A2

Le passé en -di en turc

Geçmiş Zaman (-di'li)

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de turc sur Settemila Lingue.

En bref

Le passé en -di sert à présenter un fait passé comme directement constaté, vécu ou certain : Dün geldim signifie « Je suis venu hier ». On ajoute au radical du verbe l’une des huit formes -dı, -di, -du, -dü, -tı, -ti, -tu, -tü, puis la terminaison qui indique la personne. Le choix dépend des derniers sons du radical, mais la construction reste régulière.

Vue d’ensemble

Le turc possède plusieurs manières de parler du passé. La forme en -di, appelée -di’li geçmiş zaman ou görülen geçmiş zaman, est celle que l’on emploie pour un événement que l’on a vécu, observé ou que l’on présente comme un fait établi. Elle convient donc aux actions personnelles (yaptım, « j’ai fait »), aux questions sur ce qui s’est passé et aux récits factuels.

C’est un point central du niveau A2. En français, sa traduction la plus fréquente est le passé composé : geldik peut se traduire par « nous sommes venus ». Toutefois, les deux systèmes ne se superposent pas. Le turc ne choisit pas d’auxiliaire comparable à avoir ou être, et le suffixe ne s’accorde pas avec un participe passé : toute l’information est rassemblée à la fin du verbe.

La règle de débutant tient en trois étapes : retirer -mek ou -mak de l’infinitif, choisir la variante de -di, puis ajouter la marque de personne. Les sections avancées expliqueront ensuite pourquoi ce temps ne correspond pas toujours au passé composé français et comment il entre dans des formes plus longues.

Formation et fonctionnement

1. Trouver le radical

Le radical est la base du verbe, autrement dit ce qui reste après le retrait de -mek ou -mak :

  • gelmek (« venir ») → gel-
  • bakmak (« regarder ») → bak-
  • görmek (« voir ») → gör-
  • okumak (« lire ») → oku-

Un suffixe est un élément ajouté à la fin d’un mot. Pour ce passé, on peut représenter le suffixe abstrait par -Dİ : la majuscule D peut devenir d ou t, et la majuscule İ représente l’une des voyelles ı, i, u, ü.

2. Choisir la voyelle : l’harmonie vocalique

L’harmonie vocalique est le mécanisme par lequel la voyelle d’un suffixe s’adapte à la dernière voyelle du mot. Il suffit ici de retrouver la dernière voyelle du radical.

Dernière voyelle du radical Voyelle du suffixe Exemple Forme passée
e, i i gelmek geldi
a, ı ı bakmak baktı
o, u u bulmak buldu
ö, ü ü görmek gördü

Dans düşünmek (« penser »), la dernière voyelle est ü, donc on obtient düşündü. Dans anlamak (« comprendre »), la dernière voyelle est a, donc on obtient anladı.

3. Choisir entre d et t : l’harmonie consonantique

Après une consonne sourde — une consonne prononcée sans vibration de la gorge — d devient t. Les huit consonnes à retenir sont f, s, t, k, ç, ş, h, p. La formule turque Fıstıkçı Şahap sert souvent de moyen mnémotechnique.

Fin du radical Début du suffixe Exemples
voyelle ou consonne autre que f, s, t, k, ç, ş, h, p d ara-dı, gel-di, gör-dü, bul-du
f, s, t, k, ç, ş, h, p t öp-tü, kes-ti, git-ti, bak-tı, aç-tı

Ainsi, gitmek donne gitti. Le premier t appartient au radical git- et le second au suffixe -ti : l’écriture avec deux t n’est pas une irrégularité.

4. Ajouter la personne

La terminaison personnelle indique le sujet, c’est-à-dire la personne ou la chose qui accomplit l’action. Le pronom (ben, sen, o…) est donc généralement omis, sauf si l’on veut insister ou opposer deux personnes.

Personne Pronom Construction avec gelmek Sens
1re personne du singulier ben gel-di-mgeldim je suis venu(e)
2e personne du singulier sen gel-di-ngeldin tu es venu(e)
3e personne du singulier o gel-digeldi il/elle est venu(e)
1re personne du pluriel biz gel-di-kgeldik nous sommes venu(e)s
2e personne du pluriel ou de politesse siz gel-di-nizgeldiniz vous êtes venu(e)(s)
3e personne du pluriel onlar gel-di-lergeldiler ils/elles sont venu(e)s

Le turc ne marque ici ni le genre ni l’accord à la française : geldi peut signifier « il est venu » ou « elle est venue ». C’est le contexte qui permet de comprendre.

5. Former la négation

La négation se place avant le suffixe du passé : radical + -ma/-me + -dı/-di + personne.

Personne gelmek (« venir ») bakmak (« regarder »)
je gelmedim bakmadım
tu gelmedin bakmadın
il/elle gelmedi bakmadı
nous gelmedik bakmadık
vous gelmediniz bakmadınız
ils/elles gelmediler bakmadılar

Comme -ma/-me finit par une voyelle, le passé commence toujours par d dans une forme négative. On écrit donc gitmedi, et non gitmeti, même si le radical git- se termine par t.

6. Poser une question

La particule interrogative — un petit mot qui transforme l’énoncé en question — est mı/mi/mu/mü. Elle suit le verbe conjugué et s’écrit séparément :

  • Geldin mi? — Es-tu venu(e) ?
  • Filmi gördünüz mü? — Avez-vous vu le film ?
  • Beni aradı mı? — Est-ce qu’il/elle m’a appelé(e) ?
  • Kahvaltı yapmadılar mı? — Ils/Elles n’ont pas pris de petit-déjeuner ?

Sa voyelle obéit elle aussi à l’harmonie vocalique : baktın mı, geldin mi, okudun mu, gördün mü. Contrairement à une question française, il n’y a ni inversion ni ajout d’un auxiliaire : la personne reste marquée sur le verbe.

Avec un mot interrogatif comme ne (« quoi »), kim (« qui ») ou neden (« pourquoi »), on n’ajoute normalement pas mı/mi/mu/mü : Ne dedin? signifie « Qu’as-tu dit ? ».

Exemples en contexte

Turc Français Remarque
Dün sinemaya gittim. Je suis allé(e) au cinéma hier. Expérience personnelle, 1re personne
Kahvaltı yaptık. Nous avons pris le petit-déjeuner. Forme en -dık après une consonne sonore
Ne dedin? Qu’as-tu dit ? Mot interrogatif, sans particule mi
Toplantı saat üçte başladı. La réunion a commencé à trois heures. Événement ponctuel
Anahtarlarımı evde unuttum. J’ai oublié mes clés à la maison. -tu après le t sourd de unut-
Ayşe mesajı görmedi. Ayşe n’a pas vu le message. Négation en -me-di
Otobüsü kaçırdınız mı? Avez-vous raté le bus ? Question adressée à une ou plusieurs personnes
Çocuklar bahçede oynadılar. Les enfants ont joué dans le jardin. Sujet et verbe au pluriel
Geçen yıl Ankara’da yaşadık. L’année dernière, nous avons vécu à Ankara. Période passée délimitée
Kapıyı kim açtı? Qui a ouvert la porte ? -tı après ç
Seni dün aradım ama cevap vermedin. Je t’ai appelé(e) hier, mais tu n’as pas répondu. Deux personnes clairement indiquées par les terminaisons
Akşam çok yağmur yağdı. Il a beaucoup plu le soir. Fait météorologique constaté
İki fincan kahve içti. Il/Elle a bu deux tasses de café. Le sujet n’a pas de genre grammatical
Eve geldiler, sonra yemek yaptılar. Ils/Elles sont rentré(e)s, puis ont préparé le repas. Suite d’actions dans un récit
Film çok uzundu. Le film était très long. Prédicat adjectival au passé, emploi expliqué plus bas

Erreurs fréquentes

Oublier l’harmonie vocalique

  • Incorrect : Dün filmi gördim.
  • Correct : Dün filmi gördüm.
  • Pourquoi : la dernière voyelle de gör- est ö ; le suffixe doit donc contenir ü.

Ne pas transformer d en t après une consonne sourde

  • Incorrect : Sana bakdım.
  • Correct : Sana baktım.
  • Pourquoi : bak- finit par k, une consonne sourde. -dı devient donc -tı.

Appliquer la transformation en t après la négation

  • Incorrect : Dün gelmetim.
  • Correct : Dün gelmedim.
  • Pourquoi : le suffixe passé suit -me, qui finit par une voyelle. Il commence donc par d.

Employer la mauvaise personne

  • Incorrect : Dün sinemaya gitti pour dire « Je suis allé(e) au cinéma hier ».
  • Correct : Dün sinemaya gittim.
  • Pourquoi : gitti est la 3e personne ; la terminaison -m de gittim indique « je ».

Coller la particule interrogative au verbe

  • Incorrect : Geldinmi?
  • Correct : Geldin mi?
  • Pourquoi : mı/mi/mu/mü est toujours un mot séparé, même si sa voyelle s’accorde avec le verbe précédent.

Utiliser automatiquement le présent progressif avec « hier »

  • Incorrect dans un récit achevé : Dün markete gidiyorum.
  • Correct : Dün markete gittim.
  • Pourquoi : gidiyorum signifie normalement « je vais / je suis en train d’aller ». Pour une action terminée hier, il faut gittim.

Notes d’usage

Un passé direct, mais pas uniquement « vu de ses yeux »

L’étiquette « passé constaté » est utile, mais elle ne doit pas être comprise trop littéralement. On emploie -di pour ce que l’on a personnellement fait (uyudum, « j’ai dormi »), pour une conséquence dont on est certain, ainsi que pour des faits historiques présentés comme établis : Atatürk 1881’de doğdu (« Atatürk est né en 1881 »). Il n’est évidemment pas nécessaire d’avoir assisté à sa naissance.

En revanche, lorsque l’information est rapportée, découverte après coup ou déduite, le turc peut préférer le passé en -miş. Ce contraste exprime la source et l’attitude du locuteur d’une manière que le français laisse souvent au contexte ou à des expressions comme « paraît-il ».

Les pronoms sont souvent inutiles

Ben geldim et Geldim sont tous deux corrects, mais la seconde forme est la plus neutre si le contexte suffit. Le pronom ben devient naturel pour marquer un contraste : Ben geldim, o gelmedi (« Moi, je suis venu(e), lui/elle non »).

La forme geldiniz peut s’adresser poliment à une seule personne ou à plusieurs personnes. Le contexte distingue le vouvoiement du pluriel, comme le fait souvent le pronom « vous » en français.

Avec un sujet pluriel exprimé, l’accord du verbe est plus souple qu’en français. Pour des personnes, Çocuklar oynadı et Çocuklar oynadılar sont tous deux possibles ; la terminaison plurielle insiste davantage sur les individus. Avec des choses ou des animaux envisagés comme un groupe, le singulier est très fréquent : Kuşlar uçtu (« les oiseaux se sont envolés »). Quand le sujet n’est pas exprimé, -lar/-ler reste en revanche nécessaire pour faire comprendre « ils/elles » : Geldiler.

La traduction française dépend du contexte

Le passé composé est fréquent, mais ce n’est pas une équivalence absolue. Geçen yıl Ankara’da yaşadık se traduit naturellement par « nous avons vécu à Ankara l’année dernière ». Pour une situation ou un état, le français peut préférer l’imparfait : Film uzundu devient « le film était long ». Les actions en cours dans le passé et les habitudes passées ont toutefois leurs propres formes turques, notamment -iyordu et -ardı ; on ne doit donc pas traduire tout imparfait français par -di.

Des repères temporels utiles, mais non obligatoires

Des mots comme dün (« hier »), geçen hafta (« la semaine dernière »), iki saat önce (« il y a deux heures ») ou sonra (« ensuite ») rendent le moment plus précis. Le suffixe passé suffit néanmoins lorsque la situation est claire : à la question Ne oldu? (« Que s’est-il passé ? »), on peut répondre simplement Telefonum bozuldu (« Mon téléphone est tombé en panne »).

Au-delà des bases : emplois avancés

Les points de cette section ne sont pas indispensables pour commencer à raconter sa journée. Ils permettent toutefois de reconnaître des formes très courantes au-delà du niveau A2.

Le passé des noms, des adjectifs et des indications de lieu

Une phrase turque au présent peut ne pas contenir de verbe correspondant à « être » : Yorgunum signifie « je suis fatigué(e) ». Au passé, une forme issue de idi s’ajoute au nom, à l’adjectif ou au groupe de lieu. Après une voyelle, un y de liaison apparaît :

Présent ou base Passé Traduction
öğrenci öğrenciydim j’étais étudiant(e)
mutlu mutluydu il/elle était heureux/heureuse
yorgun yorgunduk nous étions fatigué(e)s
evde evdeydiler ils/elles étaient à la maison
genç gençtim j’étais jeune

La négation se construit avec değil : Hazır değildim (« Je n’étais pas prêt(e) »). Dans une question, le passé se fixe à la particule interrogative : Mutlu muydun? (« Étais-tu heureux/heureuse ? »). Les graphies séparées comme öğrenci idim existent, mais les formes soudées sont ordinaires dans l’usage actuel.

Le contraste avec le passé en -miş

Comparez :

  • Ali geldi. — Ali est venu : le locuteur l’a vu ou affirme le fait comme certain.
  • Ali gelmiş. — Ali serait venu / apparemment, Ali est venu : le locuteur l’apprend, le constate après coup ou marque la surprise selon le contexte.

Cette opposition ne se réduit pas à « certain » contre « incertain ». -miş peut rapporter une information tout à fait vraie, tandis que -di présente simplement le fait sans prendre de distance. Le choix dépend donc de la manière dont le locuteur a accès à l’information.

Les temps composés

La forme passée de « être » se combine aussi avec d’autres bases verbales. On rencontre ainsi geliyordum (« je venais / j’étais en train de venir »), gelecekti (« il/elle allait venir » ou « devait venir ») et gelmişti (« il/elle était venu(e) »). Ces formes ne sont pas de simples variantes du passé en -di : elles ajoutent une valeur de déroulement, de projet passé ou d’antériorité.

Le récit d’une suite d’événements

Dans une narration factuelle, plusieurs verbes en -di peuvent s’enchaîner : Kapıyı açtı, içeri girdi ve oturdu (« Il/Elle a ouvert la porte, est entré(e) et s’est assis(e) »). Cette succession fait avancer le récit. Pour décrire l’arrière-plan — ce qui était en cours, habituel ou durable — le turc choisit souvent une autre forme, par exemple yağmur yağıyordu (« il pleuvait »).

Conseils pour s’entraîner

  1. Travaillez par familles sonores. Choisissez chaque jour quatre verbes, par exemple gelmek, bakmak, görmek, okumak, puis formez les six personnes. Vous réviserez ainsi les quatre voyelles et l’alternance d/t en même temps.
  2. Racontez trois faits de la veille. Écrivez une phrase affirmative, une phrase négative et une question : Dün çalıştım. Televizyon izlemedim. Sen ne yaptın? Cette contrainte oblige à manipuler toute la structure.
  3. Écoutez les fins de verbes. Dans une conversation ou une vidéo en turc, relevez -dım, -tin, -duk, -dünüz… et essayez d’identifier la personne avant de chercher le pronom. Cela aide à ne plus dépendre de ben, sen, biz et siz.

Notions liées

  • Prérequis : Le présent progressif — utile pour comprendre les radicaux verbaux et opposer une action en cours à une action achevée.
  • Étape suivante : Le futur — ajoute un autre suffixe temporel et ses propres terminaisons.
  • Contraste essentiel : Le passé rapporté en -miş — présente souvent une information apprise, inférée ou découverte après coup.
  • Approfondissement : Les temps composés — combine les formes temporelles pour exprimer notamment l’arrière-plan, l’antériorité et le futur vu depuis le passé.
  • Pour relier les actions : Les formes converbales de base — permettent d’enchaîner des actions avec des structures plus compactes.

Prérequis

Le présent continu en turc (şimdiki zaman)A1

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