B2

Le discours indirect en danois

Indirekte Tale

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de danois sur Settemila Lingue.

En bref

Pour rapporter des paroles, le danois emploie souvent une proposition introduite par at (« que »), mais ce mot peut disparaître après un verbe comme sige ou tro : Hun sagde, (at) hun var træt. Après un verbe au passé, le temps recule fréquemment (ervar, har sethavde set), tandis que les pronoms et les repères comme her ou i morgen s’adaptent au nouveau point de vue. Une question fermée est introduite par om, et une question rapportée suit l’ordre des mots d’une subordonnée.

Vue d’ensemble

Le discours indirect permet de transmettre le contenu de paroles, de pensées ou de questions sans les citer mot pour mot. Au lieu de reprendre Jeg er træt (« Je suis fatiguée ») entre guillemets, on peut dire Hun sagde, at hun var træt (« Elle a dit qu’elle était fatiguée »). La partie at hun var træt est une proposition subordonnée : un groupe de mots avec son propre sujet et son propre verbe, intégré à une phrase plus grande.

Cette construction apparaît constamment dans les conversations, les récits, les courriels professionnels et la presse. Au niveau B2, l’enjeu n’est plus seulement de relier deux propositions : il faut aussi choisir le bon temps, conserver l’ordre des mots danois et déplacer correctement le centre de perspective. Qui est désigné par jeg ? Le lieu est-il encore her ? La situation reste-t-elle vraie au moment où l’on parle ?

Pour une personne francophone, le principe général est familier, car le français adapte lui aussi les temps et les pronoms. Deux différences méritent toutefois une attention particulière. D’une part, le danois omet couramment at, alors que le français garde normalement « que ». D’autre part, une négation ou certains adverbes se placent avant le verbe conjugué dans une subordonnée danoise : at hun ikke kommer, littéralement « qu’elle ne vient pas ».

Fonctionnement

De la citation directe au récit indirect

Une transformation de base comporte trois étapes :

  1. choisir un verbe qui présente les paroles ou la pensée ;
  2. remplacer la citation par une subordonnée ;
  3. adapter, si nécessaire, le temps, les pronoms et les repères de lieu ou de temps.
Discours direct Discours indirect Ce qui change
Anna siger: “Jeg er klar.” Anna siger, at hun er klar. jeg devient hun ; le présent reste présent.
Anna sagde: “Jeg er klar.” Anna sagde, at hun var klar. jeg devient hun ; er recule à var.
Jonas sagde: “Jeg har ringet.” Jonas sagde, at han havde ringet. Le parfait har ringet devient le plus-que-parfait havde ringet.

Le verbe introducteur est le verbe qui présente l’information rapportée. Les plus fréquents sont sige (« dire »), fortælle (« raconter, informer »), forklare (« expliquer »), mene (« penser, être d’avis »), tro (« croire, penser »), påstå (« affirmer ») et spørge (« demander, poser une question »).

Les déclarations avec at

Une déclaration rapportée est normalement introduite par at :

Hun forklarede, at mødet var aflyst.

Elle a expliqué que la réunion était annulée.

Après des verbes courants de parole, de pensée ou de perception, at est souvent facultatif, surtout dans la langue parlée et dans un style écrit peu formel :

Jeg tror, (at) han kommer senere.

Je pense qu’il viendra plus tard.

De sagde, (at) de allerede havde betalt.

Ils ont dit qu’ils avaient déjà payé.

L’omission ne transforme pas la proposition en citation directe : les pronoms, les temps et l’ordre des mots continuent à dépendre du récit indirect. Pour apprendre la construction, garder at est une stratégie sûre ; on peut ensuite l’omettre lorsque la phrase reste immédiatement compréhensible.

L’ordre des mots dans la subordonnée

Dans une proposition principale, un adverbe comme ikke vient généralement après le verbe conjugué :

Hun kommer ikke. — Elle ne vient pas.

Dans une subordonnée neutre, l’adverbe se place avant le verbe conjugué :

Han sagde, at hun ikke kom. — Il a dit qu’elle ne venait pas.

Le modèle utile est donc :

at/om ou mot interrogatif + sujet + adverbe + verbe conjugué + reste

Élément Exemple
introducteur at
sujet hun
adverbe ikke
verbe conjugué kunne
reste komme

Phrase complète : Han forklarede, at hun ikke kunne komme. (« Il a expliqué qu’elle ne pouvait pas venir. »)

Cet ordre vaut aussi lorsque at est omis : Han forklarede, hun ikke kunne komme. Dans certaines subordonnées affirmatives après sige, tro et quelques verbes proches, on rencontre aussi un ordre ressemblant à celui d’une proposition principale. C’est une nuance de discours et de registre ; pour produire un danois fiable, l’ordre subordonné reste le meilleur modèle dès qu’un adverbe est présent.

Le recul des temps

Lorsque le verbe introducteur est au présent, le temps de la parole originale reste normalement inchangé :

Hun siger: “Jeg arbejder hjemme.”Hun siger, at hun arbejder hjemme.

Lorsque le verbe introducteur est au passé, le danois peut déplacer le temps vers le passé. Ce recul des temps montre que l’on adopte le point de vue du moment où les paroles ont été prononcées.

Forme dans les paroles originales Forme rapportée fréquente Exemple abrégé
présent : er, arbejder prétérit : var, arbejdede Hun sagde, at hun var træt.
parfait : har set plus-que-parfait : havde set Han sagde, at han havde set filmen.
prétérit : købte souvent plus-que-parfait : havde købt Hun fortalte, at hun havde købt huset.
futur ou intention : vil/kommer futur dans le passé : ville/ville komme De sagde, at de ville komme.
modal : kan, skal, må kunne, skulle, måtte selon le sens Han sagde, at han kunne hjælpe.
plus-que-parfait : havde glemt généralement inchangé Hun sagde, at hun havde glemt det.

Ce recul n’est pas une opération mécanique. Le présent peut être conservé si l’information est toujours valable ou si la personne qui parle la présente comme un fait actuel :

Lægen sagde, at medicinen virker hurtigt.

Le médecin a dit que le médicament agit rapidement.

Avec virkede, on replace plus nettement l’affirmation dans le contexte passé. Avec virker, on la donne comme valable maintenant. Le choix exprime donc parfois le point de vue du narrateur, et pas seulement une règle de conjugaison.

Les pronoms et les repères de perspective

Les pronoms ne changent pas selon une liste fixe : ils changent selon l’identité des personnes. Dans Sofie sagde: “Jeg ringer til dig”, jeg désigne Sofie. Si l’on raconte la scène à la personne à qui elle parlait, on obtient :

Sofie sagde, at hun ville ringe til mig.

Sofie a dit qu’elle m’appellerait.

Les possessifs suivent la même logique : min (« mon/ma ») peut devenir hans (« son/sa à lui »), hendes (« son/sa à elle ») ou un autre possessif. Il faut d’abord identifier le propriétaire, puis choisir la forme.

Les repères déictiques — des mots dont le sens dépend du lieu ou du moment où l’on parle — peuvent également être adaptés :

Dans la situation originale Possibilité dans le récit Sens
her der ici → là
nu da / på det tidspunkt maintenant → alors / à ce moment-là
i dag den dag aujourd’hui → ce jour-là
i morgen dagen efter / næste dag demain → le lendemain
i går dagen før hier → la veille

On ne les remplace que si le nouveau contexte l’exige. Si les personnes se trouvent encore au même endroit, her peut rester her. Cette souplesse ressemble au français : « demain » ne devient « le lendemain » que lorsque le moment de référence a réellement changé.

Les questions rapportées

Une question à laquelle on répond par oui ou non est introduite par om (« si » dans ce contexte) :

Han spurgte: “Kan du hjælpe mig?”

Han spurgte, om jeg kunne hjælpe ham.

Il m’a demandé si je pouvais l’aider.

Contrairement à at, om ne s’omet pas dans ce type de question. Il ne faut pas non plus conserver l’ordre interrogatif de la question directe. Comparez :

  • question directe : Hvor bor du?
  • question rapportée : Hun spurgte, hvor jeg boede.

Avec un mot interrogatif, on garde ce mot : hvem (« qui »), hvad (« quoi »), hvor (« où »), hvornår (« quand »), hvorfor (« pourquoi »), hvordan (« comment »). Lorsque hvem ou hvad est lui-même le sujet, der apparaît couramment comme marque de la structure subordonnée : Jeg ved ikke, hvem der ringede (« Je ne sais pas qui a appelé »).

Les ordres et les demandes

Un impératif n’est généralement pas repris tel quel. Pour rapporter une demande, la construction la plus claire est bede quelqu’un om at + infinitif :

Chefen sagde: “Send rapporten i dag.”

Chefen bad mig om at sende rapporten den dag.

La responsable m’a demandé d’envoyer le rapport ce jour-là.

On peut aussi rapporter une instruction avec sige, at + sujet + skulle + infinitif :

Chefen sagde, at jeg skulle sende rapporten.

La responsable a dit que je devais envoyer le rapport.

La première formulation met l’accent sur la demande adressée à quelqu’un ; la seconde présente plutôt le contenu de l’instruction.

Exemples en contexte

Danois Français Remarque
Hun sagde, at hun var træt. Elle a dit qu’elle était fatiguée. Présent original devenu prétérit.
Han spurgte, om jeg kunne komme. Il a demandé si je pouvais venir. Question fermée avec om.
De fortalte, at de havde rejst meget. Ils ont raconté qu’ils avaient beaucoup voyagé. Parfait original devenu plus-que-parfait.
Jeg troede, at du vidste det. Je pensais que tu le savais. Pensée rapportée au passé.
Maja siger, hun arbejder hjemme i dag. Maja dit qu’elle travaille chez elle aujourd’hui. At omis après siger.
Læreren forklarede, at prøven ikke var svær. Le professeur a expliqué que l’épreuve n’était pas difficile. Ikke précède le verbe dans la subordonnée.
Vi vidste ikke, hvorfor toget var forsinket. Nous ne savions pas pourquoi le train était en retard. Mot interrogatif conservé, sans inversion.
Hun spurgte, hvor vi boede. Elle a demandé où nous habitions. Ordre sujet-verbe d’une question rapportée.
Jeg ved ikke, hvem der har taget nøglerne. Je ne sais pas qui a pris les clés. Hvem est sujet ; emploi de der.
Noah sagde, at han ville ringe dagen efter. Noah a dit qu’il appellerait le lendemain. Futur dans le passé et nouveau repère temporel.
Lægen sagde, at motion er godt for hjertet. Le médecin a dit que l’activité physique est bonne pour le cœur. Présent maintenu pour une vérité toujours valable.
Hun fortalte mig, at hendes søster var flyttet. Elle m’a raconté que sa sœur avait déménagé. Possessif adapté au nouveau locuteur.
Min kollega bad mig om at vente udenfor. Mon collègue m’a demandé d’attendre dehors. Demande rapportée avec bede om at.
De sagde, at vi skulle mødes der klokken otte. Ils ont dit que nous devions nous retrouver là-bas à huit heures. Instruction avec skulle et changement de lieu.

Erreurs fréquentes

Conserver l’ordre d’une question directe

  • Incorrect : Hun spurgte, hvor boede jeg.
  • Correct : Hun spurgte, hvor jeg boede.
  • Pourquoi : dans la question rapportée, jeg se place avant boede. Il n’y a plus l’inversion propre à une question indépendante.

Employer at à la place de om

  • Incorrect : Han spurgte, at jeg havde tid.
  • Correct : Han spurgte, om jeg havde tid.
  • Pourquoi : une question fermée demande om (« si »). At introduit une déclaration, pas une alternative oui/non.

Placer ikke après le verbe

  • Incorrect dans l’ordre subordonné neutre : Hun sagde, at hun kom ikke.
  • Correct : Hun sagde, at hun ikke kom.
  • Pourquoi : dans une subordonnée danoise, l’adverbe de phrase se place normalement avant le verbe conjugué. Certaines variantes proches de l’ordre principal existent, mais elles ne constituent pas le modèle à généraliser.

Reculer tous les temps automatiquement

  • Forme possible mais contexte différent : Forskeren sagde, at vand kogte ved 100 grader.
  • Souvent préférable pour un fait toujours présenté comme vrai : Forskeren sagde, at vand koger ved 100 grader.
  • Pourquoi : le présent peut rester présent lorsque le narrateur confirme la validité actuelle de l’information. Le passé peut la rattacher au propos original ou à des conditions particulières.

Oublier de changer de point de vue

  • Incorrect si jeg désigne la personne qui rapporte : Laura sagde, at jeg havde glemt min taske.
  • Correct pour rapporter les paroles de Laura : Laura sagde, at hun havde glemt sin taske.
  • Pourquoi : le jeg de Laura devient hun. Ici, sin renvoie au sujet hun ; la forme possessive dépend de la personne réellement propriétaire du sac.

Traduire le français « demander de » avec une structure incomplète

  • Incorrect : Han spurgte mig at vente.
  • Correct : Han bad mig om at vente.
  • Pourquoi : spørge sert à poser une question. Pour demander à quelqu’un de faire quelque chose, on emploie normalement bede nogen om at + infinitif.

Notes d’usage

Dans la conversation, l’omission de at après sige, tro, mene ou synes est très naturelle : Jeg tror, det bliver regnvejr. Dans un texte formel ou dans une phrase longue, conserver at rend souvent la structure plus visible. Le français ne fournit pas ici un bon réflexe : même si « que » est obligatoire en français standard, son équivalent danois peut être absent.

Le choix du verbe introducteur modifie le sens. Sige présente simplement des paroles ; fortælle nogen noget signifie informer ou raconter quelque chose à quelqu’un ; påstå peut suggérer que l’affirmation est contestable ; indrømme signifie « admettre ». Le discours indirect ne rapporte donc pas seulement un contenu : il peut aussi signaler l’attitude de la personne qui écrit ou parle.

Le danois connaît deux conventions de virgule devant les subordonnées : on peut mettre une virgule avant leur début, ou ne mettre que la virgule qui marque leur fin lorsqu’il y en a une. Ainsi, Hun sagde, at hun kom et Hun sagde at hun kom peuvent refléter deux systèmes admis. Il faut surtout appliquer un système de manière cohérente. La virgule n’est pas ce qui détermine l’ordre des mots.

Enfin, ville ne signifie pas toujours exactement « allait » ou « voudrait ». Dans Han sagde, at han ville komme, il situe la venue après le moment où il a parlé : « il a dit qu’il viendrait ». Selon le contexte, le même verbe peut aussi exprimer une volonté. C’est le contexte, et non la forme seule, qui tranche.

Pour aller plus loin

Le recul des temps peut servir à marquer une distance. Comparez Hun sagde, at hun er syg et Hun sagde, at hun var syg. La première phrase peut laisser entendre qu’elle est encore malade ou que le narrateur reprend l’information comme actuelle. La seconde replace plus naturellement son état au moment de la déclaration, sans garantir qu’il continue. Le choix d’un temps engage donc subtilement le narrateur.

Dans un récit complexe, plusieurs moments doivent être ordonnés : le moment où l’on raconte, celui où les paroles ont été prononcées et celui de l’événement rapporté. Dans Han sagde, at han ville komme, når han havde spist, sagde fixe le moment de la parole, ville komme annonce un événement ultérieur à ce moment, et havde spist présente le repas comme accompli avant la venue. Cette organisation relève de la concordance avancée des temps.

Les textes journalistiques alternent aussi discours direct, discours indirect et formes intermédiaires. Une citation directe met les mots exacts au premier plan ; le discours indirect permet de résumer, de combiner plusieurs propos et d’ajouter une distance critique. À un niveau avancé, il est utile d’observer non seulement les temps, mais aussi le choix de verbes comme understrege (« souligner »), afvise (« rejeter, démentir ») ou hævde (« soutenir, prétendre »), car ils orientent l’interprétation.

Enfin, les propositions complétives après certains verbes peuvent présenter, surtout dans l’usage oral, des variations d’ordre des mots proches de celui d’une proposition principale. Ces variations sont liées à la force avec laquelle l’information est affirmée et au rythme du discours. Il vaut mieux d’abord maîtriser le modèle stable at + sujet + adverbe + verbe ; la reconnaissance de ces variantes vient ensuite avec l’écoute et la lecture.

Conseils de pratique

  1. Transformez de petites citations. Prenez chaque jour cinq phrases avec jeg, min, her ou i morgen, puis rapportez-les avec un verbe au passé. Vérifiez séparément le temps, la personne et le repère temporel.
  2. Travaillez les questions par paires. Dites d’abord Hvor arbejder du?, puis Hun spurgte, hvor jeg arbejdede. Faites de même avec une question oui/non pour automatiser om et l’absence d’inversion.
  3. Écoutez la place de ikke. Dans un balado ou un journal danois, relevez des séquences comme at han ikke… et om de ikke…. Recopiez toute la subordonnée plutôt que le mot isolé : le rythme aide à mémoriser l’ordre.

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Prérequis

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