Le passé en -li- en swahili
Wakati Uliopita (-li-)
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de swahili sur Settemila Lingue.
En bref
Pour raconter une action achevée, le swahili place -li- entre le marqueur du sujet et le verbe : ni-li-soma → nilisoma, « j’ai lu / j’ai étudié ». À la forme négative, -li- disparaît et est remplacé par -ku- : si-ku-soma → sikusoma, « je n’ai pas lu / étudié ». Tous ces éléments s’écrivent normalement en un seul mot.
Vue d’ensemble
Le passé en -li-, appelé wakati uliopita en swahili, sert avant tout à situer dans le passé un événement présenté comme accompli : un départ, un achat, une rencontre, une réaction, etc. On l’apprend généralement au niveau A2, après le présent en -na-. Le mécanisme reste familier : au lieu de modifier la fin du verbe comme en français dans je parle / je parlais, le swahili construit un mot verbal avec plusieurs éléments placés dans un ordre fixe.
Le sujet (la personne ou la chose qui accomplit l’action) est indiqué par un préfixe au début du verbe. Vient ensuite -li-, puis éventuellement un marqueur d’objet, et enfin la racine verbale. Ainsi, tulimwona signifie « nous l’avons vu(e) » : tu- indique « nous », -li- place l’action dans le passé et -mw- représente la personne vue.
Le français n’offre pas toujours une seule traduction automatique de cette forme. Selon le contexte, nilisoma peut correspondre à « j’ai lu », « j’ai étudié » ou, dans un récit écrit, « je lus ». L’important est donc de retenir la valeur swahilie : l’événement est situé dans le passé et envisagé comme un tout. Les distinctions plus fines, notamment entre une action ponctuelle, une situation en cours et un résultat encore actuel, sont présentées plus loin.
Comment se forme le passé
La formule affirmative
La structure de base est :
marqueur du sujet + -li- + (marqueur d’objet) + racine verbale
Les parenthèses indiquent un élément facultatif. Le marqueur d’objet représente la personne ou la chose qui subit ou reçoit l’action : dans « je l’ai vu », « l’ » est l’objet.
Avec kusoma (« lire, étudier »), on enlève le ku- de l’infinitif et on emploie la base soma :
| Personne | Construction | Forme | Traduction courante |
|---|---|---|---|
| je | ni + li + soma | nilisoma | j’ai lu / étudié |
| tu | u + li + soma | ulisoma | tu as lu / étudié |
| il / elle | a + li + soma | alisoma | il / elle a lu ou étudié |
| nous | tu + li + soma | tulisoma | nous avons lu / étudié |
| vous | m + li + soma | mlisoma | vous avez lu / étudié |
| ils / elles | wa + li + soma | walisoma | ils / elles ont lu ou étudié |
Le swahili ne distingue pas le genre dans a- ni dans wa- : alisoma peut avoir pour sujet un homme ou une femme. En outre, le pronom indépendant est souvent inutile, car le préfixe verbal indique déjà la personne. Mimi nilisoma est possible si l’on veut insister sur « moi », mais nilisoma suffit dans une phrase neutre.
Les marqueurs de sujet ci-dessus concernent les personnes. Lorsqu’un nom d’une autre classe nominale est sujet, son accord prend leur place :
- Kitabu kilianguka. — Le livre est tombé. (ki-li-anguka)
- Vitabu vilianguka. — Les livres sont tombés. (vi-li-anguka)
- Gari lilifika. — La voiture est arrivée. (li-li-fika)
Le premier élément marque donc l’accord avec le sujet ; le second -li- reste le marqueur du passé. Dans lilifika, la répétition li-li- n’est pas une erreur : le premier li- correspond à la classe du nom gari, le second au temps passé.
Ajouter un objet dans le verbe
Quand l’objet est représenté à l’intérieur du verbe, son marqueur vient après -li- :
| Décomposition | Forme complète | Sens |
|---|---|---|
| ni + li + mw + ona | nilimwona | je l’ai vu(e) |
| a + li + ni + ita | aliniita | il / elle m’a appelé(e) |
| tu + li + wa + saidia | tuliwasaidia | nous les avons aidés |
| wa + li + ki + nunua | walikinunua | ils / elles l’ont acheté (objet de classe ki-) |
Devant une voyelle, certains marqueurs prennent une forme adaptée : celui de la troisième personne humaine apparaît notamment comme -mw- dans -mw-ona. Pour débuter, retenez surtout l’ordre : sujet, temps, objet, verbe.
Les verbes courts
Quelques verbes très courts conservent le ku- que l’on reconnaît dans leur infinitif à la forme affirmative. C’est notamment le cas de kuja (« venir »), kula (« manger ») et kunywa (« boire ») :
- alikuja — il / elle est venu(e) ;
- tulikula — nous avons mangé ;
- walikunywa — ils / elles ont bu.
On ne dit donc pas alisja ou tulila pour appliquer mécaniquement la règle d’un verbe long. Il vaut mieux mémoriser les formes fréquentes telles qu’on les rencontre.
La négation au passé
À la négation, on n’ajoute pas simplement un mot équivalent au français ne… pas. Le début du verbe change, et -ku- remplace -li- :
marqueur négatif du sujet + -ku- + (marqueur d’objet) + racine verbale
| Personne | Forme négative | Traduction |
|---|---|---|
| je | sikusoma | je n’ai pas lu / étudié |
| tu | hukusoma | tu n’as pas lu / étudié |
| il / elle | hakusoma | il / elle n’a pas lu ou étudié |
| nous | hatukusoma | nous n’avons pas lu / étudié |
| vous | hamkusoma | vous n’avez pas lu / étudié |
| ils / elles | hawakusoma | ils / elles n’ont pas lu ou étudié |
Dans sikumwona (« je ne l’ai pas vu(e) »), l’analyse est si-ku-mw-ona. Avec un objet « tu », deux syllabes ku peuvent se suivre : sikukuona (« je ne t’ai pas vu(e) ») contient d’abord le marqueur du passé négatif, puis le marqueur d’objet « te ».
Pour les verbes courts, la négation ne double pas le ku- : sikula (« je n’ai pas mangé »), hakuja (« il / elle n’est pas venu(e) »), hatukunywa (« nous n’avons pas bu »).
Le passé de kuwa, « être »
La copule ni, souvent traduite par « être » au présent, ne reçoit pas directement -li-. Pour parler d’un état ou d’une identité passée, on emploie le verbe kuwa :
| Forme | Traduction |
|---|---|
| nilikuwa nyumbani | j’étais à la maison |
| alikuwa mwalimu | il / elle était professeur |
| tulikuwa na muda | nous avions du temps, littéralement « nous étions avec du temps » |
| hakuwa tayari | il / elle n’était pas prêt(e) |
| hawakuwa hapa | ils / elles n’étaient pas ici |
Ces formes servent aussi à construire des temps composés, mais cette fonction relève d’un stade plus avancé.
Exemples en contexte
| Swahili | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Nilisoma kitabu jana. | J’ai lu un livre hier. | Action achevée avec jana, « hier » |
| Alikwenda sokoni asubuhi. | Il / Elle est allé(e) au marché le matin. | -li- dans alikwenda |
| Tulifurahi sana. | Nous avons été très heureux. | Réaction ou état passé |
| Mlifika saa ngapi? | À quelle heure êtes-vous arrivés ? | Question : la forme du passé ne change pas |
| Watoto walicheza nje. | Les enfants ont joué dehors. | wa- s’accorde avec watoto |
| Kitabu kilianguka mezani. | Le livre est tombé de la table. | Accord de classe ki- |
| Nilimwona Amina mjini. | J’ai vu Amina en ville. | -mw- représente l’objet humain |
| Mwalimu alitusaidia. | Le professeur nous a aidés. | -tu- signifie « nous » comme objet |
| Sikumwona. | Je ne l’ai pas vu(e). | Passé négatif si-ku- |
| Hawakununua matunda. | Ils / Elles n’ont pas acheté de fruits. | hawa- + -ku- |
| Hukuniambia ukweli. | Tu ne m’as pas dit la vérité. | -ni- représente « me » |
| Jana tulikula pamoja. | Hier, nous avons mangé ensemble. | Le verbe court kula garde ku- à l’affirmatif |
| Alikuwa mgonjwa wiki iliyopita. | Il / Elle était malade la semaine dernière. | Passé de kuwa |
| Mvua ilinyesha usiku. | Il a plu pendant la nuit. | Sujet nominal de classe 9 |
Erreurs fréquentes
Garder -li- dans une phrase négative
- Incorrect : Sihalisoma kitabu.
- Correct : Sikusoma kitabu.
- Pourquoi : le passé négatif possède sa propre construction. Le marqueur -ku- remplace -li-, et le préfixe négatif de « je » est si-.
Séparer les morceaux du verbe
- Incorrect : Ni li soma jana.
- Correct : Nilisoma jana.
- Pourquoi : les marqueurs de sujet et de temps font partie du mot verbal. Les traits d’union servent seulement à montrer l’analyse dans une explication ; on ne les emploie pas dans l’orthographe ordinaire.
Placer l’objet avant le temps
- Incorrect : Nimw liona ou nimwiliona pour « je l’ai vu(e) ».
- Correct : Nilimwona.
- Pourquoi : l’ordre est ni-li-mw-ona : sujet, temps, objet, racine.
Supprimer ku- de tous les verbes courts
- Incorrect : Alija jana.
- Correct : Alikuja jana.
- Pourquoi : à l’affirmatif, des verbes courts comme kuja, kula et kunywa conservent leur ku- après -li-.
Confondre le passé négatif avec « pas encore »
- Incorrect : Sijala jana pour dire « je n’ai pas mangé hier ».
- Correct : Sikula jana.
- Pourquoi : sikula nie un repas à un moment passé. Sijala signifie plutôt « je n’ai pas encore mangé » et appartient au parfait négatif en -ja-.
Traduire systématiquement par l’imparfait français
- À éviter : comprendre toujours alisoma comme « il lisait ».
- Selon le contexte : Alisoma kitabu jana signifie naturellement « Il / Elle a lu un livre hier ».
- Pourquoi : -li- présente normalement l’événement passé comme un tout. Pour mettre en avant une action qui était en cours, le swahili dispose notamment de alikuwa anasoma.
Notes d’usage
Les expressions temporelles comme jana (« hier »), juzi (« avant-hier / l’autre jour »), wiki iliyopita (« la semaine dernière ») ou mwaka jana (« l’année dernière ») rendent le repère passé explicite. Elles ne sont toutefois pas obligatoires si le contexte indique déjà de quel moment on parle.
Une question ne demande pas d’inversion comparable au français soutenu. On conserve le verbe au passé et l’intonation ou un mot interrogatif suffit : Ulikwenda wapi? (« Où es-tu allé(e) ? »), Walifika lini? (« Quand sont-ils arrivés ? »). La réponse peut reprendre simplement le même cadre : Walifika jana (« Ils sont arrivés hier »).
Il faut également résister à une habitude française : chercher une correspondance fixe entre -li- et un seul temps de conjugaison. Dans la conversation, le passé composé français est souvent la traduction la plus naturelle. Dans un récit ou selon le type de verbe, un imparfait ou un passé simple peut parfois mieux convenir. Le contexte et le point de vue sur l’action comptent davantage que le nom du temps français.
Le contraste avec le parfait swahili est utile. Alifika jana situe l’arrivée hier ; amefika annonce généralement que la personne est arrivée, avec une conséquence pertinente maintenant. De même, sikula signifie « je n’ai pas mangé » à une occasion passée, tandis que sijala signifie « je n’ai pas encore mangé ».
Pour aller plus loin
Les points qui suivent ne sont pas à maîtriser immédiatement au niveau A2, mais ils permettent de reconnaître des formes très courantes.
Une action qui était en cours
Pour présenter une activité comme le décor d’un autre événement, on emploie souvent kuwa au passé suivi d’un second verbe :
- Nilikuwa ninasoma ulipopiga simu. — Je lisais quand tu as téléphoné.
- Walikuwa wanafanya kazi. — Ils / Elles étaient en train de travailler.
Le premier verbe (nilikuwa, walikuwa) place la situation dans le passé ; le second décrit l’activité en cours. Cette construction explique pourquoi le simple -li- ne correspond pas mécaniquement à tout imparfait français.
Les relatives au passé
Dans Mtu aliyekuja ni mwalimu (« La personne qui est venue est professeur »), le verbe aliyekuja contient à la fois le passé et un marqueur relatif (un élément correspondant ici à « qui ») : a-li-ye-kuja. Sa forme dépend de la classe du nom auquel il renvoie. Cette construction devient importante au niveau B1.
Le récit et le temps consécutif
Dans une suite d’actions, le swahili peut établir d’abord le passé avec -li-, puis enchaîner avec -ka- : Alikuja, akakaa, akaondoka — « Il / Elle est venu(e), puis s’est assis(e) et est reparti(e). » Répéter -li- à chaque verbe reste compréhensible, mais -ka- donne une progression narrative plus naturelle dans de nombreux récits.
Passif et autres extensions
Le marqueur -li- reste à la même place lorsque la racine reçoit une extension verbale. Ainsi, Sheria ilipitishwa mwaka jana signifie « Cette loi a été adoptée l’année dernière » : i-li-pit-ish-w-a combine l’accord du sujet, le passé, une racine enrichie et le passif. Il n’est pas nécessaire d’analyser toutes ces pièces au niveau A2 ; il suffit de reconnaître -li- près du début du verbe.
Conseils pratiques
- Transformez une même phrase. Partez de ninasoma (« je lis / je suis en train de lire »), formez nilisoma, puis sikusoma. Répétez avec les six personnes : cette alternance aide à distinguer le sujet, le temps et la négation.
- Découpez avant de recomposer. Analysez tuliwasaidia comme tu-li-wa-saidia, puis réécrivez le mot sans traits d’union. Faites de même avec sikumwona : si-ku-mw-ona.
- Racontez votre journée d’hier. Écrivez cinq phrases courtes avec jana, dont une négative et une avec un objet : Niliamka… Nilikwenda… Sikumwona… Relisez-les en vérifiant que -li- n’apparaît jamais dans la phrase négative.
Notions associées
- Prérequis : Le présent en -na- — pour revoir les marqueurs de sujet et la structure générale du verbe.
- Étape suivante : Les propositions relatives — pour comprendre des formes passées comme aliyekuja.
- Étape suivante : Les propositions temporelles — pour relier plusieurs événements dans le temps.
- Approfondissement : Les temps composés avec kuwa — pour exprimer notamment une action qui était en cours.
- Approfondissement : La voix passive — pour combiner le passé avec des formes comme ilipitishwa.
- Approfondissement : Le temps narratif en -ka- — pour enchaîner les actions d’un récit.
- Approfondissement : Le discours rapporté — pour rapporter au présent ce qui a été dit dans le passé.
- Approfondissement : Le conditionnel en -nge- et -ngali- — pour distinguer le passé réel d’une hypothèse passée.
Prérequis
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