B2

Passif complexe et tournures impersonnelles en swahili

Kauli ya Kutendwa Changamano

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de swahili sur Settemila Lingue.

En bref

Le swahili peut taire l'auteur d'une information avec des formes comme inasemekana kwamba… (« on dit que… ») et inaaminika kuwa… (« on estime que… »). Dans un passif construit avec -w-, le nom qui subit ou reçoit l'action commande l'accord du verbe : Kazi imefanywa (« le travail a été fait »), Watoto walifundishwa (« les enfants ont reçu un enseignement »). Plusieurs extensions verbales peuvent se combiner avant -w-, notamment dans aliandikiwa (« on a écrit pour lui/elle »).

Vue d'ensemble

Le passif présente une action du point de vue de ce qui la subit ou en bénéficie, sans obliger à nommer son auteur. Le sujet grammatical (le mot qui commande l'accord du verbe) n'est donc plus l'auteur de l'action : dans Kazi imefanywa kwa uangalifu, kazi commande le préfixe i-, mais ce n'est pas le travail qui agit. La phrase signifie « Le travail a été fait avec soin ».

Au niveau B2, il faut aller au-delà du simple ajout de -w-. Les textes journalistiques, administratifs et argumentatifs emploient souvent des tournures impersonnelles telles que inasemekana (« on dit »), inaaminika (« on estime, on croit »), imeripotiwa (« il a été rapporté ») ou haijulikani (« on ne sait pas »). Elles permettent de transmettre une information sans identifier précisément sa source. Le français fait souvent la même chose avec on, avec une tournure comme « il semble que », ou avec le conditionnel journalistique ; une traduction passive mot à mot serait généralement moins naturelle.

Le passif devient aussi plus riche lorsqu'il suit une extension verbale, c'est-à-dire un élément ajouté au radical pour modifier le rôle des participants. Ainsi, l'applicatif peut introduire un bénéficiaire ou un destinataire, puis le passif placer cette personne au premier plan : Mtoto aliandikiwa barua signifie littéralement que l'enfant a été le bénéficiaire de l'écriture d'une lettre, ce que le français rend naturellement par « On a écrit une lettre à l'enfant ».

Fonctionnement

Le passif ordinaire reste la base

Dans une forme verbale finie, le marqueur passif se place après le radical et les autres extensions, avant la voyelle finale :

préfixe d'accord + temps/aspect + radical (+ extension) + passif + voyelle finale

La réalisation du passif varie selon la forme du radical. On rencontre notamment -w-, -iw-, -ew-, -liw- et -lew-. Il est plus sûr d'apprendre la forme passive avec chaque verbe fréquent que de chercher à appliquer une seule terminaison à tous les verbes.

Verbe de départ Forme passive Sens principal
fanya fanywa être fait
andika andikwa être écrit
soma somwa être lu
kubali kubaliwa être accepté
fungua funguliwa être ouvert
teua teuliwa être nommé, sélectionné

La forme imefanywa se découpe ainsi : i- (accord de classe de kazi), -me- (accompli avec effet présent), fany- (radical), -w- (passif), -a (voyelle finale). Dans imeenezwa, le même schéma donne i-me-enez-w-a : « cela a été diffusé ».

L'accord appartient au nouveau sujet

Les noms swahilis sont répartis en classes nominales, des groupes qui déterminent les préfixes d'accord. Une fois la phrase mise au passif, le verbe s'accorde avec le participant placé comme sujet, et non avec l'auteur sous-entendu.

Type de nom Accord au singulier Accord au pluriel Exemple passif
personne, classes M-/Wa- a- wa- Mgonjwa alitibiwa / Wagonjwa walitibiwa
objet, classes M-/Mi- u- i- Mti umekatwa / Miti imekatwa
classe Ji-/Ma- li- ya- Jambo limeelezwa / Mambo yameelezwa
classe Ki-/Vi- ki- vi- Kitabu kimeandikwa / Vitabu vimeandikwa
classes N-/N- i- zi- Kazi imefanywa / Habari zimeenezwa

Le temps ou l'aspect s'insère après cet accord. Comparez *kazi inafanywa* (« le travail est en cours »), *kazi ilifanywa* (« le travail a été fait »), *kazi imefanywa* (« le travail a été fait, et le résultat est acquis ») et *kazi itafanywa* (« le travail sera fait »).

Les tournures impersonnelles de transmission

Lorsqu'aucun nom précis ne sert de sujet, le swahili emploie très souvent l'accord i- de classe 9. La proposition qui contient l'information vient après kuwa ou kwamba, tous deux souvent équivalents à « que » dans ce contexte.

Structure Valeur habituelle Exemple
inasemekana kuwa/kwamba… on dit que…, il paraît que… Inasemekana kwamba atakuja.
inaaminika kuwa… on estime/croit que… Inaaminika kuwa hii ni kweli.
imeripotiwa kuwa… il a été rapporté que… Imeripotiwa kuwa barabara imefungwa.
ilithibitishwa kuwa… il a été confirmé que… Ilithibitishwa kuwa hati ni halali.
haijulikani kama… on ne sait pas si… Haijulikani kama watakubali.

Toutes ces formes ne sont pas des passifs morphologiques identiques. Imeripotiwa contient bien le marqueur passif lié à -w-. En revanche, aminika comporte l'extension -ik-, qui exprime notamment un état ou une possibilité, et semekana est une forme lexicalisée courante de discours rapporté. Elles se ressemblent par leur fonction impersonnelle : la source ou l'auteur du jugement reste hors champ. Il est donc utile de les apprendre comme des tournures complètes plutôt que de supposer que tout équivalent français de « on dit » doit contenir -w-.

Kuwa introduit volontiers le contenu présenté comme un fait ou un jugement : Inaaminika kuwa mpango utafanikiwa. Kwamba annonce très clairement une proposition citée ou rapportée : Inasemekana kwamba mkutano umeahirishwa. Dans beaucoup de phrases, les deux sont possibles ; kwamba rend souvent la limite de la proposition plus explicite.

Construction impersonnelle ou sujet exprimé

Une même information peut être organisée de deux façons :

  • Inasemekana kuwa Asha ameondoka. — « On dit qu'Asha est partie. » Toute la proposition concernant Asha constitue l'information rapportée.
  • Asha anasemekana kuwa ameondoka. — « Asha serait partie / On dit qu'Asha est partie. » Asha devient le sujet grammatical et impose l'accord personnel a-.

On trouve de même Inaaminika kuwa njia hii ni salama (« On estime que cette route est sûre ») et Njia hii inaaminika kuwa salama (« Cette route est considérée comme sûre »). Le choix dépend de ce que l'on veut placer au début et présenter comme thème du message.

Passif après d'autres extensions verbales

Le passif peut suivre une extension applicative ou causative. L'applicatif ajoute une personne pour qui, à qui ou au bénéfice de qui l'action a lieu. Le causatif indique que quelqu'un fait accomplir l'action ou provoque le résultat.

Combinaison Formation Exemple Interprétation naturelle
applicatif + passif andika → andikia → andikiwa Mtoto aliandikiwa barua. On a écrit une lettre à l'enfant.
applicatif + passif leta → letea → letewa Wagonjwa waliletewa dawa. On a apporté des médicaments aux patients.
causatif + passif fundisha → fundishwa Watoto walifundishwa Kiswahili. On a enseigné le swahili aux enfants.
verbe dérivé + passif eneza → enezwa Habari imeenezwa kote. La nouvelle a été diffusée partout.

Ces phrases sont parfois décrites comme des passifs « doubles » ou complexes parce que plusieurs relations s'y superposent. Cela ne signifie pas qu'il faut ajouter deux fois -w-. Une seule extension passive vient normalement après les autres extensions ; la complexité tient surtout au choix du participant qui devient sujet. Dans Wagonjwa waliletewa dawa, ce sont les patients, destinataires de l'action, qui commandent wa-. Le français préfère ici une phrase avec on, car « les patients ont été apportés des médicaments » serait incorrect.

Nommer l'auteur avec na

Si l'auteur est important, il peut être réintroduit avec na : Kitabu kiliandikwa na mwandishi maarufu (« Le livre a été écrit par un auteur célèbre »). Ne confondez pas cette fonction avec kwa, qui introduit souvent la manière ou le moyen :

  • Kazi imefanywa na Amina — le travail a été fait par Amina ;
  • Kazi imefanywa kwa uangalifu — le travail a été fait avec soin ;
  • Mlango ulifunguliwa kwa ufunguo — la porte a été ouverte avec une clé.

Exemples en contexte

Swahili Français Remarque
Inasemekana kwamba atakuja kesho. On dit qu'il ou elle viendra demain. Source non précisée ; kwamba introduit l'information.
Inaaminika kuwa hii ni kweli. On estime que ceci est vrai. Jugement impersonnel avec i-.
Imeripotiwa kuwa barabara imefungwa. Il a été rapporté que la route est fermée. Accompli -me- et passif de ripoti.
Haijulikani kama watakubali pendekezo hilo. On ne sait pas s'ils accepteront cette proposition. Tournure négative suivie de kama, « si ».
Asha anasemekana kuwa amehamia Mombasa. Asha aurait déménagé à Mombasa. Asha est le thème ; accord personnel a-.
Habari hii imeenezwa kote nchini. Cette nouvelle a été diffusée dans tout le pays. Habari hii est traité ici comme un singulier de classe 9.
Kazi imefanywa kwa uangalifu mkubwa. Le travail a été fait avec beaucoup de soin. kwa exprime la manière.
Mkutano umeahirishwa na waandaaji. La réunion a été reportée par les organisateurs. na introduit l'auteur.
Maombi yote yamekubaliwa. Toutes les demandes ont été acceptées. Accord ya- avec le pluriel maombi.
Vitabu hivi vimetafsiriwa kwa Kifaransa. Ces livres ont été traduits en français. Accord vi- avec vitabu.
Mtoto aliandikiwa barua na shangazi yake. La tante de l'enfant lui a écrit une lettre. Le bénéficiaire devient sujet du passif applicatif.
Wagonjwa waliletewa dawa asubuhi. On a apporté des médicaments aux patients le matin. Applicatif -e- suivi du passif.
Watoto walifundishwa Kiswahili shuleni. On a enseigné le swahili aux enfants à l'école. Passif du verbe dérivé fundisha.
Tatizo hili linaweza kutatuliwa haraka. Ce problème peut être résolu rapidement. Modal -weza suivi de l'infinitif passif.

Erreurs fréquentes

Employer automatiquement l'accord impersonnel i-

  • Incorrect : Kitabu imeandikwa vizuri.
  • Correct : Kitabu kimeandikwa vizuri.
  • Pourquoi : lorsqu'un sujet est exprimé, le verbe s'accorde avec sa classe. Kitabu appartient à la classe Ki-, d'où ki-me-, et non i-me-.

Mettre l'auteur après kwa

  • Incorrect : Ripoti iliandikwa kwa Juma.
  • Correct : Ripoti iliandikwa na Juma.
  • Pourquoi : na présente normalement l'auteur d'une action passive. Kwa sert plutôt à exprimer une manière, un moyen ou d'autres rapports : kwa kompyuta (« à l'aide d'un ordinateur »), kwa haraka (« rapidement »).

Traduire le français mot à mot avec un passif lourd

  • Maladroit : Ni kusemwa kwamba atakuja.
  • Naturel : Inasemekana kwamba atakuja.
  • Pourquoi : le swahili possède des prédicats impersonnels consacrés. Il faut mémoriser inasemekana, inaaminika et haijulikani comme des blocs fréquents, sans calquer « il est dit » mot à mot.

Oublier l'applicatif quand le destinataire devient sujet

  • Incorrect : Mtoto aliandikwa barua.
  • Correct : Mtoto aliandikiwa barua.
  • Pourquoi : andikwa signifie « être écrit » et convient à ce qui est écrit. Pour placer le destinataire mtoto au premier plan, il faut l'applicatif de andikia avant le passif : andikiwa.

Ajouter deux marqueurs passifs

  • Incorrect : Wagonjwa waliletewawa dawa.
  • Correct : Wagonjwa waliletewa dawa.
  • Pourquoi : la présence de plusieurs participants ne demande pas deux -w-. Dans letewa, l'applicatif et le passif sont déjà combinés.

Confondre résultat accompli et action en cours

  • À distinguer : Kazi inafanywa sasa et Kazi imefanywa tayari.
  • Traduction : « Le travail est en train d'être fait maintenant » et « Le travail a déjà été fait ».
  • Pourquoi : -na- présente ici le déroulement actuel, tandis que -me- insiste sur le résultat acquis. Le passif ne supprime pas les différences de temps et d'aspect.

Remarques d'usage

Les tournures impersonnelles sont particulièrement courantes dans la presse, les rapports, les annonces officielles et les discussions où la source est générale ou secondaire. Imeripotiwa kuwa… présente l'information comme rapportée ; ilithibitishwa kuwa… indique une confirmation ; inasemekana… est plus vague et peut correspondre à une rumeur. Comme en français, « on dit que » n'offre pas le même degré de certitude que « il a été confirmé que ».

Dans la conversation, inasemekana et haijulikani restent tout à fait naturels. Toutefois, accumuler des passifs peut rendre un récit distant ou bureaucratique. Si l'auteur est connu et pertinent, l'actif est souvent plus direct : Waandaaji wameahirisha mkutano (« Les organisateurs ont reporté la réunion ») plutôt que Mkutano umeahirishwa na waandaaji. Le passif sert surtout à mettre le résultat, l'objet ou le bénéficiaire au premier plan.

La traduction française dépend du contexte. Asha anasemekana kuwa ameondoka peut devenir « On dit qu'Asha est partie », « Asha serait partie » ou « Asha est réputée être partie ». Le conditionnel français indique ici une information non directement garantie ; le swahili exprime cette distance par le verbe de transmission. Il ne faut donc pas chercher un temps verbal français unique qui corresponde toujours à inasemekana.

Enfin, kuwa et kwamba ne sont pas toujours interchangeables dans tous leurs emplois, mais après les principaux verbes de croyance ou de discours rapporté, tous deux introduisent couramment le contenu. Avec une question indirecte, kama est préférable : Haijulikani kama atafika (« On ne sait pas s'il arrivera »).

Pour aller plus loin

L'état, la possibilité et le véritable passif

Les extensions -ik-/-ek- ne sont pas de simples variantes de -w-. Elles peuvent présenter un état, une propriété ou la possibilité d'accomplir l'action. Comparez :

  • Kitabu kinasomwa na wanafunzi. — « Le livre est lu par les élèves » : action passive, auteur exprimable avec na.
  • Kitabu hiki kinasomeka vizuri. — « Ce livre se lit bien / est facile à lire » : propriété du livre, sans auteur précis.
  • Jambo hilo linaaminika. — selon le contexte, « Cette affirmation est crédible / est tenue pour vraie ».

Cette différence explique pourquoi inaaminika fonctionne si bien dans un jugement impersonnel. Elle décrit moins une action ponctuelle de « croire » qu'une proposition tenue pour vraie ou recevable.

Une chaîne de verbes peut porter le passif

Après un modal ou un autre verbe conjugué, l'infinitif en ku- peut être passif : Tatizo linaweza kutatuliwa (« le problème peut être résolu »), Sheria inapaswa kuheshimiwa (« la loi doit être respectée »). Le premier verbe porte l'accord et le temps ; l'infinitif exprime l'action passive. Cette structure est généralement plus naturelle que de tenter de rendre chaque élément français par une forme passive distincte.

Choisir le thème de la phrase

Le passif complexe est aussi un outil d'organisation du discours. Le début de phrase reprend souvent ce dont on parlait déjà :

  • après une discussion sur un rapport : Ripoti hiyo ilichapishwa jana (« Ce rapport a été publié hier ») ;
  • après une discussion sur des patients : Wagonjwa waliletewa dawa (« On leur a apporté des médicaments ») ;
  • sans thème nominal précis : Imeripotiwa kuwa… (« Il a été rapporté que… »).

Maîtriser ces choix permet d'éviter une suite de phrases grammaticalement correctes mais mal reliées entre elles. À un niveau avancé, la question n'est donc plus seulement « Comment former le passif ? », mais aussi « Quel participant doit être le point de départ de mon message ? ».

Conseils pratiques

  1. Décomposez les formes longues. Pour waliletewa, repérez wa-li-let-e-w-a : accord pluriel humain, passé, radical, applicatif, passif, voyelle finale. Faites la même chose avec cinq formes rencontrées dans un article.
  2. Transformez une information de trois façons. Partez de Watu wanasema kwamba Asha ameondoka, puis produisez Inasemekana kwamba Asha ameondoka et Asha anasemekana kuwa ameondoka. Observez ce qui devient le thème et quel préfixe d'accord change.
  3. Relevez les indices de source. Dans des nouvelles en swahili, cherchez inasemekana, imeripotiwa, inaaminika, ilithibitishwa et haijulikani. Notez à chaque fois si la source est absente, exprimée ailleurs ou présentée comme certaine.

Notions associées

Prérequis

La voix passive en swahili : -w-, -liw- et -ew-B1

Plus de concepts de niveau B2

Ce concept dans d'autres langues

Comparer dans toutes les langues

Entraînez-vous à Kauli ya Kutendwa Changamano en swahili avec un compte Settemila Lingue gratuit. Nous configurerons swahili · B2 et générerons des cartes consacrées précisément à ce concept grammatical.

Pratiquer ce concept