B1

Le conditionnel en norvégien

Kondisjonalis

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de norvégien sur Settemila Lingue.

En bref

Le norvégien n’ajoute pas de terminaison conditionnelle au verbe principal : il emploie surtout ville + infinitif sans å. Ainsi, jeg ville komme signifie « je viendrais ». Cette construction sert aux situations imaginées, mais aussi au futur vu depuis le passé ; les demandes polies utilisent souvent kunne ou ville gjerne.

Vue d’ensemble

Le conditionnel présente une action comme possible, imaginée ou dépendante d’une condition : « je viendrais », « nous achèterions ». En norvégien bokmål, cette notion se nomme kondisjonalis. Contrairement au français, elle ne correspond pas à une série de terminaisons propres. On combine généralement ville, forme passée du modal vil, avec l’infinitif (la forme de base du verbe) : ville komme, ville kjøpe, ville hjelpe.

Ce point apparaît au niveau B1. Il permet de quitter le simple constat pour envisager un autre scénario : Hvis jeg hadde tid, ville jeg komme (« si j’avais le temps, je viendrais »). Il sert également à atténuer un souhait ou une demande et à rapporter une action qui, depuis un moment passé, appartenait encore à l’avenir : Hun sa at hun ville komme (« elle a dit qu’elle viendrait »).

Pour un francophone, les emplois sont donc assez familiers, mais la forme demande un nouvel automatisme. Il ne faut pas chercher l’équivalent d’une terminaison comme -rais. Il faut choisir un modal, puis laisser le verbe principal à l’infinitif sans å, le marqueur norvégien de l’infinitif.

Formation et fonctionnement

La construction de base

Le schéma central est le suivant :

Place Élément Exemple
1 sujet jeg
2 ville ville
3 infinitif sans å komme

On obtient Jeg ville komme : « je viendrais ». Ville reste identique avec toutes les personnes : jeg ville, du ville, hun ville, vi ville, dere ville, de ville. Le verbe principal ne se conjugue pas non plus.

Après un verbe modal (un verbe comme « pouvoir », « devoir » ou « vouloir » qui précise la possibilité, l’obligation ou l’intention), le norvégien omet normalement å :

Forme correcte Forme à éviter Sens
Jeg ville reise. Jeg ville å reise. Je voyagerais / partirais.
Kunne du vente? Kunne du å vente? Pourrais-tu attendre ?
Vi burde dra. Vi burde å dra. Nous devrions partir.

Cette règle prolonge directement celle des verbes modaux : kan svømme, vil spise, må gå.

Une hypothèse au présent ou dans l’avenir

Pour une situation contraire aux faits ou jugée peu probable, la construction fréquente est :

hvis + prétérit, ville + infinitif

Le prétérit est une forme verbale du passé. Dans ce type de phrase, il ne situe pourtant pas toujours l’action dans le passé : il crée une distance par rapport à la réalité.

  • Hvis jeg hadde tid, ville jeg komme. — Si j’avais le temps, je viendrais.
  • Hvis hun bodde her, ville vi ses oftere. — Si elle habitait ici, nous nous verrions plus souvent.

Le français suit ici une logique proche : imparfait après « si », conditionnel dans le résultat. Il ne faut cependant pas appliquer cette combinaison à toutes les phrases avec hvis. Une condition réellement possible emploie volontiers le présent : Hvis du kommer i morgen, lager jeg middag (« si tu viens demain, je prépare le dîner »).

L’ordre des mots

Quand la proposition introduite par hvis (« si ») ouvre la phrase, toute cette proposition occupe la première position. Dans la proposition principale, le verbe conjugué ville vient alors avant le sujet :

  • Hvis jeg hadde tid, ville jeg komme.
  • Jeg ville komme hvis jeg hadde tid.

Ce phénomène relève de la règle V2 : dans une proposition principale norvégienne, le verbe conjugué se place normalement en deuxième position. La virgule ne permet donc pas de conserver l’ordre jeg ville après une condition placée en tête.

La négation ikke se place différemment dans les deux parties :

  • Hvis jeg ikke hadde tid, ville jeg ikke komme.

Dans la subordonnée en hvis, ikke précède le verbe conjugué ; dans la proposition principale, il suit généralement le sujet.

Souhaits et demandes polies

Le français emploie souvent le conditionnel pour atténuer une demande. En norvégien, plusieurs formulations sont possibles :

Construction Emploi courant Exemple
Kunne du/dere … ? demande polie Kunne du åpne døra?
Ville du/dere … ? volonté ou service demandé avec tact Ville du sende meg adressen?
Jeg ville gjerne … souhait prudent ou dépendant du contexte Jeg ville gjerne snakke med legen.
Jeg vil gjerne … souhait poli, direct et très courant Jeg vil gjerne betale.

Gjerne signifie ici « volontiers » ou « bien ». Dans un café, Jeg vil gjerne ha en kaffe est souvent plus spontané que Jeg ville gjerne ha en kaffe. Cette dernière phrase reste correcte, notamment si l’on formule une préférence avec davantage de réserve.

Le futur vu depuis le passé

Ville + infinitif ne décrit pas toujours une hypothèse. Il peut présenter comme future une action annoncée, pensée ou attendue à un moment passé :

Point de vue présent Point de vue passé
Hun sier at hun vil komme. — Elle dit qu’elle viendra. Hun sa at hun ville komme. — Elle a dit qu’elle viendrait.
Jeg tror det vil gå bra. — Je crois que cela ira bien. Jeg trodde det ville gå bra. — Je croyais que cela irait bien.

Le français utilise lui aussi le conditionnel pour ce futur dans le passé. Le sens n’est pas « peut-être » : l’action était simplement encore à venir au moment dont on parle.

Exemples en contexte

Norvégien Français Remarque
Jeg ville gjerne ha kaffe. Je voudrais bien du café. Souhait formulé avec réserve.
Hvis jeg hadde tid, ville jeg komme. Si j’avais le temps, je viendrais. Hypothèse au présent.
Kunne du hjelpe meg? Pourrais-tu m’aider ? / Pourriez-vous m’aider ? Demande polie très courante.
Hun sa at hun ville komme. Elle a dit qu’elle viendrait. Futur vu depuis le passé.
Hvis vi bodde nærmere, ville vi besøke dere oftere. Si nous habitions plus près, nous vous rendrions visite plus souvent. Situation contraire à la réalité actuelle.
Jeg ville ikke gjøre det uten å spørre først. Je ne ferais pas cela sans demander d’abord. Décision dans un scénario imaginé.
Det ville være hyggelig å møtes igjen. Ce serait agréable de se revoir. Suggestion indirecte.
Ville du bli med oss? Voudrais-tu venir avec nous ? Invitation formulée avec tact.
Hvis du spurte henne, ville hun sikkert svare. Si tu le lui demandais, elle répondrait sûrement. Résultat probable dans une hypothèse.
De trodde at toget ville være forsinket. Ils pensaient que le train aurait du retard. Prévision rapportée depuis le passé.
Hvis jeg hadde visst det, ville jeg ha ringt. Si je l’avais su, j’aurais téléphoné. Hypothèse passée, forme avancée.
Jeg skulle gjerne hatt mer tid. J’aurais bien aimé avoir plus de temps. Tournure idiomatique avec skulle.

Erreurs fréquentes

Ajouter å après ville

  • À éviter : Jeg ville å komme.
  • Correct : Jeg ville komme.
  • Pourquoi : après un modal, l’infinitif se construit sans å. Le français n’a pas de petit mot visible dans « je viendrais » ; il ne fournit donc aucun repère utile ici : il faut mémoriser tout le groupe ville komme.

Garder le sujet avant ville après une condition initiale

  • À éviter : Hvis jeg hadde tid, jeg ville komme.
  • Correct : Hvis jeg hadde tid, ville jeg komme.
  • Pourquoi : la condition occupe la première position de la phrase ; la règle V2 place ensuite ville avant le sujet jeg.

Mettre ville dans toutes les phrases avec hvis

  • À éviter dans une condition ouverte : Hvis du kommer i morgen, ville jeg lage middag si l’on veut simplement dire « si tu viens demain, je préparerai le dîner ».
  • Correct : Hvis du kommer i morgen, lager jeg middag.
  • Pourquoi : une condition réaliste n’exige pas le conditionnel. Ville convient surtout au résultat d’une situation imaginée, distante ou contraire aux faits.

Confondre vil et ville

  • À éviter : Jeg vil reise hvis jeg hadde penger pour « je voyagerais si j’avais de l’argent ».
  • Correct : Jeg ville reise hvis jeg hadde penger.
  • Pourquoi : vil est au présent et peut exprimer une volonté ou un futur ; ville sert ici au scénario hypothétique.

Traduire automatiquement ville par un conditionnel français

  • Interprétation trompeuse : Da jeg var liten, ville jeg bli lege = « quand j’étais petit, je deviendrais médecin ».
  • Interprétation naturelle : « Quand j’étais petit, je voulais devenir médecin. »
  • Pourquoi : ville est aussi le prétérit de vil au sens de « vouloir ». Seul le contexte permet de trancher entre volonté passée, hypothèse et futur dans le passé.

Notes d’usage

Le norvégien parlé préfère souvent une formulation simple et directe là où le français choisit volontiers le conditionnel de politesse. Jeg vil gjerne ha … est poli et naturel au restaurant ou dans un magasin ; il ne faut pas le rendre artificiellement plus distant dans toutes les situations. Kunne du … ? est en revanche une excellente formule passe-partout pour demander un service.

Le pronom du peut correspondre aussi bien à « tu » qu’au « vous » de politesse adressé à une seule personne. Le norvégien contemporain ne change donc généralement pas de pronom pour marquer la déférence. Dere s’adresse à plusieurs personnes, et non à une seule personne que l’on vouvoie. La politesse repose surtout sur la tournure, l’intonation et des mots comme gjerne, takk ou vær så snill.

La phrase Jeg ville gjerne … peut sembler incomplète hors contexte : le locuteur voulait-il quelque chose dans le passé ou exprime-t-il maintenant un souhait prudent ? Dans une conversation réelle, la situation et la suite de la phrase dissipent normalement cette ambiguïté.

Pour aller plus loin

Le conditionnel passé

Pour imaginer un résultat qui ne s’est pas produit, on emploie souvent :

ville + ha + participe passé

Le participe passé est la forme employée dans un temps composé, par exemple kommet dans har kommet (« est venu »).

  • Jeg ville ha kommet hvis jeg hadde kunnet. — Je serais venu si j’avais pu.
  • De ville ha kjøpt huset hvis det hadde vært billigere. — Ils auraient acheté la maison si elle avait été moins chère.

La condition contient typiquement hadde + participe passé, tandis que le résultat contient ville ha + participe passé. C’est le domaine des phrases conditionnelles, étudiées plus en détail au niveau B2.

Dans l’usage, on rencontre aussi des groupes comme ville gjort sans ha, surtout avec certains verbes modaux et dans la langue courante. Pour l’apprentissage, ville ha gjort constitue la forme explicite et sûre du conditionnel passé.

Ville, skulle et burde ne sont pas interchangeables

Ces modaux peuvent tous correspondre à un conditionnel français, mais ils n’ajoutent pas la même nuance :

Forme Nuance fréquente Exemple
ville gjøre ferait, voudrait faire Jeg ville hjelpe.
skulle gjøre devait faire, était censé faire Jeg skulle ringe.
burde gjøre devrait faire, conseil Du burde hvile.
kunne gjøre pourrait faire, possibilité Vi kunne vente.

Au passé composé, la différence devient importante : Jeg ville ha ringt signifie « j’aurais appelé », tandis que Jeg skulle ha ringt signifie souvent « j’aurais dû appeler » ou « j’étais censé appeler ». La seconde phrase peut donc exprimer un regret ou une obligation non accomplie.

Enfin, le norvégien peut supprimer hvis dans un style plus soutenu et placer le verbe en tête : Hadde jeg visst det, ville jeg ha ringt (« si je l’avais su, j’aurais téléphoné »). Cette inversion est utile à reconnaître, mais la construction avec hvis reste le meilleur modèle de départ.

Conseils pour s’entraîner

  1. Construisez des paires réalité–hypothèse. Partez de Jeg har ikke tid (« je n’ai pas le temps »), puis transformez : Hvis jeg hadde tid, ville jeg … Complétez avec cinq actions de votre quotidien.
  2. Apprenez les groupes entiers. Répétez ville komme, kunne hjelpe, burde vente plutôt que les modaux isolés. Cela fixe en même temps l’absence de å.
  3. Classez les exemples selon leur sens. En lisant ou en écoutant du norvégien, demandez-vous si ville indique une hypothèse, une volonté passée ou un futur vu depuis le passé. Cette habitude évite les traductions automatiques.

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