B2

Le discours indirect en norvégien

Indirekte Tale

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de norvégien sur Settemila Lingue.

En bref

Pour rapporter des paroles sans les citer mot pour mot, le norvégien emploie généralement une proposition introduite par at (« que ») ou, pour une question fermée, par om (« si ») : Hun sa (at) hun var trøtt ; Han spurte om jeg kunne komme. Après un verbe introducteur au passé, le temps, les pronoms et les repères comme i dag ou her peuvent changer. Même quand at est omis, la proposition rapportée conserve l’ordre des mots d’une subordonnée.

Vue d’ensemble

Le discours indirect consiste à intégrer les paroles, les pensées ou les questions d’une personne dans une nouvelle phrase. Au lieu de reprendre ses mots entre guillemets — Hun sa: «Jeg er trøtt.» — on les adapte au nouveau point de vue : Hun sa at hun var trøtt (« Elle a dit qu’elle était fatiguée »). On le rencontre sans cesse dans les conversations, les récits, la presse et les comptes rendus.

Ce point est étudié au niveau B2 parce qu’il combine plusieurs mécanismes déjà connus : les propositions subordonnées (des groupes de mots qui dépendent d’une proposition principale), les temps du passé, les verbes modaux et les pronoms. La difficulté n’est donc pas seulement d’ajouter at. Il faut aussi déterminer qui parle, à quel moment le fait a lieu et si l’information reste valable au moment où on la rapporte.

Pour un francophone, la construction générale paraît familière : Elle dit qu’elle vient correspond à Hun sier at hun kommer. Deux différences méritent toutefois une attention particulière. D’une part, le que français ne peut normalement pas disparaître, tandis que at est souvent omis en norvégien. D’autre part, l’ordre des mots norvégien signale toujours la subordination, notamment avec ikke placé avant le verbe conjugué : Hun sa hun ikke kunne komme.

Comment ça fonctionne

1. Choisir le bon mot introducteur

Le choix dépend du type d’énoncé rapporté.

Type de paroles rapportées Construction courante Exemple
Déclaration ou pensée verbe + (at) + subordonnée Jeg tror (at) han er hjemme.
Question appelant oui ou non verbe + om + subordonnée Hun spurte om vi hadde tid.
Question avec un mot interrogatif verbe + hva, hvem, hvor, når, hvorfor, hvordan… Han spurte hvor jeg bodde.
Demande, conseil ou ordre be noen om å, ou proposition avec måtte/skulle Hun ba meg om å vente.

Après des verbes tels que si (« dire »), tro (« croire, penser »), mene (« estimer, être d’avis ») et vite (« savoir »), at peut souvent être omis :

  • Han sa at han var syk.
  • Han sa han var syk.

Les deux phrases signifient « Il a dit qu’il était malade ». L’omission est très fréquente, surtout à l’oral, mais la présence de at reste tout à fait naturelle et peut rendre une phrase longue plus claire. En revanche, on ne supprime pas om ni le mot interrogatif d’une question indirecte.

Attention aussi à deux constructions proches :

  • si noe til noen : Hun sa til meg at møtet var avlyst (« Elle m’a dit que la réunion était annulée ») ;
  • fortelle noen noe : Hun fortalte meg at møtet var avlyst (« Elle m’a raconté / m’a indiqué que la réunion était annulée »).

2. Employer l’ordre d’une subordonnée

Une phrase déclarative principale suit normalement la règle du verbe en deuxième position : Hun kommer ikke. Dans une subordonnée rapportée, un adverbe de phrase (un mot qui porte sur l’ensemble du message), comme ikke, aldri, kanskje ou alltid, se place avant le verbe conjugué :

Proposition autonome Proposition rapportée
Hun kommer ikke. Han sa at hun ikke kom.
De har aldri vært der. Jeg trodde at de aldri hadde vært der.
Han kan kanskje hjelpe. Hun mente at han kanskje kunne hjelpe.

Cette règle reste valable lorsque at disparaît : Han sa hun ikke kom. La proposition est toujours subordonnée, même si aucun mot ne l’introduit visiblement.

Les questions indirectes perdent également l’inversion d’une question directe :

  • direct : Hvor bor du? (« Où habites-tu ? ») ;
  • indirect : Hun spurte hvor jeg bodde (« Elle a demandé où j’habitais »), et non hvor bodde jeg.

Quand le mot interrogatif est lui-même le sujet, le norvégien emploie souvent som : Han spurte hvem som kom (« Il a demandé qui venait »). Dans hvem som kom, hvem désigne la personne qui effectue l’action.

3. Adapter les temps après un verbe au passé

Lorsque le verbe introducteur est au présent, le temps reste généralement inchangé :

  • Hun sier: «Jeg er trøtt.»Hun sier at hun er trøtt.
  • Han spør: «Kan du hjelpe?»Han spør om jeg kan hjelpe.

Après un verbe introducteur au passé, on effectue souvent un recul du temps : le fait est présenté depuis un point de vue passé. Voici les correspondances les plus courantes.

Dans les paroles d’origine Dans le récit au passé Exemple rapporté
présent prétérit ervar
passé ou passé composé norvégien plus-que-parfait reiste / har reisthadde reist
futur avec skal skulle + infinitif skal kommeskulle komme
futur avec vil ville + infinitif vil bliville bli
kan kunne kan hjelpekunne hjelpe
måtte må gåmåtte gå

Le plus-que-parfait (un temps qui situe un fait avant un autre moment passé) se forme avec hadde + participe passé : De fortalte at de hadde reist (« Ils ont raconté qu’ils étaient partis »). Le participe passé est la forme employée avec har ou hadde, par exemple reist, sett ou skrevet.

Le recul n’est cependant pas mécanique. Le présent peut rester au présent si le locuteur présente le fait comme encore vrai ou universel :

  • Læreren sa at jorda går rundt sola. — « Le professeur a dit que la Terre tourne autour du Soleil. »
  • Anna sa at hun bor i Bergen. — « Anna a dit qu’elle habite à Bergen. » Le présent suggère qu’elle y habite toujours.

Avec Anna sa at hun bodde i Bergen, le prétérit replace simplement l’information dans le passé ; selon le contexte, Anna peut encore y habiter ou non. Le choix du temps exprime donc aussi le point de vue actuel du rapporteur.

4. Changer les personnes et les possessifs

Les pronoms doivent être interprétés depuis la situation dans laquelle les paroles sont rapportées :

  • Kari sa: «Jeg ringer deg.»Kari sa at hun skulle ringe meg.
  • Per sa: «Vi har funnet nøklene våre.»Per sa at de hadde funnet nøklene sine.

Dans le second exemple, vi devient de, et våre devient sine. Le possessif réfléchi sin/si/sitt/sine renvoie au sujet de sa propre proposition. Comparez :

  • Per sa at han hadde glemt boka si. — Per avait oublié son propre livre.
  • Per sa at Kari hadde glemt boka hans. — Kari avait oublié le livre de Per.

Employer hans dans la première phrase ferait normalement référence à un autre homme que le sujet han, sauf contexte particulier. Cette distinction n’a pas d’équivalent aussi visible dans le français « son/sa/ses » ; il faut donc toujours identifier le possesseur avant de choisir le pronom norvégien.

5. Replacer le temps et le lieu

Les mots comme « aujourd’hui », « demain » ou « ici » dépendent du moment et du lieu où l’on parle. Ils changent seulement si la nouvelle situation l’exige.

Repère dans la citation Adaptation fréquente Sens en français
da maintenant → alors
i dag den dagen aujourd’hui → ce jour-là
i går dagen før hier → la veille
i morgen dagen etter / neste dag demain → le lendemain
her der ici → là
denne / dette / disse den / det / de ce…-ci → ce…-là

Ainsi, Hun sa: «Jeg kommer hit i morgen» peut devenir Hun sa at hun skulle komme dit dagen etter. Mais si les paroles sont rapportées le même jour et au même endroit, hit et i morgen peuvent rester parfaitement logiques. Il faut adapter le repère réel, non appliquer une liste de remplacements à l’aveugle.

6. Rapporter une question, une demande ou un ordre

Pour une question fermée, om correspond au français « si » :

  • Han spurte: «Kan du komme?»Han spurte om jeg kunne komme.

Pour une question ouverte, on conserve le mot interrogatif, mais on adopte l’ordre subordonné :

  • Hun spurte: «Hvorfor ringte du ikke?»Hun spurte hvorfor jeg ikke hadde ringt.

Une demande ou un ordre se reformule souvent avec be noen om å + infinitif :

  • Læreren sa: «Vent her.»Læreren ba oss om å vente der.

On peut aussi rapporter l’obligation plutôt que les mots exacts : Legen sa at jeg måtte hvile (« Le médecin a dit que je devais me reposer »). Skulle convient souvent à une instruction ou à ce qui était prévu : Hun sa at vi skulle møte klokka åtte (« Elle a dit que nous devions nous retrouver à huit heures »).

Exemples en contexte

Norvégien Français Remarque
Hun sa (at) hun var trøtt. Elle a dit qu’elle était fatiguée. at est facultatif ici.
Han spurte om jeg kunne hjelpe. Il a demandé si je pouvais aider. Question fermée avec om.
De fortalte at de hadde reist. Ils ont raconté qu’ils étaient partis. Le départ précède le récit.
Jeg trodde at du visste det. Je pensais que tu le savais. Présent d’origine replacé au passé.
Mina sier at hun ikke har tid. Mina dit qu’elle n’a pas le temps. ikke précède har dans la subordonnée.
Ola sa han aldri hadde sett nordlyset. Ola a dit qu’il n’avait jamais vu d’aurore boréale. at omis ; ordre subordonné conservé.
Hun spurte hvor vi bodde. Elle a demandé où nous habitions. Pas d’inversion après hvor.
Vet du hvem som ringte? Sais-tu qui a appelé ? hvem est le sujet, d’où som.
Læreren sa at jorda går rundt sola. Le professeur a dit que la Terre tourne autour du Soleil. Présent maintenu pour une vérité générale.
Erik sa at han skulle komme dagen etter. Erik a dit qu’il viendrait le lendemain. Futur vu depuis le passé.
Legen sa at jeg måtte ta det med ro. Le médecin a dit que je devais me ménager. devient måtte.
Sara ba meg om å lukke vinduet. Sara m’a demandé de fermer la fenêtre. Demande avec be noen om å.
Per sa at han hadde glemt passet sitt hjemme. Per a dit qu’il avait oublié son passeport chez lui. sitt renvoie au sujet han.
Hun fortalte meg at møtet var avlyst. Elle m’a annoncé que la réunion était annulée. fortelle prend directement la personne.

Erreurs fréquentes

Garder l’ordre d’une proposition principale

  • Incorrect : Hun sa at hun kom ikke.
  • Correct : Hun sa at hun ikke kom.
  • Pourquoi : dans une subordonnée, ikke se place avant le verbe conjugué. La tendance française à placer la négation autour du verbe n’aide pas à mémoriser cette règle : apprenez le bloc at + sujet + ikke + verbe.

Employer l’inversion dans une question indirecte

  • Incorrect : Han spurte hvor bodde jeg.
  • Correct : Han spurte hvor jeg bodde.
  • Pourquoi : la question directe Hvor bodde du? devient une subordonnée déclarative après spurte ; le sujet précède donc le verbe.

Utiliser at à la place de om

  • Incorrect : Hun spurte at jeg kunne komme.
  • Correct : Hun spurte om jeg kunne komme.
  • Pourquoi : une question à laquelle on répond par oui ou non s’introduit par om, non par at. Ici, om signifie « si » et non « au sujet de ».

Oublier l’antériorité

  • Peu clair : De sa at de reiste før møtet.
  • Plus précis : De sa at de hadde reist før møtet.
  • Pourquoi : hadde reist indique sans ambiguïté que le départ avait déjà eu lieu avant le moment où ils ont parlé. Le prétérit simple peut être possible dans certains récits, mais il exprime moins clairement cette relation temporelle.

Conserver les pronoms de la citation

  • Incorrect dans ce contexte : Kari dit «Jeg har mistet nøklene mine», puis on rapporte : Kari sa at jeg hadde mistet nøklene mine.
  • Correct : Kari sa at hun hadde mistet nøklene sine.
  • Pourquoi : jeg désignait Kari dans la citation ; il devient donc hun. Le possessif sine renvoie au sujet hun.

Employer si et fortelle de la même façon

  • Incorrect : Hun sa meg at hun var syk.
  • Correct : Hun sa til meg at hun var syk ou Hun fortalte meg at hun var syk.
  • Pourquoi : on dit normalement si noe til noen, mais fortelle noen noe.

Remarques d’usage

Dans la conversation, l’omission de at après si, tro ou mene est courante et neutre : Jeg tror det går bra. À l’écrit, at reste fréquent, surtout lorsque la phrase est longue, contient plusieurs subordonnées ou risquerait d’être mal découpée. L’omettre n’autorise jamais à reprendre l’ordre d’une proposition principale.

Le norvégien permet une certaine souplesse dans le choix du temps. Hun sa at hun er syk met l’accent sur un état encore actuel ; Hun sa at hun var syk rapporte l’état depuis le moment passé, sans forcément affirmer qu’elle est maintenant guérie. Dans un compte rendu fidèle, le présent peut donc être intentionnel. Dans un récit entièrement situé au passé, le recul du temps donne souvent un ensemble plus cohérent.

Le choix entre ville et skulle mérite aussi de ne pas être calqué automatiquement sur le conditionnel français. Skulle présente souvent un projet, une intention, une consigne ou un événement attendu : Han sa at han skulle ringe. Ville peut exprimer une volonté ou une prévision : Hun trodde det ville bli dyrt. Selon le sens de la phrase directe, le français traduit les deux par un conditionnel comme « appellerait » ou « serait ».

Enfin, la ponctuation suit celle d’une phrase intégrée : une question indirecte n’exige pas de point d’interrogation si la phrase entière est déclarative. On écrit Hun spurte hvor jeg bodde. En revanche, Vet du hvor jeg bor? prend un point d’interrogation parce que l’ensemble constitue une question.

Pour aller plus loin

Le temps révèle la position du rapporteur

Comparer les deux formulations suivantes permet de voir que le discours indirect ne reproduit jamais un message de façon totalement neutre :

  • Meteorologen sa at det kom til å regne. — la prévision est replacée dans le passé ;
  • Meteorologen sa at det kommer til å regne. — le locuteur présente encore la pluie comme à venir au moment présent.

Le maintien ou le recul du temps peut ainsi indiquer si l’on confirme l’information, si on la considère encore actuelle ou si on se contente de raconter ce qui a été dit.

Plusieurs niveaux de paroles rapportées

Dans une phrase telle que Eva sa at Jon hadde fortalt henne at han skulle flytte, chaque pronom et chaque temps doit être rattaché au bon niveau : Eva a parlé ; auparavant, Jon lui avait annoncé un déménagement qui était alors futur. Pour analyser ce type de phrase, repérez d’abord les verbes introducteurs (sa, hadde fortalt), puis demandez-vous qui est le sujet de chaque subordonnée.

Discours indirect et source de l’information

Le norvégien dispose aussi de tournures qui éloignent le locuteur de l’affirmation :

  • Det sies at selskapet skal selges. — « On dit que l’entreprise va être vendue. »
  • Ifølge avisen skal ministeren gå av. — « Selon le journal, le ministre devrait démissionner. »

Ici, skal peut signaler une information rapportée plutôt qu’une obligation ou un simple futur. Cette nuance apparaît souvent dans la presse. Elle appartient à un usage avancé : dans un premier temps, retenez surtout at/om, l’ordre subordonné et les changements de repère.

La frontière avec la reformulation

On peut rapporter le contenu sans conserver la structure grammaticale d’origine. «Ikke rør den!» peut devenir Hun ba meg om ikke å røre den, Hun sa at jeg ikke måtte røre den ou Hun forbød meg å røre den. Ces phrases transmettent une même interdiction, mais la dernière interprète plus fortement l’intention. Choisir un verbe précis — innrømme (« reconnaître, avouer »), påstå (« affirmer »), love (« promettre »), advare (« avertir ») — ajoute donc le point de vue du rapporteur.

Conseils pratiques

  1. Transformez la phrase en trois étapes. Soulignez d’abord le locuteur et les personnes, fixez ensuite le repère temporel, puis vérifiez l’ordre de la subordonnée. Pour «Jeg kan ikke komme i morgen», on obtient par exemple Hun sa at hun ikke kunne komme dagen etter.
  2. Constituez des paires direct–indirect. Prenez chaque jour trois phrases d’un dialogue norvégien et rapportez-les avec sa, spurte ou fortalte. Variez une déclaration, une question fermée et une question avec hvorfor ou hvordan.
  3. Écoutez la place de ikke. Dans un balado, un journal parlé ou une série, notez les groupes sa at han ikke…, trodde hun ikke… et spurte om de kunne…. Apprendre ces suites comme des blocs aide à automatiser l’ordre des mots.

Notions liées

  • Prérequis : Les propositions subordonnées — pour maîtriser l’ordre des mots après at, om et les mots interrogatifs.
  • Pour approfondir : La concordance des temps — pour analyser les rapports d’antériorité, de simultanéité et de postériorité dans des phrases complexes.

Prérequis

Les propositions subordonnées en norvégienA2

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