La concordance des temps en danois
Tempusskift
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de danois sur Settemila Lingue.
En bref
En danois, le temps d’une proposition dépend du point de repère temporel adopté. Après un verbe au passé, on emploie généralement le prétérit pour une situation simultanée, le plus-que-parfait pour une situation antérieure et ville + infinitif pour une situation postérieure : Han sagde, at han var træt, fordi han havde arbejdet, og at han ville hvile sig. Le présent reste toutefois possible si l’information est encore valable au moment où l’on parle.
Vue d’ensemble
La concordance des temps, appelée tempusskift en danois, concerne les relations entre plusieurs événements dans une phrase complexe. Il ne suffit pas de savoir si une action appartient au présent ou au passé : il faut aussi déterminer si elle a lieu avant, pendant ou après un autre événement. Ainsi, dans Hun sagde, at hun havde ringet, l’appel précède le moment où elle a parlé.
Cette notion apparaît surtout dans le discours rapporté, les récits, les pensées rapportées et les phrases comportant plusieurs subordonnées. Une subordonnée est une partie de phrase qui dépend d’une autre proposition, souvent introduite ici par at (« que »), når (« quand ») ou hvis (« si »). Au niveau C1, l’enjeu n’est plus seulement d’appliquer un changement mécanique de temps, mais de choisir consciemment le repère temporel et de comprendre les nuances produites par ce choix.
Pour un francophone, certains parallèles sont utiles : le prétérit danois peut jouer le rôle de l’imparfait français dans le discours rapporté, le plus-que-parfait marque souvent l’antériorité, et ville + infinitif correspond fréquemment au conditionnel français exprimant le futur dans le passé. Cependant, les deux systèmes ne se recouvrent pas exactement. Le danois accepte plus facilement le maintien du présent lorsque l’énoncé reste vrai, et il n’impose pas les mêmes distinctions entre imparfait et passé simple que le français.
Fonctionnement
Le point de repère : avant, pendant ou après
Dans une phrase indépendante, le moment où l’on parle sert normalement de repère. Dans un récit au passé, le repère se déplace vers le moment raconté. On peut alors organiser les événements ainsi :
| Relation avec le repère passé | Forme danoise habituelle | Exemple | Sens |
|---|---|---|---|
| Simultanéité | prétérit (datid) | Han sagde, at han var træt. | Il a dit qu’il était fatigué. |
| Antériorité | plus-que-parfait (førdatid) | Han sagde, at han havde arbejdet. | Il a dit qu’il avait travaillé. |
| Postériorité | ville + infinitif | Han sagde, at han ville sove. | Il a dit qu’il dormirait. |
| Postériorité déjà accomplie à un repère ultérieur | ville have/være + participe passé | Han sagde, at han ville have afsluttet arbejdet inden fredag. | Il a dit qu’il aurait terminé le travail avant vendredi. |
Le participe passé est la forme utilisée avec har/havde ou er/var, par exemple spist, arbejdet, kommet. Le choix entre have et være dans les temps composés dépend du verbe et du sens : on rencontre notamment havde spist, mais var kommet et var gået.
Les principaux temps dans une chaîne temporelle
| Valeur | Forme simple ou composée | Exemple danois | Traduction indicative |
|---|---|---|---|
| Présent | radical + terminaison de présent | arbejder, kommer | travaille, vient |
| Prétérit | forme de passé | arbejdede, kom | travaillait/a travaillé, venait/est venu |
| Parfait | har/er + participe passé | har arbejdet, er kommet | a travaillé, est venu |
| Plus-que-parfait | havde/var + participe passé | havde arbejdet, var kommet | avait travaillé, était venu |
| Futur envisagé depuis le présent | présent ou vil + infinitif | kommer, vil komme | viendra |
| Futur envisagé depuis le passé | ville + infinitif | ville komme | viendrait/allait venir |
Ces équivalences françaises servent de repères, non de recettes mot à mot. Le prétérit danois couvre plusieurs valeurs que le français répartit entre imparfait, passé composé et passé simple. C’est le contexte, et non la forme seule, qui permet de choisir la meilleure traduction.
Le recul des temps au discours rapporté
Quand le verbe introducteur est au présent, le repère reste généralement le présent :
- Hun siger: “Jeg er træt.” → Hun siger, at hun er træt.
- Han siger: “Jeg har sendt filen.” → Han siger, at han har sendt filen.
Quand le verbe introducteur passe au passé, les temps reculent souvent d’un cran :
| Paroles ou pensée d’origine | Rapport depuis le passé | Relation exprimée |
|---|---|---|
| Jeg er træt. | Hun sagde, at hun var træt. | simultanéité |
| Jeg har sendt filen. | Hun sagde, at hun havde sendt filen. | antériorité |
| Jeg kommer senere. | Hun sagde, at hun ville komme senere. | postériorité |
| Jeg har afsluttet det inden fredag. | Hun sagde, at hun ville have afsluttet det inden fredag. | accomplissement futur |
Ce recul n’est pas absolument obligatoire. Si le locuteur présente le contenu comme toujours vrai, il peut conserver le présent :
- Læreren forklarede, at vand koger ved 100 grader. — Le professeur a expliqué que l’eau bout à 100 degrés.
- Mette fortalte, at hun bor i Aarhus. — Mette a dit qu’elle habite à Aarhus, et le locuteur présente cela comme encore actuel.
Avec boede, le point de vue reste placé au moment du récit : Mette fortalte, at hun boede i Aarhus. La phrase ne dit pas nécessairement qu’elle n’y habite plus, mais elle ne garantit pas non plus que la situation continue. Cette opposition entre bor et boede relève donc aussi de la perspective choisie.
L’antériorité à plusieurs niveaux
Une phrase peut contenir plusieurs repères emboîtés. Il faut alors reconstruire la chronologie plutôt que faire reculer chaque verbe automatiquement :
Han sagde, at han ville komme, når han havde spist.
- sagde place le récit dans le passé ;
- ville komme situe la venue après ce moment passé ;
- havde spist présente le repas comme achevé avant cette venue, dans la perspective adoptée par le récit.
Dans De troede, at vi allerede var gået, le départ précède leur croyance. Dans Jeg vidste ikke, at du havde boet her, le fait d’avoir habité ici précède le moment où le locuteur ne le savait pas. L’adverbe allerede (« déjà ») renforce souvent cette lecture d’antériorité, mais c’est le plus-que-parfait qui l’inscrit grammaticalement dans la chronologie.
Le futur et les subordonnées temporelles
Le danois ne possède pas une terminaison verbale réservée au futur. Le présent suffit souvent lorsque le contexte temporel est clair :
- Jeg ringer, når jeg kommer hjem. — Je téléphonerai quand je rentrerai.
Le français met ici volontiers deux futurs, tandis que le danois emploie deux présents. Dans une perspective passée, la proposition principale prend souvent ville, tandis que le temps de la subordonnée dépend du rapport de sens :
- Han sagde, at han ville ringe, når han kom hjem. — Il a dit qu’il téléphonerait quand il rentrerait.
- Han sagde, at han ville ringe, når han var kommet hjem. — Il a dit qu’il téléphonerait une fois rentré.
La seconde formulation insiste sur l’achèvement du retour avant l’appel. La différence ne tient donc pas à une simple règle de concordance, mais à la manière dont on ordonne les deux événements.
Les hypothèses irréelles
Dans une condition irréelle portant sur le passé, le plus-que-parfait apparaît souvent dans la proposition en hvis, et la conséquence prend ville have/være + participe passé :
- Hvis hun havde vidst det, ville hun have ringet. — Si elle l’avait su, elle aurait téléphoné.
- Hvis vi var kommet tidligere, ville vi have mødt ham. — Si nous étions arrivés plus tôt, nous l’aurions rencontré.
Une phrase laissée en suspens, comme Hvis hun havde vidst, at han var kommet..., évoque une conséquence non formulée : « Si elle avait su qu’il était arrivé… » Le plus-que-parfait havde vidst situe le savoir irréalisé dans le passé ; var kommet place l’arrivée encore avant ce savoir possible.
Exemples en contexte
| Danois | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Han sagde, at han ville komme, når han havde spist. | Il a dit qu’il viendrait quand il aurait mangé. | Venue future depuis le passé ; repas antérieur à la venue. |
| Hvis hun havde vidst, at han var kommet... | Si elle avait su qu’il était arrivé… | Deux faits antérieurs, avec une condition irréelle. |
| De troede, at vi allerede var gået. | Ils pensaient que nous étions déjà partis. | Le départ précède leur pensée. |
| Jeg vidste ikke, at du havde boet her. | Je ne savais pas que tu avais habité ici. | Le séjour précède la découverte de l’information. |
| Sara fortalte, at hun arbejdede hjemme den dag. | Sara a raconté qu’elle travaillait chez elle ce jour-là. | Situation simultanée au moment raconté. |
| Sara fortalte, at hun stadig arbejder hjemme. | Sara a raconté qu’elle travaille toujours chez elle. | Le présent signale que la situation reste valable. |
| Lægen sagde, at prøverne var normale. | Le médecin a dit que les analyses étaient normales. | Évaluation ancrée au moment de la consultation. |
| Lægen forklarede, at medicinen virker langsomt. | Le médecin a expliqué que le médicament agit lentement. | Le présent présente l’explication comme généralement valable. |
| Hun lovede, at hun ville sende kontrakten næste dag. | Elle a promis qu’elle enverrait le contrat le lendemain. | Futur dans le passé et adaptation du repère temporel. |
| Han spurgte, om vi havde set beskeden. | Il a demandé si nous avions vu le message. | Question indirecte ; le message a été vu ou non avant la question. |
| Jeg tænkte, at de nok var taget af sted. | Je me suis dit qu’ils étaient probablement partis. | Pensée rapportée et antériorité supposée. |
| Vi vidste, at toget ville være kørt, før vi nåede stationen. | Nous savions que le train serait parti avant que nous atteignions la gare. | Événement accompli dans l’avenir vu depuis le passé. |
| Hun sagde, at hun ville ringe, når mødet var slut. | Elle a dit qu’elle téléphonerait quand la réunion serait terminée. | L’appel suit la fin de la réunion. |
| Da han endelig kom, havde vi ventet i to timer. | Quand il est enfin arrivé, nous attendions depuis deux heures. | L’attente avait commencé avant son arrivée. |
Erreurs fréquentes
1. Employer le présent par réflexe après un verbe au passé
- À éviter : Han sagde, at han er træt.
- Formulation neutre : Han sagde, at han var træt.
- Pourquoi : si la fatigue appartient au moment où il a parlé, var maintient le point de vue dans le passé. Er est possible seulement si le locuteur veut affirmer qu’il est encore fatigué maintenant.
2. Oublier l’antériorité
- À éviter : De troede, at vi gik allerede.
- Correct : De troede, at vi allerede var gået.
- Pourquoi : le départ a lieu avant leur pensée ; le plus-que-parfait var gået rend cette relation explicite. De plus, allerede se place naturellement avant le groupe verbal concerné dans cette subordonnée.
3. Copier les futurs français dans une subordonnée temporelle
- Calque maladroit : Jeg vil ringe, når jeg vil komme hjem.
- Correct : Jeg ringer, når jeg kommer hjem.
- Pourquoi : lorsque le contexte indique déjà l’avenir, le danois préfère souvent le présent, en particulier après når. Répéter vil peut faire entendre une idée de volonté plutôt qu’un simple futur.
4. Employer ville sans infinitif
- Incorrect : Hun sagde, at hun ville kom senere.
- Correct : Hun sagde, at hun ville komme senere.
- Pourquoi : après le verbe modal ville, le verbe principal reste à l’infinitif sans at : ville komme, ville ringe, ville arbejde.
5. Confondre futur dans le passé et condition irréelle
- Han sagde, at han ville komme. — Il a dit qu’il viendrait.
- Han ville være kommet, hvis han havde haft tid. — Il serait venu s’il avait eu le temps.
Dans la première phrase, ville komme est un événement futur envisagé depuis un moment passé. Dans la seconde, ville være kommet présente une conséquence passée qui ne s’est pas réalisée. Le conditionnel français traduit les deux, mais la structure danoise et le contexte les distinguent.
6. Appliquer un recul automatique à une vérité générale
- Possible mais lié au récit : Læreren sagde, at jorden var rund.
- Souvent préférable pour une vérité toujours valable : Læreren sagde, at jorden er rund.
- Pourquoi : le présent montre que le locuteur assume encore la validité de l’information. Le prétérit n’est pas forcément faux, mais il enferme davantage l’énoncé dans la perspective passée et peut, selon le contexte, créer une distance.
Notes d’usage
Dans la langue courante, at peut être omis après de nombreux verbes de parole, de pensée ou de perception : Hun sagde, hun var træt et Hun sagde, at hun var træt sont tous deux naturels. L’omission est fréquente à l’oral et dans une prose souple ; conserver at peut rendre une longue phrase plus facile à suivre.
Le choix du temps communique parfois l’attitude du locuteur. Comparez Han påstod, at han var uskyldig (« Il affirmait qu’il était innocent ») et Han påstod, at han er uskyldig (« Il a affirmé qu’il est innocent »). Le présent ne prouve pas que l’affirmation est vraie, mais il la maintient dans le débat actuel. Le prétérit se contente plus facilement de rapporter la position au moment passé.
Les repères temporels doivent eux aussi suivre la perspective. Dans un récit rapporté, i dag peut devenir den dag (« ce jour-là »), i går peut devenir dagen før (« la veille »), et i morgen peut devenir næste dag ou dagen efter (« le lendemain »). Ce changement n’est pas obligatoire si le jour désigné reste le même pour le narrateur et pour la personne citée.
Enfin, le français pousse parfois à chercher un équivalent exact de l’imparfait. Le danois n’oppose pas morphologiquement « il travaillait » et « il travailla » : han arbejdede peut correspondre aux deux selon le contexte. Pour exprimer clairement une action en cours, on peut recourir à des formulations comme han var ved at arbejde (« il était en train de travailler »), mais ce n’est pas une forme exigée par la concordance des temps.
Pour aller plus loin
Changer de perspective dans un récit
Un récit peut quitter momentanément son cadre passé et adopter un présent narratif pour rendre une scène plus immédiate : Jeg gik ned ad gaden, og pludselig kommer der en cykel lige imod mig. Le passage de gik à kommer n’est pas une faute de concordance ; c’est un effet stylistique. Il faut toutefois l’utiliser avec cohérence, sans alterner les temps au hasard.
Le discours indirect libre — une manière de faire entendre la pensée d’un personnage sans verbe comme « il pensa » — exploite également le repère du récit : Han åbnede brevet. Hun ville altså ikke komme. (« Il ouvrit la lettre. Ainsi, elle ne viendrait pas. ») Ici, ville komme peut représenter le futur tel que le personnage l’envisageait. Le contexte doit permettre de ne pas confondre cette valeur avec le sens volontaire de ville.
Ambiguïté de ville
Ville peut exprimer le futur dans le passé, une conséquence hypothétique ou la volonté. Comparez :
- Hun sagde, at hun ville hjælpe. — Elle a dit qu’elle aiderait / voulait aider.
- Hun ville hjælpe, hvis hun havde tid. — Elle aiderait si elle avait le temps.
- Hun ville ikke hjælpe. — Selon le contexte : elle ne voulait pas aider, ou elle n’aiderait pas.
Les compléments, la condition en hvis et le contexte discursif lèvent généralement l’ambiguïté. Pour insister sur une intention planifiée, d’autres formulations peuvent convenir, comme havde tænkt sig at (« avait l’intention de »).
Temps grammatical et réalité
Le plus-que-parfait ordonne les événements, mais ne garantit pas à lui seul qu’ils ont réellement eu lieu. Dans Hvis hun havde vidst det, havde vidst appartient à une condition contraire aux faits : elle ne le savait pas. Dans Jeg opdagede, at hun havde vidst det hele tiden, la même forme décrit au contraire un fait présenté comme réel. La conjonction et le contexte déterminent donc l’interprétation.
Dans une longue phrase, il est souvent préférable de choisir un repère principal et de n’en changer que pour une raison claire : actualité maintenue, vérité générale, commentaire du narrateur ou effet de style. Une concordance réussie ne consiste pas à mettre tous les verbes au passé, mais à rendre la chronologie immédiatement compréhensible.
Conseils pratiques
- Dessinez une ligne du temps. Pour chaque phrase, placez d’abord le verbe repère, puis notez les autres événements comme antérieurs, simultanés ou postérieurs. Choisissez seulement ensuite havde/var + participe, le prétérit ou ville + infinitif.
- Transformez de courts dialogues. Partez de Hun siger: “Jeg har travlt, men jeg ringer senere”, puis rapportez-le au passé : Hun sagde, at hun havde travlt, men at hun ville ringe senere. Changez aussi les pronoms et les expressions de temps.
- Comparez présent et prétérit. Créez des paires comme Han sagde, at han bor i Odense / Han sagde, at han boede i Odense, puis formulez la nuance : information encore actuelle ou simple perspective passée.
Notions associées
- Prérequis : Le discours indirect en danois — pour rapporter paroles, questions et pensées avant d’affiner leurs relations temporelles.
Prérequis
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