B2

Le discours indirect en tchèque

Nepřímá Řeč

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de tchèque sur Settemila Lingue.

En bref

Le tchèque introduit le plus souvent une déclaration rapportée par že, une question fermée par jestli ou zda, et une demande par une forme de aby. Contrairement au français, il ne décale généralement pas le temps du verbe simplement parce que le verbe introducteur est au passé : Řekla, že je unavená signifie « Elle a dit qu’elle était fatiguée », avec le présent tchèque je. En revanche, il faut adapter la personne, les pronoms et parfois les repères comme « ici », « aujourd’hui » ou « demain ».

Vue d’ensemble

Le discours indirect sert à rapporter les paroles, les pensées ou les questions de quelqu’un sans les citer mot pour mot. Au lieu de reproduire „Jsem unavená.“ (« Je suis fatiguée. »), on intègre le contenu dans une phrase plus grande : Řekla, že je unavená. La partie introduite par že est une proposition subordonnée, c’est-à-dire un groupe de mots avec son propre verbe qui dépend ici de řekla « elle a dit ».

Ce point apparaît au niveau B2 parce qu’il faut coordonner plusieurs mécanismes déjà connus : les propositions subordonnées, les temps verbaux, les pronoms et le point de vue du locuteur. La difficulté principale pour un francophone n’est pas le mot že, assez proche de « que », mais l’absence habituelle de concordance des temps à la française. En français, « elle dit : “je suis fatiguée” » devient souvent « elle a dit qu’elle était fatiguée » ; le tchèque peut conserver le présent : Řekla, že je unavená.

Le choix du mot introducteur dépend du type de contenu rapporté. Une affirmation, une question à laquelle on répond par oui ou non, une question portant sur un élément précis et une demande ne se construisent pas de la même manière. Une fois ce classement acquis, la structure devient très régulière.

Comment cela fonctionne

Rapporter une affirmation avec že

Pour une déclaration, une opinion, une perception ou une pensée, le schéma de base est :

verbe introducteur + virgule + že + proposition

Řekla, že je unavená. — « Elle a dit qu’elle était fatiguée. »

Věděl jsem, že máš pravdu. — « Je savais que tu avais raison. »

Parmi les verbes introducteurs fréquents, on trouve říct « dire », tvrdit « affirmer », vysvětlit « expliquer », myslet si « penser », vědět « savoir », slyšet « entendre » et doufat « espérer ». En tchèque écrit, une virgule sépare normalement la proposition principale de la subordonnée introduite par že. Cette virgule n’est pas facultative comme elle pourrait le sembler à un lecteur francophone.

Le mot že n’impose pas un ordre des mots entièrement nouveau. L’ordre reste assez souple et sert notamment à organiser l’information connue et l’information nouvelle. Pour produire une phrase neutre, on peut toutefois garder un ordre simple autour du verbe : Řekl, že Petr přijde později (« Il a dit que Petr viendrait plus tard »).

Les temps : pas de recul automatique

Le tchèque choisit généralement le temps selon la relation temporelle que la personne rapportée exprimait, et non par un mécanisme automatique déclenché par un verbe introducteur au passé.

Discours indirect tchèque Traduction française Valeur temporelle
Petr řekl, že nemá čas. Petr a dit qu’il n’avait pas le temps. nemá reste au présent : le manque de temps était présenté comme actuel.
Petr řekl, že neměl čas. Petr a dit qu’il n’avait pas eu le temps. neměl rapporte un état passé dans le message d’origine.
Petr řekl, že přijde později. Petr a dit qu’il viendrait plus tard. přijde garde une valeur future par rapport aux paroles rapportées.

Il ne faut donc pas remplacer mécaniquement tout présent tchèque par un passé après řekl ou řekla. Cela ne signifie pas que le temps ne change jamais. Il change si le rapport temporel ou le sens change : ce qui était déjà passé dans les paroles d’origine reste normalement passé, et un fait qui n’est plus valable au moment du récit peut être reformulé. Le contexte, plus que le temps du verbe introducteur, commande ce choix.

Le français oblige souvent à traduire un présent ou un futur tchèque par un imparfait ou un conditionnel : Řekla, že přijde devient naturellement « Elle a dit qu’elle viendrait ». Ce conditionnel français ne correspond donc pas nécessairement à un conditionnel tchèque.

Rapporter une question fermée avec jestli ou zda

Une question fermée est une question dont la réponse attendue est « oui » ou « non ». Elle est généralement introduite par jestli ou zda :

verbe de question + virgule + jestli/zda + proposition

Zeptal se mě, jestli přijdu. — « Il m’a demandé si je viendrais. »

Nevím, zda je obchod otevřený. — « Je ne sais pas si le magasin est ouvert. »

Jestli est courant dans tous les registres, en particulier à l’oral. Zda a le même rôle mais sonne souvent plus formel ou plus écrit. Le français « si » est trompeur sur un point : dans cette construction, jestli/zda introduit une interrogation indirecte, pas une condition. Pour une condition, le tchèque emploie souvent jestli également dans la langue courante, mais la fonction se reconnaît grâce au sens et à la proposition principale.

La question rapportée adopte la forme d’une proposition intégrée. On n’y conserve ni les guillemets ni le point d’interrogation de la citation originale lorsque l’ensemble est une affirmation : Zeptal se, jestli mám čas. se termine par un point.

Rapporter une question partielle

Une question partielle demande une information précise : qui, où, quand, pourquoi, comment, etc. On conserve le mot interrogatif tchèque et on n’ajoute ni že ni jestli :

  • Kde bydlíš?Zeptala se mě, kde bydlím. (« Elle m’a demandé où j’habitais. »)
  • Kdy začíná film?Chtěl vědět, kdy začíná film. (« Il voulait savoir quand le film commençait. »)
  • Proč odešel?Nevím, proč odešel. (« Je ne sais pas pourquoi il est parti. »)

Les mots fréquents sont kdo « qui », co « quoi », kde « où », kam « vers où », kdy « quand », proč « pourquoi », jak « comment » et kolik « combien ». S’ils ont une fonction qui exige un cas — une forme du nom ou du pronom indiquant son rôle dans la phrase — ils prennent la forme nécessaire : Ptala se, s kým mluvím (« Elle a demandé avec qui je parlais »), avec kým après s.

Rapporter une demande ou une consigne avec aby

Pour demander à quelqu’un d’accomplir une action, le tchèque utilise très souvent aby suivi d’une forme dite conditionnelle. Ici, le conditionnel ne présente pas nécessairement une action comme hypothétique : il fait partie de la construction qui exprime le résultat souhaité.

verbe de demande ou d’ordre + destinataire + virgule + forme de aby + participe passé

Le participe passé est la forme verbale en -l employée notamment dans le passé et le conditionnel, par exemple přišel/přišla « venu/venue ». Au singulier, il révèle souvent le genre de la personne qui doit agir.

Personne qui doit agir Forme de aby Exemple avec přijít « venir »
je abych abych přišel / přišla
tu abys abys přišel / přišla
il, elle, forme de politesse aby aby přišel / přišla / přišel jste
nous abychom abychom přišli / přišly
vous abyste abyste přišli / přišly
ils, elles aby aby přišli / přišly

Ainsi, Prosil, abych přišel signifie « Il m’a demandé de venir », si la personne qui parle est un homme ; une femme dira Prosil, abych přišla. Dans Požádala Petra, aby přišel včas, c’est Petr qui doit venir, d’où la troisième personne aby přišel.

Les verbes typiques comprennent prosit « prier, demander », požádat « demander », říct někomu « dire à quelqu’un », chtít « vouloir » et doporučit « recommander ». Le destinataire apparaît souvent à un cas imposé par le verbe : řekl mi « il m’a dit », požádala Petra « elle a demandé à Petr ». Il faut apprendre cette construction avec chaque verbe, au lieu de reproduire directement le français « demander à quelqu’un de ».

Une autre manière de transmettre une consigne :

Dans la langue courante, permet aussi de rapporter un ordre, un conseil ou une consigne :

Řekla mi, ať zavřu dveře. — « Elle m’a dit de fermer la porte. »

Doktor mu doporučil, ať víc odpočívá. — « Le médecin lui a conseillé de se reposer davantage. »

Après , le verbe est une forme personnelle ordinaire, souvent au présent morphologique : zavřu, odpočívá. La structure avec aby est très générale et convient bien à l’écrit ; celle avec est particulièrement naturelle pour transmettre directement une consigne, surtout à l’oral.

Adapter le point de vue

Passer au discours indirect oblige souvent à changer les personnes grammaticales. La personne qui disait « je » devient par exemple on « il », ona « elle », ou n’est plus exprimée parce que la forme verbale suffit. Le destinataire exprimé par ty « tu » peut devenir « je » si c’est maintenant ce destinataire qui raconte.

Les possessifs changent eux aussi. Le possessif réfléchi svůj renvoie au sujet de sa propre proposition : Jana řekla, že pošle svůj návrh signifie que Jana enverra sa propre proposition. Avec její návrh « sa proposition à elle », le possesseur peut être une autre femme mentionnée dans le contexte. Ce contraste aide à éviter une ambiguïté fréquente.

Les repères de lieu et de temps ne changent que si la situation de parole a changé. Parmi les adaptations possibles :

Dans les paroles d’origine Adaptation possible Sens en français
tady tam ici → là-bas
dnes ten den aujourd’hui → ce jour-là
zítra druhý den / následující den demain → le lendemain
včera den předtím / předchozí den hier → la veille
teď tehdy / v tu chvíli maintenant → alors / à ce moment-là

Ce remplacement n’est jamais purement mécanique. Si l’on rapporte les paroles le jour même et au même endroit, dnes et tady peuvent rester parfaitement naturels.

Exemples en contexte

Tchèque Français Point à observer
Řekla, že je unavená. Elle a dit qu’elle était fatiguée. Présent tchèque conservé après un verbe au passé.
Myslel jsem, že víš odpověď. Je pensais que tu connaissais la réponse. že après un verbe de pensée.
Tvrdí, že nic neudělal. Il affirme qu’il n’a rien fait. L’action rapportée est antérieure.
Slíbila, že zavolá zítra. Elle a promis qu’elle appellerait demain. Futur tchèque, souvent rendu par le conditionnel en français.
Zeptal se mě, jestli přijdu. Il m’a demandé si je viendrais. Question fermée avec jestli.
Nevěděli jsme, zda vlak už odjel. Nous ne savions pas si le train était déjà parti. zda convient bien à un registre plus écrit.
Ptala se, kde bydlím. Elle a demandé où j’habitais. Le mot interrogatif kde est conservé.
Chci vědět, proč jsi odešel. Je veux savoir pourquoi tu es parti. Pas de že après proč.
Prosil, abych přišel včas. Il m’a demandé de venir à l’heure. Le locuteur masculin est la personne qui doit venir.
Požádala mě, abych jí pomohla. Elle m’a demandé de l’aider. pomohla indique que la personne sollicitée est une femme.
Poprosil nás, abychom neodcházeli. Il nous a demandé de ne pas partir. Négation placée devant le verbe après abychom.
Ředitel řekl zaměstnancům, aby počkali. Le directeur a dit aux employés d’attendre. Le sujet de počkali est zaměstnanci.
Řekla mi, ať zavřu okno. Elle m’a dit de fermer la fenêtre. Consigne courante avec .
Jana řekla, že pošle svůj návrh druhý den. Jana a dit qu’elle enverrait sa proposition le lendemain. svůj renvoie à Jana ; le repère temporel est adapté.
Slyšel jsem, že se stěhujete do Brna. J’ai entendu dire que vous déménagiez à Brno. Information rapportée avec slyšet, že.

Erreurs fréquentes

1. Reculer automatiquement le temps comme en français

  • Incorrect : Řekla, že byla unavená, si les paroles d’origine étaient „Jsem unavená.“
  • Correct : Řekla, že je unavená.
  • Pourquoi : le passé byla ferait normalement comprendre que la fatigue était elle-même située dans le passé du message rapporté. Le simple fait que řekla soit au passé n’exige pas ce recul.

2. Employer že pour une question fermée

  • Incorrect : Zeptal se, že přijdu.
  • Correct : Zeptal se, jestli přijdu.
  • Pourquoi : že introduit un contenu affirmé. Une question appelant oui ou non demande jestli ou zda.

3. Ajouter jestli après un mot interrogatif

  • Incorrect : Ptala se, jestli kde bydlím.
  • Correct : Ptala se, kde bydlím.
  • Pourquoi : kde suffit à introduire la question partielle. Jestli n’est utilisé que lorsqu’aucun mot comme kde, proč ou jak ne remplit ce rôle.

4. Oublier que la forme de aby dépend de la personne qui agit

  • Incorrect : Řekl mi, aby počkal, si c’est moi qui dois attendre.
  • Correct : Řekl mi, abych počkal / počkala.
  • Pourquoi : la personne de abych et le genre de počkal/počkala correspondent à la personne chargée d’attendre, pas à celle qui parle dans la proposition principale.

5. Calquer « demander à quelqu’un de » mot à mot

  • Incorrect : Požádala k Petrovi, aby přišel.
  • Correct : Požádala Petra, aby přišel.
  • Pourquoi : požádat někoho prend directement la personne demandée à l’accusatif, c’est-à-dire la forme marquant ici la personne visée. La préposition française « à » ne se traduit pas par k dans cette structure.

6. Oublier la virgule avant la subordonnée

  • Incorrect : Myslím že má pravdu.
  • Correct : Myslím, že má pravdu.
  • Pourquoi : l’orthographe tchèque sépare la principale et la subordonnée par une virgule, notamment avant že, jestli, zda, aby et .

Remarques d’usage

Dans la conversation, jestli est généralement plus spontané que zda. Dans un questionnaire, une lettre administrative ou un texte soutenu, zda est fréquent sans être obligatoire. On rencontre aussi zdali, plus marqué et moins courant dans la conversation quotidienne.

Avec říct, la construction choisie dépend du contenu. Řekl, že přijde rapporte une information : « Il a dit qu’il viendrait. » Řekl mi, abych přišel ou Řekl mi, ať přijdu rapporte une consigne adressée au locuteur : « Il m’a dit de venir. » Le petit pronom mi rend le destinataire explicite et aide à comprendre qui doit agir.

Le verbe ptát se / zeptat se signifie « demander, poser une question » et se combine naturellement avec une interrogation indirecte. Pour demander quelque chose à quelqu’un au sens de solliciter une action, on choisit plutôt prosit / poprosit ou požádat. Le français utilise « demander » dans les deux cas ; le tchèque oblige donc à distinguer la question de la requête.

Enfin, les guillemets tchèques directs sont traditionnellement „…“. Le discours direct prend souvent deux-points et majuscule : Řekla: „Jsem unavená.“ Le discours indirect s’intègre à la phrase avec une virgule et sans guillemets : Řekla, že je unavená.

Pour aller plus loin

Prý : rapporter une information sans nommer précisément la source

La particule prý indique qu’une information vient de ce que l’on a entendu dire, sans la présenter comme un constat personnel :

Petr prý odjel do Prahy. — « Il paraît que Petr est parti à Prague. »

Prý bude zítra sněžit. — « Il paraît qu’il neigera demain. »

Prý ne remplace pas toujours une proposition en že ; il ajoute une nuance de source rapportée et parfois de distance prudente. On peut aussi le rencontrer dans une subordonnée : Říkala, že prý nemá čas (« Elle disait qu’apparemment, il ou elle n’avait pas le temps »). La source exacte dépend alors du contexte, et l’accumulation des niveaux de parole peut créer une ambiguïté volontaire.

Conditionnel original et demande rapportée

Il faut distinguer deux emplois du conditionnel. Dans Prosil, abych přišel, les formes abych přišel construisent la demande. Dans Řekl, že by přišel, kdyby měl čas (« Il a dit qu’il viendrait s’il avait le temps »), by přišel appartient au contenu rapporté et exprime une hypothèse réelle dans le message d’origine. Le français traduit souvent les deux avec un conditionnel ou un infinitif, mais leur structure tchèque est différente.

Fidélité ou adaptation des repères

Dans un récit soigné, remplacer zítra par následující den peut éviter une confusion lorsque le « demain » original est déjà passé. Dans une conversation immédiate, conserver zítra est plus naturel si le lendemain est encore le même pour tous. De même, les personnes et les possessifs ne se transforment pas selon une table aveugle : ils se recalculent à partir de celui qui rapporte, de celui qui a parlé et de la personne à qui l’on parle maintenant.

À un niveau avancé, le choix entre discours direct, discours indirect avec že et information rapportée avec prý devient aussi stylistique. Le discours direct rend la voix originale plus présente ; že intègre l’information au récit ; prý met en avant le caractère indirect de la source.

Conseils pratiques

  1. Classez d’abord le contenu. Avant de traduire, demandez-vous : affirmation, question oui/non, question avec un mot interrogatif, ou demande d’action ? Associez ensuite že, jestli/zda, le mot interrogatif, ou aby/ať.
  2. Transformez de vrais mini-dialogues. Partez de Eva: „Zítra přijdu.“ et produisez Eva řekla, že přijde zítra ou … že přijde následující den selon la situation. Faites varier qui raconte afin de travailler já, ty, on/ona et les possessifs.
  3. Repérez les temps sans les traduire trop vite. À l’écoute ou à la lecture, soulignez le verbe introducteur et celui de la subordonnée. Vérifiez ensuite pourquoi un présent tchèque peut correspondre à un imparfait français, ou un futur tchèque à un conditionnel français.

Notions liées

  • Prérequis : Les propositions subordonnées — pour maîtriser les conjonctions, la virgule et l’intégration d’une proposition dans une autre.

Prérequis

Les propositions subordonnées en tchèqueB1

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