A1

Le présent en -na- en swahili

Wakati Uliopo (-na-)

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de swahili sur Settemila Lingue.

L’essentiel

Au présent affirmatif, le verbe swahili réunit généralement trois éléments : marque du sujet + -na- + radical verbal. Ainsi, ni-na-soma signifie « je suis en train de lire » et wa-na-cheza « ils ou elles jouent ». Le sujet est déjà indiqué dans le verbe ; les pronoms indépendants comme mimi ou wao ne sont donc pas obligatoires.

Vue d’ensemble

Le présent en -na-, appelé wakati uliopo en swahili, sert d’abord à parler d’une action en cours : Ninasoma veut dire « je lis » ou, selon le contexte, « je suis en train de lire ». C’est l’un des premiers mécanismes étudiés au niveau A1, car il permet immédiatement de décrire ce que l’on fait, de poser des questions simples et de raconter une scène.

Pour un francophone, la différence la plus visible est la construction du verbe. En français, plusieurs informations sont portées par une terminaison ou par des mots séparés. En swahili, elles s’enchaînent à l’intérieur d’un seul mot, dans un ordre fixe. Tunafanya se décompose en tu-na-fanya : tu- indique « nous », -na- situe l’action au présent, et fanya exprime l’idée de faire.

Le présent français couvre aussi bien l’action actuelle, l’habitude que la vérité générale. Le présent swahili en -na- peut lui aussi recevoir plusieurs de ces lectures, surtout grâce au contexte, mais sa valeur la plus simple et la plus sûre pour débuter est celle d’une action actuelle ou en cours.

Formation et fonctionnement

La formule de base

La structure affirmative est :

marque du sujet + -na- + radical verbal

Le radical verbal est la partie qui porte le sens principal du verbe. Pour beaucoup de verbes donnés dans le dictionnaire avec ku-, il suffit d’enlever ce ku- :

  • kusoma « lire » → somaninasoma « je lis » ;
  • kufanya « faire » → fanyaanafanya « il ou elle fait » ;
  • kucheza « jouer » → chezatunacheza « nous jouons ».

On peut donc lire ninasoma comme un petit assemblage :

Élément Fonction Sens ici
ni- marque du sujet je
-na- marque du présent action en cours ou actuelle
soma radical verbal lire

Les traits d’union servent seulement à montrer la structure dans l’explication. Dans une phrase normale, tout s’écrit en un seul mot : ninasoma, et non ni-na-soma.

Les six marques personnelles du sujet

Le sujet est la personne qui accomplit l’action. En swahili, sa marque fait partie du verbe.

Personne Pronom indépendant Marque du sujet Exemple avec kusoma Traduction
1re personne du singulier mimi ni- ninasoma je lis
2e personne du singulier wewe u- unasoma tu lis / vous lisez, pour une seule personne
3e personne du singulier yeye a- anasoma il ou elle lit
1re personne du pluriel sisi tu- tunasoma nous lisons
2e personne du pluriel ninyi m- mnasoma vous lisez, plusieurs personnes
3e personne du pluriel wao wa- wanasoma ils ou elles lisent

Le swahili ne distingue pas « il » et « elle » dans cette conjugaison : anasoma peut désigner un homme ou une femme. De même, les marques verbales n’expriment pas à elles seules une différence de politesse comparable à tu et vous en français. U- s’adresse à une personne, m- à plusieurs personnes.

Attention à mnasoma : la marque m- est suivie directement de -na-. Il n’y a pas de voyelle ajoutée entre les deux.

Le pronom indépendant est souvent facultatif

Puisque ni- signifie déjà que le sujet est « je », on dit normalement :

  • Ninafanya kazi. — Je travaille.
  • Tunakula sasa. — Nous mangeons maintenant.

Ajouter mimi, sisi ou un autre pronom est possible pour insister, établir un contraste ou lever une ambiguïté :

  • Mimi ninasoma; yeye anapika. — Moi, je lis ; lui ou elle cuisine.
  • Sisi tunakwenda leo, wao wanakwenda kesho. — Nous, nous partons aujourd’hui ; eux, ils partent demain.

Pour un francophone, il faut donc éviter d’associer automatiquement chaque forme à un pronom séparé. En français standard, on ne peut guère dire simplement « lis » pour « je lis » ; en swahili, ninasoma est déjà une proposition complète.

Les verbes courts qui conservent ku

La règle « enlever ku- » fonctionne avec beaucoup de verbes, mais certains verbes très courts conservent cette syllabe dans la forme affirmative en -na-. C’est notamment le cas de verbes fréquents :

Infinitif Sens Forme au présent Décomposition utile
kula manger ninakula ni-na-ku-la
kunywa boire unakunywa u-na-ku-nywa
kuja venir anakuja a-na-ku-ja
kufa mourir unakufa u-na-ku-fa

Il vaut mieux mémoriser ces formes fréquentes comme des ensembles sonores. Une forme telle que ninakula est correcte ; supprimer ku produirait une forme incorrecte.

Poser une question

Une question fermée, à laquelle on répond par oui ou non, garde la même construction verbale. À l’oral, l’intonation et le contexte indiquent qu’il s’agit d’une question ; à l’écrit, le point d’interrogation aide le lecteur :

  • Unasoma? — Tu lis ?
  • Mnafanya kazi leo? — Vous travaillez aujourd’hui ?

Avec un mot interrogatif, celui-ci prend la place naturelle que demande le sens :

  • Unakula nini? — Qu’est-ce que tu manges ?
  • Anaenda wapi? — Où va-t-il ou va-t-elle ?
  • Kwa nini wanacheka? — Pourquoi rient-ils ou rient-elles ?

Il n’existe pas d’équivalent obligatoire de l’inversion française « lis-tu ? ». On ne change donc pas la marque du sujet ni l’ordre interne du verbe.

Le sujet peut aussi être un nom

Quand le sujet désigne une personne ou plusieurs personnes, les marques a- et wa- apparaissent très souvent :

  • Mtoto anacheza. — L’enfant joue.
  • Watoto wanacheza. — Les enfants jouent.

Plus largement, le swahili classe les noms en classes nominales (des groupes de noms qui commandent les mêmes accords). La marque du sujet varie alors selon la classe :

  • Kitabu kinaanguka. — Le livre tombe.
  • Vitabu vinaanguka. — Les livres tombent.
  • Mti unaanguka. — L’arbre tombe.
  • Miti inaanguka. — Les arbres tombent.

Cette extension est importante pour comprendre des phrases réelles, mais au niveau A1, commencez par maîtriser les six marques personnelles avant d’apprendre tous les accords de classe.

Exemples en contexte

Swahili Français Remarque
Ninasoma kitabu. Je lis un livre. Action en cours, 1re personne du singulier.
Unakula nini? Qu’est-ce que tu manges ? Question avec nini, « quoi ».
Anafanya kazi nyumbani. Il ou elle travaille à la maison. A- ne distingue pas le genre.
Tunacheza mpira baada ya kazi. Nous jouons au football après le travail. 1re personne du pluriel.
Mnakunywa chai? Vous buvez du thé ? Plusieurs interlocuteurs ; kunywa conserve ku.
Wanasubiri basi. Ils ou elles attendent le bus. 3e personne du pluriel.
Mimi ninapika, yeye anaosha vyombo. Moi, je cuisine ; lui ou elle fait la vaisselle. Les pronoms créent un contraste.
Unajifunza Kiswahili kila siku. Tu apprends le swahili chaque jour. Le contexte donne ici une lecture habituelle.
Daktari anakuja sasa. Le médecin arrive maintenant. Kuja conserve ku au présent affirmatif.
Watoto wanacheza nje. Les enfants jouent dehors. Le nom pluriel commande wa-.
Kitabu kinaanguka mezani. Le livre tombe sur la table. Accord du sujet avec kitabu.
Kwa nini mnacheka? Pourquoi riez-vous ? Question adressée à plusieurs personnes.
Ninaenda sokoni asubuhi. Je vais au marché le matin. Selon le contexte, habitude ou déplacement actuel.
Tunasikiliza muziki sasa. Nous écoutons de la musique maintenant. Sasa rend l’action actuelle explicite.

Erreurs fréquentes

Employer un pronom sans marque du sujet

  • Incorrect : Mimi nasoma kitabu.
  • Correct : Mimi ninasoma kitabu.
  • Pourquoi : Mimi peut renforcer le sujet, mais ne remplace pas ni- dans le verbe. La forme attendue contient toujours la marque personnelle : ni-na-soma.

Oublier -na-

  • Incorrect : Tu-cheza mpira.
  • Correct : Tunacheza mpira.
  • Pourquoi : au présent affirmatif étudié ici, -na- se place entre tu- et cheza. Sans cette marque, la forme n’exprime pas ce présent.

Séparer les morceaux à l’écrit

  • Incorrect : Ni na soma kitabu.
  • Correct : Ninasoma kitabu.
  • Pourquoi : les préfixes et le radical forment un seul mot. Les traits d’union et les espaces ne sont utiles que pour l’analyse grammaticale.

Supprimer ku dans un verbe court

  • Incorrect : Ninala wali.
  • Correct : Ninakula wali.
  • Pourquoi : le verbe court kula, « manger », conserve ku dans cette forme affirmative. Il en va de même dans anakunywa et wanakuja.

Confondre le singulier et le pluriel de « vous »

  • Incorrect : Unasoma? si l’on parle à plusieurs personnes.
  • Correct : Mnasoma?
  • Pourquoi : u- vise un seul interlocuteur ; m- en vise plusieurs. Cette opposition porte sur le nombre, pas sur le degré de politesse comme le contraste français entre « tu » et « vous ».

Garder -na- dans la négation simple

  • Incorrect : Sinanasoma.
  • Correct : Sisomi. — Je ne lis pas / je ne suis pas en train de lire.
  • Pourquoi : le présent négatif suit un autre modèle : il n’ajoute pas simplement un mot équivalent à « ne… pas » autour de la forme affirmative. On étudie séparément ses marques négatives et, pour de nombreux verbes, la finale en -i.

Notes d’usage

Action actuelle, habitude et contexte

La valeur centrale de -na- est une situation actuelle, souvent en déroulement. Des mots comme sasa « maintenant » ou wakati huu « en ce moment » la rendent explicite : Anafanya kazi sasa signifie « il ou elle travaille maintenant ».

Avec une indication répétitive, la même forme peut décrire une habitude : Ninakunywa kahawa kila asubuhi signifie « je bois du café chaque matin ». Il existe aussi une construction habituelle en hu- dans le système verbal swahili. Pour débuter, il suffit de retenir que -na- est naturel dans de nombreuses phrases quotidiennes et que les expressions de temps orientent l’interprétation.

Cette souplesse ressemble en partie au présent français : « je travaille à Nairobi » peut désigner ce que l’on fait en ce moment ou une situation durable. Il ne faut donc pas traduire mécaniquement -na- par « être en train de ». Cette tournure française est utile pour comprendre l’action en cours, mais elle serait lourde dans certaines traductions.

Le sujet n’a pas de genre grammatical dans ces formes

Anaandika peut signifier « il écrit » ou « elle écrit ». Wanaimba peut signifier « ils chantent », « elles chantent » ou un groupe mixte chante. Le contexte, un nom ou un pronom indépendant peut préciser l’identité si nécessaire, mais la conjugaison elle-même ne le fait pas.

Variation entendue dans la conversation

Dans la parole rapide, les frontières entre ni-, -na- et le radical peuvent sembler moins nettes. Il est néanmoins conseillé à l’apprenant de produire d’abord les formes complètes de la langue standard. Reconnaître un débit rapide vient avec l’écoute ; supprimer au hasard une syllabe mène facilement à une autre forme grammaticale ou à une erreur.

Pour aller plus loin

Les points suivants ne sont pas à maîtriser immédiatement en A1, mais ils expliquent des formes que vous rencontrerez assez vite.

Ajouter une marque d’objet

Le complément d’objet est la personne ou la chose qui subit ou reçoit l’action. Sa marque se place après -na- et avant le radical :

sujet + -na- + objet + radical

  • Ninakupenda. — Je t’aime : ni-na-ku-penda.
  • Ananisikia. — Il ou elle m’entend : a-na-ni-sikia.
  • Ninakisoma. — Je le lis / je la lis, en parlant par exemple d’un livre : ni-na-ki-soma.

Même quand plusieurs informations s’accumulent, le verbe reste un seul mot : ninakisoma. L’étude détaillée des marques d’objet appartient à l’étape A2.

L’accord avec les classes nominales

Les six formes personnelles ne suffisent pas lorsque le sujet est une chose, un lieu ou une notion. La classe du nom fournit sa propre marque d’accord, comme ki- dans Kitabu kinasisimua (« Le livre est captivant ») ou vi- dans Vitabu vinasisimua (« Les livres sont captivants »). Le segment -na- reste au même endroit ; seule la marque du sujet change.

Comparer avec d’autres temps

L’emplacement occupé par -na- accueille d’autres marques temporelles. Cette régularité rend les temps suivants plus faciles à apprendre :

Temps Marque Exemple Sens
présent -na- ninasoma je lis / je suis en train de lire
passé -li- nilisoma j’ai lu / je lus, selon le contexte
accompli -me- nimesoma j’ai lu, avec un résultat pertinent
futur -ta- nitasoma je lirai

Le principe d’assemblage reste reconnaissable : ni- indique toujours « je », puis la marque de temps change. Les valeurs exactes du passé en -li- et de l’accompli en -me- demandent toutefois une étude séparée.

Le présent négatif n’est pas symétrique

Dans beaucoup de verbes réguliers, le négatif présent retire -na- et remplace la voyelle finale -a par -i : ninasoma devient sisomi, anasoma devient hasomi. Les verbes dont la finale n’est pas -a, souvent des emprunts, peuvent se comporter autrement. Pour éviter de mélanger deux systèmes au début, apprenez d’abord solidement l’affirmatif en -na-, puis le paradigme négatif complet.

Conseils de pratique

  1. Construisez une série avec un seul verbe. Prenez kusoma et dites à voix haute : ninasoma, unasoma, anasoma, tunasoma, mnasoma, wanasoma. Recommencez avec kufanya et kucheza. Vous automatisez ainsi les marques du sujet sans surcharge de vocabulaire.
  2. Découpez mentalement, mais écrivez en un mot. Devant wanapika, pensez wa-na-pika, puis copiez la forme complète. Cette double habitude aide à comprendre la structure tout en respectant l’orthographe.
  3. Décrivez une scène réelle. Pendant deux minutes, formulez cinq actions : Ninakunywa chai, mtoto anacheza, watu wanazungumza. Ajoutez sasa, leo ou kila siku et observez comment le contexte modifie la traduction française.

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