La voix passive en swahili : -w-, -liw- et -ew-
Kauli ya Kutendwa
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En bref
En swahili, la voix passive se forme à l'intérieur du verbe, généralement en ajoutant -w- avant sa voyelle finale : soma « lire » devient somwa « être lu ». La personne ou la chose qui subit l'action devient le sujet grammatical et commande l'accord : Kitabu kinasomwa « Le livre est lu ». Si l'auteur de l'action est précisé, on l'introduit normalement par na.
Vue d'ensemble
La voix passive présente une action du point de vue de la personne ou de la chose qui la subit. Dans Mwandishi aliandika kitabu « L'auteur a écrit le livre », mwandishi accomplit l'action et kitabu la subit. Au passif, on place le livre au premier plan : Kitabu kiliandikwa na mwandishi « Le livre a été écrit par l'auteur ».
Cette construction apparaît dès le niveau B1, mais elle est très fréquente bien au-delà des exercices de grammaire : dans les conversations, les nouvelles, les consignes et les textes administratifs. Elle permet de ne pas nommer l'auteur d'une action lorsqu'il est inconnu, évident ou simplement moins important que le résultat : Chakula kimepikwa « Le repas a été préparé ».
Pour bien l'employer, il faut réunir deux connaissances. D'une part, le radical verbal reçoit une extension passive (un élément ajouté au radical pour en modifier le sens), comme -w-, -iw-, -ew-, -liw- ou -lew-. D'autre part, le préfixe sujet du verbe s'accorde avec le nouveau sujet selon sa classe nominale. Le temps reste exprimé par les mêmes marques que dans une phrase active, notamment -na-, -li-, -me- et -ta-.
Fonctionnement
De l'actif au passif
La transformation de base suit ce mouvement :
| Étape | Structure | Exemple |
|---|---|---|
| Actif | auteur + verbe actif + patient | Mwandishi aliandika kitabu. |
| Passif | patient + verbe passif (+ na + auteur) | Kitabu kiliandikwa na mwandishi. |
Le patient est ici la personne ou la chose qui subit l'action. Dans la phrase passive, il devient le sujet grammatical, c'est-à-dire l'élément avec lequel le verbe s'accorde.
On peut décomposer kiliandikwa ainsi :
- ki- : accord avec kitabu, nom de classe 7 ;
- -li- : passé ;
- andik- : radical « écrire » ;
- -w- : extension passive ;
- -a : voyelle finale.
Le modèle général est donc :
préfixe sujet + marque de temps/aspect + radical + extension passive + voyelle finale
La place du passif ne remplace pas celle du temps. Comparez :
| Temps ou aspect | Forme passive | Sens |
|---|---|---|
| présent en cours, -na- | Kitabu kinasomwa. | Le livre est lu / on lit le livre. |
| passé, -li- | Kitabu kilisomwa. | Le livre a été lu. |
| accompli, -me- | Kitabu kimesomwa. | Le livre a été lu, et le résultat est acquis. |
| futur, -ta- | Kitabu kitasomwa. | Le livre sera lu. |
| infinitif, ku- | kusomwa | être lu |
Choisir la forme de l'extension passive
Pour de nombreux verbes se terminant par -a, on retire mentalement cette voyelle, puis on insère -w- avant elle. Des ajustements phonétiques produisent les formes réellement employées :
| Verbe actif | Forme passive | Sens de la forme passive |
|---|---|---|
| soma | somwa | être lu |
| penda | pendwa | être aimé |
| andika | andikwa | être écrit |
| pika | pikwa | être cuisiné |
| pitisha | pitishwa | être adopté, être fait passer |
Lorsque le radical se termine par une succession de voyelles ou que le verbe a une autre voyelle finale, une syllabe comme -liw-, -lew-, -iw- ou -ew- facilite la prononciation. L'harmonie vocalique — l'adaptation des voyelles les unes aux autres — explique une partie de ces variantes, mais la forme exacte dépend aussi de la structure et de l'histoire du verbe.
| Verbe actif | Forme passive | Sens de la forme passive |
|---|---|---|
| chukua | chukuliwa | être pris |
| fungua | funguliwa | être ouvert |
| nunua | nunuliwa | être acheté |
| toa | tolewa | être retiré, être fourni |
| la | liwa | être mangé |
| pa | pewa | recevoir, se voir donner |
| jibu | jibiwa | recevoir une réponse |
| samehe | samehewa | être pardonné |
Il vaut mieux apprendre ces formes avec chaque nouveau verbe plutôt que d'appliquer une formule aveuglément. Les couples chukua/chukuliwa, toa/tolewa, la/liwa et pa/pewa sont particulièrement utiles à mémoriser.
L'accord avec le nouveau sujet
Le français construit souvent le passif avec une forme de « être » et un participe passé. Le swahili ne procède pas ainsi : le passif fait partie du verbe conjugué, et le préfixe sujet doit correspondre à la classe du patient placé au premier plan.
| Nouveau sujet | Classe et accord | Phrase passive |
|---|---|---|
| mtoto « enfant » | classe 1, a- | Mtoto anapendwa. |
| watoto « enfants » | classe 2, wa- | Watoto wanapendwa. |
| kitabu « livre » | classe 7, ki- | Kitabu kinasomwa. |
| vitabu « livres » | classe 8, vi- | Vitabu vinasomwa. |
| barua « lettre » | classe 9, i- | Barua inaandikwa. |
| barua « lettres » | classe 10, zi- | Barua zinaandikwa. |
Cette différence est essentielle. Dans la phrase active Wanafunzi wanasoma vitabu, le préfixe wa- s'accorde avec wanafunzi. Dans Vitabu vinasomwa na wanafunzi, c'est vi- qui s'accorde avec vitabu.
Nommer ou omettre l'auteur de l'action
L'auteur de l'action, aussi appelé agent (celui qui agit), est facultatif. Lorsqu'on le nomme, on emploie normalement na :
- Kitabu kiliandikwa na mwandishi maarufu — Le livre a été écrit par un auteur célèbre.
- Anapendwa na wote — Il ou elle est aimé(e) de tous.
Attention à l'habitude française : le « par » du complément d'agent ne se traduit pas par une préposition unique valable partout. En swahili, na introduit l'agent, tandis que kwa indique souvent le moyen, la manière ou d'autres rapports : Barua iliandikwa kwa kalamu « La lettre a été écrite au stylo ».
Exemples en contexte
| Swahili | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Kitabu kiliandikwa na mwandishi maarufu. | Le livre a été écrit par un auteur célèbre. | Passé en -li- et agent exprimé. |
| Chakula kimepikwa. | Le repas a été préparé. | L'accompli insiste sur le résultat présent. |
| Anapendwa na wote. | Il ou elle est aimé(e) de tous. | Sujet humain, accord a-. |
| Sheria hii ilipitishwa mwaka jana. | Cette loi a été adoptée l'année dernière. | L'auteur de l'action n'est pas pertinent. |
| Vitabu hivi vinasomwa shuleni. | Ces livres sont lus à l'école. | Accord vi- avec vitabu. |
| Mlango ulifunguliwa saa mbili asubuhi. | La porte a été ouverte à huit heures du matin. | Forme passive de fungua. |
| Barua yako imejibiwa leo. | On a répondu à votre lettre aujourd'hui. | Le français préfère ici une tournure avec « on ». |
| Zawadi zitatolewa kesho. | Les cadeaux seront distribués demain. | Futur et accord pluriel zi-. |
| Simu hii ilinunuliwa Dar es Salaam. | Ce téléphone a été acheté à Dar es Salaam. | Forme en -liw- de nunua. |
| Wageni walipewa chai. | Les invités ont reçu du thé. | Littéralement, du thé leur a été donné. |
| Mgonjwa anaangaliwa na daktari. | Le patient est examiné par le médecin. | Action en cours et agent exprimé. |
| Nyumba hazikujengwa kwa haraka. | Les maisons n'ont pas été construites rapidement. | Passé négatif ; kwa haraka indique la manière. |
| Jina lake halikutajwa. | Son nom n'a pas été mentionné. | L'auteur reste volontairement absent. |
| Matunda yanauzwa sokoni. | Des fruits sont vendus au marché. | Le passif correspond naturellement à « on vend ». |
Le choix de la traduction française varie donc selon le contexte. Barua yako imejibiwa est grammaticalement passif en swahili, mais « Votre lettre a été répondue » serait incorrect en français : on dira plutôt « On a répondu à votre lettre ».
Erreurs fréquentes
Garder l'accord de l'auteur
- Incorrect : Kitabu aliandikwa na mwandishi.
- Correct : Kitabu kiliandikwa na mwandishi.
- Pourquoi : kitabu est maintenant le sujet grammatical. Son accord de classe 7 est ki-, et non a-.
Ajouter un équivalent de « être »
- Incorrect : Kitabu kilikuwa kiliandikwa jana pour dire simplement « Le livre a été écrit hier ».
- Correct : Kitabu kiliandikwa jana.
- Pourquoi : l'extension -w- porte déjà le sens passif. Kuwa n'est nécessaire que si l'on veut réellement construire une relation temporelle plus complexe.
Traduire automatiquement « par » par kwa
- Incorrect : Barua iliandikwa kwa Asha.
- Correct : Barua iliandikwa na Asha.
- Pourquoi : na introduit l'agent. Kwa kalamu conviendrait pour le moyen : « au stylo ».
Inventer une forme régulière pour tous les verbes
- Incorrect : Zawadi zitatoawa kesho.
- Correct : Zawadi zitatolewa kesho.
- Pourquoi : le passif de toa est tolewa. Les verbes comportant plusieurs voyelles doivent être appris avec leur forme passive usuelle.
Oublier la finale négative au présent
- Incorrect : Kitabu hakisomwa sasa.
- Correct : Kitabu hakisomwi sasa.
- Pourquoi : au présent négatif, la voyelle finale -a devient -i, même après l'extension passive : anasomwa → hasomwi. Ce changement ne s'applique pas de la même manière au passé négatif : hakikusomwa.
Notes d'usage
Le passif swahili est courant lorsque le résultat, la procédure ou le patient compte davantage que l'auteur. Il est particulièrement visible dans les informations, les règlements et les annonces : Sheria ilipitishwa « La loi a été adoptée », Maombi yanapokelewa « Les demandes sont acceptées ». Il ne faut toutefois pas le réserver au registre administratif : Chakula kimepikwa est tout à fait naturel dans la vie quotidienne.
Le français et le swahili ne choisissent pas toujours la même voix. Là où le swahili emploie un passif, le français préfère souvent on, un verbe actif ou un autre verbe :
- Matunda yanauzwa hapa → « On vend des fruits ici » ou « Des fruits sont vendus ici » ;
- Wageni walipewa chai → « Les invités ont reçu du thé » ;
- Barua imejibiwa → « On a répondu à la lettre ».
Inversement, ne créez pas un passif swahili uniquement parce que la traduction française contient « être ». Dans Mtoto ni mgonjwa « L'enfant est malade », ni relie le sujet à un état ; aucune action n'est subie et il n'y a donc pas de passif.
L'accompli -me- est très fréquent avec le passif, car il présente une action achevée dont le résultat est pertinent : Mlango umefunguliwa suggère que la porte a été ouverte et qu'elle est maintenant ouverte. Le passé -li- situe plutôt l'événement dans le passé : Mlango ulifunguliwa saa mbili.
Pour aller plus loin
Passif, état et changement spontané
Une traduction française en « être + participe » peut masquer plusieurs constructions swahilies. Comparez :
| Forme | Analyse | Idée principale |
|---|---|---|
| Mlango umefunguliwa. | passif de fungua | Quelqu'un a ouvert la porte. |
| Mlango umefunguka. | verbe intransitif | La porte s'est ouverte. |
| Mlango unafungika. | forme stative en -ik- | La porte peut se fermer / se ferme correctement. |
| Kitabu kinasomwa. | passif de soma | Des personnes lisent le livre. |
| Kitabu kinasomeka vizuri. | forme stative en -ek- | Le livre se lit facilement, il est lisible. |
Le passif laisse donc entendre une action, même si l'agent n'est pas nommé. La forme stative décrit plutôt un état, une possibilité ou une propriété. Cette distinction devient importante dès que l'on rencontre -ik-/-ek-.
Verbes à deux participants après le passif
Certains verbes conservent un autre complément lorsqu'une personne devient sujet du passif : Wageni walipewa chai « Les invités ont reçu du thé ». La phrase ne copie pas mot à mot la structure française : wageni commande l'accord wa-, tandis que chai reste le bien donné.
Avec d'autres extensions verbales, les formes peuvent s'allonger : Mgeni alipikiwa chakula « Un repas a été préparé pour l'invité ». Ici, le verbe combine l'idée de « faire pour quelqu'un » avec le passif. À ce stade, mieux vaut repérer les éléments et le sens global avant de chercher à produire toutes les combinaisons.
Constructions impersonnelles
Dans des textes plus avancés, le passif sert à présenter une information sans auteur personnel :
- Inasemekana kwamba atakuja — On dit qu'il ou elle viendra.
- Inaaminika kuwa hii ni kweli — On pense que cela est vrai.
- Kazi imefanywa kwa uangalifu — Le travail a été fait avec soin.
Des formes comme inasemekana combinent plusieurs mécanismes et relèvent des constructions passives et impersonnelles complexes. Elles sont fréquentes, mais il n'est pas nécessaire de les analyser entièrement pour maîtriser le passif de base.
Conseils pratiques
- Transformez des paires complètes. Partez de Wanafunzi wanasoma vitabu, puis produisez Vitabu vinasomwa na wanafunzi. Vérifiez à chaque fois le nouveau préfixe sujet, le temps et l'extension passive.
- Apprenez les verbes par couples. Créez une liste courte : soma/somwa, andika/andikwa, chukua/chukuliwa, toa/tolewa, la/liwa, pa/pewa. Inventez une phrase au présent et une à l'accompli pour chaque couple.
- Repérez ce que le français reformule. Dans un dialogue ou un article swahili, relevez les formes en -w-, -liw- ou -lew-, puis demandez-vous si une traduction naturelle exige un passif français, « on », « recevoir » ou une autre tournure.
Notions associées
- Prérequis : Le passé en -li- — permet de situer une action passive achevée dans le passé.
- À comparer : La forme stative en -ik-/-ek- — distingue une action subie d'un état ou d'une possibilité.
- Étape suivante : Passif complexe et constructions impersonnelles — développe les tournures comme inasemekana et inaaminika.
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