L’impératif et les ordres au subjonctif en swahili
Amri na Hali ya Kutaka
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de swahili sur Settemila Lingue.
En bref
Pour donner un ordre direct à une personne, le swahili emploie généralement la base du verbe : Soma! (« Lis ! »). Pour plusieurs personnes, on ajoute une terminaison plurielle : Someni! (« Lisez ! »). Les interdictions et les invitations utilisent plutôt le subjonctif, souvent reconnaissable à -e : Usisome! (« Ne lis pas ! »), Tusome! (« Lisons ! »).
Vue d’ensemble
En swahili, toutes les consignes n’ont pas la même forme. L’impératif (la forme servant à donner directement un ordre) convient à une instruction simple : Fungua mlango (« Ouvre la porte »). Le subjonctif (une forme verbale qui présente une action comme souhaitée, demandée ou à accomplir) permet d’inclure d’autres personnes, de proposer une action commune, d’adoucir une demande ou de former une interdiction : Afungue mlango (« Qu’il/elle ouvre la porte »), Tufungue mlango (« Ouvrons la porte »), Usifungue mlango (« N’ouvre pas la porte »).
Cette distinction apparaît au niveau B1, mais elle repose sur un mécanisme déjà connu au présent : les préfixes sujets indiquent qui accomplit l’action. Ainsi, u- renvoie à « tu », a- à « il/elle », tu- à « nous », m- à « vous » au pluriel et wa- à « ils/elles ». Contrairement au français, le sujet n’est normalement pas exprimé par un pronom séparé devant le verbe : il fait partie du mot verbal.
Le français distingue notamment « lis », « lisons » et « lisez » et place certains pronoms après l’impératif affirmatif. Le swahili organise autrement l’information : il combine préfixe sujet, éventuel marqueur d’objet et base verbale. Il faut donc apprendre à construire le mot plutôt qu’à chercher un équivalent mot à mot de l’impératif français.
Formation et fonctionnement
1. L’ordre affirmatif direct
Pour parler à une seule personne, on retire généralement le préfixe infinitif ku- et l’on conserve la base verbale. Dans kusoma (« lire »), la base est soma :
| Infinitif | Ordre à une personne | Sens |
|---|---|---|
| kusoma | Soma! | Lis ! |
| kuandika | Andika! | Écris ! |
| kufungua | Fungua! | Ouvre ! |
| kusikiliza | Sikiliza! | Écoute ! |
| kusubiri | Subiri! | Attends ! |
Pour s’adresser à plusieurs personnes, les verbes terminés par -a remplacent normalement ce -a par -eni : soma → someni, andika → andikeni. Les verbes d’emprunt terminés par une autre voyelle ajoutent généralement -ni : jibu → jibuni (« répondez »), samehe → sameheni (« pardonnez »).
| Une personne | Plusieurs personnes | Sens |
|---|---|---|
| Soma! | Someni! | Lis ! / Lisez ! |
| Kaa! | Kaeni! | Assieds-toi ! / Asseyez-vous ! |
| Leta! | Leteni! | Apporte ! / Apportez ! |
| Jibu! | Jibuni! | Réponds ! / Répondez ! |
| Samehe! | Sameheni! | Pardonne ! / Pardonnez ! |
Quelques verbes très fréquents ont une forme directe qu’il vaut mieux mémoriser. Kuja (« venir ») donne njoo au singulier et njooni au pluriel. Kwenda (« aller ») donne nenda et nendeni. Les verbes courts kula (« manger ») et kunywa (« boire ») gardent ku- à l’impératif direct : Kula! et Kunywa!
2. Le subjonctif affirmatif en -e
Le subjonctif affirmatif régulier suit ce modèle :
préfixe sujet + base verbale, avec -a remplacé par -e
Avec kusoma, on obtient donc u-som-e, a-som-e, tu-som-e, etc. Il n’y a pas de marque de temps comme -na- : unasoma signifie « tu lis / tu es en train de lire », tandis que usome présente la lecture comme souhaitée ou demandée.
| Personne visée | Forme avec kusoma | Valeur courante |
|---|---|---|
| toi | usome | que tu lises ; lis donc |
| lui / elle | asome | qu’il/elle lise |
| nous | tusome | lisons ; que nous lisions |
| vous, plusieurs personnes | msome | que vous lisiez |
| eux / elles | wasome | qu’ils/elles lisent |
La forme en tu- sert très souvent à proposer une action commune : Twende! (« Allons-y ! »), Tuanze! (« Commençons ! »), Tupumzike! (« Reposons-nous ! »). Dans twende, la rencontre des voyelles de tu- et ende produit la forme usuelle twende. On rencontre aussi Twendeni! lorsqu’on entraîne ou interpelle explicitement un groupe : « Allons-y, tout le monde ! »
Les verbes dont l’infinitif ne se termine pas par -a, souvent des emprunts, conservent normalement leur voyelle finale : ujibu (« que tu répondes »), asamehe (« qu’il/elle pardonne »), tujaribu (« essayons »).
Certains verbes fréquents ont un subjonctif à connaître :
| Infinitif | « que tu… » | « que nous… » | Sens |
|---|---|---|---|
| kwenda | uende | twende | aller |
| kuja | uje | tuje | venir |
| kula | ule | tule | manger |
| kunywa | unywe | tunywe | boire |
| kuwa | uwe | tuwe | être |
3. L’interdiction avec -si-
Un ordre négatif ne se forme pas en ajoutant simplement un mot équivalent à « ne… pas ». On insère -si- après le préfixe sujet, puis on emploie la forme subjonctive :
préfixe sujet + si + base verbale + e
Ainsi, u-si-fany-e donne usifanye (« ne fais pas »), et m-si-fany-e donne msifanye (« ne faites pas »). Pour les verbes qui ne se terminent pas par -a, la voyelle finale reste inchangée : usijibu (« ne réponds pas »), msisubiri (« n’attendez pas »).
| Personne visée | Négation de kusoma | Sens |
|---|---|---|
| toi | usisome | ne lis pas |
| lui / elle | asisome | qu’il/elle ne lise pas |
| nous | tusisome | ne lisons pas |
| vous, plusieurs | msisome | ne lisez pas |
| eux / elles | wasisome | qu’ils/elles ne lisent pas |
La description abrégée « préfixe usi- » est utile pour « tu », mais elle ne constitue pas toute la règle. Dès que la personne change, le début change aussi : asi-, tusi-, msi-, wasi-.
4. Ajouter un complément d’objet dans le verbe
Le complément d’objet est la personne ou la chose sur laquelle porte l’action. En swahili, il peut être repris par un marqueur placé dans le verbe. Avec un tel marqueur, un ordre affirmatif prend fréquemment la terminaison subjonctive -e :
- Mwambie ukweli. — Dis-lui la vérité.
- Mlete mtoto hapa. — Amène l’enfant ici.
- Kisome. — Lis-le/la, en parlant par exemple de kitabu (« livre »).
- Nipe maji. — Donne-moi de l’eau.
Ces formes ne se découpent pas comme les pronoms français placés après le verbe. Dans mwambie, le marqueur m- (« le/la, personne ») est intégré avant la base verbale. Nipe, très fréquent, contient le marqueur de première personne ni- et une forme du verbe kupa (« donner »).
5. Ordre, demande ou souhait : le contexte compte
La forme grammaticale n’indique pas à elle seule si le ton est autoritaire ou aimable. Soma peut être une consigne neutre donnée par un professeur, tandis que la même forme prononcée sèchement devient un ordre ferme. Pour rendre la demande clairement courtoise, on peut employer tafadhali (« s’il vous plaît ») : Tafadhali, kaa hapa (« Veuillez vous asseoir ici »).
Le subjonctif permet aussi de parler d’une personne à qui l’on ne s’adresse pas directement : Aje kesho (« Qu’il/elle vienne demain »), Waanze sasa (« Qu’ils/elles commencent maintenant »). Cette possibilité va bien au-delà de l’impératif français, limité à « tu », « nous » et « vous ».
Exemples en contexte
| Swahili | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Soma kitabu! | Lis le livre ! | Ordre direct, une personne |
| Fungueni madirisha. | Ouvrez les fenêtres. | Ordre adressé à plusieurs personnes |
| Njoo hapa, tafadhali. | Viens ici, s’il te plaît. | Impératif irrégulier de kuja |
| Jibuni maswali yote. | Répondez à toutes les questions. | Verbe terminé par -u + -ni |
| Twende nyumbani. | Rentrons à la maison. | Proposition avec tu- |
| Twendeni! | Allons-y, tout le monde ! | Invitation lancée à un groupe |
| Tuanze mkutano sasa. | Commençons la réunion maintenant. | Subjonctif inclusif |
| Usifanye hivyo. | Ne fais pas cela. | Interdiction au singulier |
| Msipige kelele hapa. | Ne faites pas de bruit ici. | Interdiction adressée à plusieurs personnes |
| Asome vitabu vyake. | Qu’il/elle lise ses livres. | Consigne concernant une troisième personne |
| Waingie mmoja mmoja. | Qu’ils/elles entrent un par un. | Ordre indirect au pluriel |
| Tafadhali, unisaidie. | Aide-moi, s’il te plaît. | Demande courtoise avec marqueur d’objet -ni- |
| Mwambie aje mapema. | Dis-lui de venir tôt. | Deux subjonctifs : mwambie, puis aje |
| Tusisahau funguo. | N’oublions pas les clés. | Exhortation négative avec tusi- |
| Uwe mwangalifu. | Sois prudent. | Subjonctif irrégulier de kuwa |
Erreurs fréquentes
Employer -na- dans un ordre
- Incorrect : Unasoma kitabu! pour dire « Lis le livre ! »
- Correct : Soma kitabu! ou, selon le ton, Usome kitabu.
- Pourquoi : Unasoma décrit une action au présent (« tu lis »). Un ordre direct n’a pas besoin de u- ni de -na- ; le subjonctif demandé emploie u- mais pas -na-.
Garder -a au subjonctif régulier
- Incorrect : Asoma vitabu vyake.
- Correct : Asome vitabu vyake.
- Pourquoi : avec un verbe régulier terminé par -a, le subjonctif remplace cette voyelle par -e. À ne pas confondre avec anasoma, le présent.
Utiliser usi- pour plusieurs destinataires
- Incorrect : Usisome! en parlant à tout un groupe.
- Correct : Msisome!
- Pourquoi : u- vise une personne ; m- vise plusieurs interlocuteurs. Le français « vous » peut être poli ou pluriel, mais le m- swahili marque ici le pluriel, pas une politesse comparable au vouvoiement français.
Mettre la négation française autour du verbe
- Incorrect : Hapana soma! ou une construction calquée sur « ne… pas ».
- Correct : Usisome!
- Pourquoi : l’interdiction est contenue dans le mot verbal grâce à -si- et à la terminaison subjonctive.
Ajouter -e à tous les verbes sans distinction
- Incorrect : Ujibe pour « réponds / que tu répondes ».
- Correct : Ujibu.
- Pourquoi : les verbes qui se terminent déjà par une voyelle autre que -a la conservent généralement au subjonctif. C’est le cas de kujibu.
Confondre njoo et uje
- Incorrect : Njoo kesho dans une phrase signifiant « Je veux que tu viennes demain », après ninataka.
- Correct : Ninataka uje kesho.
- Pourquoi : njoo est l’impératif direct « viens ! » ; uje est le subjonctif employé après une volonté ou une demande.
Notes d’usage
L’impératif nu est courant et n’est pas automatiquement impoli. Il apparaît dans les recettes, les modes d’emploi, les indications routières, les exercices scolaires et les consignes quotidiennes. La relation entre les personnes, l’intonation et l’ajout de tafadhali déterminent largement le degré de politesse. Dans une situation délicate, une phrase plus développée peut sembler plus respectueuse qu’un ordre isolé.
Le swahili ne possède pas un équivalent exact du contraste français entre « tu » et « vous » de politesse. Soma s’adresse à une personne et someni à plusieurs ; on ne choisit donc pas automatiquement someni pour montrer du respect à une seule personne. La courtoisie passe plutôt par le vocabulaire, le titre employé, le ton et la formulation de la demande.
La particule finale -ni peut rendre explicite l’adresse à un groupe : elle apparaît dans les impératifs pluriels comme someni et peut également renforcer une invitation collective comme twendeni. Il ne faut pas la confondre avec le marqueur d’objet -ni- de unisaidie (« aide-moi »), situé à l’intérieur du verbe.
À l’écrit, le point d’exclamation est possible, mais il n’est pas obligatoire. Funga mlango. reste une consigne. Le choix de la ponctuation dépend de l’intensité voulue, comme en français.
Pour aller plus loin
Le subjonctif ne sert pas seulement aux ordres. Il apparaît aussi après des expressions de nécessité, de volonté ou de but : Lazima usome kwa bidii (« Il faut que tu étudies sérieusement »), Ninataka aje mapema (« Je veux qu’il/elle vienne tôt »), Ninasema polepole ili unielewe (« Je parle lentement afin que tu me comprennes »). La forme est la même, mais sa fonction dépend de la phrase : ordre autonome dans Aje! ; action souhaitée dans Ninataka aje.
On peut enchaîner plusieurs formes sans reproduire la structure française. Mwambie aje signifie littéralement, par sa construction, « dis-lui + qu’il/elle vienne ». Le premier verbe contient un marqueur d’objet et le second change de sujet. Repérer séparément qui reçoit la parole et qui accomplit l’action demandée évite beaucoup de confusions.
Les interdictions à la troisième personne et à la première personne du pluriel sont particulièrement utiles :
- Asiingie. — Qu’il/elle n’entre pas.
- Wasichelewe. — Qu’ils/elles ne soient pas en retard.
- Tusikate tamaa. — Ne nous décourageons pas.
Enfin, certaines consignes générales utilisent l’infinitif ou d’autres tournures plutôt qu’un impératif adressé à quelqu’un. Le choix dépend du genre de texte et du degré d’impersonnalité recherché. Pour parler naturellement, il est donc utile de ne pas réduire toute idée française en « il faut » ou tout ordre swahili à la seule base verbale.
Conseils pratiques
- Transformez une même action en quatre consignes. Partez de kusoma et dites : Soma! (une personne), Someni! (plusieurs), Tusome! (nous), Usisome! (interdiction). Recommencez avec cinq verbes courants.
- Apprenez les formes irrégulières par petites familles. Associez nenda / uende / twende, njoo / uje / tuje et kula / ule / tule. Une phrase complète est plus facile à retenir qu’une liste isolée.
- Écoutez les préfixes avant de traduire. Dans une conversation, relevez u-, m-, tu-, a- et wa-. Demandez-vous d’abord qui doit agir, puis si -si- rend l’action négative.
Notions liées
- Prérequis : Le présent en -na- — permet de reconnaître les préfixes sujets et de distinguer une affirmation présente d’un ordre.
- Étape suivante : Le subjonctif en -e — approfondit les souhaits, la nécessité, le but et les propositions subordonnées.