Le discours rapporté en swahili
Usemi wa Taarifa
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de swahili sur Settemila Lingue.
En bref
En swahili, on rapporte généralement une déclaration avec un verbe comme kusema (« dire »), suivi de kwamba ou kuwa (« que ») : Alisema kwamba atakuja (« Il/Elle a dit qu’il/elle viendrait »). Contrairement au français, un verbe introducteur au passé n’impose pas automatiquement un recul des temps : le temps de la proposition rapportée dépend surtout du moment auquel la situation est vraie.
Vue d’ensemble
Le discours rapporté, ou usemi wa taarifa, permet de redire les paroles, les pensées ou les affirmations de quelqu’un sans les citer exactement. Dans Asha alisema: “Ninachoka”, les mots d’Asha sont reproduits directement. Dans Asha alisema kwamba anachoka, ils sont intégrés à une nouvelle phrase : « Asha a dit qu’elle était fatiguée. » La partie introduite par kwamba est une proposition subordonnée (un petit énoncé qui dépend du verbe principal).
Ce point apparaît au niveau B2 parce qu’il ne suffit pas d’ajouter « que ». Il faut aussi décider de quel point de vue on parle : qui est désigné par le préfixe sujet, si la situation reste vraie, et si leo (« aujourd’hui »), kesho (« demain ») ou hapa (« ici ») doivent être adaptés. Le swahili et le français ne découpent pas toujours ces relations temporelles de la même façon.
Pour un francophone, la différence essentielle concerne la concordance des temps (la manière dont les temps de deux verbes s’accordent). Le français transforme souvent « je viendrai » en « il a dit qu’il viendrait ». Le swahili peut conserver -ta- du futur : alisema kwamba atakuja. Il peut aussi conserver -na- si l’information vaut encore au moment où l’on parle. Le choix exprime donc le sens voulu plutôt qu’une transformation mécanique.
Comment cela fonctionne
La structure de base
Une déclaration rapportée suit le plus souvent ce modèle :
verbe introducteur + kwamba/kuwa + proposition rapportée
Dans la proposition rapportée, le verbe reste un verbe swahili complet, avec son préfixe sujet et son marqueur de temps :
| Élément | Exemple | Rôle |
|---|---|---|
| verbe introducteur | alisema | « il/elle a dit » |
| lien | kwamba | « que » |
| proposition rapportée | atakuja kesho | « il/elle viendra demain » |
Ainsi, Alisema kwamba atakuja kesho se décompose en a-li-sema (« il/elle a dit ») et a-ta-kuja (« il/elle viendra »). Le premier verbe place l’acte de parole dans le passé ; le second situe la venue dans l’avenir selon le point de vue retenu.
Choisir entre kwamba et kuwa
Kwamba et kuwa peuvent tous deux introduire le contenu d’une déclaration. Dans cet emploi, ils correspondent souvent à « que » :
- Juma alisema kwamba ana kazi. — « Juma a dit qu’il avait du travail. »
- Juma alisema kuwa ana kazi. — même sens général.
Kwamba rend très visible la frontière entre le verbe introducteur et les paroles rapportées. Kuwa, qui est aussi l’infinitif « être », sert également de lien devant une proposition complète ; le contexte empêche normalement toute confusion. Les deux formes sont courantes, notamment à l’écrit. Il est plus utile d’apprendre à reconnaître les deux que de chercher une équivalence française différente pour chacune.
Dans une conversation brève, le lien peut parfois être omis après certains verbes, mais kwamba ou kuwa rend la relation plus claire. Pour produire des phrases sûres et faciles à comprendre, surtout avec une proposition longue, il vaut mieux conserver l’un des deux.
Les principaux verbes introducteurs
Le verbe choisi indique l’attitude du locuteur et parfois le destinataire :
| Verbe | Sens principal | Exemple |
|---|---|---|
| kusema | dire, déclarer | alisema kwamba… |
| kuambia | dire à quelqu’un, informer quelqu’un | aliniambia kuwa… |
| kudai | affirmer, prétendre, revendiquer | alidai kwamba… |
| kuhakikishia | assurer, donner la garantie à quelqu’un | alinihakikishia kuwa… |
| kueleza | expliquer, exposer | alieleza kwamba… |
| kutangaza | annoncer publiquement | walitangaza kuwa… |
Avec kuambia, le destinataire est souvent inscrit dans le verbe grâce à un préfixe objet (un petit élément qui représente la personne recevant l’action) : aliniambia signifie « il/elle m’a dit », alimwambia « il/elle lui a dit » et alituambia « il/elle nous a dit ». Le français distingue lui aussi « dire » et « dire à quelqu’un », mais il exprime le destinataire par un pronom séparé ; le swahili l’intègre fréquemment au verbe.
Les temps : pas de recul automatique
Après un verbe au passé, trois relations sont particulièrement utiles.
| Situation envisagée | Forme possible | Interprétation |
|---|---|---|
| l’état reste actuel ou est présenté comme valable | Alisema kwamba anaumwa. | Il/Elle a dit qu’il/elle est malade. |
| l’état ou l’action est placé dans le passé | Alisema kwamba aliumwa. | Il/Elle a dit qu’il/elle avait été malade. |
| l’action est ultérieure | Alisema kwamba atakuja. | Il/Elle a dit qu’il/elle viendrait. |
Le marqueur -na- peut donc rester au présent : anasoma (« il/elle étudie »). Si le narrateur replace explicitement la situation dans le passé, il peut employer -li- : alisoma (« il/elle étudiait/a étudié », selon le contexte), ou une construction avec alikuwa pour donner un arrière-plan passé : alikuwa mgonjwa (« il/elle était malade »).
Cette liberté n’autorise pas un choix au hasard. Demandez-vous plutôt : l’information est-elle encore vraie maintenant ? était-elle vraie au moment des paroles ? l’action devait-elle arriver après ces paroles ? La traduction française peut employer l’imparfait ou le conditionnel alors que le swahili conserve respectivement -na- ou -ta-.
Adapter les personnes et les repères
Dans une citation directe, le locuteur parle depuis sa propre position. Au discours indirect, le narrateur peut devoir changer le préfixe sujet ou objet :
- Amina alisema: “Ninahitaji msaada.” — Amina a dit : « J’ai besoin d’aide. »
- Amina alisema kwamba anahitaji msaada. — Amina a dit qu’elle avait besoin d’aide.
Nina- devient ici ana- parce que la première personne d’Amina devient une troisième personne dans le récit. Comme le swahili n’oppose pas « il » et « elle » dans ce préfixe, a- ne précise pas le genre. Le contexte indique aussi si le sujet du second verbe est la personne qui a parlé ou une autre personne.
Les repères de temps et de lieu ne changent que si le point de vue l’exige :
| Dans les paroles originales | Adaptation possible | Sens |
|---|---|---|
| leo | siku hiyo | aujourd’hui → ce jour-là |
| kesho | siku iliyofuata | demain → le lendemain |
| jana | siku iliyotangulia | hier → la veille/le jour précédent |
| hapa | pale ou le nom du lieu | ici → là-bas/à cet endroit |
Si l’on rapporte les paroles le même jour et depuis le même lieu, leo ou hapa peut parfaitement rester naturel. Là encore, il ne s’agit pas d’une liste de remplacements obligatoires.
Exemples en contexte
| Swahili | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Alisema kwamba atakuja kesho. | Il/Elle a dit qu’il/elle viendrait demain. | Futur -ta- maintenu. |
| Waliambia kuwa walikuwa wagonjwa. | Ils/Elles ont dit qu’ils/elles étaient malades. | Walikuwa situe l’état dans le passé. |
| Mwalimu alidai kuwa wanafunzi hawakusoma. | Le professeur a affirmé que les élèves n’avaient pas étudié. | Négation passée avec hawaku-. |
| Alinihakikishia kwamba kila kitu ni sawa. | Il/Elle m’a assuré que tout allait bien. | ni sawa présente la situation comme toujours valable. |
| Asha alisema kwamba anafanya kazi nyumbani. | Asha a dit qu’elle travaillait chez elle. | Le présent -na- est conservé. |
| Baba alituambia kuwa safari iliahirishwa. | Papa nous a dit que le voyage avait été reporté. | Le destinataire « nous » est dans -tu-. |
| Juma alieleza kwamba alipoteza simu yake sokoni. | Juma a expliqué qu’il avait perdu son téléphone au marché. | L’événement rapporté est passé. |
| Waziri alitangaza kuwa bei zitapungua mwezi ujao. | Le ministre a annoncé que les prix baisseraient le mois suivant. | Accord de classe dans zi-ta-pungua. |
| Neema alisema kwamba hajamaliza kazi bado. | Neema a dit qu’elle n’avait pas encore fini le travail. | L’inachèvement reste pertinent. |
| Walidai kwamba hawakujua jambo hilo. | Ils/Elles ont affirmé ne rien savoir de cette affaire. | Déclaration négative au passé. |
| Aliuliza kama mkutano ungeanza saa tatu. | Il/Elle a demandé si la réunion commencerait à neuf heures. | Question indirecte introduite par kama. |
| Mama alimwambia mtoto aoge kabla ya kulala. | La mère a dit à l’enfant de se laver avant de dormir. | Consigne rapportée avec aoge. |
Dans le dernier exemple, saa tatu suit le système horaire swahili courant : il correspond généralement à neuf heures. La grammaire du discours rapporté ne change pas cette façon de compter les heures.
Erreurs courantes
Reculer systématiquement le temps comme en français
- À éviter : Alisema kwamba alikuja kesho. pour dire qu’une venue devait avoir lieu après les paroles.
- Forme attendue : Alisema kwamba atakuja kesho.
- Pourquoi : -li- place la venue dans le passé ; -ta- exprime ici une venue ultérieure. Le conditionnel français « viendrait » ne se traduit pas automatiquement par un passé swahili.
Conserver la première personne de la citation
- Incorrect : Amina alisema kwamba ninahitaji msaada. si c’est Amina, et non le narrateur, qui a besoin d’aide.
- Correct : Amina alisema kwamba anahitaji msaada.
- Pourquoi : ni- signifie « je ». En racontant les paroles d’Amina, on emploie normalement a- pour « il/elle ».
Oublier le destinataire avec kuambia
- Moins précis : Mwalimu aliambia kwamba mtihani ni kesho.
- Plus naturel si le destinataire est connu : Mwalimu alituambia kwamba mtihani ni kesho.
- Pourquoi : kuambia signifie « dire à quelqu’un ». Le préfixe -tu- précise ici « à nous ». Avec kusema, aucun destinataire n’est requis : Mwalimu alisema kwamba…
Employer kwamba pour une question indirecte fermée
- Incorrect : Aliuliza kwamba nitakuja. pour « Il/Elle a demandé si je viendrais. »
- Correct : Aliuliza kama nitakuja.
- Pourquoi : une question dont la réponse est oui ou non s’introduit normalement avec kama (« si »), et non avec le « que » déclaratif kwamba.
Modifier leo, kesho et hapa sans regarder le contexte
- Trompeur : remplacer toujours kesho par siku iliyofuata.
- Correct selon la situation : Alisema kwamba atakuja kesho si demain est encore le lendemain du moment où l’on raconte.
- Pourquoi : les repères changent avec la date et le lieu du récit, pas simplement parce que la phrase devient indirecte.
Notes d’usage
Kwamba et kuwa conviennent à la conversation, aux récits, aux informations et aux textes formels. Dans un article de presse ou un compte rendu, des verbes comme kudai, kueleza et kutangaza permettent d’indiquer plus précisément la source et le statut de l’information. Kudai peut introduire une affirmation que le narrateur ne reprend pas entièrement à son compte, un peu comme « affirmer » ou « prétendre » selon le contexte français.
Le français oblige souvent à choisir entre « il » et « elle ». Le préfixe swahili a- ne donne pas cette information. Une traduction française doit donc s’appuyer sur le nom, le contexte ou une information antérieure ; la phrase swahilie seule peut rester ambiguë. De même, dans Alisema kwamba atakuja, les deux préfixes a- peuvent désigner la même personne, mais le contexte peut aussi faire comprendre qu’une autre personne viendra.
Le temps grammatical et les mots comme kesho doivent rester cohérents avec la situation réelle. Dans un récit ancien, siku iliyofuata est souvent plus clair que kesho. Dans un message transmis immédiatement, garder kesho est naturel. Le bon choix ne dépend donc pas du degré de formalité uniquement, mais du moment où les paroles sont rapportées.
Au-delà des bases : emplois avancés
Le discours rapporté ne se limite pas aux déclarations avec kwamba et kuwa. Une question indirecte (une question intégrée dans une phrase) emploie souvent kama pour « si » : Aliuliza kama tuko tayari (« Il/Elle a demandé si nous étions prêts »). Avec un mot interrogatif, celui-ci est conservé : Aliuliza kwa nini tulichelewa (« Il/Elle a demandé pourquoi nous étions en retard ») ou Aliuliza tutafika lini (« Il/Elle a demandé quand nous arriverions »).
Pour rapporter un ordre, une demande ou un conseil, le swahili emploie fréquemment le subjonctif (une forme verbale qui présente l’action souhaitée plutôt qu’un fait constaté). La terminaison finale devient souvent -e :
- Alimwambia aende nyumbani. — « Il/Elle lui a dit de rentrer chez lui/elle. »
- Daktari alinishauri nipumzike. — « Le médecin m’a conseillé de me reposer. »
- Mwalimu aliwaomba wanafunzi wasichelewe. — « Le professeur a demandé aux élèves de ne pas être en retard. »
Dans ces phrases, on ne met pas nécessairement kwamba. Le rapport entre le verbe introducteur et l’action demandée est porté par la forme aende, nipumzike ou wasichelewe.
On rencontre aussi eti pour rapporter des propos entendus, une rumeur ou une affirmation dont le locuteur peut prendre ses distances : Eti ameondoka? peut suggérer « Il paraît qu’il/elle est parti(e) ? » ou une réaction dubitative selon l’intonation. Ce mot ne remplace donc pas partout kwamba : il ajoute une nuance de ouï-dire, de surprise ou parfois de scepticisme.
Enfin, un récit élaboré peut combiner plusieurs plans temporels : Alisema kwamba alikuwa amemaliza kazi kabla ya meneja kufika (« Il/Elle a dit qu’il/elle avait terminé le travail avant l’arrivée du responsable »). Alikuwa amemaliza présente l’achèvement comme antérieur à un autre repère passé. Cette construction est utile lorsque le simple alimaliza ne rend pas assez clairement l’ordre des événements.
Conseils de pratique
- Transformez de courtes citations. Partez de Musa alisema: “Nina njaa”, puis changez la personne : Musa alisema kwamba ana njaa. Faites le même exercice avec ni-, tu- et wa- afin d’automatiser les préfixes sujets.
- Dessinez une ligne du temps. Pour chaque phrase, marquez le moment des paroles, celui de l’action rapportée et le moment présent. Choisissez ensuite -na-, -li- ou -ta- d’après cette relation, sans traduire d’abord le temps français.
- Relevez le verbe introducteur à l’écoute. Dans un bulletin d’information ou un entretien en swahili, notez alisema, alidai, alieleza et alitangaza, puis observez le lien et le temps qui suivent. Reformulez enfin une information avec kwamba, puis avec kuwa.
Concepts associés
- Prérequis : Le passé en -li- — nécessaire pour situer l’acte de parole et les événements rapportés dans le passé.
Prérequis
Le passé en -li- en swahiliA2Plus de concepts de niveau B2
Ce concept dans d'autres langues
Comparer dans toutes les langues
Entraînez-vous à Usemi wa Taarifa en swahili avec un compte Settemila Lingue gratuit. Nous configurerons swahili · B2 et générerons des cartes consacrées précisément à ce concept grammatical.
Pratiquer ce concept