Les temps composés avec *kuwa* en swahili
Nyakati za Pamoja
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de swahili sur Settemila Lingue.
En bref
Le swahili combine une forme conjuguée de kuwa (« être ») avec un second verbe qui porte lui aussi une marque de sujet et d'aspect : alikuwa anasoma, « il ou elle était en train de lire ». Le temps de kuwa place la situation dans le passé ou le futur ; la forme du second verbe indique si l'action est en cours (-na-, -ki-) ou déjà accomplie (-me-).
Vue d'ensemble
Les temps composés swahilis permettent de regarder une action depuis un autre moment. On peut ainsi dire qu'une action était en cours à un moment passé, qu'elle était déjà accomplie avant un autre événement, qu'elle sera en cours plus tard ou qu'elle sera achevée avant une échéance. Ces distinctions deviennent particulièrement utiles pour raconter, organiser un projet ou préciser l'ordre des événements.
Cette notion est généralement abordée au niveau B1, après le passé en -li-. Le mécanisme est toutefois régulier : une première forme de kuwa sert de repère temporel, puis une seconde forme verbale décrit l'état de l'action à ce repère. Une marque d'aspect (un élément qui présente l'action comme en cours, accomplie ou habituelle) se trouve donc sur le second verbe.
Pour un francophone, le sens rappelle parfois « être en train de », le plus-que-parfait ou le futur antérieur. La construction n'est pourtant pas identique au français : il n'y a pas d'auxiliaire suivi d'un participe passé. Les deux verbes swahilis portent normalement leur propre accord avec le sujet, et aucune terminaison ne varie selon le genre masculin ou féminin.
Comment ça fonctionne
La structure générale
La construction de base est :
forme conjuguée de kuwa + préfixe de sujet + marque d'aspect + radical verbal
Dans alikuwa anasoma :
- a-li-kuwa = sujet de 3e personne du singulier + passé -li- + « être » ;
- a-na-soma = même sujet + action en cours -na- + « lire/étudier ».
Le premier verbe répond à la question « depuis quel moment observe-t-on la scène ? ». Le second répond à la question « à ce moment-là, l'action était-elle en cours ou déjà accomplie ? ».
| Schéma swahili | Valeur habituelle | Exemple de sens |
|---|---|---|
| passé de kuwa + verbe en -na- | action en cours dans le passé | « était en train de faire » |
| passé de kuwa + verbe en -me- | action déjà accomplie à un moment passé | plus-que-parfait français |
| futur de kuwa + verbe en -ki- ou -na- | action en cours à un moment futur | « sera en train de faire » |
| futur de kuwa + verbe en -me- | action accomplie avant un moment futur | futur antérieur français |
Ces équivalences servent de repères, mais elles ne constituent pas une traduction mot à mot. Le contexte et les indications temporelles restent essentiels.
Kuwa au passé et au futur
Avec un sujet humain, voici les formes les plus utiles :
| Personne | Passé de kuwa | Futur de kuwa |
|---|---|---|
| je | nilikuwa | nitakuwa |
| tu | ulikuwa | utakuwa |
| il / elle | alikuwa | atakuwa |
| nous | tulikuwa | tutakuwa |
| vous | mlikuwa | mtakuwa |
| ils / elles | walikuwa | watakuwa |
Le sujet apparaît de nouveau sur le second verbe : tulikuwa tunasubiri (« nous attendions »), watakuwa wameondoka (« ils ou elles seront partis »). Le français évite normalement une telle répétition morphologique ; en swahili, elle fait partie de la structure.
Action en cours : -na- et -ki-
Après le passé de kuwa, -na- présente naturellement une action qui se déroulait au moment évoqué :
- nilikuwa ninasoma : j'étais en train de lire / j'étudiais ;
- walikuwa wanazungumza : ils ou elles étaient en train de parler.
On rencontre aussi des formes en -ki-, surtout quand la seconde action est envisagée comme simultanée ou comme une activité qui accompagne la période de référence : nitakuwa nikifanya kazi, « je serai en train de travailler ». Dans cette forme, ni-ki-fanya contient le préfixe de sujet ni-, la marque -ki- et le radical fanya.
Au futur, -ki- est très courant pour insister sur le déroulement : tutakuwa tukisafiri, « nous serons en voyage / en train de voyager ». Une forme avec -na-, comme tutakuwa tunasafiri, se rencontre également. À ce niveau, il est plus utile de reconnaître les deux modèles que de chercher une différence française rigide entre eux.
Action déjà accomplie : -me-
Le second verbe en -me- présente un résultat déjà atteint au point de référence :
- alikuwa amefika : il ou elle était déjà arrivé(e) ;
- tutakuwa tumemaliza : nous aurons terminé.
Avec un kuwa au passé, la construction correspond souvent au plus-que-parfait français. Avec un kuwa au futur, elle correspond souvent au futur antérieur. Le second verbe ne devient pas un participe : amefika et tumemaliza restent des formes verbales complètes.
La particule -sha-, « déjà », peut renforcer l'idée d'accomplissement : alikuwa ameshakwenda, « il ou elle était déjà parti(e) ». Elle s'intègre au groupe verbal après -me- dans ce type de forme.
L'accord avec les classes nominales
Le sujet n'est pas toujours une personne. En swahili, un nom appartient à une classe nominale (un groupe de noms qui commande certains préfixes d'accord). Les deux verbes suivent alors l'accord du nom :
- Kitabu kilikuwa kimepotea. — Le livre avait disparu.
- Vitabu vilikuwa vimepotea. — Les livres avaient disparu.
- Mkutano utakuwa umeanza. — La réunion aura commencé.
Dans le premier exemple, ki-li-kuwa et ki-me-potea reprennent la classe de kitabu. Avec le pluriel vitabu, on obtient vi-li-kuwa et vi-me-potea. Il faut donc accorder les deux formes, et pas seulement kuwa.
La négation
Pour nier l'ensemble de la situation, on met généralement kuwa à la forme négative. Le second verbe conserve la forme qui décrit l'action envisagée :
| Affirmatif | Négatif | Sens du négatif |
|---|---|---|
| Alikuwa anasoma. | Hakuwa anasoma. | Il/Elle n'était pas en train de lire. |
| Walikuwa wamefika. | Hawakuwa wamefika. | Ils/Elles n'étaient pas encore arrivés. |
| Tutakuwa tumemaliza. | Hatutakuwa tumemaliza. | Nous n'aurons pas terminé. |
L'absence d'une action en cours peut aussi être formulée autrement selon ce que l'on veut opposer. Pour commencer, la stratégie la plus sûre est donc : négation sur kuwa, forme aspectuelle inchangée sur le second verbe.
Exemples en contexte
| Swahili | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Nilikuwa ninasoma uliponipigia simu. | J'étais en train de lire quand tu m'as appelé. | Action en cours interrompue par un événement. |
| Tulikuwa tunakula mvua ilipoanza. | Nous étions en train de manger quand la pluie a commencé. | Arrière-plan au passé. |
| Watoto walikuwa wakicheza uwanjani. | Les enfants jouaient dans la cour. | -ki- présente l'activité en cours. |
| Alikuwa ameshakwenda tulipofika. | Il/Elle était déjà parti(e) quand nous sommes arrivés. | Antériorité et insistance avec -sha-. |
| Sikuwa nimeona ujumbe wako. | Je n'avais pas vu ton message. | Négation portée par kuwa. |
| Kitabu kilikuwa kimepotea kwa siku mbili. | Le livre avait disparu depuis deux jours. | Accord de classe ki- sur les deux verbes. |
| Nitakuwa nikifanya kazi saa mbili asubuhi. | Je serai en train de travailler à huit heures du matin. | Activité en cours à un moment futur. |
| Kesho wakati huu tutakuwa tukisafiri. | Demain à cette heure-ci, nous serons en voyage. | Repère futur précis. |
| Tutakuwa tumemaliza kufikia jioni. | Nous aurons terminé d'ici au soir. | Résultat atteint avant une limite. |
| Atakuwa amefika kabla ya mkutano. | Il/Elle sera arrivé(e) avant la réunion. | Futur antérieur. |
| Hawatakuwa wameondoka kabla yako. | Ils/Elles ne seront pas partis avant toi. | Futur composé négatif. |
| Mkutano utakuwa umeanza tukifika. | La réunion aura commencé lorsque nous arriverons. | Accord du nom mkutano. |
Erreurs fréquentes
Ne conjuguer que kuwa
- Incorrect : Tulikuwa kusubiri basi.
- Correct : Tulikuwa tunasubiri basi.
- Pourquoi : le second élément n'est pas simplement l'infinitif kusubiri. Il doit normalement porter son préfixe de sujet et une marque comme -na-, -ki- ou -me-.
Oublier le deuxième accord de sujet
- Incorrect : Walikuwa anazungumza.
- Correct : Walikuwa wanazungumza.
- Pourquoi : walikuwa a un sujet pluriel wa- ; le second verbe doit reprendre ce même sujet avec wa-na-zungumza.
Employer -li- pour une action d'arrière-plan
- Moins adapté : Nilisoma uliponipigia simu si l'on veut dire que la lecture était en cours.
- Correct : Nilikuwa ninasoma uliponipigia simu.
- Pourquoi : nilisoma présente simplement une lecture passée. La forme composée met clairement en scène une activité déjà en cours au moment de l'appel.
Confondre action en cours et résultat accompli
- Incorrect pour « nous aurons terminé » : Tutakuwa tukimaliza.
- Correct : Tutakuwa tumemaliza.
- Pourquoi : -ki- montre le déroulement ; -me- montre que le résultat est atteint. Tutakuwa tukimaliza évoquerait plutôt le fait d'être en train de terminer.
Calquer le participe passé français
- Incorrect : chercher une forme distincte selon « arrivé », « arrivée » ou « arrivées ».
- Correct : amefika pour « il est arrivé » comme pour « elle est arrivée », avec le même sujet grammatical.
- Pourquoi : le swahili n'accorde pas un participe en genre comme le fait parfois le français. L'accord se réalise par les préfixes de sujet ou de classe.
Placer la négation uniquement sur le second verbe
- À éviter pour la négation neutre : Alikuwa hasomi si l'intention est simplement « il n'était pas en train de lire ».
- Forme sûre : Hakuwa anasoma.
- Pourquoi : pour nier toute la situation passée, la négation se porte normalement sur kuwa. D'autres combinaisons peuvent produire des nuances, notamment habituelles, mais elles ne sont pas interchangeables.
Remarques d'usage
Le passé progressif n'est pas obligatoire chaque fois que le français emploie l'imparfait. L'imparfait français couvre l'arrière-plan, l'habitude, la description et la durée ; le swahili choisit sa forme selon le sens précis. Utilisez alikuwa anasoma lorsque le déroulement de la lecture est important, mais ne transformez pas automatiquement tout imparfait français en construction avec kuwa.
Les marqueurs temporels rendent les temps composés beaucoup plus naturels et plus faciles à interpréter : wakati huo (« à ce moment-là »), tulipofika (« quand nous sommes arrivés »), kabla ya (« avant »), kufikia jioni (« d'ici au soir »), kesho wakati huu (« demain à cette heure-ci »). Le repère peut être exprimé dans la phrase précédente si le contexte est déjà clair.
Les formes avec -na- et -ki- se recouvrent partiellement dans l'expression d'une activité en cours. L'usage varie selon la construction, le locuteur et la nuance recherchée. Il vaut mieux mémoriser des ensembles fréquents — alikuwa anasoma, atakuwa akisoma, nitakuwa nikifanya kazi — plutôt que d'imposer une traduction française différente à chaque marque.
Dans la conversation, une forme simple peut suffire lorsque l'ordre temporel est évident. La forme composée devient particulièrement utile dès qu'un contraste compte : activité contre interruption, résultat contre processus, ou événement accompli avant une échéance.
Pour aller plus loin
Plusieurs points de vue sur une même action
Comparez ces trois phrases :
| Swahili | Français | Point de vue |
|---|---|---|
| Alisoma. | Il/Elle a lu ou étudia. | Fait passé, présenté globalement. |
| Alikuwa anasoma. | Il/Elle lisait, était en train de lire. | Action observée pendant son déroulement. |
| Alikuwa amesoma. | Il/Elle avait lu ou étudié. | Action déjà accomplie avant un autre repère passé. |
Le choix ne dépend donc pas seulement de la date de l'action. Il dépend de la façon dont le locuteur la présente : comme un fait entier, un processus ou un résultat antérieur.
-sha- et « déjà »
La forme ameshakwenda ajoute l'idée que le départ a déjà eu lieu, parfois plus tôt que prévu ou avant le repère pertinent. Dans alikuwa ameshakwenda, le passé de kuwa déplace ce résultat dans le passé : au moment dont on parle, la personne était déjà partie. Le mot séparé tayari (« déjà, prêt » selon le contexte) peut lui aussi rendre l'antériorité explicite : Alikuwa tayari amefika.
Concordance au-delà des sujets humains
À un niveau plus avancé, appliquez le même raisonnement à toutes les classes nominales. Ce n'est pas le sens français « il » ou « elle » qui détermine l'accord, mais la classe du nom swahili : gari lilikuwa limeondoka (« la voiture était partie »), ndege zitakuwa zimefika (« les avions seront arrivés »). Maîtriser ces formes revient donc à combiner le système des temps avec celui des accords nominaux.
Des constructions proches, mais non identiques
Une proposition en -ki- peut aussi exprimer « quand », « pendant que » ou parfois une condition, sans être nécessairement précédée de kuwa. Par exemple, akisoma, usimsumbue signifie « quand il/elle étudie, ne le/la dérange pas ». Il faut distinguer cet emploi autonome de -ki- du groupe composé atakuwa akisoma, où kuwa fournit un repère futur.
Conseils pour s'entraîner
- Travaillez par paires. Transformez une phrase simple comme anasoma en alikuwa anasoma, puis en atakuwa akisoma. Dites à voix haute ce qui change : présent, scène passée, scène future.
- Opposez processus et résultat. Pour cinq verbes courants, fabriquez deux phrases : tutakuwa tukipika (« nous serons en train de cuisiner ») et tutakuwa tumepika (« nous aurons cuisiné »). Cette opposition fixe la différence entre -ki- et -me-.
- Ajoutez toujours un repère. Utilisez wakati huo, tulipofika, kabla ya saa sita ou kufikia jioni. Un repère concret aide à choisir le temps de kuwa et l'aspect du second verbe.
Notions associées
- Prérequis : Le passé en -li- — nécessaire pour former nilikuwa, alikuwa, tulikuwa et placer la situation dans le passé.