B2

Le discours indirect en grec

Πλάγιος Λόγος

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de grec sur Settemila Lingue.

En bref

Le grec moderne introduit généralement une déclaration rapportée par ότι ou πως (« que »), une question fermée par αν (« si ») et un ordre ou une demande par να. Contrairement au français, il n’impose pas de recul systématique du temps après un verbe au passé : Είπε ότι είναι κουρασμένη signifie naturellement « Elle a dit qu’elle était fatiguée », avec le présent grec είναι conservé.

Vue d’ensemble

Le discours indirect sert à rapporter des paroles, une pensée, une question ou une consigne sans les citer mot pour mot. Au lieu de reprendre « Είμαι κουρασμένη » (« Je suis fatiguée »), on intègre le message dans une phrase : Είπε ότι είναι κουρασμένη (« Elle a dit qu’elle était fatiguée »). La proposition qui contient le message est une proposition complétive (un groupe de mots qui complète le sens d’un verbe comme « dire », « croire » ou « demander »).

À partir du niveau B2, l’enjeu n’est plus seulement de choisir un mot de liaison. Il faut aussi adapter la personne du verbe, les pronoms et parfois les repères de temps ou de lieu. Il faut surtout résister à un réflexe francophone : après a dit, le français transforme volontiers est en était et viendra en viendrait. Le grec peut conserver le temps du message d’origine lorsque ce point de vue reste pertinent.

On rencontre ce mécanisme partout : conversation, récit, presse, compte rendu professionnel et récit d’une discussion. Les quatre constructions essentielles sont ότι/πως + indicatif, αν + indicatif, un mot interrogatif pour les questions ouvertes, et να + verbe personnel pour les demandes, ordres et conseils rapportés.

Comment cela fonctionne

Déclarations et pensées avec ότι ou πως

Après des verbes comme λέω (« dire »), ανακοινώνω (« annoncer »), εξηγώ (« expliquer »), πιστεύω (« croire »), νομίζω (« penser, croire ») ou θυμάμαι (« se souvenir »), on emploie le plus souvent ότι ou πως.

Structure Exemple grec Sens en français
verbe de parole + ότι + proposition Εξήγησε ότι δεν είχε χρόνο. Il/Elle a expliqué qu’il/elle n’avait pas le temps.
verbe de pensée + πως + proposition Νομίζω πως έχεις δίκιο. Je pense que tu as raison.

Ότι et πως sont très souvent interchangeables dans cet emploi. Ότι est particulièrement courant dans la langue neutre et écrite ; πως est également standard et très naturel, notamment à l’oral. Ils ne provoquent pas à eux seuls de changement de mode verbal : la déclaration reste normalement à l’indicatif (le mode qui présente une information comme réelle, constatée ou envisagée comme telle).

Deux accents sont essentiels à l’écrit :

  • πως sans accent signifie ici « que », tandis que πώς signifie « comment » : Μου είπε πως θα έρθει (« Il m’a dit qu’il viendrait »), mais Με ρώτησε πώς θα έρθω (« Il m’a demandé comment je viendrais ») ;
  • ότι signifie « que », tandis que ό,τι, avec une virgule haute, signifie « tout ce que / quoi que » : Μου είπε ό,τι ήξερε (« Il m’a dit tout ce qu’il savait »).

Une concordance des temps plus souple qu’en français

Le temps du verbe introducteur est celui de dit, a demandé, pensait, etc. En français, un introducteur au passé entraîne souvent une concordance des temps. En grec moderne, il n’existe pas de recul automatique comparable.

Message d’origine Rapport naturel en grec Traduction française naturelle
« Είμαι κουρασμένη. » Είπε ότι είναι κουρασμένη. Elle a dit qu’elle était fatiguée.
« Ήξερα την απάντηση. » Είπε ότι ήξερε την απάντηση. Il/Elle a dit qu’il/elle connaissait la réponse.
« Θα έρθω. » Είπε ότι θα έρθει. Il/Elle a dit qu’il/elle viendrait.

Le présent grec peut être maintenu si l’information reste vraie, si le locuteur reprend le point de vue d’origine ou simplement parce qu’aucun recul n’est nécessaire. Un temps passé est toutefois possible : Είπε ότι ήταν κουρασμένη présente la fatigue plus nettement dans le cadre passé du récit. Ce choix n’est donc pas une conversion mécanique ; il dépend du sens et du point de vue.

Pour préciser les relations chronologiques, le grec dispose notamment de l’imparfait, du plus-que-parfait et de θα + imparfait :

  • Είπε ότι είχε ήδη φύγει. — Il/Elle a dit qu’il/elle était déjà parti(e) : le départ précède les paroles.
  • Είπε ότι θα ερχόταν αργότερα. — Il/Elle a dit qu’il/elle viendrait plus tard : venue future vue depuis un moment passé.

Questions fermées avec αν

Une question fermée est une question à laquelle on peut répondre par oui ou par non. Au discours indirect, on l’introduit généralement par αν, équivalent du « si » interrogatif français :

  • Direct : « Θα έρθεις; » — « Tu viendras ? »
  • Indirect : Με ρώτησε αν θα έρθω. — « Il/Elle m’a demandé si je viendrais. »

La proposition rapportée n’est plus une question indépendante : on ne conserve donc normalement ni les guillemets ni le point d’interrogation final. Le grec n’effectue de toute façon pas l’inversion sujet-verbe propre à certaines questions françaises.

Αν peut également introduire une condition. C’est le verbe principal et le contexte qui permettent de distinguer Ρώτησε αν… (« Il a demandé si… ») de Αν έρθεις… (« Si tu viens… »). Dans un registre plus soutenu, εάν est possible. Μήπως peut introduire une question indirecte teintée d’hésitation, de doute ou de crainte : Ρώτησε μήπως είχαμε χαθεί (« Il a demandé si, par hasard, nous nous étions perdus »).

Questions ouvertes avec un mot interrogatif

Une question ouverte conserve son mot interrogatif : ποιος (« qui »), τι (« quoi »), πού (« où »), πότε (« quand »), γιατί (« pourquoi »), πώς (« comment »), πόσο (« combien »), etc.

  • Direct : « Πού μένεις; »
  • Indirect : Με ρώτησε πού μένω. — « Il/Elle m’a demandé où j’habitais. »

Le mot interrogatif remplit déjà le rôle de lien : on n’ajoute ni ότι ni αν. Attention aux accents distinctifs : πού (« où ») et πώς (« comment ») portent normalement un accent dans cet emploi.

Ordres, demandes et conseils avec να

Le grec moderne n’a pas d’infinitif productif équivalent au français venir dans « demander de venir ». Il emploie να + une forme verbale personnelle, c’est-à-dire une forme qui indique qui accomplit l’action :

  • Μου ζήτησε να έρθω. — Il/Elle m’a demandé de venir.
  • Τους είπε να περιμένουν. — Il/Elle leur a dit d’attendre.
  • Η γιατρός με συμβούλεψε να ξεκουραστώ. — La médecin m’a conseillé de me reposer.

On appelle souvent cette construction le subjonctif grec (le mode introduit notamment par να pour une action voulue, demandée ou envisagée). Pour une consigne négative, μην se place après να : Μας είπε να μην αργήσουμε (« Il/Elle nous a dit de ne pas être en retard »).

Le choix de l’aspect — la manière de présenter l’action comme ponctuelle ou répétée — reste important :

  • Μου είπε να τον πάρω τηλέφωνο. — Il m’a dit de l’appeler : appel envisagé comme une action ponctuelle.
  • Μου είπε να τον παίρνω κάθε εβδομάδα. — Il m’a dit de l’appeler chaque semaine : action répétée.

Adapter la personne et les repères

Comme en français, il faut identifier qui parle et de qui l’on parle. Le grec omet souvent le pronom sujet, mais la terminaison du verbe change :

  • Eleni : « Θα έρθω. » (« Je viendrai. »)
  • Rapport : Η Ελένη είπε ότι θα έρθει. (« Eleni a dit qu’elle viendrait. »)

Les pronoms compléments et possessifs peuvent également changer : « Θα σου δώσω το βιβλίο μου » devient, selon le narrateur et le destinataire, Είπε ότι θα μου δώσει το βιβλίο της (« Elle a dit qu’elle me donnerait son livre »).

Les mots comme σήμερα (« aujourd’hui »), αύριο (« demain »), χτες (« hier »), εδώ (« ici ») et τώρα (« maintenant ») peuvent être conservés si le lieu et le moment de référence n’ont pas changé. Sinon, on les adapte : εκείνη τη μέρα (« ce jour-là »), την επόμενη μέρα (« le lendemain »), την προηγούμενη μέρα (« la veille »), εκεί (« là-bas »), τότε (« alors »).

Exemples en contexte

Grec Français Remarque
Είπε ότι είναι κουρασμένη. Elle a dit qu’elle était fatiguée. Présent grec conservé après un verbe au passé.
Νόμιζα ότι ήξερες. Je pensais que tu savais. Pensée rapportée avec ότι.
Ο Πέτρος λέει πως δεν μπορεί να έρθει. Petros dit qu’il ne peut pas venir. Πως introduit une déclaration.
Παραδέχτηκε πως έκανε λάθος. Il/Elle a reconnu avoir fait une erreur. Le français préfère ici une tournure à l’infinitif.
Μου εξήγησαν ότι το κατάστημα είχε κλείσει. Ils m’ont expliqué que le magasin avait fermé. Le plus-que-parfait marque l’antériorité.
Ρώτησε αν θα έρθω. Il/Elle a demandé si je viendrais. Question à réponse oui/non.
Δεν ξέρω αν είναι ανοιχτά σήμερα. Je ne sais pas si c’est ouvert aujourd’hui. Αν après une expression d’incertitude.
Με ρώτησε πού μένω. Il/Elle m’a demandé où j’habitais. Question ouverte avec πού.
Θέλω να μάθω γιατί έφυγες. Je veux savoir pourquoi tu es parti(e). Γιατί relie directement la question.
Μου ζήτησε να έρθω. Il/Elle m’a demandé de venir. Demande avec να et verbe à la première personne.
Τους είπε να μην περιμένουν. Il/Elle leur a dit de ne pas attendre. Ordre négatif avec να μην.
Η καθηγήτρια μας συμβούλεψε να διαβάζουμε λίγο κάθε μέρα. La professeure nous a conseillé d’étudier un peu chaque jour. Aspect répétitif avec διαβάζουμε.
Η Ελένη είπε ότι θα μου τηλεφωνήσει την επόμενη μέρα. Eleni a dit qu’elle me téléphonerait le lendemain. Personne et repère temporel adaptés.
Κανείς δεν μου είπε τι συνέβη. Personne ne m’a dit ce qui s’était passé. Interrogative indirecte avec τι.

Erreurs fréquentes

Appliquer automatiquement la concordance française

  • Incorrect : transformer systématiquement tout présent grec en imparfait parce que le verbe introducteur est au passé.
  • Correct : Είπε ότι είναι άρρωστος.
  • Pourquoi : le grec peut garder είναι, même si la traduction naturelle est « Il a dit qu’il était malade ». Ήταν est possible, mais il place plus nettement l’état dans le passé.

Employer ότι après une question fermée

  • Incorrect : Με ρώτησε ότι θα έρθω.
  • Correct : Με ρώτησε αν θα έρθω.
  • Pourquoi : ότι introduit une affirmation ; αν introduit une question à réponse oui/non.

Confondre πως et πώς

  • Incorrect : Με ρώτησε πως θα πάω εκεί.
  • Correct : Με ρώτησε πώς θα πάω εκεί.
  • Pourquoi : dans cette phrase, le sens est « comment » : il faut πώς avec accent. Sans accent, πως signifie « que ».

Copier l’infinitif français

  • Incorrect : chercher une forme grecque équivalente à de venir après demander.
  • Correct : Μου ζήτησε να έρθω.
  • Pourquoi : να έρθω est personnel : la terminaison indique que c’est moi qui dois venir. Avec un autre sujet, la forme change : Του ζήτησα να έρθει (« Je lui ai demandé de venir »).

Garder l’impératif dans une consigne rapportée

  • Incorrect : Μου είπε έλα νωρίς sans guillemets, si l’on veut construire une phrase indirecte.
  • Correct : Μου είπε να έρθω νωρίς.
  • Pourquoi : l’impératif έλα appartient à la citation directe. La consigne intégrée à la phrase se construit avec να.

Oublier d’adapter le point de vue

  • Incorrect : Η Μαρία είπε ότι θα έρθω si Maria voulait dire « moi, Maria, je viendrai ».
  • Correct : Η Μαρία είπε ότι θα έρθει.
  • Pourquoi : le « je » de Maria devient une troisième personne dans le récit. Θα έρθω signifierait que c’est le narrateur qui viendra.

Notes d’usage

Dans la conversation, λέω est extrêmement polyvalent. La construction permet souvent de comprendre le sens exact : Μου είπε ότι φεύγει rapporte une information (« Il m’a dit qu’il partait »), tandis que Μου είπε να φύγω rapporte une consigne (« Il m’a dit de partir »). Le petit pronom μου signifie littéralement « à moi » ; avec certains verbes, on trouve plutôt από + accusatif, par exemple Ζήτησα από τον Νίκο να βοηθήσει (« J’ai demandé à Nikos d’aider »).

Le grec place généralement ότι, πως, αν ou να directement après le verbe introducteur, sans virgule. Une virgule peut se justifier pour d’autres raisons de rythme ou de structure, mais il ne faut pas reproduire automatiquement la ponctuation d’une citation directe.

À l’oral, le verbe introducteur peut être au présent historique : Και μου λέει ότι δεν ξέρει τίποτα (« Et là, il me dit qu’il ne sait rien »), même lorsqu’on raconte un événement passé. Cette tournure rend le récit plus vivant. Dans un texte administratif ou journalistique, ότι et des verbes précis comme δήλωσε (« a déclaré »), ανέφερε (« a indiqué ») ou ανακοίνωσε (« a annoncé ») sont fréquents.

Enfin, le sujet grec est souvent omis. Une forme comme Ρώτησε αν θα έρθω ne précise pas à elle seule si le sujet de ρώτησε est un homme ou une femme. La traduction française doit parfois choisir « il » ou « elle » à partir du contexte.

Pour aller plus loin

Le maintien du temps d’origine ne signifie pas que tous les repères restent inchangés. Un narrateur peut choisir entre deux perspectives : reprendre les paroles comme encore actuelles, ou les intégrer pleinement à un récit passé. Comparez :

  • Η Άννα είπε ότι θα έρθει αύριο. — Anna a dit qu’elle viendrait demain : le « demain » reste celui du locuteur actuel, ou l’événement est encore à venir.
  • Η Άννα είπε ότι θα ερχόταν την επόμενη μέρα. — Anna a dit qu’elle viendrait le lendemain : tout est vu depuis un point du passé.

Le grec peut aussi rapporter une information sans identifier précisément sa source. Λέγεται ότι… signifie « On dit que… / Il se dit que… » : Λέγεται ότι το κτίριο θα πουληθεί (« On dit que le bâtiment sera vendu »). Σύμφωνα με… (« selon… ») permet d’attribuer explicitement l’information dans un registre journalistique ou formel.

Avec des verbes d’incertitude ou de recherche, la frontière entre question indirecte et complément peut être subtile : Δεν ξέρω αν θα έρθει (« Je ne sais pas s’il viendra »), Εξετάζουν αν έγινε λάθος (« Ils examinent si une erreur a été commise »). Μήπως ajoute souvent une nuance de possibilité redoutée ou envisagée avec prudence, et ne remplace donc pas αν dans tous les contextes.

Enfin, le choix de l’aspect après να peut modifier réellement le message rapporté. Ο γιατρός μου είπε να περπατήσω peut viser une marche précise, tandis que Ο γιατρός μου είπε να περπατάω κάθε μέρα recommande une habitude. Pour rapporter fidèlement une consigne, il faut donc conserver non seulement son contenu, mais aussi la manière dont l’action est envisagée.

Conseils pratiques

  1. Transformez de courtes citations. Prenez quatre phrases directes — une affirmation, une question fermée, une question ouverte et un ordre — puis rapportez-les avec ότι/πως, αν, le mot interrogatif approprié et να.
  2. Surlignez trois types de changement. Dans chaque transformation, vérifiez séparément la personne (έρχομαι → έρχεται), le pronom (σου → μου) et le repère temporel (αύριο → την επόμενη μέρα). Cela évite de tout réduire à une question de temps verbal.
  3. Écoutez les verbes introducteurs. Dans un entretien ou un reportage grec, relevez ce qui suit είπε, ρώτησε, εξήγησε et δήλωσε. Notez surtout les présents conservés après un verbe au passé et comparez-les à la traduction française que vous donneriez.

Notions liées

  • Prérequis : Les propositions relatives en grec — elles entraînent à relier une proposition principale à une proposition dépendante et à suivre les personnes et les référents dans une phrase complexe.

Prérequis

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