Les temps composés en turc
Bileşik Zamanlar
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de turc sur Settemila Lingue.
En bref
Le turc peut ajouter une marque de passé à une forme verbale qui exprime déjà le déroulement, l’avenir, l’habitude ou l’accompli : geliyordu « il venait », yapacaktı « il allait le faire », koşardı « il courait d’habitude » et yapmıştı « il l’avait fait ». Le français emploie souvent l’imparfait pour les trois premières formes, mais le turc oblige à préciser le point de vue porté sur l’action.
Vue d’ensemble
Les bileşik zamanlar, littéralement « temps composés », combinent deux informations. La première forme présente l’action comme en cours, prévue, habituelle ou déjà accomplie ; la seconde, issue de idi (« c’était »), place ce point de vue dans le passé. Il ne s’agit donc pas d’un temps composé à la française avec un auxiliaire et un participe passé, comme dans j’ai parlé. En turc, les éléments se soudent généralement en un seul mot.
Ce système devient particulièrement important au niveau B2, lorsque l’on raconte une situation passée avec précision. Là où le français dit simplement « il venait », « il allait venir » ou « il avait déjà fait cela », le turc choisit une suite de suffixes qui encode directement la relation temporelle. L’aspect (la façon de présenter le déroulement d’une action) compte autant que sa date.
Les quatre formes centrales de cette leçon sont : le progressif passé en -(I)yordu, le futur dans le passé en -(y)AcAktI, l’habituel passé en -ArDI / -(I)rDI et l’accompli antérieur en -mIştI. Elles reposent sur le passé en -DI ; il faut donc déjà connaître l’harmonie vocalique et les alternances d/t.
Formation et fonctionnement
Le principe : une forme verbale suivie du passé de idi
Dans l’analyse traditionnelle turque, ces formes sont souvent appelées la « forme narrative » (hikâye) du temps de départ. Historiquement et grammaticalement, on peut les comprendre ainsi :
| Point de vue de départ | Forme analytique | Forme soudée | Valeur principale |
|---|---|---|---|
| action en cours | geliyor idi | geliyordu | il venait, il était en train de venir |
| action future | yapacak idi | yapacaktı | il allait le faire, il devait le faire |
| habitude ou tendance | koşar idi | koşardı | il courait d’habitude |
| action déjà accomplie | yapmış idi | yapmıştı | il l’avait fait |
La variante séparée avec idi explique la structure, mais la forme soudée est de loin la plus naturelle dans l’usage courant. Une fois les suffixes réunis, les marques de personne viennent à la fin.
1. Le progressif passé : -(I)yordu
On part du présent progressif en -(I)yor, puis on ajoute -du et la terminaison personnelle :
radical + -(I)yor + -du + personne
- gel-iyor-du-m → geliyordum : je venais / j’étais en train de venir
- çalış-ıyor-du-k → çalışıyorduk : nous travaillions / nous étions en train de travailler
- uyu-yor-du → uyuyordu : il ou elle dormait
Comme -yor contient la voyelle o, la partie passée apparaît ici sous la forme -du. L’harmonie vocalique reste visible dans la voyelle qui précède -yor : bakıyordu, geliyordu, görüyordu, buluyordu.
Cette forme décrit une action observée en cours à un moment passé. Elle correspond souvent à l’imparfait français, mais insiste davantage sur le déroulement : Seni aradığımda yemek yiyordu signifie « Quand je l’ai appelé, il était en train de manger. »
2. Le futur dans le passé : -(y)AcAktI
On ajoute le passé au futur en -(y)AcAk :
radical + -(y)AcAk + -tI + personne
- yap-acak-tı-m → yapacaktım : j’allais le faire
- gel-ecek-ti-n → gelecektin : tu allais venir
- başla-yacak-tı → başlayacaktı : il ou elle allait commencer
Le d de -DI devient t après le k non voisé de -acak/-ecek : on obtient donc toujours -aktı ou -ekti, jamais -akdı. Cette forme présente comme future une action vue depuis un repère passé. Elle peut traduire « allait », « devait » ou « était censé », selon le contexte.
Toplantı saat üçte başlayacaktı peut simplement annoncer l’horaire prévu : « La réunion devait commencer à trois heures. » Très souvent, la suite du récit laisse entendre que le projet ne s’est pas réalisé, mais la forme seule ne prouve pas toujours que l’action a été annulée.
3. L’habituel passé : -ArDI / -(I)rDI
On prend l’aoriste turc (forme générale qui exprime notamment habitudes, régularités et tendances), puis on ajoute -DI :
radical + aoriste + -DI + personne
- koş-ar-dı-m → koşardım : je courais habituellement
- gel-ir-di → gelirdi : il ou elle venait d’habitude
- oku-r-du-k → okurduk : nous lisions habituellement
Le choix de -ar/-er, -ır/-ir/-ur/-ür ou d’une forme irrégulière appartient à la formation de l’aoriste. La voyelle du suffixe passé s’harmonise avec celle qui le précède : bakardı, gelirdi, okurdu, görürdü.
Cette forme sert aux habitudes répétées, aux comportements caractéristiques et parfois aux vérités valables dans une période révolue. Le français emploie généralement l’imparfait sans distinguer cette habitude d’une action en cours. Comparez :
- Her sabah kahve içerdi. — Tous les matins, il buvait du café.
- Ben geldiğimde kahve içiyordu. — Quand je suis arrivé, il était en train de boire du café.
4. L’accompli antérieur : -mIştI
On combine le passé en -mIş, qui présente un fait accompli et peut avoir une nuance de constat ou d’information rapportée, avec -DI :
radical + -mIş + -tI + personne
- yap-mış-tı-m → yapmıştım : je l’avais fait
- gel-miş-ti → gelmişti : il ou elle était venu(e)
- gör-müş-tü-k → görmüştük : nous avions vu
Après le ş non voisé, -DI commence par t. Les voyelles suivent l’harmonie : yapmıştı, gelmişti, görmüştü, bulmuştu.
Cette forme marque surtout l’antériorité (le fait qu’une action soit déjà accomplie avant un autre moment passé). Elle correspond souvent au plus-que-parfait français : Eve vardığımda herkes gitmişti — « Quand je suis arrivé à la maison, tout le monde était parti. » La nuance indirecte de -miş peut subsister, mais le rapport « déjà accompli avant » est souvent l’information essentielle.
Tableau complet des personnes
| Personne | geliyordu | yapacaktı | koşardı | yapmıştı |
|---|---|---|---|---|
| ben | geliyordum | yapacaktım | koşardım | yapmıştım |
| sen | geliyordun | yapacaktın | koşardın | yapmıştın |
| o | geliyordu | yapacaktı | koşardı | yapmıştı |
| biz | geliyorduk | yapacaktık | koşardık | yapmıştık |
| siz | geliyordunuz | yapacaktınız | koşardınız | yapmıştınız |
| onlar | geliyorlardı | yapacaklardı | koşarlardı | yapmışlardı |
Les pronoms sujets (ben, sen, o…) sont souvent omis, puisque la terminaison indique déjà la personne. À la troisième personne du pluriel, -lar/-ler se place normalement avant la marque passée : geliyorlardı, yapacaklardı.
Négation et interrogation
La négation se place dans la première forme verbale, avant la marque de temps ou d’aspect :
| Affirmatif | Négatif | Sens du négatif |
|---|---|---|
| geliyordu | gelmiyordu | il ne venait pas / n’était pas en train de venir |
| yapacaktı | yapmayacaktı | il n’allait pas le faire |
| koşardı | koşmazdı | il ne courait pas d’habitude |
| yapmıştı | yapmamıştı | il ne l’avait pas fait |
Dans une question, la particule interrogative mı/mi/mu/mü reste séparée. Elle reçoit le y de liaison, puis la marque passée et la personne :
- Geliyor muydun? — Tu venais ? / Tu étais en train de venir ?
- Yapacak mıydınız? — Alliez-vous le faire ?
- Eskiden burada çalışır mıydı? — Travaillait-il ici autrefois ?
- Daha önce tanışmış mıydınız? — Vous étiez-vous déjà rencontrés ?
Exemples en contexte
| Turc | Français | Point à observer |
|---|---|---|
| Geliyordum, ama otobüsü kaçırdım. | Je venais, mais j’ai raté le bus. | Action en cours, puis événement ponctuel. |
| Seni aradığımda çalışıyordun. | Quand je t’ai appelé, tu travaillais. | Arrière-plan progressif. |
| Çocuklar bahçede oynuyorlardı. | Les enfants jouaient dans le jardin. | Action en train de se dérouler. |
| Akşam bize gelecekti, fakat hastalandı. | Il devait venir chez nous le soir, mais il est tombé malade. | Projet futur vu depuis le passé, non réalisé ici. |
| Raporu cuma günü bitirecektik. | Nous allions terminer le rapport vendredi. | Intention ou programme passé. |
| Tren saat sekizde kalkacaktı. | Le train devait partir à huit heures. | Horaire prévu. |
| Dedem her sabah uzun bir yürüyüş yapardı. | Mon grand-père faisait une longue promenade chaque matin. | Habitude ancienne. |
| Üniversitedeyken bu kafede sık sık otururduk. | Quand nous étions à l’université, nous nous installions souvent dans ce café. | Habitude liée à une période révolue. |
| O zamanlar kimse bu yolu kullanmazdı. | À cette époque, personne n’empruntait cette route. | Habitude négative. |
| Eve vardığımda misafirler gitmişti. | Quand je suis arrivé à la maison, les invités étaient partis. | Action achevée avant l’arrivée. |
| Anahtarımı ofiste unutmuştum. | J’avais oublié ma clé au bureau. | État résultant d’une action antérieure. |
| Bu filmi daha önce görmüş müydünüz? | Aviez-vous déjà vu ce film ? | Question sur une expérience antérieure. |
Erreurs fréquentes
Employer le progressif pour une habitude ancienne
- Incorrect : Çocukken her yaz denize gidiyordum. si l’on veut seulement exprimer une habitude générale.
- Correct : Çocukken her yaz denize giderdim.
- Pourquoi : gidiyordum présente le déplacement comme en cours ou comme une situation temporaire ; giderdim convient mieux à la répétition « chaque été ». Un contexte particulier peut toutefois rendre le progressif possible.
Oublier l’alternance entre d et t
- Incorrect : Yapacakdım. / Gelmişdi.
- Correct : Yapacaktım. / Gelmişti.
- Pourquoi : après les consonnes non voisées k et ş, le suffixe -DI commence par t.
Ajouter la personne au mauvais endroit
- Incorrect : Ben geliyordumum.
- Correct : Ben geliyordum.
- Pourquoi : dans geliyordum, le -m final indique déjà « je ». Il ne faut pas ajouter une deuxième terminaison.
Attacher la particule interrogative
- Incorrect : Geliyormuydun?
- Correct : Geliyor muydun?
- Pourquoi : mı/mi/mu/mü s’écrit séparément, même si elle porte ensuite -yDI et la marque de personne.
Croire que yapacaktı signifie toujours « il ne l’a pas fait »
- Interprétation trop rapide : Toplantı üçte başlayacaktı = « La réunion devait commencer, mais elle n’a pas commencé. »
- Interprétation juste : Toplantı üçte başlayacaktı décrit d’abord ce qui était prévu à trois heures.
- Pourquoi : l’échec du projet est fréquent dans les récits, surtout avec ama/fakat (« mais »), mais il doit être fourni ou suggéré par le contexte.
Remarques d’usage
En français, l’imparfait recouvre plusieurs valeurs que le turc sépare. « Il lisait » peut devenir okuyordu si on le voit au milieu de sa lecture, ou okurdu si l’on décrit son habitude. Avant de traduire un imparfait, demandez-vous donc : « en train de faire » ou « avait l’habitude de faire » ? Cette question évite une grande partie des erreurs.
Le futur dans le passé est fréquent dans les récits, les projets et les attentes déçues. Tam çıkacaktım ki telefon çaldı signifie « J’allais justement sortir quand le téléphone a sonné. » La construction -acaktı ki… présente souvent une action sur le point de se produire, interrompue par ce qui suit.
-mIştI est courant quand le récit revient sur une étape antérieure. Avec zaten (« déjà, de toute façon »), daha önce (« auparavant ») ou une proposition en -dığında (« quand »), l’ordre des faits devient très clair. Dans la conversation, le contexte peut permettre des formes moins explicites, mais -mIştI reste le choix précis lorsque l’antériorité est pertinente.
Pour aller plus loin
Les quatre formes ne se contentent pas de dater une action : elles organisent le récit. -iyordu pose souvent le décor, -DI fait avancer les événements, -mIştI revient à un fait antérieur et -AcAktI ouvre une attente vers la suite. Comparez ce petit enchaînement : Yağmur yağıyordu. Şemsiyemi evde unutmuştum. Bir taksi çağıracaktım, ama telefonum kapandı. — « Il pleuvait. J’avais oublié mon parapluie à la maison. J’allais appeler un taxi, mais mon téléphone s’est éteint. » Chaque forme situe le lecteur à un autre endroit de la chronologie.
La forme habituelle en -ArDI peut aussi exprimer une disposition caractéristique plutôt qu’une répétition comptable : Babam böyle durumlarda hep sakin kalırdı — « Mon père gardait toujours son calme dans ce genre de situations. » Avec certaines conditions, elle peut prendre une valeur proche du conditionnel français : Vaktim olsaydı sana yardım ederdim — « Si j’avais le temps, je t’aiderais. » Cette dernière construction relève cependant du système conditionnel ; il ne faut pas conclure que tout -ArDI se traduit par un conditionnel.
Enfin, -mIştI peut conserver une nuance de découverte, de souvenir ou d’information apprise indirectement, héritée de -mIş. Cependant, dans un récit ordinaire, il est souvent inutile de chercher systématiquement une traduction comme « apparemment » : le plus-que-parfait français rend fréquemment l’ordre temporel de façon plus naturelle.
Conseils de pratique
- Prenez un même verbe, par exemple gelmek, et créez quatre mini-contextes : geliyordu (en cours), gelecekti (prévu), gelirdi (habituel), gelmişti (déjà accompli). Ne mémorisez pas les formes sans scène mentale.
- Lorsque vous rencontrez un imparfait français, classez sa valeur avant de traduire : progression, habitude ou projet. Vérifiez ensuite si le turc demande -iyordu, -ArDI ou -AcAktI.
- Racontez une journée passée en six phrases : deux pour le décor avec -iyordu, deux habitudes avec -ArDI, un projet avec -AcAktI et un retour en arrière avec -mIştI. Relisez le récit en traçant sa chronologie.
Notions liées
- Prérequis : Le passé en -DI — fournit la marque passée, l’harmonie vocalique et l’alternance d/t utilisées dans ces formes composées.
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Le passé en -di en turcA2Plus de concepts de niveau B2
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