B1

L’extension applicative en swahili

Kauli ya Kutendea

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de swahili sur Settemila Lingue.

En bref

L’extension applicative, appelée kauli ya kutendea, ajoute au verbe une relation souvent rendue en français par pour, à, avec, sur ou dans : pika « cuisiner » devient pikia « cuisiner pour quelqu’un ». Avec un radical terminé par une consonne, on emploie généralement -i- ou -e- ; après une voyelle, -li- ou -le-. Le choix entre i et e dépend surtout des voyelles du radical.

Vue d’ensemble

En français, on ajoute volontiers un groupe introduit par une préposition : « écrire à une amie », « acheter un livre pour un enfant », « couper avec un couteau ». Le swahili peut intégrer cette relation au verbe lui-même. Un radical verbal (la partie qui porte le sens principal) reçoit alors une extension juste avant le -a final : andik-a « écrire » → andik-i-a « écrire à/pour ».

Cette forme est dite applicative parce qu’elle permet d’appliquer l’action à un participant supplémentaire : un bénéficiaire, un destinataire, un lieu, une direction, un moyen ou parfois une raison. Ce participant devient étroitement lié au verbe et peut, dans de nombreux cas, être repris par un préfixe d’objet. Dans Ninakupikia chakula, -ku- représente la personne à qui l’on cuisine, tandis que chakula est ce que l’on cuisine.

Au niveau B1, l’objectif essentiel est de savoir former les variantes régulières et de reconnaître la relation exprimée dans le contexte. Il ne faut surtout pas chercher une traduction française unique : la même extension peut correspondre à plusieurs prépositions selon le verbe et la situation.

Comment ça fonctionne

La place de l’extension dans le verbe

Le verbe swahili rassemble plusieurs informations dans un ordre assez stable. Pour le présent en -na-, on peut partir du modèle suivant :

préfixe de sujet + temps + préfixe d’objet éventuel + radical + extension applicative + voyelle finale

Ainsi :

  • ni-na-ku-pik-i-aNinakupikia : « je cuisine pour toi » ;
  • a-li-mw-andik-i-aAlimwandikia : « il/elle a écrit à cette personne » ;
  • tu-li-m-fany-i-aTulimfanyia : « nous avons fait/travaillé pour cette personne ».

Le préfixe d’objet (un petit élément placé dans le verbe pour représenter la personne ou la chose concernée) précède le radical. Ici, -ku- signifie « te/toi » et -m- « le/la, à lui/à elle ». L’extension reste près de la fin du verbe, avant le -a final.

Choisir entre -i-, -e-, -li- et -le-

Pour les verbes réguliers terminés en -a, on retire ce -a, puis on observe la dernière voyelle du radical.

Forme du radical Dernière voyelle pertinente Extension Exemple
Le radical finit par une consonne a, i, u -i- + -a-ia pik-apik-ia
Le radical finit par une consonne e, o -e- + -a-ea som-asom-ea
Le radical finit par une voyelle a, i, u -li- + -a-lia nunu-anunu-lia
Le radical finit par une voyelle e, o -le- + -a-lea to-ato-lea

Ce phénomène est une harmonie vocalique : la voyelle de l’extension s’accorde avec celles du radical. En règle pratique, les voyelles e et o attirent généralement e ; les voyelles a, i et u appellent généralement i.

Quelques transformations fréquentes permettent de fixer le modèle :

Verbe simple Forme applicative Sens courant
pika pikia cuisiner pour
andika andikia écrire à/pour
fanya fanyia faire pour ; faire à
soma somea lire à/pour ; étudier dans/à
leta letea apporter à
cheza chezea jouer avec/sur ; se jouer de
nunua nunulia acheter pour
kaa kalia s’asseoir sur ; occuper
toa tolea donner/offrir pour ; fournir comme

Le l de -li- ou -le- évite la rencontre directe de plusieurs voyelles. C’est pourquoi nunua donne nunulia, et non nunuia. Certaines formes très courantes se lexicalisent, c’est-à-dire qu’elles acquièrent un sens établi qu’il vaut mieux apprendre avec le verbe : chezea peut notamment signifier « jouer avec » ou « traiter à la légère » selon son complément.

Les principales relations exprimées

Un bénéficiaire ou une personne lésée

C’est l’emploi le plus facile à retenir. L’action est faite pour quelqu’un, que le résultat lui soit favorable ou non :

  • Mama anampikia mtoto wali. — La mère prépare du riz pour l’enfant.
  • Waliniibia simu. — Ils m’ont volé mon téléphone.

Le second exemple rappelle que « bénéficiaire » est seulement une étiquette pratique : la personne ajoutée peut subir une conséquence négative. On parle parfois plus largement de personne concernée.

Un destinataire ou une direction

Avec des verbes comme andika « écrire », leta « apporter », enda « aller » ou kuja « venir », l’extension peut introduire la personne ou le but vers lequel l’action se dirige :

  • Nitamwandikia Asha kesho. — J’écrirai à Asha demain.
  • Tumemletea babu dawa. — Nous avons apporté des médicaments à grand-père.

Un lieu ou un support

L’élément ajouté peut être l’endroit où l’action se déroule, ou la surface sur laquelle elle porte :

  • Usikalie meza. — Ne t’assieds pas sur la table.
  • Watoto wanachezea uwanjani. — Les enfants jouent sur le terrain.

Le marqueur locatif -ni peut rester présent, comme dans uwanjani. L’extension applicative ne supprime donc pas automatiquement toute marque de lieu.

Un moyen ou un instrument

L’extension peut mettre en avant l’objet grâce auquel on agit :

  • Alikatia nyama kisu. — Il/Elle a coupé la viande avec un couteau.
  • Utaandikia kalamu gani? — Avec quel stylo écriras-tu ?

Ici, le français choisit naturellement « avec ». En swahili, le lien avec l’instrument est signalé dans la forme verbale.

Une raison ou un but

Avec certains verbes, notamment ceux qui expriment une émotion, l’extension précise ce qui motive l’action :

  • Unalilia nini? — Pourquoi pleures-tu ? / Qu’est-ce qui te fait pleurer ?
  • Nimekuja kukusaidia. — Je suis venu pour t’aider.

Dans le second exemple, kusaidia n’est pas lui-même une nouvelle forme applicative construite ici : l’infinitif en ku- exprime le but. Cela montre une limite importante : le swahili dispose de plusieurs moyens pour rendre « pour », et l’applicatif n’est pas toujours le bon choix.

Deux compléments après un verbe applicatif

Un verbe applicatif peut être suivi de la personne concernée et de la chose sur laquelle porte directement l’action :

sujet + verbe applicatif + personne concernée + chose

  • Nilinunulia watoto nguo. — J’ai acheté des vêtements aux enfants.
  • Mwalimu aliwasomea wanafunzi hadithi. — Le professeur a lu une histoire aux élèves.

L’ordre « personne concernée + chose » est très courant. Quand la personne est connue, animée ou particulièrement mise en avant, elle peut aussi être reprise dans le verbe par un préfixe d’objet : ali-wa-somea wanafunzi. Selon le contexte et le registre, le groupe nominal explicite peut rester pour clarifier ou insister.

Exemples en contexte

Swahili Français Remarque
Ninakupikia chakula. Je te prépare à manger. -ku- représente le bénéficiaire.
Alimwandikia barua. Il/Elle lui a écrit une lettre. Destinataire repris par -mw-.
Tulimfanyia kazi. Nous avons travaillé pour lui/elle. fanya devient fanyia.
Nilinunulia watoto nguo. J’ai acheté des vêtements aux enfants. nunua prend la variante -li-.
Baba ametuletea matunda. Papa nous a apporté des fruits. -tu- signifie « nous/à nous ».
Mwalimu aliwasomea wanafunzi hadithi. Le professeur a lu une histoire aux élèves. La personne concernée précède la chose lue.
Nitakuandikia ujumbe jioni. Je t’écrirai un message ce soir. Applicatif au futur.
Usikalie kitabu changu. Ne t’assieds pas sur mon livre. Le support est intégré à la relation verbale.
Watoto wanachezea uwanjani. Les enfants jouent sur le terrain. Emploi locatif avec -ni.
Alikatia nyama kisu kikali. Il/Elle a coupé la viande avec un couteau bien aiguisé. L’instrument est mis en avant.
Unamlilia nani? Pour qui pleures-tu ? La personne qui motive l’émotion est objet.
Nimekujia wewe, si Amina. Je suis venu pour toi, pas pour Amina. wewe marque le contraste.
Tafadhali, nipikie chai. S’il te plaît, prépare-moi du thé. Impératif avec ni- « me/à moi ».
Watoto walipikiwa chakula. On a préparé à manger pour les enfants. Applicatif combiné au passif.

Erreurs fréquentes

Employer systématiquement -ia

  • Incorrect : Ninakupikia chakula na ninakusomia hadithi.
  • Correct : Ninakupikia chakula na ninakusomea hadithi.
  • Pourquoi : pika suit le modèle en -ia, mais la dernière voyelle du radical de soma est o ; on choisit donc -ea : somea.

Oublier le l après un radical terminé par une voyelle

  • Incorrect : Nilinunuia mtoto viatu.
  • Correct : Nilinunulia mtoto viatu.
  • Pourquoi : dans nunua, le radical se termine par une voyelle. La variante -li- sépare les voyelles : nunu-li-a.

Ajouter une préposition française mot à mot

  • Incorrect : chercher à rendre « écrire à Asha » en conservant obligatoirement un mot séparé équivalent à « à ».
  • Correct : Ninamwandikia Asha.
  • Pourquoi : la relation au destinataire est déjà portée par -i- dans andikia et, ici, par le préfixe d’objet -mw-. La structure française ne se transpose pas élément par élément.

Confondre le préfixe d’objet et l’extension

  • Incorrect : croire que -ku- dans Ninakupikia signifie à lui seul « pour ».
  • Correct : analyser ni-na-ku-pik-i-a.
  • Pourquoi : -ku- indique « toi », tandis que -i- crée la relation « cuisiner pour ». Les deux éléments ont des fonctions différentes.

Utiliser l’applicatif pour chaque « pour » français

  • Incorrect : transformer automatiquement tout verbe dès que la traduction française contient « pour ».
  • Correct : Nimekuja kukusaidia. — « Je suis venu pour t’aider. »
  • Pourquoi : « pour » peut exprimer un bénéficiaire, un but, une durée, une destination ou une cause. Le swahili choisit sa construction selon le sens ; l’infinitif en ku- exprime souvent un but.

Oublier que certaines formes ont un sens consacré

  • Incorrect : supposer que chezea signifie toujours simplement « jouer pour ».
  • Correct : interpréter le complément et le contexte : chezea mpira peut évoquer le fait de jouer avec un ballon, tandis que chezea pesa peut signifier manipuler ou gaspiller de l’argent sans sérieux.
  • Pourquoi : une forme productive peut aussi développer des sens lexicaux. Le dictionnaire et le contexte restent utiles.

Notes d’usage

L’applicatif est très vivant aussi bien à l’oral qu’à l’écrit. Il ne relève pas d’un registre soutenu : Nipikie chai ou Nitumie ujumbe appartiennent à la langue quotidienne. En revanche, le choix de reprendre ou non la personne par un préfixe d’objet dépend de facteurs comme son caractère humain, défini et déjà connu dans la conversation. Avec une personne précise, le préfixe est particulièrement fréquent : Nitamwandikia Asha.

La traduction française varie beaucoup. Mletee mtoto maji se rend naturellement par « Apporte de l’eau à l’enfant », tandis que Mpikie mtoto wali devient plutôt « Prépare du riz pour l’enfant ». Il est plus efficace d’apprendre la relation sémantique que d’associer mécaniquement l’extension à la préposition « pour ».

Tous les verbes ne produisent pas une forme aussi courante ni aussi transparente. Les verbes très fréquents, les emprunts et les formes dont le radical est difficile à isoler peuvent présenter des usages fixés par le lexique. Lorsqu’une forme semble inhabituelle, mieux vaut vérifier un dictionnaire swahili et mémoriser le couple complet, par exemple soma/somea ou toa/tolea.

Pour aller plus loin

Applicatif et passif

L’applicatif peut se combiner avec le passif (une forme qui présente l’être ou la chose recevant l’action comme point de départ de la phrase). Comparez :

  • Mama aliwapikia watoto chakula. — Maman a préparé à manger pour les enfants.
  • Watoto walipikiwa chakula. — On a préparé à manger pour les enfants.

Dans la seconde phrase, watoto commande l’accord pluriel wa- du verbe. La séquence pik-i-w-a réunit l’applicatif -i- et le passif -w-. Cette construction montre que le bénéficiaire ajouté par l’applicatif peut devenir grammaticalement central.

Plusieurs extensions dans un même verbe

Les extensions verbales peuvent se suivre. Par exemple, andikiana « s’écrire l’un à l’autre » associe la relation créée par l’applicatif à l’idée de réciprocité :

  • Tunaandikiana kila wiki. — Nous nous écrivons chaque semaine.
  • Marafiki walitumiana picha. — Les amis se sont envoyé des photos.

L’ordre des extensions n’est pas un simple jeu d’assemblage : il peut dépendre du sens voulu et de formes consacrées par l’usage. À ce stade, il vaut mieux reconnaître des ensembles fréquents comme -iana et les apprendre dans des phrases, avant de chercher à produire toutes les combinaisons possibles.

L’applicatif dans les groupes exprimant la fonction

La forme applicative apparaît aussi après un nom pour indiquer l’usage prévu d’un objet :

  • kikombe cha kunywea chai — une tasse pour boire du thé ;
  • kisu cha kukatia mkate — un couteau pour couper le pain ;
  • chumba cha kusomea — une pièce où étudier.

Dans ces groupes, cha relie le nom à l’infinitif en ku-. Le français emploie « pour », « où » ou un nom composé ; le swahili précise la fonction grâce à l’applicatif. Cet emploi est particulièrement utile pour décrire des outils, des lieux et leur destination.

Différence entre complément intégré et simple indication

L’applicatif attire l’attention sur la relation entre l’action et le participant ajouté. Une indication périphérique — par exemple un lieu servant seulement de décor — peut rester exprimée sans applicatif. Le choix dépend donc aussi de ce que le locuteur présente comme essentiel : « agir sur/à destination de ce lieu » n’est pas exactement la même perspective que « agir, et cela se passe dans ce lieu ».

Il n’existe pas toujours une opposition nette traduisible en français. L’écoute et la lecture permettent peu à peu de repérer les associations préférées par l’usage, notamment somea avec un destinataire ou un lieu d’étude, kalia avec une surface, et tumia dans certains emplois liés à l’envoi ou à l’utilisation.

Conseils pratiques

  1. Travaillez par familles de deux formes. Notez chaque nouveau verbe avec son applicatif et une phrase : pika/pikia, soma/somea, nunua/nunulia. Soulignez i, e, li ou le pour automatiser l’harmonie vocalique.
  2. Partez de phrases françaises variées. Prenez « pour », « à », « avec » et « sur », puis demandez-vous quelle relation est réellement exprimée : bénéficiaire, destinataire, instrument ou lieu. Traduisez le sens, pas la préposition.
  3. Décomposez les verbes longs à voix haute. Par exemple : ni-na-ku-pik-i-a. Identifiez successivement le sujet, le temps, l’objet, le radical et l’extension. Cette habitude évite de confondre -ku- et -i-.

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Prérequis

Le présent en -na- en swahiliA1

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