Les constructions infinitives en tchèque
Infinitivní Konstrukce
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de tchèque sur Settemila Lingue.
En bref
En tchèque, l’infinitif peut désigner une activité entière (Plavat je zdravé), compléter une appréciation impersonnelle (Je těžké to pochopit) ou exprimer le but après un verbe de mouvement (Přišel mi pomoci). Il s’emploie aussi dans des structures très courantes comme nemá co říct (« il n’a rien à dire »). Contrairement au français, il n’est généralement précédé ni de de ni de à.
Vue d’ensemble
L’infinitif est la forme non conjuguée du verbe : elle ne marque à elle seule ni la personne ni le nombre. En français, on le reconnaît dans faire, venir ou comprendre ; en tchèque, il se termine le plus souvent par -t, comme dělat (« faire »), přijít (« venir ») et pochopit (« comprendre »). À partir du niveau B2, il est utile de ne plus voir cette forme comme un simple complément de verbes tels que chtít (« vouloir ») ou muset (« devoir »), mais comme le centre de plusieurs constructions.
Une proposition infinitive peut occuper la place du sujet (ce dont parle la phrase), indiquer l’objectif d’un déplacement, ou dépendre d’un mot interrogatif comme co (« quoi ») et kam (« où, vers quelle destination »). Elle peut aussi contenir ses propres compléments : dans Přišel jsem ti pomoci, ti signifie « à toi » et dépend de pomoci.
Pour un francophone, deux réflexes demandent une attention particulière. D’une part, le tchèque n’ajoute pas automatiquement un équivalent de de, à ou pour devant l’infinitif. D’autre part, l’aspect du verbe — la manière de présenter l’action comme en cours/répétée ou comme menée à son terme — reste important même à l’infinitif : dělat et udělat se traduisent tous deux souvent par « faire », mais ne présentent pas l’action de la même façon.
Fonctionnement
Reconnaître l’infinitif
La terminaison moderne la plus fréquente est -t. Plusieurs verbes usuels possèdent aussi une variante plus longue, souvent plus soutenue ou simplement lexicale selon le verbe.
| Type | Infinitif tchèque | Sens en français | Remarque |
|---|---|---|---|
| forme régulière | pracovat | travailler | terminaison en -t |
| paire aspectuelle | psát / napsat | écrire | activité / résultat achevé |
| deux variantes | říct / říci | dire | les deux formes sont standard |
| deux variantes | moct / moci | pouvoir | moci est plus soigné dans certains contextes |
Les anciennes formes en -ti, que l’on peut rencontrer dans des textes historiques ou dans un style volontairement archaïsant, ne constituent pas le modèle à produire dans la langue actuelle.
L’infinitif comme sujet
Un infinitif peut nommer une activité et servir de sujet à la phrase :
infinitif + je + adjectif neutre
Dans Plavat je zdravé, l’ensemble plavat (« nager, le fait de nager ») est le sujet. L’adjectif attribut prend normalement le neutre singulier, ici zdravé, parce qu’il évalue une action entière et non un nom masculin ou féminin.
- Cestovat je drahé. — Voyager coûte cher.
- Kouřit je nezdravé. — Fumer est mauvais pour la santé.
- Čekat nemá smysl. — Attendre ne sert à rien.
Le français emploie lui aussi volontiers un infinitif sujet, mais il préfère parfois c’est ou il est : « C’est difficile à expliquer », « Il est agréable de se promener ». Le tchèque peut placer l’infinitif avant ou après l’évaluation selon ce que l’on veut mettre en avant.
L’évaluation impersonnelle : je těžké pochopit
La construction la plus fréquente suit ce schéma :
(je) + adjectif neutre / expression impersonnelle + infinitif
- Je těžké to pochopit. — C’est difficile à comprendre.
- Bylo příjemné si odpočinout. — Il était agréable de se reposer.
- Bude nutné počkat. — Il faudra attendre.
Le verbe být (« être ») peut changer de temps : je au présent, bylo au passé, bude au futur. L’adjectif reste au neutre singulier : těžké, snadné, nutné, možné, příjemné. Ainsi, le français « ce livre est facile à lire » se rend naturellement par Tato kniha se snadno čte ou Je snadné tuto knihu číst, selon le point de vue. On ne copie pas mécaniquement la structure française avec un adjectif accordé suivi de l’infinitif.
La personne concernée peut être précisée avec pro + accusatif :
- Je pro mě těžké odmítnout. — Il m’est difficile de refuser.
- Pro děti je důležité pravidelně spát. — Il est important pour les enfants de dormir régulièrement.
Les pronoms régis par l’infinitif gardent le cas demandé par ce verbe. Dans Je těžké mu porozumět, mu est au datif parce que porozumět se construit avec le datif : « Il est difficile de le comprendre. »
L’infinitif de but après un déplacement
Après des verbes comme jít (« aller à pied »), přijít (« venir, arriver à pied »), jet (« aller en véhicule »), přijet (« arriver en véhicule ») ou běžet (« courir »), un infinitif sans préposition peut exprimer le but :
verbe de mouvement + infinitif
- Jdu nakoupit. — Je vais faire des courses.
- Přijel nás navštívit. — Il est venu nous rendre visite.
- Běžela otevřít dveře. — Elle a couru ouvrir la porte.
Le sujet sous-entendu de l’infinitif est normalement le même que celui du verbe conjugué. Dans Přišel jsem ti pomoci, c’est bien « je » qui est venu et qui aide ; ti est le bénéficiaire, pas le sujet de pomoci.
Si les deux actions ont des sujets différents, on choisit généralement une proposition avec aby et un verbe conjugué :
- Přišel jsem, abys mi pomohl. — Je suis venu pour que tu m’aides.
Cette distinction ressemble à celle du français entre « je suis venu t’aider » et « je suis venu pour que tu m’aides ».
Après un verbe modal, de volonté ou de phase
De nombreux verbes prennent directement l’infinitif, sans préposition :
| Fonction | Verbes fréquents | Exemple |
|---|---|---|
| possibilité, nécessité | moci, muset, smět | Musím odejít. — Je dois partir. |
| volonté, préférence | chtít, přát si | Chci zůstat. — Je veux rester. |
| début, continuation, fin | začít, přestat | Přestal kouřit. — Il a arrêté de fumer. |
| tentative, apprentissage | zkusit, učit se | Zkus to opravit. — Essaie de le réparer. |
Le français hésite entre l’infinitif direct, de et à : « vouloir partir », « arrêter de fumer », « apprendre à conduire ». Le tchèque ne reproduit pas ces prépositions ; c’est le verbe principal qui détermine la construction.
Co, kam, kde, jak + infinitif
Un mot interrogatif peut ouvrir un groupe infinitif dont le sujet est compris grâce au contexte :
- Nemá co říct. — Il n’a rien à dire.
- Máme kde spát. — Nous avons un endroit où dormir.
- Nemám kam jít. — Je n’ai nulle part où aller.
- Nevím, jak to vysvětlit. — Je ne sais pas comment l’expliquer.
Avec mít (« avoir »), ces structures expriment souvent l’existence ou l’absence d’une possibilité : mít co jíst (« avoir de quoi manger »), nemít kde bydlet (« ne pas avoir où habiter »). Il n’y a pas de virgule entre mít et ce groupe. En revanche, une interrogation indirecte dépendant de nevím est normalement séparée par une virgule : Nevím, co dělat (« Je ne sais pas quoi faire »).
La place de se et si
Les particules se et si font partie de nombreux verbes pronominaux. Ce sont des clitiques, c’est-à-dire de petits mots non accentués qui se placent généralement en deuxième position de leur proposition, plutôt que de rester obligatoirement collés à l’infinitif comme en français.
- Chci se učit česky. — Je veux apprendre le tchèque.
- Přišel se podívat. — Il est venu voir.
- Je těžké si vybrat. — Il est difficile de choisir.
Exemples en contexte
| Tchèque | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Plavat je zdravé. | Nager est bon pour la santé. | Infinitif sujet ; adjectif neutre. |
| Je těžké to pochopit. | C’est difficile à comprendre. | Évaluation impersonnelle. |
| Bylo příjemné s tebou mluvit. | C’était agréable de parler avec toi. | Même structure au passé. |
| Bude nutné změnit plán. | Il faudra changer le programme. | Nécessité au futur. |
| Je pro mě snadné vstávat brzy. | Il m’est facile de me lever tôt. | La personne concernée est introduite par pro. |
| Přišel jsem ti pomoci. | Je suis venu t’aider. | Même sujet pour přišel jsem et pomoci. |
| Jdeme se najíst. | Nous allons manger. | But après un verbe de mouvement. |
| Přijeli podepsat smlouvu. | Ils sont venus signer le contrat. | Action visée et délimitée. |
| Musíš být opatrný. | Tu dois être prudent. | Infinitif après un verbe modal. |
| Začala pracovat z domova. | Elle a commencé à travailler de chez elle. | Pas d’équivalent de la préposition française à. |
| Nemá co říct. | Il n’a rien à dire. | mít + co + infinitif. |
| Neměli jsme kde zaparkovat. | Nous n’avions nulle part où nous garer. | Absence de lieu disponible. |
| Nevím, jak mu odpovědět. | Je ne sais pas comment lui répondre. | Interrogation indirecte avec une virgule. |
| Přišel jsem, abys mi poradil. | Je suis venu pour que tu me conseilles. | aby est nécessaire puisque les sujets diffèrent. |
Erreurs fréquentes
Ajouter une préposition sur le modèle français
- Incorrect : Začal k pracovat.
- Correct : Začal pracovat.
- Pourquoi : contrairement à « commencer à travailler », začít est directement suivi de l’infinitif.
Accorder l’adjectif avec un nom absent
- Incorrect : Je těžký to pochopit.
- Correct : Je těžké to pochopit.
- Pourquoi : l’adjectif évalue toute l’action ; il prend donc la forme neutre singulière těžké. La forme masculine těžký demanderait un nom masculin, par exemple těžký úkol (« une tâche difficile »).
Employer l’infinitif de but avec deux sujets différents
- Incorrect : Přišel jsem ty mi pomoci.
- Correct : Přišel jsem, abys mi pomohl.
- Pourquoi : l’infinitif nu fait normalement comprendre que le sujet reste le même. Pour « afin que tu… », il faut aby avec un verbe conjugué.
Confondre la personne qui agit et le bénéficiaire
- Interprétation incorrecte : dans Přišel jsem ti pomoci, croire que ti accomplit l’action.
- Interprétation correcte : « Je suis venu t’aider » ; c’est já qui aide.
- Pourquoi : ti est le datif de ty et signifie ici « à toi ». La terminaison -l jsem identifie le sujet de la phrase principale.
Oublier l’aspect de l’infinitif
- Peu naturel dans un objectif ponctuel : Přišel jsem opravovat počítač, si l’on veut dire que la réparation doit être menée à terme.
- Plus naturel : Přišel jsem opravit počítač.
- Pourquoi : opravit présente ici la réparation comme un résultat visé. Opravovat insiste plutôt sur l’activité en cours ou répétée et peut être correct dans un autre contexte.
Mal placer se ou si
- Incorrect : Chci učit se česky.
- Correct : Chci se učit česky.
- Pourquoi : dans une phrase neutre, le clitique se occupe tôt la deuxième position syntaxique ; il ne suit pas forcément l’infinitif comme le pronom français dans « se former ».
Remarques d’usage
L’infinitif de but après un verbe de mouvement est courant et naturel, aussi bien à l’oral qu’à l’écrit : Jdu nakoupit est plus direct qu’une longue proposition de but. Toutefois, il n’est pas une solution universelle pour traduire pour. Si l’objectif n’est pas étroitement lié à un déplacement, une proposition avec aby ou une autre construction peut être préférable.
Les couples říct / říci et moct / moci sont tous corrects. Les formes courtes sont très fréquentes dans la conversation ; les formes longues apparaissent davantage dans un registre surveillé, sans être nécessairement solennelles. Il vaut mieux apprendre les deux pour les reconnaître plutôt que d’attribuer une valeur absolue à chacune.
Dans les tournures avec mít, la polarité change souvent l’équivalent français. Mám co číst signifie « j’ai de quoi lire », tandis que Nemám co číst signifie « je n’ai rien à lire ». Avec un lieu : Má kde bydlet (« il a où habiter ») s’oppose à Nemá kde bydlet (« il n’a nulle part où habiter »).
Enfin, le sujet pronominal est souvent omis en tchèque lorsque la forme conjuguée suffit. Cela ne rend pas l’auteur de l’infinitif ambigu dans Chci odejít : la terminaison de chci indique « je », et cette même personne est comprise comme celle qui part.
Pour aller plus loin
L’aspect modifie le point de vue
Le choix aspectuel ne correspond pas simplement à une différence de temps. Comparez :
- Učím se vařit. — J’apprends à cuisiner : activité générale.
- Musím uvařit večeři. — Je dois préparer le dîner : résultat attendu.
- Chci číst každý večer. — Je veux lire chaque soir : habitude.
- Chci přečíst tu knihu. — Je veux lire ce livre jusqu’au bout : accomplissement.
L’infinitif conserve donc l’opposition entre un verbe imperfectif, qui présente le déroulement ou la répétition, et un verbe perfectif, qui vise une action délimitée ou son résultat.
Infinitif passif et constructions complexes
Dans un registre administratif ou formel, on rencontre být + participe passif. Le participe passif est une forme verbale qui présente ce qui subit l’action et s’accorde avec le nom concerné :
- Dokument musí být podepsán do pátku. — Le document doit être signé avant vendredi.
- Žádost může být zamítnuta. — La demande peut être rejetée.
Le genre du participe (podepsán masculin, zamítnuta féminin, schváleno neutre) dépend ici du sujet grammatical. Cette structure dépasse l’infinitif simple, mais elle est indispensable pour comprendre des consignes et des textes professionnels.
Infinitif ou nom d’action
Le tchèque peut parfois choisir entre une action exprimée par un infinitif et un nom verbal :
- Kouřit je zakázáno. — Il est interdit de fumer.
- Kouření je zakázáno. — Il est interdit de fumer / Fumer est interdit.
Le nom kouření désigne plus facilement l’activité comme une notion ou un phénomène ; l’infinitif présente volontiers l’action à accomplir, éviter ou évaluer. La frontière n’est pas rigide, et les panneaux emploient souvent des formulations nominales très condensées, comme Zákaz kouření (« Interdiction de fumer »).
La portée de la négation
Comparez Nemusíš přijít (« tu n’es pas obligé de venir ») et une formulation où la négation porte réellement sur l’action, par exemple Musíš zůstat doma (« tu dois rester chez toi »). Pour un francophone, « tu ne dois pas venir » peut être ambigu entre absence d’obligation et interdiction. En tchèque, nemuset exprime normalement l’absence de nécessité ; pour interdire, on emploie notamment nesmět : Nesmíš přijít pozdě (« tu ne dois pas arriver en retard »).
Conseils pratiques
- Classez vos exemples par structure. Créez quatre colonnes personnelles : infinitif sujet, appréciation impersonnelle, but après déplacement, et co/kam/kde/jak + infinitif. Inventez deux phrases dans chaque colonne.
- Apprenez les infinitifs par paires aspectuelles. Associez par exemple číst / přečíst, dělat / udělat et opravovat / opravit, puis demandez-vous si le contexte insiste sur l’activité ou sur son aboutissement.
- Transformez des phrases françaises sans traduire les prépositions. Pour « commencer à travailler » ou « venir aider », partez du modèle tchèque complet : začít pracovat, přijít pomoci. Cela évite de fabriquer des équivalents tchèques de à, de et pour.
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- Prérequis : Les constructions impersonnelles — elles permettent de comprendre des modèles comme je třeba, je možné et les évaluations suivies d’un infinitif.
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