B1

Le cas translatif -vá/-vé en hongrois

Változást Kifejező Rag (-vá/-vé)

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de hongrois sur Settemila Lingue.

En bref

Le suffixe -vá/-vé désigne le résultat d’une transformation : Tanárrá válok signifie « Je deviens professeur ». On choisit la variante selon l’harmonie vocalique et, après une consonne, le v s’assimile à celle-ci : tanár + vá → tanárrá, víz + vé → vízzé.

Vue d’ensemble

Le translatif est un cas, c’est-à-dire une terminaison ajoutée à un mot pour indiquer sa fonction ou son sens dans la phrase. Il répond ici à l’idée « devenir quoi ? », « transformer en quoi ? » ou « rendre comment ? ». Le mot muni de -vá/-vé nomme donc l’état, la qualité, la matière ou le statut obtenus à la fin du changement.

Le français place souvent une préposition devant un nom — « transformer le lait en fromage » — ou choisit un verbe comme « rendre » devant un adjectif — « rendre la règle plus simple ». Le hongrois rassemble cette information dans un suffixe : sajttá alakítja a tejet « il/elle transforme le lait en fromage », egyszerűbbé teszi a szabályt « il/elle rend la règle plus simple ». Il ne faut donc pas chercher une traduction française unique de -vá/-vé : selon la phrase, on traduira par « en », « devenir », « rendre », « changer en » ou une tournure équivalente.

Cette notion est introduite au niveau B1. Elle prolonge le fonctionnement général des cas hongrois et demande de maîtriser deux mécanismes fréquents : l’harmonie vocalique (le choix du suffixe d’après les voyelles du mot) et l’assimilation consonantique (le premier son du suffixe devient identique à la consonne finale du mot).

Formation et fonctionnement

Choisir entre -vá et -vé

La voyelle du suffixe s’accorde avec les voyelles du mot.

Type de voyelles dans le mot Suffixe Forme obtenue
voyelles d’arrière : a, á, o, ó, u, ú -vá tanár → tanárrá
voyelles d’avant non arrondies : e, é, i, í -vé víz → vízzé
voyelles d’avant arrondies : ö, ő, ü, ű -vé zöld → zölddé

Avec les emprunts et les mots comportant plusieurs types de voyelles, la forme consacrée suit les règles générales de l’harmonie hongroise ; le plus sûr est de mémoriser le mot avec d’autres suffixes. Si un mot prend habituellement -nak, il prendra en principe -vá ; s’il prend -nek, il prendra -vé.

Après une voyelle : le v reste visible

Quand le mot se termine par une voyelle, on conserve le v :

Forme de base Translatif Sens dans un contexte de changement
hajó « bateau » hajóvá en bateau
gyűrű « bague » gyűrűvé en bague
kávé « café » kávévá en café
fiú « garçon » fiúvá en garçon / garçon comme nouvel état

Les voyelles finales a et e s’allongent devant le suffixe, comme devant beaucoup d’autres suffixes hongrois :

  • alma + vá → almává « en pomme » ;
  • mese + vé → mesévé « en conte, en histoire ».

La voyelle du suffixe dépend de l’ensemble vocalique du mot, et non de la dernière lettre seule. Ainsi, kávé contient des voyelles d’arrière et donne kávévá, malgré son é final.

Après une consonne : assimilation complète

Quand la base finit par une consonne, le v de -vá/-vé devient cette consonne. À l’écrit, cela produit généralement une consonne longue :

Forme de base Assemblage Forme correcte
tanár « professeur » tanár + vá tanárrá
barát « ami » barát + tá baráttá
víz « eau » víz + zé vízzé
szép « beau » szép + pé széppé
boldog « heureux » boldog + gá boldoggá
ismert « connu » ismert + té ismertté

Avec une consonne représentée par deux lettres, l’orthographe hongroise note aussi son allongement :

  • nagy + vá → naggyá « grand » comme état obtenu ;
  • egész + vé → egésszé « en un tout » ;
  • kulcs + vá → kulccsá « en clé ».

Si la base se termine déjà par une consonne double, l’orthographe n’en écrit pas trois : erősebb + vé → erősebbé « plus fort comme résultat », toll + vá → tollá. Le suffixe reste pourtant bien présent ; sa voyelle finale permet de reconnaître la forme.

À l’oral, il faut réellement prononcer la consonne longue. Tanárrá contient un r tenu plus longtemps que celui de tanár ; cette longueur peut distinguer des formes grammaticales.

Où placer le suffixe dans le mot

Le hongrois empile ses suffixes dans un ordre régulier. Le translatif vient après les marques de pluriel et de possession :

  • város → városok → városokká : « ville → villes → en villes » ;
  • barát → barátom → barátommá : « ami → mon ami → devenir mon ami » ;
  • otthon → otthonom → otthonommá : « foyer → mon foyer → devenir mon foyer ».

Le mot au translatif n’est pas accompagné d’une préposition séparée. Dans A falut várossá alakították, la forme várossá suffit à exprimer « en ville ».

Les constructions verbales les plus courantes

On peut distinguer deux grands modèles.

Le sujet subit ou connaît le changement :

  • X valamivé válik : X devient quelque chose ;
  • X valamivé alakul : X se transforme en quelque chose ;
  • X valamivé változik : X change et devient quelque chose.

Une personne ou une cause provoque le changement :

  • valaki X-et valamivé tesz : quelqu’un rend X tel ou tel ;
  • valaki X-et valamivé alakít : quelqu’un transforme X en quelque chose ;
  • valaki X-et valamivé változtat : quelqu’un change X en quelque chose.

Dans le second modèle, X-et représente l’objet direct (la personne ou la chose sur laquelle porte l’action), marqué par l’accusatif -t. Comparez :

  • A terv valósággá vált. — « Le projet est devenu réalité. »
  • A csapat valósággá tette a tervet. — « L’équipe a fait du projet une réalité. »

Le résultat peut être un nom (tanárrá « professeur »), un adjectif (boldoggá « heureux »), un comparatif (egyszerűbbé « plus simple ») ou un pronom (mivé « en quoi », azzá « en cela »).

Exemples en contexte

Hongrois Français Remarque
Tanárrá válok. Je deviens professeur. Le locuteur acquiert une profession ou un statut.
Vízzé alakul. Cela se transforme en eau. víz prend -vé, avec assimilation : zz.
Magyarrá teszem. Je le/la rends hongrois(e). tesz présente le changement comme provoqué.
Ismertté vált az egész országban. Il/Elle est devenu(e) connu(e) dans tout le pays. Un adjectif peut recevoir le translatif.
A víz jéggé változott. L’eau s’est changée en glace. jég → jéggé exprime l’état final.
A tejet sajttá alakítják. On transforme le lait en fromage. Transformation d’une matière.
Ez a hír boldoggá tett. Cette nouvelle m’a rendu heureux / heureuse. boldoggá tesz est une association très courante.
A zaj lehetetlenné tette a munkát. Le bruit a rendu le travail impossible. Résultat abstrait exprimé par un adjectif.
A kis faluból város lett, majd fontos központtá vált. Le petit village est devenu une ville, puis un centre important. lett apparaît sans translatif ; vált en appelle un ici.
Két kisebb szobává osztották a termet. Ils ont divisé la salle en deux pièces plus petites. Le pluriel précède le translatif : szobák + ká.
A beszélgetés lassan vitává alakult. La conversation s’est peu à peu transformée en débat. Changement progressif de nature.
A tapasztalat erősebbé tett bennünket. L’expérience nous a rendus plus forts. Le comparatif erősebb reçoit le suffixe ; les trois b théoriques sont simplifiés en bb à l’écrit.
Mivé szeretnél válni? Que voudrais-tu devenir ? mi + vé → mivé ; le v reste après une voyelle.
A régi iskola az otthonunkká vált. L’ancienne école est devenue notre foyer. La marque de possession précède -ká.
Semmivé foszlott minden reményünk. Tous nos espoirs se sont évanouis. semmivé signifie littéralement « en rien » dans cette tournure.

Erreurs fréquentes

Garder le v après une consonne

  • Incorrect : tanárvá válik
  • Correct : tanárrá válik
  • Pourquoi : après le r, le v s’assimile entièrement et devient lui aussi r. La consonne longue s’écrit rr.

Choisir la mauvaise variante harmonique

  • Incorrect : vízzá alakul
  • Correct : vízzé alakul
  • Pourquoi : víz contient une voyelle d’avant ; il exige donc la variante -vé, qui devient -zé après assimilation.

Oublier l’allongement de a ou e final

  • Incorrect : alma vá változik
  • Correct : almává változik
  • Pourquoi : le suffixe se colle au mot, le a final devient á, et le v reste parce que la base finit par une voyelle.

Employer -ként pour un véritable changement

  • Incorrect dans le sens « il est devenu professeur » : Tanárként vált.
  • Correct : Tanárrá vált.
  • Pourquoi : -ként signifie « en tant que », dans un rôle : Tanárként dolgozik « Il/Elle travaille comme professeur ». -vá/-vé présente l’acquisition de ce rôle comme le résultat d’un changement.

Ajouter -vá/-vé après lesz dans toute phrase

  • Peu naturel dans une phrase courante : A fiam tanárrá lesz.
  • Forme courante : A fiam tanár lesz.
  • Autre possibilité : A fiam tanárrá válik.
  • Pourquoi : le hongrois emploie très souvent lesz avec un nom ou un adjectif sans suffixe. Le translatif est particulièrement attendu avec válik, alakul, tesz et alakít, mais il n’accompagne pas automatiquement tout verbe traduit par « devenir ».

Traduire chaque « en » français par -vá/-vé

  • Incorrect pour « traduire en hongrois » : magyarrá fordítja a szöveget
  • Correct : magyarra fordítja a szöveget
  • Pourquoi : dans l’expression consacrée avec fordít « traduire », la langue cible prend -ra/-re. Le translatif n’est pas l’équivalent général de la préposition française « en » ; il marque précisément un résultat ou une nouvelle qualité.

Remarques d’usage

Le translatif est productif : on peut l’ajouter à de nombreux noms et adjectifs dès que le contexte décrit un changement réel, conçu ou officiellement établi. Il est fréquent aussi bien à l’oral qu’à l’écrit, notamment avec válik, tesz, alakul et alakít. Les textes administratifs et journalistiques l’emploient volontiers pour les changements de statut : védetté nyilvánít « classer comme protégé », elnökké választ « élire président », ünneppé nyilvánít « déclarer jour de fête ».

Le français laisse parfois le résultat sans préposition après « devenir » : « elle devient médecin ». Le hongrois offre alors plusieurs constructions, qui ne se superposent pas mot à mot. Orvos lesz est la manière simple et très courante de dire « elle sera/deviendra médecin » ; orvossá válik met davantage le changement ou le processus au premier plan. Cette différence explique pourquoi une traduction française identique peut correspondre à une forme hongroise sans suffixe ou à une forme en -vá/-vé.

Il est utile d’apprendre des groupes entiers plutôt que le suffixe isolé : valamivé válik « devenir quelque chose », valamivé tesz valamit « rendre quelque chose… », valamivé alakít valamit « transformer quelque chose en… ». Ces cadres indiquent à la fois le cas attendu et la structure de la phrase.

Pour aller plus loin

Pronoms et mots généraux

Les formes pronominales sont très fréquentes dans les questions et les reprises :

Forme Sens courant Exemple
mivé en quoi, quoi comme résultat Mivé vált ez a hely? « Qu’est devenu cet endroit ? »
azzá en cela, ce que… Azzá vált, amiről álmodott. « Il/Elle est devenu(e) ce dont il/elle rêvait. »
ezzé en ceci Hogyan lett ezzé? « Comment cela en est-il arrivé là ? »
valamivé en quelque chose Valamivé át kell alakítani. « Il faut le transformer en quelque chose. »
semmivé en rien, à néant Semmivé vált az előny. « L’avantage a été réduit à néant. »

Ez et az se comportent comme des bases terminées par z : ezzé, azzá. Dans mivé, valamivé et semmivé, le v reste visible après la voyelle finale.

Résultat, rôle ou simple attribut

Trois constructions proches méritent d’être distinguées :

Construction hongroise Idée centrale Exemple
-vá/-vé résultat d’un changement Tanárrá vált. « Il/Elle est devenu(e) professeur. »
-ként rôle ou qualité dans laquelle on agit Tanárként dolgozik. « Il/Elle travaille comme professeur. »
attribut sans suffixe avec van/lesz identité ou état simplement constaté Tanár lesz. « Il/Elle sera professeur. »

La frontière dépend parfois du point de vue choisi. A szoba irodává vált présente une transformation de la pièce ; A szoba iroda lett constate plus simplement son nouvel usage. Les deux peuvent décrire la même réalité, mais le translatif attire l’attention sur le passage d’un état à l’autre.

Changements figurés et effets de style

Le résultat n’a pas besoin d’être matériel. Le suffixe convient aux évolutions psychologiques, sociales ou abstraites : fontossá válik « devenir important », szokássá válik « devenir une habitude », nevetségessé tesz « rendre ridicule », kérdéssé válik « devenir une question ». Dans les textes soutenus, ces constructions permettent de condenser une relation que le français exprime souvent par une proposition entière.

Certaines associations sont lexicalisées, c’est-à-dire devenues des groupes de mots habituels : közzétesz signifie « publier, rendre public » et s’écrit en un seul mot comme verbe composé ; il ne faut pas l’analyser à chaque occurrence comme une création libre à partir de köz. À l’inverse, nyilvánossá tesz « rendre public » reste une construction transparente avec un adjectif au translatif.

Conseils pratiques

  1. Travaillez par paires. Prenez cinq noms et cinq adjectifs, puis formez le résultat : tanár → tanárrá, barát → baráttá, szép → széppé, boldog → boldoggá. Prononcez la consonne longue au lieu de seulement la doubler à l’écrit.
  2. Transformez des phrases. Partez de A terv valósággá vált « Le projet est devenu réalité », puis rendez la phrase transitive : Valósággá tettük a tervet « Nous avons fait du projet une réalité ». Cela fixe la différence entre changement subi et changement provoqué.
  3. Classez les exemples par construction. Dans vos lectures, relevez séparément -vá/-vé + válik, -vá/-vé + tesz et -vá/-vé + alakít. Notez aussi les phrases avec lesz sans suffixe afin de ne pas appliquer le translatif mécaniquement.

Notions liées

Prérequis

Introduction aux cas en hongroisA1

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