Les phrases sans sujet en hongrois
Alanytalan Mondatok
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de hongrois sur Settemila Lingue.
En bref
Le hongrois n’emploie pas de pronom vide correspondant au il français de il faut ou il est interdit. Il place directement kell, szabad, lehet, tilos ou érdemes avec un infinitif : El kell menni (« Il faut partir »). Quand l’obligation ou la possibilité concerne une personne précise, cette personne peut être indiquée par une terminaison sur l’infinitif : El kell mennem (« Je dois partir »).
Vue d’ensemble
Une phrase sans sujet, ou construction impersonnelle, présente une nécessité, une permission, une possibilité ou une appréciation sans nommer une personne qui accomplit l’action. Contrairement au français, qui exige souvent le sujet grammatical il, le hongrois n’ajoute aucun équivalent dans Késő van (« Il est tard »), Esik (« Il pleut ») ou Tilos dohányozni (« Il est interdit de fumer »). Il ne manque donc rien à ces phrases.
Dans les constructions étudiées ici, le second élément est généralement un infinitif (la forme du verbe qui ne porte normalement ni temps ni personne), reconnaissable à -ni : menni « aller », várni « attendre », dohányozni « fumer ». Le mot modal indique alors comment envisager l’action : comme nécessaire avec kell, permise avec szabad, possible avec lehet, interdite avec tilos ou judicieuse avec érdemes.
Au niveau C1, l’enjeu n’est plus seulement de comprendre ces mots fréquents. Il faut savoir distinguer une règle générale d’une obligation personnelle, interpréter correctement la négation et maîtriser la place des préverbes comme el- ou meg-. Ces choix sont très naturels en hongrois, mais ne correspondent pas toujours mot à mot aux tournures françaises.
Fonctionnement
Les cinq mots essentiels
| Construction hongroise | Équivalent courant en français | Valeur principale |
|---|---|---|
| kell + infinitif | il faut, on doit | nécessité, obligation |
| szabad + infinitif | on peut, il est permis de | permission |
| lehet + infinitif | on peut, il est possible de | possibilité pratique ou permission |
| tilos + infinitif | il est interdit de | interdiction catégorique |
| érdemes + infinitif | cela vaut la peine de, il est judicieux de | recommandation fondée sur l’intérêt |
Ces mots ne fonctionnent pas tous comme des verbes personnels français. Dans Mennem kell, par exemple, kell ne prend pas une forme signifiant « je ». C’est la terminaison -nem de mennem qui renvoie à la première personne.
Il faut aussi éviter de leur attribuer un seul sens dans toutes les phrases. Kell peut accompagner un nom dans Kell egy toll (« Il faut un stylo » ou « J’ai besoin d’un stylo », selon le contexte). Szabad peut être un adjectif signifiant « libre » ou « disponible », comme dans Szabad ez a hely? (« Cette place est-elle libre ? »). Ici, nous nous concentrons sur leurs emplois impersonnels.
Une action valable pour tout le monde
Pour exprimer une consigne, une vérité générale ou une action dont l’auteur n’a pas d’importance, on emploie l’infinitif simple en -ni :
- Itt várni kell. — Il faut attendre ici.
- Nem szabad hozzáérni. — Il ne faut pas toucher.
- Érdemes előre jegyet venni. — Cela vaut la peine d’acheter son billet à l’avance.
Le français choisit selon le contexte il faut, on doit, il est permis de ou une tournure passive. Le hongrois garde volontiers la même structure sans sujet exprimé. L’infinitif simple ne signifie donc pas forcément que l’action est accomplie par une personne inconnue : il peut aussi viser tous les visiteurs, tous les voyageurs ou le lecteur d’une consigne.
Une personne précise : l’infinitif personnel
Le hongrois peut ajouter à l’infinitif une terminaison personnelle, c’est-à-dire une terminaison qui indique qui doit, peut ou devrait accomplir l’action. Devant cette forme, le suffixe de l’infinitif apparaît souvent comme -n- suivi de la marque de personne. Les voyelles changent selon l’harmonie vocalique du mot.
| Personne | várni (« attendre ») | menni (« aller ») | Sens avec kell |
|---|---|---|---|
| moi | várnom | mennem | je dois attendre / aller |
| toi | várnod | menned | tu dois attendre / aller |
| lui, elle | várnia | mennie | il ou elle doit attendre / aller |
| nous | várnunk | mennünk | nous devons attendre / aller |
| vous | várnotok | mennetek | vous devez attendre / aller |
| eux, elles | várniuk | menniük | ils ou elles doivent attendre / aller |
Ainsi, Várnom kell signifie « Je dois attendre » et Várni kell « Il faut attendre ». La différence entre les deux ne se trouve pas sur kell, mais sur l’infinitif.
On peut en plus nommer la personne au datif (la forme qui présente ici la personne concernée), marqué par -nak/-nek :
- Nekem el kell mennem. — Moi, je dois partir.
- Péternek többet kell pihennie. — Péter doit se reposer davantage.
- A gyerekeknek korán kell lefeküdniük. — Les enfants doivent se coucher tôt.
Le pronom au datif est souvent omis quand la terminaison suffit. El kell mennem est donc une phrase complète. Nekem sert surtout à préciser, à opposer ou à insister : « c’est moi qui dois partir ».
Avec szabad et érdemes, le même mécanisme est possible : Szabad kérdeznem? (« Puis-je poser une question ? »), Neked érdemes korábban indulnod (« Tu ferais bien de partir plus tôt »). Dans une phrase générale, on revient à l’infinitif simple : Szabad kérdezni? (« Est-il permis de poser des questions ? »).
Lehet suivi d’un infinitif ou de hogy
Avec un infinitif, lehet indique qu’une action est réalisable ou autorisée :
- Itt lehet parkolni. — On peut se garer ici.
- Kártyával is lehet fizetni. — On peut aussi payer par carte.
Avec hogy (« que »), lehet introduit plutôt une éventualité : Lehet, hogy késik a vonat (« Il se peut que le train soit en retard »). Une virgule sépare normalement lehet de la proposition introduite par hogy. Cette construction n’exprime pas une permission donnée au train ; elle présente l’information comme possible.
Pour une capacité personnelle, le hongrois préfère souvent d’autres moyens. Tudok úszni signifie « Je sais nager », tandis que Lehet itt úszni signifie « On peut nager ici » : le lieu ou les circonstances rendent l’action possible.
Préverbes et ordre des mots
Un préverbe est un petit élément comme el-, meg- ou be- qui complète le sens du verbe. Avec kell, lehet et souvent szabad, il peut se détacher de l’infinitif et se placer devant le mot modal dans une phrase affirmative neutre :
- elmenni → El kell menni. — Il faut partir.
- megvenni → Meg lehet venni online. — On peut l’acheter en ligne.
- bemenni → Be szabad menni? — Peut-on entrer ?
La négation change généralement cette organisation : Nem kell elmenni (« Il n’est pas nécessaire de partir »), Nem lehet bemenni (« On ne peut pas entrer »), Nem szabad megérinteni (« Il est interdit de toucher »). Le préverbe reste alors attaché à l’infinitif.
Avec tilos et érdemes, le préverbe reste normalement avec l’infinitif : Tilos bemenni (« Entrée interdite »), Érdemes megnézni (« Cela vaut la peine de regarder »). Il ne faut donc pas appliquer mécaniquement le modèle El kell menni à chacun des cinq mots.
La négation : absence d’obligation ou interdiction
Cette opposition est essentielle :
| Hongrois | Français | Interprétation |
|---|---|---|
| El kell menni. | Il faut partir. | obligation |
| Nem kell elmenni. | Il n’est pas nécessaire de partir. | absence de nécessité ; « pas besoin » |
| Nem szabad elmenni. | Il ne faut pas partir. | interdiction |
| Tilos elmenni. | Il est interdit de partir. | interdiction forte et explicite |
Le français il ne faut pas est ambigu pour l’apprenant : dans l’usage courant, il exprime très souvent une interdiction. En hongrois, nem kell signifie d’abord « ce n’est pas nécessaire », tandis que nem szabad ou tilos interdit l’action. Le contexte peut nuancer nem kell, mais cette distinction constitue le repère le plus sûr.
Exemples en contexte
| Hongrois | Français | Remarque |
|---|---|---|
| El kell menni. | Il faut partir. | nécessité générale, préverbe détaché |
| Holnap korán kell kelni. | Demain, il faut se lever tôt. | consigne générale |
| El kell mennem az orvoshoz. | Je dois aller chez le médecin. | première personne sur mennem |
| Annának ma dolgoznia kell. | Anna doit travailler aujourd’hui. | personne au datif et infinitif personnel |
| Nem kell sietned. | Tu n’as pas besoin de te dépêcher. | absence de nécessité |
| Nem szabad dohányozni. | Il est interdit de fumer. | interdiction générale |
| Szabad kérdeznem valamit? | Puis-je demander quelque chose ? | demande polie et personnelle |
| Itt lehet fényképezni. | On peut prendre des photos ici. | permission ou possibilité locale |
| Este már nem lehet jegyet venni. | Le soir, on ne peut plus acheter de billet. | impossibilité pratique |
| Lehet, hogy esik. | Il est possible qu’il pleuve. | éventualité avec hogy |
| Tilos a fűre lépni. | Il est interdit de marcher sur la pelouse. | formulation de panneau |
| Érdemes megpróbálni. | Cela vaut la peine d’essayer. | recommandation générale |
| Neked érdemes lenne többet pihenned. | Tu ferais bien de te reposer davantage. | conseil atténué avec lenne |
| Ezt a könyvet érdemes elolvasni. | Ce livre mérite d’être lu. | l’objet est mis en avant |
Erreurs fréquentes
Ajouter un faux équivalent de « il »
- Incorrect : Az kell elmenni.
- Correct : El kell menni.
- Pourquoi : le il de « il faut » ne désigne personne en français. Le hongrois n’a pas besoin de le remplacer par az (« cela »).
Mettre un pronom sujet devant kell
- Incorrect : Én kell menni.
- Correct : Mennem kell. ou Nekem el kell mennem.
- Pourquoi : kell ne se conjugue pas comme le français devoir. La personne apparaît sur l’infinitif, et éventuellement au datif avec nekem, neked, neki, etc.
Employer nem kell pour interdire
- Incorrect pour une interdiction : Nem kell dohányozni.
- Correct : Nem szabad dohányozni. ou Tilos dohányozni.
- Pourquoi : nem kell signifie normalement « il n’est pas nécessaire ». Pour défendre une action, on choisit nem szabad ou tilos.
Oublier la terminaison personnelle
- À éviter en langue soignée : Nekem el kell menni.
- Forme de référence : Nekem el kell mennem.
- Pourquoi : si une personne précise est exprimée au datif, l’infinitif porte normalement la terminaison correspondante. La forme sans accord existe dans l’usage relâché, mais elle n’est pas le meilleur modèle à reproduire.
Déplacer le préverbe devant érdemes
- Incorrect dans l’ordre neutre : Meg érdemes próbálni.
- Correct : Érdemes megpróbálni.
- Pourquoi : le déplacement observé dans Meg kell próbálni ne s’étend pas automatiquement à érdemes.
Oublier la virgule avant hogy
- Incorrect à l’écrit : Lehet hogy késik.
- Correct : Lehet, hogy késik.
- Pourquoi : hogy introduit une proposition subordonnée (un groupe de mots dépendant de la proposition principale) et est normalement précédé d’une virgule.
Remarques d’usage
Tilos a une force réglementaire nette. On le rencontre sur les panneaux, dans les règlements et dans les avertissements : Belépni tilos! (« Entrée interdite ! »). L’ordre infinitif + tilos est particulièrement courant dans ce style bref. Dans une conversation, nem szabad peut paraître moins administratif, même si l’interdiction reste claire.
Szabad kérdeznem? est une demande de permission polie et assez soignée. Dans la conversation courante, on entend aussi des questions construites avec un verbe portant la terminaison de possibilité -hat/-het, par exemple Kérdezhetek valamit? (« Puis-je demander quelque chose ? »). Les deux formulations sont naturelles, mais la première met davantage en scène la permission.
Érdemes ne crée pas une obligation. Érdemes előre foglalni conseille de réserver à l’avance parce que c’est avantageux ; Előre kell foglalni indique que la réservation est nécessaire. Avec lenne (« serait »), le conseil devient encore plus souple : Érdemes lenne beszélned vele (« Ce serait bien que tu lui parles »).
Enfin, le choix de l’élément placé juste avant kell, lehet ou l’infinitif dépend aussi de l’information mise en relief. Le hongrois dispose d’un ordre des mots sensible au focus (l’élément présenté comme particulièrement important ou contrasté). Les modèles donnés ici représentent l’ordre neutre ; dans un contexte contrastif, d’autres ordres sont possibles sans que la construction cesse d’être impersonnelle.
Pour aller plus loin
La frontière entre phrase « sans sujet » et phrase à personne sous-entendue mérite une nuance. Dans El kell menni, aucune personne grammaticale n’est encodée : la lecture est générique ou dépend entièrement du contexte. Dans El kell mennem, en revanche, la première personne est bien indiquée par -nem, même si aucun pronom autonome n’apparaît. La construction reste organisée autour du prédicat impersonnel kell, mais l’auteur de l’action infinitive est identifiable.
Une personne exprimée au datif n’est pas toujours simplement le sujet français déguisé. Elle peut être comprise comme la personne pour qui la nécessité, la permission ou l’intérêt vaut. Cela explique des traductions françaises variées : Neked ezt tudnod kell peut se rendre par « Tu dois savoir cela », alors que sa structure hongroise présente littéralement la nécessité comme s’appliquant « à toi ».
Il faut aussi distinguer l’impersonnel de l’omission ordinaire du sujet. Le hongrois omet souvent én « je » ou ő « il, elle » parce que la conjugaison du verbe suffit : Dolgozom (« Je travaille »). Cette phrase a bien un sujet grammatical de première personne. À l’inverse, Dolgozni kell (« Il faut travailler ») ne contient aucune marque de personne. Ce contraste aide à comprendre pourquoi un infinitif personnel est nécessaire dès que l’on veut identifier précisément l’acteur.
Avec lehet, hogy, la proposition qui suit peut avoir son propre sujet : Lehet, hogy Anna már otthon van (« Il se peut qu’Anna soit déjà chez elle »). Lehet demeure impersonnel, tandis qu’Anna est le sujet de van dans la proposition introduite par hogy. Dans Lehet, hogy esik (« Il se peut qu’il pleuve »), même la seconde proposition décrit un phénomène météorologique sans sujet lexical.
Conseils de pratique
- Transformez une règle générale en phrases personnelles. Partez de Korán kell indulni (« Il faut partir tôt »), puis formez Korán kell indulnom, indulnod, indulnia…. Vous mémoriserez les terminaisons dans une structure utile plutôt qu’isolément.
- Classez les panneaux et consignes rencontrés. Pour chaque exemple, demandez-vous s’il exprime une nécessité (kell), une permission (szabad, lehet), une interdiction (nem szabad, tilos) ou un conseil (érdemes).
- Travaillez la négation par paires. Opposez à voix haute El kell menni / Nem kell elmenni puis El lehet vinni / Nem lehet elvinni. Cette pratique fixe en même temps le sens et la place du préverbe.
Notions liées
- Prérequis : Les constructions infinitives — pour revoir l’infinitif en -ni, ses terminaisons personnelles et son emploi après les expressions modales.