôt que comme une liste isolée.
  3. Repérez l’objet avant de conjuguer. Dans une phrase à compléter, soulignez l’objet et classez-le : absent, indéfini ou défini. À l’écoute, relevez les formes en -om/-em/-öm, -ja/-i et -ják/-ik, puis cherchez quel objet connu elles reprennent.

Notions associées

Prérequis

Conjugaison définie et indéfinie en hongroisA1

Concepts qui s'appuient sur celui-ci

Plus de concepts de niveau A2

Entraînez-vous à Jelen Idő Határozott Ragozás en hongrois avec un compte Settemila Lingue gratuit. Nous configurerons hongrois · A2 et générerons des cartes consacrées précisément à ce concept grammatical.

Pratiquer ce concept