Les préverbes en hongrois
Igekötők
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de hongrois sur Settemila Lingue.
En bref
Un igekötő est un élément qui complète ou transforme le sens d’un verbe hongrois : be- indique souvent un mouvement vers l’intérieur, ki- vers l’extérieur et meg- l’achèvement. Dans une phrase affirmative neutre, il précède généralement le verbe et s’écrit avec lui : megeszem « je le mange entièrement ». Il peut toutefois s’en séparer lorsque la négation, un ordre ou un élément mis en relief précède le verbe : nem eszem meg « je ne le mange pas entièrement ».
Vue d’ensemble
Les préverbes hongrois, appelés igekötők, ressemblent parfois aux préfixes français de verbes comme entrer, sortir ou remonter, et parfois aux petites expressions qui précisent qu’une action est menée jusqu’au bout. La comparaison a cependant ses limites : en hongrois, le même préverbe peut porter un sens spatial très concret, marquer l’aspect (la façon de présenter le déroulement ou l’achèvement d’une action) ou créer avec le verbe un sens nouveau qu’il faut apprendre comme une unité de vocabulaire.
Ce point apparaît au niveau B1 parce que les préverbes sont partout dans la langue quotidienne. Ils permettent d’opposer megy « aller, être en chemin » à elmegy « partir », ír « écrire » à megír « rédiger jusqu’au bout », ou encore kapcsol « brancher, actionner » à bekapcsol « allumer » et kikapcsol « éteindre ». Ils fonctionnent au présent, au passé, au conditionnel et avec les autres formes verbales : le passé ne change donc pas leur principe de base.
Pour commencer, retenez deux idées. D’abord, le préverbe et le verbe forment souvent une unité de sens : traduire chaque morceau séparément ne suffit pas toujours. Ensuite, leur position dépend de ce que la phrase affirme, nie ou met en valeur. Le présent article présente les deux mécanismes, tout en laissant l’étude détaillée de l’ordre des mots au concept suivant.
Fonctionnement
Les six préverbes essentiels
Les sens indiqués ci-dessous sont des points de départ, non des traductions automatiques. La colonne centrale donne l’image la plus fréquente ; les exemples montrent comment cette image peut devenir plus abstraite.
| Préverbe | Idée fréquente | Exemples utiles |
|---|---|---|
| meg- | résultat atteint, action accomplie | megír « écrire jusqu’au bout », megeszik « manger entièrement » |
| el- | éloignement, départ ; parfois déroulement jusqu’au terme | elmegy « partir », elolvas « lire jusqu’au bout », elalszik « s’endormir » |
| ki- | mouvement vers l’extérieur | kimegy « sortir », kivesz « retirer », kikapcsol « éteindre » |
| be- | mouvement vers l’intérieur | bemegy « entrer », bevisz « apporter à l’intérieur », bekapcsol « allumer » |
| fel- | mouvement vers le haut ; apparition ou mise en activité | felmegy « monter », feláll « se lever », felolvas « lire à voix haute » |
| le- | mouvement vers le bas ; fixation ou réduction | lemegy « descendre », leül « s’asseoir », leír « écrire, noter » |
La variante föl- se rencontre aussi à la place de fel-, par exemple fölmegy. Les deux formes sont courantes ; certains verbes ou locuteurs en privilégient une. Pour l’apprentissage actif, fel- constitue une bonne forme de référence, mais il faut savoir reconnaître föl-.
Direction réelle et sens figuré
Avec un verbe de mouvement, l’image spatiale reste souvent transparente :
- bemegy a házba : entrer dans la maison ;
- kijön a szobából : sortir de la chambre ;
- felviszi a bőröndöt : monter la valise ;
- lemegy a metróba : descendre dans le métro ;
- elmegy otthonról : partir de chez soi.
Les terminaisons des noms confirment souvent la direction. Dans bemegy a házba, -ba signifie « dans, vers l’intérieur ». Dans kijön a szobából, -ból signifie « hors de, depuis l’intérieur ». Cette répétition n’est pas superflue : le préverbe décrit le mouvement du verbe, tandis que la terminaison précise le rapport du lieu.
Mais le sens peut devenir figuré ou lexical, c’est-à-dire propre au mot entier. Felolvas ne signifie pas « lire vers le haut », mais « lire à voix haute » ; leír signifie « écrire, noter » ou « décrire » ; kiderül signifie « se révéler, s’avérer ». Il est donc plus efficace d’apprendre préverbe + verbe + exemple que de mémoriser une traduction isolée du préverbe.
L’achèvement de l’action
Meg- présente très souvent une action comme arrivée à son résultat. Comparez :
| Sans préverbe | Avec préverbe |
|---|---|
| Írom a levelet. — Je suis en train d’écrire la lettre. | Megírom a levelet. — Je rédige la lettre jusqu’au bout / je vais l’écrire. |
| Eszem az almát. — Je mange la pomme. | Megeszem az almát. — Je mange toute la pomme. |
| Tanulom a verset. — J’apprends le poème. | Megtanulom a verset. — J’apprends le poème jusqu’à le savoir. |
D’autres préverbes peuvent également donner une limite à l’action. Olvasom a könyvet présente la lecture en cours ; elolvasom a könyvet présente le livre comme lu jusqu’au bout. Ce n’est donc pas uniquement meg- qui exprime un résultat.
Il ne faut pourtant pas conclure qu’un verbe préverbé correspond toujours à une action accomplie. Le temps et le contexte restent décisifs : Holnap megírom signifie « je l’écrirai demain ». Le préverbe indique ici le résultat envisagé, non un résultat déjà obtenu.
Position neutre : préverbe attaché au verbe
Dans une déclaration affirmative sans mise en relief particulière, le préverbe se place normalement juste devant le verbe. Il s’écrit alors en un seul mot avec celui-ci :
- Anna bemegy. — Anna entre.
- Megírtam az üzenetet. — J’ai écrit le message.
- Kikapcsolom a tévét. — J’éteins la télévision.
L’accent tonique hongrois tombe normalement sur la première syllabe du mot. Dans BEkapcsolom, le préverbe placé devant le verbe est donc particulièrement facile à entendre.
Quand le préverbe se sépare
Le terme « préverbe » ne signifie pas qu’il reste toujours devant le verbe. Quand un autre élément doit occuper la place immédiatement antérieure au verbe, l’igekötő passe souvent après celui-ci et s’écrit séparément.
| Situation | Phrase neutre | Forme avec séparation |
|---|---|---|
| négation | Elolvasom. — Je le lis jusqu’au bout. | Nem olvasom el. — Je ne le lis pas jusqu’au bout. |
| ordre affirmatif | Megírod. — Tu l’écris. | Írd meg! — Écris-le ! |
| ordre négatif | — | Ne írd meg! — Ne l’écris pas ! |
| mise en relief | Péter megírta. — Péter l’a écrit. | PÉTER írta meg. — C’est Péter qui l’a écrit. |
| question avec mot interrogatif mis en relief | Elment. — Il est parti. | Mikor ment el? — Quand est-il parti ? |
Une question n’entraîne pas automatiquement la séparation. Dans une question totale, à laquelle on répond par oui ou non, le préverbe peut rester attaché : Elolvastad a könyvet? « As-tu lu le livre jusqu’au bout ? » La bonne règle n’est donc pas « toute question sépare », mais « la position préverbale dépend de l’élément mis en relief ».
Lorsqu’il est séparé, le préverbe appartient toujours au même verbe sur le plan du sens. Dans nem kapcsolom be, be complète kapcsolom, même si les deux éléments ne sont plus écrits ensemble.
Conjugaison et préverbe
Le préverbe ne se conjugue pas. Seul le verbe reçoit les marques de personne, de temps et, en hongrois, le type de conjugaison exigé par le complément d’objet direct (la personne ou la chose sur laquelle porte directement l’action).
- megeszem : « je le mange entièrement » ; ici, le contexte permet de comprendre que l’objet est défini ou déjà connu ;
- megírok egy levelet : « j’écris une lettre » ; l’objet introduit par egy « un, une » est indéfini ;
- megírom a levelet : « j’écris la lettre » ; a levelet désigne une lettre définie et la terminaison du verbe change en conséquence.
Le préverbe ne décide donc pas à lui seul entre les deux conjugaisons hongroises. C’est surtout la nature de l’objet qui le fait.
Exemples en contexte
| Hongrois | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Megeszem az almát. | Je mange toute la pomme. | meg- souligne le résultat complet. |
| Elmegyek a gyógyszertárba. | Je vais à la pharmacie / je pars à la pharmacie. | el- marque l’éloignement du point de départ. |
| Kimegyünk a kertbe. | Nous sortons dans le jardin. | Mouvement de l’intérieur vers l’extérieur. |
| A vendégek bejöttek a házba. | Les invités sont entrés dans la maison. | be- et -ba indiquent tous deux l’entrée. |
| Felmegyek a harmadik emeletre. | Je monte au troisième étage. | Direction vers le haut. |
| Lemegy a pincébe. | Il/Elle descend à la cave. | Direction vers le bas. |
| Tegnap megírtam a levelet. | Hier, j’ai fini d’écrire la lettre. | Résultat atteint au passé. |
| Elolvastad a cikket? | As-tu lu l’article jusqu’au bout ? | Question oui/non : le préverbe reste attaché. |
| Nem olvastam el a cikket. | Je n’ai pas lu l’article jusqu’au bout. | La négation provoque la séparation. |
| Kapcsold be a lámpát! | Allume la lampe ! | À l’impératif, be suit le verbe. |
| PÉTER kapcsolta ki a tévét. | C’est Péter qui a éteint la télévision. | Le sujet mis en relief précède le verbe. |
| A tanár felolvassa a történetet. | Le professeur lit l’histoire à voix haute. | Sens lexical de felolvas. |
| Leírom a címet. | Je note l’adresse. | leír forme ici une unité de vocabulaire. |
| A gyerek gyorsan elaludt. | L’enfant s’est vite endormi. | elalszik exprime le passage au sommeil. |
| Minden reggel megiszom egy kávét. | Chaque matin, je bois un café. | Action complète, mais répétée habituellement. |
Erreurs fréquentes
Écrire séparément un préverbe placé juste devant son verbe
- Incorrect : be kapcsolom a lámpát
- Correct : bekapcsolom a lámpát
- Pourquoi : lorsqu’il précède immédiatement son propre verbe, le préverbe s’y attache dans l’écriture. On écrit en revanche nem kapcsolom be quand il est postposé.
Garder le préverbe devant le verbe après la négation
- Incorrect dans le sens visé : Nem elolvasom a könyvet.
- Correct : Nem olvasom el a könyvet.
- Pourquoi : dans une négation neutre, nem occupe la position qui précède le verbe et le préverbe passe après. La première construction pourrait seulement apparaître avec un contraste très particulier, par exemple pour opposer « lire jusqu’au bout » à une autre action.
Séparer le préverbe dans toutes les questions
- Incorrect comme règle générale : croire que Elolvastad? doit devenir Olvastad el?
- Correct : Elolvastad? — Tu l’as lu jusqu’au bout ?
- Pourquoi : une question oui/non peut conserver l’ordre neutre. En revanche, un mot interrogatif focalisé entraîne souvent la séparation : Mikor olvastad el? « Quand l’as-tu lu jusqu’au bout ? »
Traduire chaque préverbe mot à mot
- Interprétation incorrecte : comprendre felolvas comme « lire vers le haut »
- Interprétation correcte : felolvas signifie « lire à voix haute ».
- Pourquoi : certains couples sont transparents, d’autres sont lexicalisés. Le dictionnaire et une phrase complète sont plus fiables qu’une équivalence unique comme fel- = « en haut ».
Employer mécaniquement meg- pour toute action passée
- Incorrect : ajouter meg- simplement parce que la phrase française est au passé.
- Correct : Tegnap két órán át olvastam. — Hier, j’ai lu pendant deux heures ; Tegnap elolvastam a könyvet. — Hier, j’ai lu le livre jusqu’au bout.
- Pourquoi : le passé situe l’action dans le temps ; le préverbe peut présenter son résultat ou modifier son sens. Ces deux informations sont indépendantes.
Oublier la conjugaison liée à l’objet
- Incorrect : Megírok a levelet.
- Correct : Megírom a levelet.
- Pourquoi : a levelet « la lettre » est défini, ce qui demande ici la conjugaison définie. Avec un objet indéfini, on dit Megírok egy levelet « j’écris une lettre ».
Notes d’usage
Les préverbes sont très fréquents aussi bien à l’oral qu’à l’écrit ; ils ne relèvent pas d’un registre soutenu. La langue parlée peut cependant laisser certains éléments sous-entendus lorsque le contexte est clair : à la question Bejössz? « Tu entres ? », on peut répondre simplement Be « oui, j’entre », en reprenant seulement le préverbe. Ce type de réponse montre à quel point celui-ci porte une partie importante du sens.
Pour un francophone, la difficulté vient souvent de l’absence d’équivalent stable. Bemegy peut se traduire par « entrer », alors que bekapcsol correspond à « allumer ». Inversement, un même verbe français peut demander des préverbes différents selon la direction : felvisz « monter quelque chose », levisz « descendre quelque chose », bevisz « apporter à l’intérieur ». Il faut donc partir de la scène décrite en hongrois plutôt que du seul verbe français.
La paire be-/ki- sert couramment pour les appareils : bekapcsol « allumer, mettre en marche » et kikapcsol « éteindre, arrêter ». Elle ne s’applique toutefois pas à tous les verbes français « allumer » et « éteindre » sans distinction. Pour une lampe ou un appareil, ces verbes conviennent très bien ; pour allumer un feu ou une cigarette, le hongrois emploie d’autres verbes et combinaisons.
Enfin, la graphie aide à analyser la phrase : megírta est un seul mot parce que meg- précède directement son verbe ; nem írta meg en contient deux à des positions différentes. À l’écoute, entraînez-vous à retrouver le couple même lorsque ses deux parties sont éloignées.
Au-delà des bases : emplois avancés
Préverbe, infinitif et verbe modal
Avec un infinitif (la forme non conjuguée du verbe, généralement en -ni) dépendant d’un verbe comme akar « vouloir » ou de kell « devoir, il faut », le préverbe peut se détacher de l’infinitif et se placer avant le verbe conjugué :
- Meg akarom írni a levelet. — Je veux écrire la lettre jusqu’au bout.
- El kell mennem. — Je dois partir.
Dans meg akarom írni, meg appartient par le sens à írni, mais il est écrit séparément parce qu’il ne se trouve pas immédiatement devant ce verbe. La négation ou la mise en relief peut encore réorganiser l’ensemble : Nem akarom megírni « je ne veux pas l’écrire ». Ce domaine demande une bonne maîtrise de la place du foyer informatif, c’est-à-dire l’élément présenté comme l’information centrale.
Le présent à valeur future
Un verbe orienté vers un résultat reçoit souvent une lecture future lorsque le contexte parle d’une action unique encore à accomplir :
- Este felhívlak. — Je t’appellerai ce soir.
- Holnap megcsinálom. — Je le ferai demain.
Le hongrois peut ainsi employer le présent là où le français choisit spontanément le futur. Ce n’est pas le préverbe seul qui « forme le futur » : l’indication temporelle et le caractère planifié ou complet de l’action contribuent ensemble à cette lecture.
Une action complète peut être habituelle
L’opposition entre action en cours et action achevée ne correspond pas exactement à l’opposition française entre présent et passé. Minden reggel megiszom egy kávét décrit une habitude au présent, mais chaque café est envisagé comme entièrement bu. De même, Mindig bezárom az ajtót « je ferme toujours la porte à clé » présente un résultat répété.
Contrastes et sens nouveaux
Changer de préverbe peut créer toute une famille autour d’un même verbe :
| Famille | Sens approximatif |
|---|---|
| megy | aller, se déplacer |
| elmegy | partir, s’en aller |
| bemegy | entrer |
| kimegy | sortir |
| felmegy | monter |
| lemegy | descendre |
Cette régularité est utile, surtout avec les verbes de mouvement. Elle ne garantit pourtant pas que toutes les combinaisons possibles existent ni qu’elles gardent un sens spatial. Avec le temps, apprenez aussi les mots comme megbeszél « discuter, convenir de », elintéz « régler une affaire » ou kiderül « se révéler » comme des verbes complets.
La mise en relief peut enfin produire des nuances que la traduction française rend par « c’est… qui », « seulement », « précisément » ou par l’intonation. Comparer Péter megírta a levelet « Péter a écrit la lettre » et PÉTER írta meg a levelet « c’est Péter qui a écrit la lettre » permet de voir que la séparation n’est pas un accident : elle signale l’organisation de l’information dans la phrase.
Conseils pour s’entraîner
- Construisez des familles visuelles. Prenez un verbe de mouvement comme megy et dessinez des flèches pour bemegy, kimegy, felmegy, lemegy et elmegy. Ajoutez une phrase avec un lieu pour chaque direction.
- Apprenez chaque nouveau verbe sous trois formes. Par exemple : megírom « je l’écris », nem írom meg « je ne l’écris pas », írd meg! « écris-le ! ». Vous mémoriserez ainsi le sens et la mobilité du préverbe en même temps.
- Repérez les deux morceaux à l’écoute. Dans un dialogue, notez d’abord les préverbes entendus, puis cherchez leur verbe. Vérifiez particulièrement les phrases avec nem, les ordres et les mots interrogatifs comme mikor « quand » ou mit « quoi ».
Concepts associés
- Prérequis : Le passé — permet d’employer les verbes préverbés pour parler d’actions antérieures sans confondre temps et achèvement.
- Étape suivante : La position des préverbes — approfondit la séparation devant la négation, les interrogatifs, l’impératif et les éléments mis en relief.
Prérequis
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