A2

Les converbes de base en turc

Temel Zarf-Fiiller

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de turc sur Settemila Lingue.

En bref

Le turc relie souvent deux actions en transformant le premier verbe en converbe, c’est-à-dire en une forme verbale non conjuguée : gelip « en venant, puis », koşarak « en courant », görünce « quand on voit » ou görmeden « sans voir ». Le temps et la personne sont généralement indiqués par le dernier verbe : dans Gelip gördüm, seul gördüm porte la marque « je » et le passé.

Vue d’ensemble

À l’oral comme à l’écrit, les converbes turcs, appelés zarf-fiiller, évitent de juxtaposer plusieurs propositions complètes. Ils présentent une action comme liée à une autre : elle peut la précéder, expliquer comment elle est accomplie, en préciser le moment ou signaler qu’elle n’a pas eu lieu. Là où le français emploie volontiers « et », « en + participe présent », « quand » ou « sans + infinitif », le turc ajoute un suffixe directement au radical verbal.

Ces formes apparaissent dès le niveau A2 parce qu’elles rendent immédiatement les phrases plus fluides. Au lieu de dire Markete gittim ve ekmek aldım (« Je suis allé au marché et j’ai acheté du pain »), on peut dire Markete gidip ekmek aldım. La deuxième version traite les deux actions comme une même suite.

Quatre terminaisons couvrent ici les besoins essentiels : -(y)ıp pour enchaîner, -(y)arak pour exprimer la manière ou le moyen, -(y)ınca pour situer dans le temps, et -madan pour indiquer l’absence d’une action. Elles ne sont pas interchangeables : le choix montre la relation que la personne qui parle veut mettre en avant.

Fonctionnement

Partir du radical verbal

On retire d’abord -mek ou -mak de l’infinitif afin d’obtenir le radical, c’est-à-dire la partie qui porte le sens du verbe :

Infinitif turc Radical Sens en français
gelmek gel- venir
koşmak koş- courir
görmek gör- voir
başlamak başla- commencer

On ajoute ensuite le suffixe en respectant l’harmonie vocalique : la voyelle du suffixe s’adapte à la dernière voyelle du radical. Un y de liaison apparaît avec les trois premiers suffixes lorsque le radical finit déjà par une voyelle : başla-y-ıp, oku-y-arak, bekle-y-ince. En revanche, on dit başla-madan et bekle-meden, sans y.

1. -(y)ıp : une action, puis une autre

Ce suffixe a quatre variantes : -(y)ıp, -(y)ip, -(y)up, -(y)üp. Il sert surtout à présenter des actions successives ou étroitement coordonnées. Selon le contexte, le français traduit par « et », « puis », « après avoir » ou simplement par deux verbes coordonnés.

Dernière voyelle du radical Forme Exemple
a, ı -(y)ıp bakıp (« en regardant, puis »)
e, i -(y)ip gelip (« en venant, puis »)
o, u -(y)up okuyup (« en lisant, puis »)
ö, ü -(y)üp gülüp (« en riant, puis »)

Dans Eve gelip yemek yaptım, le sujet de gelip et celui de yaptım est normalement le même : « Je suis rentré et j’ai préparé à manger. » Le converbe ne reçoit ni suffixe de personne ni marque de temps. C’est yaptım qui indique la première personne et le passé pour l’ensemble de la suite.

Plusieurs formes en -(y)ıp peuvent s’enchaîner : Kalkıp duş alıp evden çıktım (« Je me suis levé, j’ai pris une douche et je suis sorti »). En français, répéter « et » est naturel ; en turc, seul le dernier verbe a besoin d’être conjugué.

2. -(y)arak : la manière ou le moyen

-(y)arak / -(y)erek répond souvent à la question « comment ? » ou « par quel moyen ? ». Les voyelles postérieures a, ı, o, u appellent -arak ; les voyelles antérieures e, i, ö, ü appellent -erek.

Groupe vocalique Forme Exemple
a, ı, o, u -(y)arak koşarak (« en courant »)
e, i, ö, ü -(y)erek gülerek (« en souriant, en riant »)

Otobüse binmeyip yürüdü raconte plutôt deux choix successifs : « Il n’a pas pris le bus et il a marché. » Yürüyerek gitti précise le moyen employé : « Il y est allé à pied. » Comme dans le gérondif français en courant, le sujet de la forme en -(y)arak est normalement le même que celui du verbe principal : Çocuk gülerek konuştu signifie que c’est l’enfant qui souriait ou riait en parlant.

La négation est -mayarak / -meyerek : Cevap vermeyerek tepkisini gösterdi (« Il a manifesté son désaccord en ne répondant pas »). Cette forme présente la non-action comme une manière ou un choix ; elle ne se confond pas toujours avec -madan, qui signifie simplement « sans faire ».

3. -(y)ınca : quand une action se produit

-(y)ınca, -(y)ince, -(y)unca, -(y)ünce introduit le moment déclencheur : « quand », « lorsque », « dès que » ou « une fois que ». Le suffixe suit la même harmonie à quatre variantes que -(y)ıp.

Dernière voyelle du radical Forme Exemple
a, ı -(y)ınca başlayınca (« quand cela commence »)
e, i -(y)ince gelince (« quand on vient/viendra »)
o, u -(y)unca okuyunca (« quand on lit/a lu »)
ö, ü -(y)ünce görünce (« quand on voit/a vu »)

La forme elle-même ne situe pas l’événement dans le passé ou le futur. C’est le verbe principal, avec le contexte, qui donne le repère :

  • Eve gelince beni ara. — « Appelle-moi quand tu rentreras. »
  • Eve gelince beni aradı. — « Il m’a appelé quand il est rentré. »

Contrairement à -(y)ıp et -(y)arak, -(y)ınca peut facilement relier des sujets différents : Ali gelince biz yemeğe başladık (« Quand Ali est arrivé, nous avons commencé à manger »). Le nom Ali indique le sujet de gelince, tandis que -k dans başladık indique « nous ».

La négation -mayınca / -meyince signifie « quand… ne… pas » et prend parfois une nuance de cause : Otobüs gelmeyince taksiye bindik (« Comme le bus n’est pas arrivé, nous avons pris un taxi »).

4. -madan : sans faire, avant de faire

-madan / -meden indique qu’une action n’est pas réalisée. Après une voyelle postérieure, on emploie -madan ; après une voyelle antérieure, -meden : bakmadan, okumadan, gelmeden, görmeden.

Dans son emploi le plus direct, il correspond à « sans + infinitif » : Arkama bakmadan yürüdüm (« J’ai marché sans regarder derrière moi »). Avec un contexte temporel, il peut aussi signifier « avant de » : Evden çıkmadan ışıkları kapattım (« J’ai éteint les lumières avant de sortir »). L’ajout de önce rend ce dernier sens parfaitement explicite : Evden çıkmadan önce ışıkları kapattım.

Un sujet différent est possible, surtout dans une relation temporelle : Sen gelmeden başladık (« Nous avons commencé avant que tu arrives »). Ici, sen est le sujet de gelmeden et la terminaison de başladık renvoie à « nous ».

Choisir rapidement le bon suffixe

Relation à exprimer Suffixe de base Question utile Équivalent français fréquent
suite d’actions -(y)ıp Que s’est-il passé ensuite ? et, puis, après avoir
manière ou moyen -(y)arak Comment ? Par quel moyen ? en faisant, par le fait de
moment déclencheur -(y)ınca Quand ? quand, dès que, une fois que
action non accomplie -madan Qu’est-ce qui n’a pas été fait ? sans faire, avant de faire

Exemples en contexte

Turc Français Remarque
Gelip gördüm. Je suis venu et j’ai vu. Deux actions successives ; seul le dernier verbe est conjugué.
Markete gidip ekmek aldım. Je suis allé au marché et j’ai acheté du pain. Une suite formant un seul épisode.
Kalkıp pencereyi açtı. Elle s’est levée et a ouvert la fenêtre. Le sujet reste le même.
Kahvesini içip işe başladı. Il a bu son café, puis il s’est mis au travail. -(y)ip marque l’ordre des actions.
Koşarak geldi. Il est venu en courant. La course décrit la manière de venir.
Gülerek cevap verdi. Elle a répondu en souriant. Deux actions simultanées avec le même sujet.
Her gün yürüyerek işe gidiyorum. Tous les jours, je vais au travail à pied. La marche est le moyen de déplacement.
Kapıyı anahtarla açarak içeri girdi. Il a ouvert la porte avec la clé et est entré. -(y)arak présente l’ouverture comme le moyen d’entrer.
Seni görünce çok sevindim. J’ai été très heureux de te voir. Littéralement : « Quand je t’ai vu, je me suis réjoui. »
Ders bitince eve gideceğiz. Nous rentrerons à la maison quand le cours sera fini. Le futur est porté par gideceğiz.
Ali gelince toplantıya başladık. Quand Ali est arrivé, nous avons commencé la réunion. Les deux actions ont des sujets différents.
Otobüs gelmeyince taksi çağırdım. Comme le bus n’est pas arrivé, j’ai appelé un taxi. La relation temporelle prend une nuance causale.
Görmeden geçti. Il est passé sans voir. L’action de voir n’a pas eu lieu.
Kahvaltı yapmadan evden çıkma. Ne sors pas de chez toi sans prendre de petit-déjeuner. -madan dépend ici d’un impératif négatif.
Uyumadan önce kitabımı okuyorum. Je lis mon livre avant de dormir. önce impose clairement le sens « avant de ».

Erreurs fréquentes

Conjuguer les deux verbes comme en français

  • Incorrect : Markete gittim alıp ekmek.
  • Correct : Markete gidip ekmek aldım.
  • Pourquoi : dans une chaîne en -(y)ıp, le premier verbe prend la forme converbe et le dernier porte le temps et la personne. L’ordre habituel place aussi ekmek, le complément de aldım (ce qui est acheté), avant ce verbe.

Employer -arak pour une simple succession

  • Peu naturel pour le sens visé : Eve gelerek yemek yaptım.
  • Naturel : Eve gelip yemek yaptım.
  • Pourquoi : si l’idée est « je suis rentré, puis j’ai cuisiné », -(y)ıp convient. -(y)arak ferait plutôt de « venir à la maison » la manière ou le moyen de cuisiner, ce qui n’est pas logique ici.

Oublier le y de liaison

  • Incorrect : başlaıp, okuarak, bekleince
  • Correct : başlayıp, okuyarak, bekleyince
  • Pourquoi : après un radical terminé par une voyelle, y sépare cette voyelle de celle des suffixes -(y)ıp, -(y)arak et -(y)ınca.

Choisir la mauvaise voyelle harmonique

  • Incorrect : görince, koşerek, okuyip
  • Correct : görünce, koşarak, okuyup
  • Pourquoi : il faut regarder la dernière voyelle du radical : ö appelle ü, o appelle a dans -arak, et u appelle u dans -(y)up.

Confondre -meyince et -meden

  • Incorrect pour « sans attendre » : beklemeyince gittim
  • Correct : beklemeden gittim
  • Pourquoi : beklemeden signifie « je suis parti sans attendre ». Beklemeyince gittim signifie plutôt « comme il/elle n’a pas attendu, je suis parti » ou « quand je n’ai pas attendu, je suis parti », selon le contexte.

Donner par inadvertance deux sujets à -arak

  • Ambigu : Ali koşarak ben eve gittim.
  • Correct : Ali koşarak eve gitti. — « Ali est rentré en courant. »
  • Pourquoi : avec -(y)arak, on comprend normalement que la personne qui court est aussi celle qui rentre. Pour exprimer deux sujets différents, il faut reformuler avec deux propositions adaptées au sens.

Notes d’usage

-(y)ıp est extrêmement courant dans le récit et la conversation. Il ne signifie pas toujours que beaucoup de temps sépare les actions : Bana bakıp güldü peut décrire un regard immédiatement suivi d’un sourire. Si l’ordre chronologique doit être souligné, des mots comme sonra (« ensuite ») peuvent compléter la phrase.

La différence entre -(y)ıp et -(y)arak dépend parfois du point de vue. Koşup geldi présente « courir puis arriver » comme une suite compacte ; Koşarak geldi décrit surtout la façon dont la personne est arrivée. Les deux peuvent se traduire par « il est venu en courant », mais la mise en relief n’est pas la même.

Avec -(y)ınca, le français choisit le temps requis par sa propre grammaire : Gelince ara devient « appelle quand tu arriveras », même si gelince ne contient aucun futur. Il ne faut donc pas chercher une correspondance mot à mot entre les temps français et la forme turque.

Enfin, -madan peut osciller entre « sans faire » et « avant de faire ». Yemeden çıktı se comprend souvent comme « il est sorti sans manger » ; Yemeden önce ellerini yıkadı signifie sans ambiguïté « il s’est lavé les mains avant de manger ».

Pour aller plus loin

Les points suivants ne sont pas indispensables pour commencer, mais ils expliquent des formes très courantes.

Certains radicaux changent légèrement devant un suffixe commençant par une voyelle. Ainsi, gitmek donne gidip, giderek, gidince, mais gitmeden ; etmek donne edip, ederek, edince, mais etmeden. Ce changement de t en d apparaît aussi dans d’autres formes du verbe. Les verbes demek (« dire ») et yemek (« manger ») ont notamment les formes usuelles deyip, diyerek, deyince et yiyip, yiyerek, yiyince : mieux vaut les mémoriser à partir de phrases fréquentes.

La répétition d’un converbe en -(y)ıp peut exprimer une action prolongée ou insistante : Düşünüp düşünüp aynı sonuca vardım (« Après avoir longuement réfléchi, je suis arrivé à la même conclusion »). C’est un effet expressif, non une nouvelle règle de temps.

La négation mérite aussi une nuance. Sormadan aldı signifie « il l’a pris sans demander », tandis que sormayarak hata yaptı présente le fait de ne pas demander comme la manière dont l’erreur a été commise. Dans beaucoup de phrases simples, -madan reste le choix le plus naturel pour « sans ».

À un niveau plus avancé, le turc possède de nombreux autres converbes : -dıkça (« à mesure que, plus… »), -alı/-eli (« depuis que ») ou -casına/-cesine (« comme si, d’une manière qui rappelle… »). Ils prolongent le même principe général, mais expriment des relations plus précises.

Conseils de pratique

  1. Transformez des paires de phrases. Partez de Eve geldim. Yemek yaptım. puis combinez-les : Eve gelip yemek yaptım. Faites de même avec cinq verbes de votre quotidien.
  2. Posez-vous une seule question avant de choisir. « Ensuite ? » mène vers -(y)ıp ; « comment ? » vers -(y)arak ; « quand ? » vers -(y)ınca ; « sans quoi ? » vers -madan.
  3. Apprenez les formes avec leur harmonie. Classez quelques verbes par dernière voyelle et dites à voix haute bakıp, gelip, okuyup, görüp, puis bakarak, gelerek, okuyarak, görerek. Cette alternance devient ainsi un réflexe plutôt qu’un calcul.

Notions liées

  • Prérequis : Le passé en -di — le dernier verbe conjugué situe souvent toute la chaîne d’actions dans le passé.
  • Étape suivante : Les converbes avancés — pour exprimer « à mesure que », « depuis que » et d’autres relations plus fines.

Prérequis

Le passé en -di en turcA2

Concepts qui s'appuient sur celui-ci

Plus de concepts de niveau A2

Entraînez-vous à Temel Zarf-Fiiller en turc avec un compte Settemila Lingue gratuit. Nous configurerons turc · A2 et générerons des cartes consacrées précisément à ce concept grammatical.

Pratiquer ce concept