B2

L’extension causative en swahili (-ish-/-esh-/-z-)

Kauli ya Kusababisha

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de swahili sur Settemila Lingue.

En bref

Le swahili forme souvent le causatif en ajoutant une extension au radical verbal : pika (« cuisiner ») devient pikisha (« faire cuisiner »), et enda (« aller ») devient endesha (« faire aller, conduire »). Les formes les plus fréquentes sont -ish- et -esh- ; -z-, -sh- et quelques transformations moins régulières apparaissent aussi. Le sujet ne fait donc pas forcément l’action lui-même : il la provoque, l’ordonne, l’organise ou produit un nouvel état.

Vue d’ensemble

Le causatif sert à présenter une personne ou une chose comme la cause d’une action ou d’un changement. En français, on le rend souvent par « faire + infinitif », mais aussi par un verbe simple : kumlalisha mtoto signifie « coucher un enfant », littéralement « faire dormir un enfant » ; kuendesha gari signifie simplement « conduire une voiture », même si sa structure historique évoque le fait de « la faire aller ».

En swahili, le causatif appartient aux extensions verbales, c’est-à-dire aux éléments placés entre le radical du verbe et sa voyelle finale. Cette construction est très productive : elle permet de créer un nouveau verbe sans ajouter une proposition entière. Au niveau B2, il faut savoir reconnaître la relation entre le verbe de départ et sa forme causative, choisir une forme courante et suivre les personnes concernées dans une phrase parfois riche en compléments.

La traduction française n’indique pas toujours à elle seule le degré de contrainte. Selon la situation, alimpikisha peut vouloir dire qu’une personne en a forcé une autre à cuisiner, lui en a donné l’ordre ou a fait en sorte qu’elle cuisine. Le contexte, le ton et des mots comme kwa lazima (« de force ») précisent l’interprétation.

Comment fonctionne le causatif

La structure de base

Pour beaucoup de verbes terminés par -a, on retire cette voyelle finale, on ajoute l’extension causative, puis on remet la voyelle finale :

radical + extension causative + -a

La voyelle finale peut ensuite changer normalement selon la construction grammaticale. Au subjonctif, par exemple, pikisha devient pikishe : Nataka ampikishe Juma (« Je veux qu’il fasse cuisiner Juma »).

Verbe de départ Construction Forme causative Sens courant
pika pik- + -ish- + -a pikisha faire cuisiner, faire cuire
furahi furah- + -ish- + -a furahisha réjouir, rendre heureux
soma som- + -esh- + -a somesha faire lire, instruire
cheza chez- + -esh- + -a chezesha faire jouer, faire danser
enda end- + -esh- + -a endesha conduire, faire fonctionner

L’alternance entre -ish- et -esh- suit généralement l’harmonie vocalique : la voyelle de l’extension s’accorde avec les voyelles du radical. Après e ou o, on rencontre normalement -esh-, comme dans soma → somesha et cheza → chezesha. Avec a, i ou u, -ish- est fréquent, comme dans pika → pikisha et furahi → furahisha.

Cette règle donne une bonne première hypothèse, mais elle ne remplace pas l’apprentissage du verbe attesté. L’histoire du mot, la forme du radical et les changements de sons produisent des formes courantes qui ne ressemblent pas à une simple addition mécanique.

Les variantes en -z-, -sh- et les formes à mémoriser

Certains couples très usuels emploient une forme plus courte ou subissent une modification du radical :

État ou action de départ Causatif courant Rapport de sens
jaa — être plein jaza — remplir faire devenir plein
pungua — diminuer, devenir moins punguza — réduire faire diminuer
amka — se réveiller amsha — réveiller faire se réveiller
chemka — bouillir chemsha — faire bouillir provoquer l’ébullition
lala — dormir lalisha — coucher, faire dormir provoquer le sommeil
ona — voir onyesha — montrer faire voir
pona — guérir, se rétablir ponya — guérir quelqu’un faire se rétablir

Ces formes montrent pourquoi le titre -ish-/-esh-/-z- résume le système sans en épuiser toutes les réalisations. Il vaut mieux mémoriser les couples fréquents — amka/amsha, jaa/jaza, ona/onyesha — que fabriquer une forme en appliquant aveuglément une seule terminaison.

Ce qui change dans la phrase

Le causatif ajoute un nouveau participant : le causateur, c’est-à-dire la personne ou la chose qui provoque l’action. La personne amenée à agir est parfois appelée le causé ; en termes simples, c’est celle à qui l’on fait faire quelque chose.

Avec un verbe de départ sans objet, la personne qui accomplissait l’action devient le complément du nouveau verbe :

  • Mtoto analala. — « L’enfant dort. »
  • Mama anam-lal-isha mtoto. — « La mère couche l’enfant. »

Dans la seconde phrase, Mama est le sujet (la personne qui provoque l’action) et mtoto est la personne amenée à dormir. Le marqueur objet -m- dans anam-lalisha renvoie à cet enfant.

Avec un verbe qui avait déjà un objet, le causatif peut introduire deux groupes après le verbe : la personne qui agit et la chose sur laquelle porte l’action.

  • Wanafunzi wanasoma kitabu. — « Les élèves lisent un livre. »
  • Mwalimu anawasomesha wanafunzi kitabu. — « Le professeur fait lire un livre aux élèves / enseigne le livre aux élèves. »

Le swahili place les renseignements sur le sujet, le temps et souvent l’objet à l’intérieur même du verbe. Dans a-li-m-pik-ish-a, a- indique le sujet de troisième personne du singulier, -li- le passé, -m- la personne objet, et -pikish- l’idée de « faire cuisiner ». Pour un francophone, cette concentration d’informations dans un seul mot est plus importante à observer que la recherche d’un équivalent mot à mot.

Sens concret et sens lexicalisé

La relation causative reste transparente dans lala → lalisha ou cheza → chezesha. Ailleurs, le verbe dérivé a acquis un sens quotidien autonome :

  • endesha gari : conduire une voiture ;
  • fundisha : enseigner ;
  • onyesha : montrer ;
  • furahisha : réjouir, faire plaisir.

Il ne faut donc pas alourdir systématiquement la traduction française avec « faire ». Mwalimu anafundisha se traduit naturellement par « Le professeur enseigne », et non par une périphrase artificielle.

Exemples en contexte

Swahili Français Remarque
Mwalimu anawafundisha watoto. Le professeur enseigne aux enfants. -wa- reprend l’objet humain pluriel.
Alimpikisha kazi. Il/Elle l’a forcé(e) à cuisiner. Le contexte impose ici une lecture contraignante.
Ninaendesha gari. Je conduis une voiture. Verbe causatif devenu un terme quotidien.
Mama alimlalisha mtoto. La mère a couché l’enfant. lala (« dormir ») devient lalisha.
Tafadhali, chemsha maji. Fais bouillir l’eau, s’il te plaît. chemka décrit l’eau qui bout ; chemsha désigne l’action qui la fait bouillir.
Habari hiyo iliwafurahisha wote. Cette nouvelle les a tous réjouis. Une chose, habari hiyo, peut être la cause.
Muziki uliwachezesha watoto. La musique a fait danser les enfants. cheza devient chezesha.
Usimchekeshe mtoto. Ne fais pas rire l’enfant. Causatif négatif au subjonctif : usi-m-chekesh-e.
Daktari alimponya mgonjwa. Le médecin a guéri le malade. Forme particulière liée à pona, « se rétablir ».
Jaza chupa maji. Remplis la bouteille d’eau. jaza est le causatif usuel lié à jaa.
Kengele iliwaamsha wanafunzi. La sonnerie a réveillé les élèves. amka (« se réveiller ») devient amsha.
Mwalimu aliwasomesha wanafunzi kitabu hiki. Le professeur a fait lire ce livre aux élèves. Le causé et le livre sont tous deux exprimés.
Nitaonyesha picha hizo kesho. Je montrerai ces photos demain. Littéralement, l’idée est de « faire voir ».
Bei mpya zimepunguza gharama. Les nouveaux prix ont réduit les coûts. punguza exprime le fait de rendre moindre.

Erreurs fréquentes

Choisir -ish- après n’importe quel radical

  • Incorrect : soma → somisha
  • Correct : soma → somesha
  • Pourquoi : après la voyelle o du radical, la forme régulière attendue contient e : -esh-. Apprenez ensemble soma/somesha et cheza/chezesha.

Garder le -a avant l’extension

  • Incorrect : pikaisha
  • Correct : pikisha
  • Pourquoi : pour ce verbe, on part du radical pik-, puis on ajoute -ish- et la finale -a. La voyelle finale du verbe de départ n’est pas conservée devant l’extension.

Régulariser une forme très courante

  • Incorrect : jaisha chupa maji
  • Correct : jaza chupa maji
  • Pourquoi : le causatif usuel de jaa (« être plein ») est jaza (« remplir »). Les verbes courts et certains couples anciens doivent être appris comme du vocabulaire.

Oublier la personne à qui l’on fait faire l’action

  • Incorrect : Mama alilala mtoto.
  • Correct : Mama alimlalisha mtoto.
  • Pourquoi : lala signifie « dormir » et ne prend pas directement mtoto comme objet dans ce sens. lalisha transforme l’enfant en personne que la mère fait dormir ; -m- le reprend comme objet humain singulier.

Traduire chaque causatif par « forcer »

  • Interprétation trompeuse : Mwalimu anawafundisha watoto = « Le professeur force les enfants à apprendre. »
  • Traduction naturelle : « Le professeur enseigne aux enfants. »
  • Pourquoi : la construction indique une cause, pas automatiquement une contrainte. De nombreux causatifs sont de simples verbes usuels : enseigner, montrer, conduire, coucher ou réjouir.

Perdre le marqueur d’objet humain

  • À éviter en swahili standard soigné : Mwalimu anafundisha watoto.
  • Forme attendue : Mwalimu anawafundisha watoto.
  • Pourquoi : lorsqu’un objet humain défini est exprimé, son marqueur objet est normalement repris dans le verbe : -wa- correspond ici à watoto.

Notes d’usage

Le causatif est courant dans tous les registres. Il sert aussi bien aux actions domestiques (chemsha maji, « faire bouillir l’eau ») qu’à l’éducation (fundisha, somesha), aux émotions (furahisha, « réjouir ») et à la conduite d’un véhicule (endesha). Employer un causatif n’a donc rien de particulièrement soutenu.

La nuance exacte dépend beaucoup du sujet. Une personne peut donner un ordre ou organiser une action ; un événement peut simplement produire un résultat. Dans Muziki uliwachezesha watoto, la musique ne donne évidemment aucun ordre : elle incite les enfants à danser. Ajoutez kwa lazima (« de force »), kwa hiari (« volontairement ») ou une explication plus longue lorsque cette distinction compte.

Plusieurs causatifs ont leur propre entrée dans les dictionnaires parce que leur sens s’est spécialisé. Somesha peut signifier « faire lire », mais aussi « instruire, scolariser » selon le complément et le contexte. Endesha s’emploie pour conduire un véhicule et peut aussi évoquer le fonctionnement ou la gestion de quelque chose. Il est plus sûr de vérifier les associations naturelles du verbe que de calquer chaque « faire + infinitif » français.

Enfin, la prononciation et l’orthographe appartiennent à un seul mot. Les préfixes de sujet, de temps et d’objet restent devant le radical étendu : a-na-wa-fund-ish-a. Découper mentalement le mot aide à le comprendre, mais on écrit anawafundisha, sans espaces ni traits d’union.

Pour aller plus loin

Causatif et passif

Le causatif peut recevoir à son tour l’extension passive -w-, qui indique que le sujet subit l’action. Comparez :

  • Mwalimu anawafundisha watoto. — « Le professeur enseigne aux enfants. »
  • Watoto wanafundishwa na mwalimu. — « Les enfants sont instruits par le professeur. »
  • Kitabu kimesomeshwa darasani. — « Le livre a été donné à lire / utilisé pour l’enseignement en classe. »

Dans fundishwa et someshwa, le sens causatif reste présent sous la forme passive. L’analyse précise dépend toujours du sens lexical du verbe : une traduction trop littérale comme « être fait lire » peut être correcte dans un contexte technique, mais « être enseigné » ou « être donné à lire » est souvent plus naturel en français.

Plusieurs extensions dans le même verbe

Une forme causative peut aussi se combiner avec l’applicatif, le réciproque ou d’autres extensions. Par exemple, une extension applicative ajoute souvent un bénéficiaire ou un but, tandis que le passif change le point de vue sur les participants. Ces combinaisons entraînent parfois des ajustements de sons et de sens ; elles ne se comprennent pas toujours en traduisant chaque morceau séparément.

À ce stade, procédez en deux temps : repérez d’abord le noyau causatif (-ish-, -esh- ou une forme apparentée), puis identifiez ce que les autres extensions ajoutent. L’ordre et les effets détaillés sont traités dans l’article sur les extensions verbales combinées.

Le causateur n’est pas toujours une personne

Le sujet peut être un objet, une situation ou une idée :

  • Mvua ilichelewesha safari. — « La pluie a retardé le voyage. »
  • Maneno yake yalinikasirisha. — « Ses paroles m’ont mis(e) en colère. »
  • Habari njema ilitufurahisha. — « La bonne nouvelle nous a réjouis. »

Cette possibilité rapproche le causatif swahili de verbes français comme « retarder », « énerver » ou « réjouir ». La morphologie swahilie rend toutefois visible la relation avec un état ou une action de départ dans de nombreux couples verbaux.

Tous les « faire » français ne donnent pas une forme prévisible

Le système est productif, mais un locuteur choisit la forme consacrée par l’usage. Selon le verbe et la nuance, le swahili peut employer un causatif dérivé, un autre verbe lexical ou une construction plus développée. La bonne stratégie n’est donc pas d’inventer systématiquement un mot en -isha, mais de reconnaître la règle, puis de confirmer la forme dans un dictionnaire ou dans des exemples fiables.

Conseils de pratique

  1. Apprenez des couples avec une scène précise. Associez amka/amsha à une sonnerie, chemka/chemsha à une casserole et lala/lalisha à un parent qui couche un enfant. Le contraste « l’action se produit / quelqu’un la provoque » devient ainsi concret.
  2. Décomposez les verbes longs. Dans aliwafurahisha, repérez a-li-wa-furah-ish-a : sujet, passé, objet pluriel, radical, causatif et finale. Faites le même exercice avec anawafundisha et alimlalisha.
  3. Transformez deux phrases en une. Partez de Watoto wanacheza (« Les enfants dansent »), puis créez Muziki unawachezesha watoto (« La musique fait danser les enfants »). Variez ensuite le temps, la négation et la classe du sujet.

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Prérequis

L’extension applicative en swahiliB1

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