B2

Les phrases conditionnelles en norvégien

Kondisjonalsetninger

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de norvégien sur Settemila Lingue.

En bref

Une phrase conditionnelle norvégienne associe généralement une proposition en hvis (« si ») à une conséquence. On emploie le présent pour une condition réelle ou possible, le prétérit pour une hypothèse irréelle au présent, et hadde + participe passé pour une situation passée qui ne s’est pas réalisée. La conséquence hypothétique se construit le plus souvent avec ville + infinitif, ou ville ha + participe passé lorsqu’elle concerne le passé.

Vue d’ensemble

Les kondisjonalsetninger permettent d’exprimer ce qui se passe, se passera ou se serait passé à une certaine condition. Elles réunissent deux parties : la proposition conditionnelle (la partie introduite par « si ») et la proposition principale (celle qui indique le résultat). En norvégien bokmål, le mot le plus courant pour introduire la condition est hvis.

Au niveau B2, l’enjeu n’est pas seulement de connaître hvis et ville, mais de choisir les temps en fonction du degré de réalité. Comparez Hvis du kommer, blir jeg glad (« Si tu viens, je serai content »), possibilité encore ouverte, et Hvis du hadde kommet, ville jeg ha blitt glad (« Si tu étais venu, j’aurais été content »), possibilité désormais écartée.

Pour un francophone, les trois grands schémas ressemblent à ceux de « si + présent », « si + imparfait » et « si + plus-que-parfait ». Il ne faut toutefois pas calquer chaque temps français mot à mot. Le norvégien emploie notamment très volontiers le présent pour parler d’un résultat futur, et son ordre des mots change quand la proposition en hvis ouvre la phrase.

Fonctionnement

Les deux parties de la phrase

L’ordre des deux propositions est libre, sans changement essentiel de sens :

  • Condition d’abord : Hvis jeg får tid, ringer jeg deg. — « Si j’ai le temps, je t’appellerai. »
  • Résultat d’abord : Jeg ringer deg hvis jeg får tid. — « Je t’appellerai si j’ai le temps. »

Lorsque la condition vient en premier, elle occupe la première position de l’ensemble. Le verbe conjugué de la proposition principale doit alors précéder son sujet :

  • Hvis jeg får tid, ringer jeg deg.
  • et non : Hvis jeg får tid, jeg ringer deg.

C’est la règle dite du verbe en deuxième position : dans une proposition principale, le verbe conjugué vient après le premier élément, même lorsque cet élément est toute une proposition. Une virgule sépare normalement la proposition subordonnée initiale de la principale. Lorsque la principale vient d’abord, on ne met généralement pas de virgule devant la condition finale : Jeg ringer deg hvis jeg får tid.

Dans la proposition introduite par hvis, l’ordre reste celui d’une subordonnée. Le sujet précède le verbe conjugué, et un adverbe comme ikke (« ne… pas ») se place normalement avant ce verbe :

  • hvis du ikke kommer — « si tu ne viens pas »
  • hvis jeg ikke hadde visst det — « si je ne l’avais pas su »

1. Condition réelle ou ouverte

Une condition réelle décrit une habitude, un fait général ou une possibilité que le locuteur considère comme réalisable. Le présent suffit souvent dans les deux propositions, même si le résultat appartient à l’avenir.

Valeur Condition Résultat possible Exemple
Fait général hvis + présent présent Hvis vann fryser, blir det til is.
Possibilité future hvis + présent présent, modal ou futur Hvis toget er i rute, er vi framme klokka seks.
Instruction hvis + présent impératif Hvis du ser Anna, si hei fra meg.

Ainsi, Hvis du kommer, blir jeg glad se traduit naturellement par « Si tu viens, je serai content », bien que blir soit morphologiquement au présent. Le norvégien n’a pas besoin de marquer systématiquement le futur. Selon le sens, la principale peut aussi contenir skal, vil, kan ou :

  • Hvis det regner, skal vi bli hjemme. — « S’il pleut, nous resterons à la maison. »
  • Hvis du spør henne, kan hun kanskje hjelpe. — « Si tu lui demandes, elle pourra peut-être t’aider. »

Comme en français standard, la proposition en « si » n’exige pas un futur simplement parce qu’elle renvoie à demain : Hvis du kommer i morgen… correspond à « Si tu viens demain… ».

2. Hypothèse irréelle ou peu probable au présent

Pour imaginer une situation contraire à la réalité actuelle, ou présentée comme peu probable, le norvégien met le verbe de la condition au prétérit (le temps simple du passé). La conséquence prend généralement ville + infinitif.

Condition Conséquence Sens
hvis + prétérit ville + infinitif hypothèse présente ou future, irréelle ou distante
Hvis jeg hadde penger, ville jeg reise. « Si j’avais de l’argent, je voyagerais. »
Hvis hun bodde nærmere, ville vi ses oftere. « Si elle habitait plus près, nous nous verrions plus souvent. »

Le prétérit ne situe pas nécessairement l’action dans le passé : il crée ici une distance hypothétique, c’est-à-dire qu’il présente la situation comme imaginée plutôt que comme réelle. Le français produit un effet comparable avec l’imparfait dans « si j’avais » ou « si elle habitait ».

Dans hvis jeg hadde penger, hadde est simplement le prétérit de ha (« avoir »). Il n’est pas auxiliaire, car il est suivi du nom penger. Cette distinction devient importante dans le schéma passé.

D’autres verbes modaux peuvent remplacer ville lorsque le sens l’exige :

  • Hvis jeg hadde mer tid, kunne jeg lære islandsk. — « Si j’avais plus de temps, je pourrais apprendre l’islandais. »
  • Hvis han var syk, måtte vi avlyse møtet. — « S’il était malade, nous devrions annuler la réunion. »

3. Hypothèse irréelle dans le passé

Une condition passée irréelle porte sur un événement achevé qui n’a pas eu lieu. On emploie le plus-que-parfait, formé de hadde + participe passé. Le participe passé est la forme que l’on trouve aussi après har dans le passé composé norvégien, par exemple visst dans har visst (« a su ») et kommet dans har kommet (« est venu »).

La conséquence se construit avec ville ha + participe passé :

Condition non réalisée Conséquence non réalisée
hvis + hadde + participe passé ville ha + participe passé
Hvis jeg hadde visst det, ville jeg ha kommet.
« Si je l’avais su, » « je serais venu. »

Dans hadde visst, hadde est cette fois un auxiliaire : il sert à former le plus-que-parfait avec le participe visst. Dans la principale, ville porte la conjugaison, ha reste à l’infinitif, puis vient le participe : ville ha kommet. Il ne faut pas conjuguer les trois verbes.

Ce schéma sert souvent à exprimer un regret, un reproche rétrospectif ou une autre issue possible :

  • Hvis vi hadde dratt tidligere, ville vi ha rukket toget. — « Si nous étions partis plus tôt, nous aurions eu le train. »
  • Hvis du hadde sagt fra, kunne jeg ha hjulpet deg. — « Si tu m’avais prévenu, j’aurais pu t’aider. »

Les trois schémas côte à côte

Degré de réalité Proposition en hvis Proposition principale Exemple bref
Ouvert, possible présent présent, modal, impératif ou futur Hvis hun kommer, spiser vi sammen.
Irréel au présent prétérit ville + infinitif Hvis hun kom, ville vi spise sammen.
Irréel dans le passé hadde + participe passé ville ha + participe passé Hvis hun hadde kommet, ville vi ha spist sammen.

La différence entre kommer, kom et hadde kommet ne donne donc pas seulement une date. Elle indique aussi si la venue est envisagée comme possible, imaginée ou définitivement non réalisée.

Exemples en contexte

Norvégien Français Remarque
Hvis du kommer, blir jeg glad. Si tu viens, je serai content. Condition encore ouverte ; présent dans les deux propositions.
Hvis det regner i morgen, tar vi bussen. S’il pleut demain, nous prendrons le bus. Le présent norvégien suffit pour un résultat futur.
Hvis du er ferdig, kan du gå hjem. Si tu as fini, tu peux rentrer chez toi. La conséquence contient le modal kan.
Hvis du ser lys i vinduet, ring på. Si tu vois de la lumière à la fenêtre, sonne. La principale est à l’impératif.
Jeg lager middag hvis du kjøper inn. Je prépare le dîner si tu fais les courses. La condition vient après la principale.
Hvis jeg hadde penger, ville jeg reise. Si j’avais de l’argent, je voyagerais. Hadde exprime ici une possession hypothétique actuelle.
Hvis jeg bodde nærmere, ville jeg besøke dere oftere. Si j’habitais plus près, je vous rendrais visite plus souvent. Le prétérit marque la distance par rapport au réel.
Hvis vi ikke jobbet så mye, kunne vi møtes oftere. Si nous ne travaillions pas autant, nous pourrions nous voir plus souvent. Ikke précède le verbe dans la subordonnée.
Hadde jeg tid, ville jeg hjelpe. Si j’avais le temps, j’aiderais. Condition sans hvis, avec inversion.
Hvis jeg hadde visst, ville jeg ha kommet. Si j’avais su, je serais venu. Condition et conséquence passées non réalisées.
Hvis de hadde bestilt bord, ville de ha fått plass. S’ils avaient réservé une table, ils auraient eu une place. Hadde bestilt est un plus-que-parfait.
Hvis du hadde sagt fra, kunne jeg ha hjulpet deg. Si tu m’avais prévenu, j’aurais pu t’aider. Kunne exprime ici une possibilité passée.
Hvis hun hadde tatt medisinen, ville hun føle seg bedre nå. Si elle avait pris le médicament, elle se sentirait mieux maintenant. Condition passée, conséquence présente : schéma mixte.
Skulle du ombestemme deg, er det bare å ringe. Si jamais tu changes d’avis, il te suffit d’appeler. Skulle présente l’éventualité avec prudence.

Erreurs fréquentes

Garder l’ordre sujet-verbe après une condition initiale

  • Incorrect : Hvis jeg får tid, jeg ringer deg.
  • Correct : Hvis jeg får tid, ringer jeg deg.
  • Pourquoi : la proposition en hvis occupe la première position ; dans la principale, le verbe ringer doit donc venir avant le sujet jeg.

Mettre ikke après le verbe dans la proposition en hvis

  • Incorrect : Hvis du kommer ikke, begynner vi uten deg.
  • Correct : Hvis du ikke kommer, begynner vi uten deg.
  • Pourquoi : dans une proposition subordonnée, ikke se place normalement avant le verbe conjugué.

Employer ville des deux côtés par simple symétrie

  • Incorrect dans le sens visé : Hvis jeg ville ha mer tid, ville jeg trene hver dag.
  • Correct : Hvis jeg hadde mer tid, ville jeg trene hver dag.
  • Pourquoi : pour « si j’avais plus de temps », la condition prend le prétérit hadde, et seule la conséquence prend normalement ville. Ville peut néanmoins apparaître dans une condition lorsqu’il garde son propre sens de volonté : Hvis du ville høre på meg… (« Si tu voulais bien m’écouter… »).

Confondre l’hypothèse présente et le passé irréel

  • Incorrect pour un regret passé : Hvis jeg hadde tid i går, ville jeg komme.
  • Correct : Hvis jeg hadde hatt tid i går, ville jeg ha kommet.
  • Pourquoi : « hier » impose ici une condition passée non réalisée. Le plus-que-parfait de ha est hadde hatt, et la conséquence passée est ville ha kommet.

Oublier ha dans la conséquence passée

  • Incorrect : Hvis hun hadde ringt, ville jeg svart.
  • Correct dans le schéma complet : Hvis hun hadde ringt, ville jeg ha svart.
  • Pourquoi : le conditionnel passé se forme avec ville ha + participe passé. Dans la langue spontanée, on peut rencontrer des formes réduites ou des variations, mais ville ha svart est la construction claire à apprendre et à employer.

Calquer automatiquement le futur français

  • Moins naturel sans contexte particulier : Hvis det regner i morgen, vil vi ta bussen.
  • Naturel pour une simple décision prévue : Hvis det regner i morgen, tar vi bussen.
  • Pourquoi : le présent norvégien peut exprimer l’avenir. Vil n’est pas interdit, mais peut ajouter une nuance de volonté, de prévision ou de conséquence plutôt que constituer un simple « futur obligatoire ».

Notes d’usage

Hvis, dersom et om

Hvis est le choix neutre et courant dans la conversation comme à l’écrit. Dersom signifie également « si », avec une tonalité souvent plus formelle ou plus fréquente dans les consignes, les règlements et les textes administratifs : Dersom betalingen uteblir, sendes det en påminnelse (« Si le paiement n’est pas effectué, un rappel est envoyé »).

Om peut parfois introduire une condition, surtout dans des tournures courantes, mais il sert aussi à introduire une interrogation indirecte au sens de « si » ou « est-ce que » : Jeg vet ikke om han kommer (« Je ne sais pas s’il vient »). Pour formuler une condition sans ambiguïté, hvis reste le meilleur réflexe.

D’autres façons d’exprimer une condition

  • med mindre — « à moins que » : Vi går ut med mindre det regner.
  • så lenge — « tant que / à condition que » : Du kan låne bilen så lenge du kjører forsiktig.
  • forutsatt at — « à condition que », registre plutôt formel : Avtalen gjelder forutsatt at begge parter signerer.

Avec med mindre, la condition est déjà négative par son sens. Ajouter ikke peut donc produire une double négation ou changer le message. Vi går ut med mindre det regner signifie bien « Nous sortirons à moins qu’il pleuve ».

Degré de politesse et degré de probabilité

Le choix entre présent et prétérit peut adoucir une demande ou rendre une suggestion moins directe. Hvis du har tid, kan du se på dette? suppose assez simplement que la personne pourrait avoir le temps. Hvis du hadde tid, kunne du se på dette? présente la demande avec davantage de distance, un peu comme « Si vous aviez un moment… ».

Cette opposition n’est pas une mesure mathématique de probabilité. Le contexte et l’intonation comptent : le prétérit peut exprimer l’imagination, la prudence, la politesse ou le caractère contraire aux faits.

Pour aller plus loin

La condition sans hvis

Dans un style concis, soigné ou formel, on peut supprimer hvis et placer le verbe en tête. Cette inversion apparaît surtout avec hadde, skulle et parfois d’autres auxiliaires :

  • Hadde jeg tid, ville jeg hjelpe. — « Si j’avais le temps, j’aiderais. »
  • Hadde jeg visst det, ville jeg ha sagt fra. — « Si je l’avais su, j’aurais prévenu. »
  • Skulle det oppstå problemer, kontakt kundeservice. — « Si des problèmes devaient survenir, contactez le service client. »

Il ne s’agit pas d’une question : l’intonation, la virgule et la proposition qui suit montrent qu’il s’agit d’une condition. Dans la conversation quotidienne, la version avec hvis est généralement plus transparente pour l’apprenant.

Skulle pour une éventualité prudente

Hvis + skulle + infinitif présente un événement comme possible, mais incertain ou envisagé par précaution :

  • Hvis du skulle trenge hjelp, er jeg hjemme. — « Si jamais tu avais besoin d’aide, je suis chez moi. »
  • Hvis flyet skulle bli forsinket, sender jeg en melding. — « Si jamais l’avion était retardé, j’enverrai un message. »

La variante inversée, Skulle du trenge hjelp…, est particulièrement fréquente dans les offres, les instructions et les messages professionnels. Elle ne signifie pas nécessairement que l’événement est très improbable ; elle permet aussi de rester prudent et non insistant.

Les conditionnelles mixtes

Les deux propositions ne se rapportent pas toujours au même moment. Une conditionnelle mixte associe des périodes différentes lorsque la logique l’exige :

  • Hvis jeg hadde studert medisin, ville jeg vært lege nå. — « Si j’avais étudié la médecine, je serais médecin aujourd’hui. »
  • Hvis han var mer organisert, ville han ikke ha glemt møtet i går. — « S’il était plus organisé, il n’aurait pas oublié la réunion hier. »

Dans le premier exemple, une décision passée explique une situation présente. Dans le second, une caractéristique actuelle explique un résultat passé. Il vaut mieux choisir les temps d’après le moment réel de chaque idée que mémoriser une correspondance rigide.

On rencontre aussi ville ha vært (« aurait été ») et la variante plus compacte ville vært dans certains usages. Pour une production claire et conforme au schéma de référence, ville ha + participe passé reste le modèle le plus sûr : ville ha vært, ville ha gjort, ville ha kommet.

Quand ville appartient réellement à la condition

La règle pratique « pas de ville après hvis » évite beaucoup d’erreurs, mais ce n’est pas une interdiction absolue. Ville est légitime lorsqu’il signifie « vouloir », exprime une disposition ou appartient à un autre repère temporel :

  • Hvis du ville hjelpe til, ville vi bli fortere ferdige. — « Si tu voulais bien donner un coup de main, nous finirions plus vite. »
  • Jeg visste ikke om han ville komme. — « Je ne savais pas s’il viendrait. »

Le deuxième exemple n’est d’ailleurs pas une condition : om introduit une interrogation indirecte. Cette distinction entre « à la condition que » et « la question de savoir si » est essentielle pour bien interpréter les phrases complexes.

Conseils pratiques

  1. Transformez une même situation trois fois. Partez de Hvis hun kommer, spiser vi sammen, puis produisez Hvis hun kom, ville vi spise sammen et Hvis hun hadde kommet, ville vi ha spist sammen. Cette série fait sentir le passage du possible à l’imaginaire, puis au passé non réalisé.
  2. Surlignez les verbes par groupes. Dans une condition passée, repérez d’un côté hadde + participe, de l’autre ville ha + participe. Vérifiez ensuite que ha est resté à l’infinitif après ville.
  3. Entraînez l’inversion à voix haute. Commencez par la principale (Jeg ringer deg hvis…), puis placez la condition devant (Hvis…, ringer jeg deg). Cet exercice évite l’erreur très fréquente hvis…, jeg ringer.

Concepts associés

  • Prérequis : Le conditionnel — présente ville + infinitif, les verbes modaux et les emplois de base nécessaires pour construire la conséquence d’une hypothèse.

Prérequis

Le conditionnel en norvégienB1

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