B2

L’extension réciproque -an- en swahili

Kauli ya Kutendana (-an-)

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de swahili sur Settemila Lingue.

En bref

L’extension -an- indique le plus souvent que plusieurs participants accomplissent une action les uns envers les autres : penda « aimer » devient pendana « s’aimer l’un l’autre ». Elle se place dans le verbe, avant la voyelle finale : wa-na-pend-an-a « ils/elles s’aiment ». Elle ne correspond donc pas à un pronom séparé comme le français « se ».

Vue d’ensemble

En swahili, on peut modifier le sens d’un radical verbal grâce à une extension (un élément ajouté à l’intérieur du verbe). L’extension réciproque, appelée kauli ya kutendana, présente une relation comme mutuelle : chacun des participants agit envers au moins un autre participant. Ainsi, kuona signifie « voir », tandis que kuonana signifie selon le contexte « se voir », « se rencontrer » ou « se revoir ».

Ce mécanisme devient particulièrement utile au niveau B2, lorsque l’on veut parler de relations, d’entraide, de désaccords, de communication ou d’actions collectives sans répéter deux propositions. Le français utilise souvent « se », « l’un l’autre », « entre eux » ou un verbe comme « s’entraider ». Le swahili, lui, inscrit directement la réciprocité dans le verbe.

Il faut toutefois résister à une habitude française : « se » peut être réfléchi — le sujet agit sur lui-même — ou réciproque — plusieurs personnes agissent les unes sur les autres. Le swahili distingue normalement ces deux lectures par des formes différentes. Cette différence est au cœur de l’emploi de -an-.

Comment ça fonctionne

La formation de base

Pour un infinitif courant terminé par -a, on peut d’abord retenir cette règle pratique : retirer le -a final et ajouter -ana.

Verbe de base Construction Forme réciproque Sens courant
kupenda pend + an + a kupendana s’aimer l’un l’autre
kuona on + an + a kuonana se voir, se rencontrer
kusaidia saidi + an + a kusaidiana s’entraider
kufuata fuat + an + a kufuatana se suivre, aller l’un derrière l’autre
kuuliza uliz + an + a kuulizana se poser des questions
kushauri shauri + an + a kushauriana se consulter, se conseiller mutuellement

La règle « -a → -ana » est commode, mais l’analyse exacte est radical + -an- + voyelle finale. Cette précision devient importante lorsque la voyelle finale n’est plus -a, notamment dans certaines formes négatives ou au subjonctif.

Une extension, pas un marqueur de temps

-an- ne dit ni quand l’action a lieu ni qui l’accomplit. Les préfixes habituels continuent d’indiquer le sujet et le temps ou l’aspect (la manière dont l’action se déroule dans le temps).

Forme Découpage simplifié Sens
wanapendana wa-na-pend-an-a ils/elles s’aiment
walipendana wa-li-pend-an-a ils/elles se sont aimés / s’aimaient
wamependana wa-me-pend-an-a ils/elles se sont aimés, avec un résultat actuel
watapendana wa-ta-pend-an-a ils/elles s’aimeront
tunaonana tu-na-on-an-a nous nous voyons
tutaonana tu-ta-on-an-a nous nous verrons

Le sujet est souvent pluriel, puisque la réciprocité implique plusieurs participants : Juma na Asha wanapendana « Juma et Asha s’aiment ». L’accord wa- renvoie ici aux deux personnes constituant le sujet.

Un sujet grammatical singulier reste néanmoins possible si l’autre participant est introduit par na « avec » : Juma anapendana na Asha « Juma et Asha s’aiment » ou, plus littéralement, « Juma est dans une relation d’amour mutuel avec Asha ». Dans cette construction, le préfixe a- s’accorde avec Juma, le sujet placé avant le verbe.

Réciproque ou réfléchi ?

Le réfléchi signifie que l’action revient sur celui qui l’accomplit. En swahili, il se marque généralement par -ji- avant le radical. Le réciproque en -an- met au contraire plusieurs participants en relation.

Idée Swahili Traduction française
chacun se lave lui-même Watoto wanajiosha. Les enfants se lavent.
chacun lave l’autre Watoto wanaoshana. Les enfants se lavent les uns les autres.
il se connaît lui-même Anajijua. Il se connaît lui-même.
ils se connaissent mutuellement Wanafahamiana. Ils se connaissent.

En français, « les enfants se lavent » peut être ambigu hors contexte. En swahili, -ji- et -an- permettent normalement de préciser le type de relation voulu.

Les participants et le complément d’objet

Avec un verbe réciproque, les participants qui seraient séparément sujet et complément d’objet (la personne ou la chose touchée par l’action) sont présentés comme un même ensemble. Comparez :

  • Asha anampenda Juma. — Asha aime Juma.
  • Juma anampenda Asha. — Juma aime Asha.
  • Asha na Juma wanapendana. — Asha et Juma s’aiment.

Dans la dernière phrase, il n’est plus nécessaire d’ajouter un marqueur d’objet pour Asha ou Juma : la forme -an- exprime déjà la relation mutuelle.

Exemples en contexte

Swahili Français Remarque
Wanapendana sana. Ils s’aiment beaucoup. Relation mutuelle au présent.
Tutaonana kesho. Nous nous verrons demain. Formule très courante pour prendre congé.
Walisaidiana kwa kazi. Ils se sont entraidés dans leur travail. Action mutuelle au passé.
Tunafahamiana vizuri. Nous nous connaissons bien et nous nous comprenons bien. Relation déjà établie.
Juma na Asha wanaandikiana kila wiki. Juma et Asha s’écrivent chaque semaine. Chacun écrit à l’autre.
Majirani wanatembeleana wakati wa sikukuu. Les voisins se rendent visite pendant les fêtes. Habitude réciproque.
Wanafunzi waliulizana maswali mengi. Les élèves se sont posé beaucoup de questions. Plusieurs échanges de questions.
Tulipeana zawadi. Nous nous sommes offert des cadeaux. Chaque participant donne à un autre.
Ndugu hao wamegombana. Ces frères et sœurs se sont disputés. Kugombana a un sens lexical courant.
Nchi hizi mbili zinashirikiana katika biashara. Ces deux pays coopèrent dans le commerce. Le sujet n’est pas humain ; l’accord est celui de la classe nominale correspondante.
Wazazi walishauriana kabla ya kuamua. Les parents se sont consultés avant de décider. Décision prise après consultation mutuelle.
Tulikubaliana kukutana kesho. Nous avons convenu de nous rencontrer demain. Kukubaliana signifie couramment « se mettre d’accord ».
Hawaelewani kuhusu jambo hilo. Ils ne se comprennent pas sur ce point. Présent négatif : la voyelle finale devient -i.
Ni vizuri tusaidiane. Il est bon que nous nous aidions. Subjonctif : la voyelle finale devient -e.

Erreurs courantes

Ajouter -ana après l’infinitif entier

  • Incorrect : Wana-pendaana.
  • Correct : Wanapendana.
  • Pourquoi : avec penda, on retire la voyelle finale avant d’insérer -an-, puis on remet la voyelle finale : pend-an-a, et non penda-an-a.

Employer un verbe simple quand la relation doit être mutuelle

  • Insuffisant pour le sens voulu : Juma na Asha wanapenda.
  • Correct : Juma na Asha wanapendana.
  • Pourquoi : wanapenda signifie seulement « ils aiment » ; la personne ou la chose aimée n’est pas indiquée. -an- précise que Juma aime Asha et qu’Asha aime Juma.

Faire un accord singulier avec un sujet coordonné

  • Incorrect : Juma na Asha anapendana.
  • Correct : Juma na Asha wanapendana.
  • Pourquoi : Juma na Asha forme un sujet pluriel, d’où wa-. En revanche, Juma anapendana na Asha est possible : seul Juma est alors le sujet grammatical placé avant le verbe.

Confondre le réfléchi et le réciproque

  • Incorrect pour « ils se lavent les uns les autres » : Wanajiosha.
  • Correct : Wanaoshana.
  • Pourquoi : -ji- renvoie l’action vers chaque sujet lui-même ; -an- fait circuler l’action entre les participants.

Croire que toutes les formes en -ana ont un sens parfaitement prévisible

  • Interprétation trompeuse : comprendre wamegombana comme une simple composition abstraite de « faire réciproquement ».
  • Interprétation naturelle : Wamegombana signifie « ils se sont disputés ».
  • Pourquoi : de nombreux verbes réciproques ont acquis un sens courant qu’il faut apprendre avec le verbe : kupigana « se battre », kukubaliana « se mettre d’accord », kuachana « se séparer ».

Garder toujours la voyelle finale -a

  • Incorrect : Hawapendana pour le présent négatif « ils ne s’aiment pas ».
  • Correct : Hawapendani.
  • Pourquoi : l’extension -an- reste présente, mais le présent négatif change la voyelle finale : pend-an-i. De même, le subjonctif donne par exemple tusaidiane « que nous nous aidions ».

Notes d’utilisation

L’extension réciproque appartient aussi bien à la conversation quotidienne qu’à la langue écrite. Elle n’est ni familière ni soutenue en elle-même. C’est le choix du verbe et le contexte qui déterminent le registre : tutaonana est une formule quotidienne, tandis que nchi zinashirikiana « les pays coopèrent » convient aussi à un texte officiel.

La traduction française ne contient pas toujours « l’un l’autre ». Tutaonana kesho se rend naturellement par « On se voit demain » ou « Nous nous verrons demain », et non nécessairement par « nous verrons l’un l’autre demain ». De même, walikubaliana correspond souvent simplement à « ils se sont mis d’accord ».

On peut préciser ou renforcer la relation avec wao kwa wao, « entre eux » ou « les uns avec les autres » : Walizungumza wao kwa wao « ils ont parlé entre eux ». Cette expression peut lever une ambiguïté ou créer une insistance, mais elle n’est pas automatiquement nécessaire lorsqu’un verbe en -an- suffit déjà.

Certains verbes présentent la relation comme une activité commune plutôt que comme deux actions faciles à séparer. Dans wanashirikiana « ils coopèrent » ou wamekutana « ils se sont rencontrés », il serait artificiel de chercher à chaque fois deux propositions françaises symétriques. Il vaut mieux mémoriser le sens naturel de l’ensemble.

Au-delà des bases : emplois avancés

Combiner l’applicatif et le réciproque

L’extension applicative (une extension qui ajoute notamment un bénéficiaire, un destinataire ou une direction) peut précéder -an-. La combinaison exprime souvent une action accomplie à destination les uns des autres.

Étapes Analyse Sens
andika → andikia → andikiana andik-i-an-a écrire l’un à l’autre
piga → pigia → pigiana simu pig-i-an-a simu se téléphoner
tembea → tembelea → tembeleana tembel-e-an-a se rendre visite

Cette combinaison explique pourquoi la forme de surface n’est pas toujours une simple copie visible du verbe de départ suivie de -ana. Il faut reconnaître les extensions successives et leur contribution au sens.

Combiner le causatif et le réciproque

Le causatif (une forme qui signifie « faire faire » ou « amener à ») peut lui aussi apparaître avant le réciproque. Par exemple, kuelimishana peut signifier « s’instruire mutuellement » ou « s’éduquer les uns les autres » : elim-ish-an-a. Dans la pratique, ces combinaisons se lexicalisent souvent ; il est donc plus sûr d’apprendre la forme avec un exemple authentique que de fabriquer librement de très longues chaînes d’extensions.

Changer la voyelle finale sans perdre -an-

À un niveau avancé, il est utile de séparer mentalement -an- de la voyelle finale :

  • wanasaidiana — ils s’entraident ;
  • hawasaidiani — ils ne s’entraident pas ;
  • tusaidiane — aidons-nous / que nous nous aidions ;
  • msigombane — ne vous disputez pas.

Le subjonctif (une forme verbale employée notamment pour un souhait, une nécessité ou une consigne) se termine ici par -e. La négation et le mode verbal modifient donc l’extrémité du mot, tandis que la valeur réciproque reste portée par -an-.

Distinguer réciprocité et sens lexical

Toutes les suites graphiques -an- ne doivent pas être analysées mécaniquement de la même manière. Le swahili possède aussi des familles de verbes où le sens de contact, d’association ou de rencontre est devenu central. Kushikana « se tenir l’un l’autre » et kukamatana « s’agripper / rester attachés » sont proches de la réciprocité, mais mettent particulièrement en avant le contact ou la liaison. Cette zone de sens mène au concept voisin de l’extension de contact et de persistance.

Conseils de pratique

  1. Travaillez par paires de sens. Pour cinq verbes fréquents, écrivez une phrase simple puis sa version réciproque : Asha anamwona Juma → Asha na Juma wanaonana. Vérifiez à chaque fois qui agit sur qui.
  2. Transformez les temps sans toucher au radical réciproque. Faites une petite série avec kusaidiana : tunasaidiana, tulisaidiana, tumesaidiana, tutasaidiana. Ajoutez ensuite hatusaidiani pour bien observer la voyelle finale du présent négatif.
  3. Classez les verbes comme du vocabulaire. Notez séparément les formes très prévisibles (kupendana, kusaidiana) et celles dont le sens est plus lexicalisé (kupigana, kukubaliana, kuachana). Une phrase complète est plus utile qu’une traduction isolée.

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Prérequis

L’extension applicative en swahiliB1

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