Les constructions infinitives en hongrois
Főnévi Igeneves Szerkezetek
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de hongrois sur Settemila Lingue.
En bref
L’infinitif hongrois se termine généralement par -ni : olvasni « lire », menni « aller ». Après un verbe conjugué comme akar « vouloir », il reste ordinairement sans marque personnelle : Olvasni akarok « Je veux lire ». Avec une expression impersonnelle comme kell « il faut » ou szabad « il est permis », il peut au contraire recevoir un suffixe indiquant la personne : Mennem kell « Je dois partir », Szabad kérdeznem? « Puis-je poser une question ? ».
Vue d’ensemble
Un infinitif est une forme verbale qui nomme une action sans indiquer à elle seule un temps ni, normalement, une personne : en français, « lire », « voir » ou « partir ». Son équivalent hongrois est le főnévi igenév, le plus souvent reconnaissable à sa terminaison -ni. On le rencontre après des verbes comme akar « vouloir », szeret « aimer », tud « savoir, pouvoir » et dans de nombreuses expressions modales.
Cette notion est introduite au niveau B1 parce qu’elle réunit plusieurs mécanismes importants. Le hongrois peut placer la marque de personne soit sur un verbe conjugué — akarok « je veux » —, soit sur l’infinitif lui-même — mennem « que j’aille / aller pour moi ». Une marque personnelle est simplement une terminaison qui montre de qui l’on parle. Elle évite souvent d’exprimer un pronom séparé.
Pour un francophone, le contraste essentiel concerne kell. Le français conjugue « devoir » : « je dois, tu dois, il doit ». En hongrois, kell ne change pas de personne dans cette construction ; c’est l’infinitif qui peut porter l’information : mennem kell, menned kell, mennie kell. Il ne faut donc pas chercher une série de formes de kell correspondant à « je dois, tu dois… ».
Fonctionnement
Former l’infinitif en -ni
Dans le cas le plus simple, on ajoute -ni au radical du verbe, c’est-à-dire à la partie qui porte son sens :
| Verbe | Infinitif | Sens |
|---|---|---|
| olvas | olvasni | lire |
| vár | várni | attendre |
| kér | kérni | demander |
| ül | ülni | être assis, s’asseoir |
Certains radicaux demandent une voyelle de liaison avant -ni. On obtient notamment mondani « dire », kezdeni « commencer » et tanítani « enseigner ». Pour les verbes dont la forme de dictionnaire au présent se termine par -ik, on ne conserve pas simplement -ik : dolgozik donne dolgozni « travailler ». Comme le radical peut aussi changer, il est préférable d’apprendre chaque nouveau verbe avec son infinitif.
Quelques infinitifs très fréquents ont une forme irrégulière ou contractée :
| Forme courante du verbe | Infinitif | Sens |
|---|---|---|
| megy | menni | aller |
| jön | jönni | venir |
| van | lenni | être |
| eszik | enni | manger |
| iszik | inni | boire |
| tesz | tenni | faire, mettre |
| vesz | venni | prendre, acheter |
| visz | vinni | emporter |
L’harmonie vocalique — le fait que les voyelles d’un mot déterminent celles de certains suffixes — devient surtout visible avec les infinitifs personnels. La terminaison varie alors selon que le radical contient plutôt des voyelles postérieures, comme a, o, u, ou antérieures, comme e, ö, ü.
L’infinitif simple après un verbe conjugué
Quand un verbe ordinaire porte déjà la personne, l’infinitif reste généralement en -ni :
- Olvasni akarok. — Je veux lire.
- Szeretek főzni. — J’aime cuisiner.
- Tudsz úszni? — Sais-tu nager ?
- Szeretnénk pihenni. — Nous aimerions nous reposer.
Dans akarok, la terminaison -ok indique déjà « je ». Il serait donc incorrect de remplacer ici olvasni par une forme personnelle. En français comme en hongrois, le sujet du second verbe est normalement le même que celui du verbe conjugué : dans Szeretnék leülni, c’est bien la même personne qui aimerait et qui s’assiérait.
L’ordre des mots hongrois dépend de ce que l’on met en relief. Olvasni akarok insiste naturellement sur l’activité voulue, tandis que d’autres contextes peuvent favoriser Akarok olvasni. Il est plus utile de mémoriser des phrases entières que de croire que l’infinitif occupe toujours une place fixe.
L’infinitif personnel
Avec kell « il faut », szabad « il est permis » et certaines constructions comparables, l’infinitif peut recevoir les suffixes suivants :
| Personne concernée | Radical à voyelles postérieures : várni | Radical à voyelles antérieures : kérni | Radical avec ö/ü : ülni |
|---|---|---|---|
| je | várnom | kérnem | ülnöm |
| tu | várnod | kérned | ülnöd |
| il / elle | várnia | kérnie | ülnie |
| nous | várnunk | kérnünk | ülnünk |
| vous | várnotok | kérnetek | ülnötök |
| ils / elles | várniuk | kérniük | ülniük |
On peut analyser ces formes comme -n- + suffixe personnel. À la troisième personne du singulier et du pluriel, le i de -nia/-nie et de -niuk/-niük reste présent. Le hongrois ne distingue pas le genre grammatical dans várnia : selon le contexte, la personne concernée peut être un homme ou une femme.
Les infinitifs irréguliers conservent leur radical particulier : mennem « que j’aille », jönnöd « que tu viennes », lennie « qu’il/elle soit », ennünk « que nous mangions », inniuk « qu’ils/elles boivent ». Ces formes s’apprennent plus facilement à partir de paires : menni → mennem, enni → ennem, jönni → jönnöm.
Indiquer la personne avec le datif
La personne concernée peut aussi apparaître avec le suffixe -nak/-nek, appelé datif (une forme qui correspond souvent à « à quelqu’un »). Les pronoms prennent alors les formes nekem « à moi », neked « à toi », neki « à lui/elle », nekünk, nektek, nekik.
- Nekem mennem kell. — Moi, je dois partir.
- Péternek dolgoznia kell. — Péter doit travailler.
- A gyerekeknek aludniuk kell. — Les enfants doivent dormir.
Le groupe au datif et l’infinitif s’accordent en personne : nekem … mennem, Péternek … mennie, a gyerekeknek … aludniuk. Toutefois, si le contexte est clair, le pronom est normalement omis : Mennem kell suffit pour « Je dois partir ». L’ajout de nekem sert souvent à contraster : « moi, de mon côté ».
Si aucune personne précise n’est visée, on emploie l’infinitif simple : Itt nem szabad dohányozni « Il est interdit de fumer ici ». La différence est donc réelle entre Nem szabad dohányozni « On ne doit pas fumer » et Nem szabad dohányoznom « Je n’ai pas le droit de fumer ».
Les préverbes dans la construction
De nombreux verbes hongrois comportent un préverbe, un petit élément placé devant le verbe qui en précise souvent le résultat ou la direction : elmenni « partir », megírni « rédiger jusqu’au bout », felhívni « téléphoner ». Dans une construction modale neutre, ce préverbe se place fréquemment devant le mot modal :
- El akarok menni. — Je veux partir.
- Meg tudom írni a levelet. — Je peux rédiger la lettre.
- El kell mennem. — Je dois partir.
La forme personnelle reste attachée à l’infinitif : el kell mennem, et non à kell. L’ordre peut changer lorsqu’un autre élément est mis en relief ou dans une phrase négative : Nem akarok elmenni « Je ne veux pas partir ». Pour commencer, apprenez les patrons très fréquents préverbe + akar/tud + infinitif et préverbe + kell + infinitif personnel.
Exemples en contexte
| Hongrois | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Olvasni akarok. | Je veux lire. | Akarok porte la première personne. |
| Tudsz úszni? | Sais-tu nager ? | Infinitif simple après tudsz. |
| Szeretnénk Budapesten maradni. | Nous aimerions rester à Budapest. | Le sujet des deux verbes est « nous ». |
| El akarom olvasni ezt a könyvet. | Je veux lire ce livre jusqu’au bout. | Le préverbe el- se détache de olvasni. |
| Mennem kell. | Je dois partir. | Infinitif personnel à la première personne. |
| Holnap korán kell kelned. | Demain, tu dois te lever tôt. | Kelned indique la deuxième personne. |
| Látnia kell az orvost. | Il/Elle doit voir le médecin. | Látnia ne précise pas le genre. |
| Nekünk most indulnunk kell. | Nous devons partir maintenant. | Nekünk souligne les personnes concernées. |
| A diákoknak be kell fejezniük a feladatot. | Les élèves doivent terminer l’exercice. | Sujet pluriel et infinitif en -niük. |
| Szabad kérdeznem? | Puis-je poser une question ? | Formule polie pour demander la permission. |
| Itt nem szabad parkolni. | Il est interdit de se garer ici. | Interdiction générale, sans personne précise. |
| Ma nem kell dolgoznom. | Je ne dois pas travailler aujourd’hui. | Ici, nem kell signifie « ne pas avoir besoin de ». |
| Péternek otthon kell maradnia. | Péter doit rester chez lui. | Nom au datif et troisième personne du singulier. |
| Érdemes megnézni ezt a filmet. | Ce film vaut la peine d’être vu. | Évaluation générale avec infinitif simple. |
Erreurs fréquentes
Conjuguer kell comme le français « devoir »
- Incorrect : Én kellek menni.
- Correct : Mennem kell. ou Nekem mennem kell.
- Pourquoi : kell reste impersonnel dans ce sens. La première personne est marquée par -nem sur l’infinitif. Kellek existe dans un autre sens : « on a besoin de moi » ; il ne signifie pas « je dois ».
Ajouter une personne à l’infinitif après akar
- Incorrect : Olvasnom akarok.
- Correct : Olvasni akarok.
- Pourquoi : akarok indique déjà « je veux ». L’infinitif qui le complète reste normalement en -ni. En revanche, olvasnom kell signifie bien « je dois lire ».
Employer -ni quand une personne précise doit être indiquée
- À éviter pour “je dois partir” : Menni kell.
- Correct : Mennem kell.
- Pourquoi : Menni kell exprime plutôt une nécessité générale : « il faut partir ». Mennem kell indique clairement que c’est moi qui dois partir.
Oublier l’accord avec un nom au datif
- Incorrect : A gyerekeknek aludnia kell.
- Correct : A gyerekeknek aludniuk kell.
- Pourquoi : a gyerekek est pluriel. L’infinitif doit donc recevoir la terminaison de troisième personne du pluriel -niuk/-niük.
Confondre absence d’obligation et interdiction
- Absence d’obligation : Nem kell elmenned. — Tu n’as pas besoin de partir.
- Interdiction : Nem szabad elmenned. — Tu ne dois pas partir / tu n’as pas le droit de partir.
- Pourquoi : comme en français, « ne pas devoir » peut être ambigu dans l’usage. Le hongrois distingue nettement nem kell « ce n’est pas nécessaire » de nem szabad « ce n’est pas permis ».
Laisser le préverbe attaché dans le patron neutre
- Peu naturel sans mise en relief particulière : Elmennem kell.
- Patron neutre courant : El kell mennem.
- Pourquoi : avec kell, le préverbe se place normalement devant le mot modal. La variante attachée n’est pas impossible, mais elle demande un contexte d’insistance ou de contraste.
Notes d’usage
Szabad kérdeznem? est une manière courante et polie de demander la permission de parler. Elle correspond selon la situation à « Puis-je poser une question ? » ou « Je peux demander quelque chose ? ». Dans des échanges familiers, on entend aussi des questions avec lehet : Lehet itt fizetni? « Est-il possible de payer ici ? ». L’infinitif simple convient lorsque la possibilité est générale.
Le pronom au datif n’est pas obligatoire si le suffixe suffit. Neked menned kell met davantage toi en contraste que le simple Menned kell. Cette possibilité correspond bien à une tendance générale du hongrois : les suffixes transmettent une information que le français exprime souvent par un pronom autonome.
L’ordre des mots sert aussi à organiser l’information. Les phrases proposées ici donnent les patrons neutres les plus utiles, mais un locuteur peut déplacer l’infinitif, son complément ou le groupe au datif pour corriger, opposer ou insister. Il ne faut donc pas juger toute variation comme fautive ; observez surtout quel élément précède immédiatement le verbe ou l’expression modale.
Enfin, szabad, lehet, tilos « interdit » et érdemes « cela vaut la peine » n’acceptent pas tous les formes personnelles avec la même fréquence dans chaque contexte. Mennem kell et Szabad kérdeznem? sont des modèles centraux à produire. Avec une règle générale — Tilos dohányozni, Érdemes megpróbálni — l’infinitif simple est de loin le choix naturel.
Pour aller plus loin
Le complément de l’infinitif peut influencer le verbe conjugué
Le hongrois possède une conjugaison indéfinie et une conjugaison définie. Très simplement, la seconde s’emploie lorsqu’un objet direct précis (la personne ou la chose directement touchée par l’action) est défini. Dans une chaîne avec akar ou tud, l’objet appartient par le sens à l’infinitif, mais il peut déterminer la forme du verbe conjugué :
- Akarok olvasni. — Je veux lire. Aucun objet défini : akarok.
- El akarom olvasni a könyvet. — Je veux lire le livre jusqu’au bout. Objet défini : akarom.
- Tudok főzni. — Je sais cuisiner.
- Meg tudom főzni a levest. — Je peux préparer la soupe. Objet défini : tudom.
Ce mécanisme explique pourquoi apprendre seulement la terminaison de l’infinitif ne suffit pas toujours : toute la construction forme une unité.
Plusieurs niveaux d’infinitif
Un verbe qui prend normalement un infinitif peut lui-même devenir infinitif sous la dépendance de kell :
- Akarnom kell tanulni. — Je dois vouloir étudier.
- Tudnom kell úszni. — Je dois savoir nager.
Ici, akarni et tudni reçoivent les marques personnelles, car ce sont eux qui dépendent directement de kell. Tanulni et úszni restent simples. Ces phrases sont moins élémentaires, mais elles montrent que le suffixe personnel n’est pas lié au sens lexical d’un seul verbe : il dépend de la structure.
Infinitif personnel et proposition française
Le français traduit parfois l’infinitif personnel hongrois par un verbe conjugué ou par une proposition introduite par « que » : Fontos időben érkezned signifie « Il est important que tu arrives à l’heure ». Il serait trompeur de chercher à conserver un infinitif français dans toutes les traductions. Ce qui compte est que le hongrois peut identifier l’auteur de l’action directement sur l’infinitif.
À un niveau plus avancé, on rencontrera ces formes avec d’autres prédicats impersonnels et dans des styles plus soutenus. Le principe reste le même : repérer qui doit, peut ou est censé accomplir l’action, puis vérifier si cette personne est exprimée au datif et par un suffixe sur l’infinitif.
Conseils pratiques
- Apprenez trois formes ensemble. Pour chaque verbe fréquent, notez la forme courante, l’infinitif et la première personne personnelle : megy — menni — mennem, kér — kérni — kérnem, ül — ülni — ülnöm. Cela fixe à la fois le radical et l’harmonie vocalique.
- Transformez une obligation par six personnes. Partez de Mennem kell, puis dites menned kell, mennie kell, mennünk kell, mennetek kell, menniük kell. Ajoutez ensuite les pronoms au datif pour vérifier l’accord.
- Opposez des paires utiles. Comparez à voix haute menni akarok / mennem kell, puis nem kell mennem / nem szabad mennem. Ces contrastes empêchent les erreurs les plus typiques chez les francophones.
Notions liées
- Prérequis : Conjugaison indéfinie au présent — elle permet de comprendre les formes comme akarok, szeretek et tudsz.
- À approfondir : Expressions modales — pour distinguer précisément kell, szabad, lehet, tilos et érdemes.
- Plus avancé : Constructions sans sujet — pour les nécessités, permissions et évaluations formulées sans personne précise.