A2

Le passé avec *i* en māori

I (Wā Pahemo)

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de maori sur Settemila Lingue.

En bref

Pour présenter une action comme un fait passé, placez i avant le verbe : I haere au signifie « Je suis allé(e) ». Le modèle de base est i + verbe + sujet + compléments ; le verbe ne se conjugue ni selon la personne ni selon le nombre. Pour un résultat déjà acquis ou un changement encore pertinent, le māori emploie souvent plutôt kua.

Vue d’ensemble

La particule i permet de raconter un déplacement, un repas, une rencontre ou tout autre événement situé avant le moment où l’on parle. C’est un point central du niveau A2 : avec une seule structure, on peut rapporter ce que l’on a fait hier, demander où quelqu’un est allé ou expliquer qu’une personne n’a pas participé.

Une particule est ici un petit mot grammatical placé devant le groupe verbal. Contrairement au français, le māori ne transforme pas le verbe pour fabriquer un passé : haere reste haere, que le sujet soit au (« je »), ia (« il ou elle ») ou rātou (« ils ou elles, au moins trois »). C’est i qui situe le procès dans le passé. Le procès, autrement dit l’action ou l’état exprimé par le verbe, vient normalement avant le sujet.

Le réflexe français « sujet + auxiliaire + participe passé » peut donc gêner. Il ne faut pas chercher l’équivalent de « ai », « est » ou « ont », ni accorder un participe. Dans I kai rātou, l’ordre est littéralement proche de « passé — manger — eux », mais la traduction naturelle est « Ils ont mangé ».

Fonctionnement

La construction essentielle

Le modèle le plus simple est le suivant :

Position Élément Exemple Fonction
1 i I situe l’action dans le passé
2 verbe haere exprime l’action
3 sujet au indique qui accomplit l’action
4 complément éventuel ki te toa précise destination, objet, lieu ou moment

On obtient ainsi I haere au ki te toa : « Je suis allé(e) au magasin. » Le sujet grammatical — la personne ou la chose dont on dit qu’elle agit — suit le verbe. Ce schéma prolonge directement l’ordre verbal de base du māori.

La forme du verbe est invariable dans cette construction :

Sujet Sens Exemple au passé
au / ahau je, moi I haere au. — Je suis allé(e).
koe tu, vous (une personne) I haere koe. — Tu es allé(e).
ia il, elle I haere ia. — Il/Elle est allé(e).
tāua nous deux, toi compris I haere tāua. — Nous y sommes allé(e)s tous les deux.
māua nous deux, sans toi I haere māua. — Nous y sommes allé(e)s tous les deux, mais pas toi.
tātou nous, toi compris I haere tātou. — Nous y sommes allé(e)s, toi compris.
mātou nous, sans toi I haere mātou. — Nous y sommes allé(e)s, sans toi.
rāua / rātou eux deux / eux, au moins trois I haere rātou. — Ils/Elles sont allé(e)s.

Ces traductions françaises varient en genre et en nombre, mais rien ne change dans haere. La distinction inclusive/exclusive de « nous » appartient aux pronoms, non au passé lui-même.

Ajouter un objet direct

Le complément d’objet direct désigne la personne ou la chose directement touchée par l’action : dans « voir le chien », c’est « le chien ». En māori, beaucoup de verbes transitifs introduisent cet objet par une autre particule i :

i + verbe + sujet + i + objet

Ainsi, I kite ia i te kurī signifie « Il/Elle a vu le chien ». Les deux i n’ont pas la même fonction :

  • le premier, placé avant le verbe, marque le passé ;
  • le second, placé après le sujet, introduit l’objet.

Avec une personne nommée ou un pronom personnel comme objet, on rencontre i a : I kite au i a Mere (« J’ai vu Mere »), I kite au i a ia (« Je l’ai vu(e) »). Le petit mot a accompagne ici la personne ; il ne fait pas partie du verbe.

Tous les compléments ne prennent pas i. Une direction emploie normalement ki : I haere ia ki te kura (« Il/Elle est allé(e) à l’école »). Apprenez donc le groupe complet avec le verbe et son complément, plutôt que de traduire chaque préposition française isolément.

Ajouter une indication de temps

Un repère comme inanahi (« hier ») rend le passé plus précis :

  • I mahi au inanahi. — J’ai travaillé hier.
  • I te Rāhoroi, i haere mātou ki te moana. — Samedi, nous sommes allé(e)s à la mer.

Le premier I de la deuxième phrase introduit le repère temporel te Rāhoroi ; le second i, devant haere, marque le passé verbal. Comme pour l’objet direct, la position permet de comprendre la fonction. À l’oral comme à l’écrit, les majuscules ne suffisent pas à distinguer ces emplois : en début de phrase, i prend naturellement une majuscule.

Former une question

Une question ne demande ni inversion du sujet ni auxiliaire comparable à « est-ce que ». On conserve la structure verbale :

  • I haere koe ki te hui? — Es-tu allé(e) à la réunion ?
  • I kite rāua i te kiriata? — Ont-ils/elles vu le film ?
  • I haere koe ki hea? — Où es-tu allé(e) ?
  • I tae mai ia āhea? — Quand est-il/elle arrivé(e) ?

L’intonation ou le mot interrogatif indique qu’il s’agit d’une question. Ki hea correspond à une destination (« où, vers quel endroit ? »), tandis que āhea demande le moment.

Mettre une phrase au négatif

La négation au passé ne consiste pas à ajouter simplement un mot devant la phrase affirmative. Le modèle courant est :

kāore + sujet + i + verbe + compléments

Comparez :

Affirmation Négation
I haere au ki te hui. — Je suis allé(e) à la réunion. Kāore au i haere ki te hui. — Je ne suis pas allé(e) à la réunion.
I kai rātou i te ika. — Ils/Elles ont mangé le poisson. Kāore rātou i kai i te ika. — Ils/Elles n’ont pas mangé le poisson.
I kite ia i a Mere. — Il/Elle a vu Mere. Kāore ia i kite i a Mere. — Il/Elle n’a pas vu Mere.

Remarquez le déplacement du sujet : dans l’affirmation, il suit le verbe ; après kāore, il vient avant le groupe i + verbe. Le i verbal reste nécessaire.

Choisir entre i et kua

Le français utilise souvent le passé composé pour deux points de vue différents. Le māori peut les distinguer :

Point de vue Forme fréquente Exemple Interprétation naturelle
fait ou épisode passé i + verbe I tae mai ia inanahi. Il/Elle est arrivé(e) hier.
résultat acquis, accomplissement ou changement d’état kua + verbe Kua tae mai ia. Il/Elle est arrivé(e), donc est maintenant là.
événement terminé dans un récit i + verbe I mutu te hui i te toru karaka. La réunion s’est terminée à trois heures.
état désormais atteint kua + verbe Kua mutu te hui. La réunion est maintenant terminée.

Cette opposition porte sur l’aspect, c’est-à-dire la façon dont on présente l’action, et pas seulement sur sa date. Le repère temporel et le contexte comptent. Au niveau A2, retenez d’abord ceci : i raconte ce qui s’est passé ; kua attire souvent l’attention sur ce qui est désormais accompli ou vrai.

Exemples en contexte

Māori Français Remarque
I haere au ki te toa. Je suis allé(e) au magasin. Déplacement vers un lieu avec ki.
I kai rātou i te ika. Ils/Elles ont mangé le poisson. Le second i introduit l’objet.
I kite ia i te kurī. Il/Elle a vu le chien. Le pronom ia ne précise pas le genre.
I noho mātou ki reira. Nous sommes resté(e)s là-bas, sans toi. Mātou exclut l’interlocuteur.
I mahi au inanahi. J’ai travaillé hier. Le moment vient ici en fin de phrase.
I tae mai ngā manuhiri i te ata. Les invités sont arrivés le matin. Mai indique un mouvement vers le point de référence.
I pānui a Mere i te pukapuka. Mere a lu le livre. A introduit le nom de personne sujet.
I kite au i a Hēmi i te kura. J’ai vu Hēmi à l’école. I a Hēmi marque une personne comme objet.
I inu ngā tamariki i te wai. Les enfants ont bu l’eau. Groupe nominal sujet après le verbe.
I haere koe ki hea? Où es-tu allé(e) ? Question sur la destination.
I tae mai ia āhea? Quand est-il/elle arrivé(e) ? Question sur le moment.
Kāore māua i kai i te wharekai. Nous deux n’avons pas mangé au restaurant, et tu n’étais pas avec nous. Négation passée avec kāore … i.
Kua mutu te mahi. Le travail est maintenant terminé. Kua met le résultat actuel au premier plan.

Erreurs fréquentes

Commencer automatiquement par le sujet

  • Incorrect : Au i haere ki te toa.
  • Correct : I haere au ki te toa.
  • Pourquoi : dans une phrase verbale affirmative ordinaire, la particule et le verbe précèdent le sujet. L’ordre français ne se transpose pas mot à mot.

Conjuguer le verbe comme en français

  • Incorrect : inventer une forme différente de haere pour « nous sommes allé(e)s ».
  • Correct : I haere mātou.
  • Pourquoi : haere ne change pas. I marque le passé et mātou indique les participants.

Oublier le marqueur de l’objet

  • Incorrect : I kai rātou te ika.
  • Correct : I kai rātou i te ika.
  • Pourquoi : avec kai employé transitivement, i introduit ce qui est mangé. Ce second i n’est pas une deuxième marque de passé.

Employer ki devant tout complément français introduit par « à »

  • Incorrect : I kite au ki a Mere.
  • Correct : I kite au i a Mere.
  • Pourquoi : Mere est la personne vue, donc l’objet direct de kite. Ki sert notamment à exprimer une direction ou une destination, comme dans ki te kura.

Calquer la négation affirmative

  • Incorrect : Kāore i haere au.
  • Correct : Kāore au i haere.
  • Pourquoi : dans le modèle négatif de base, le sujet suit kāore, puis viennent i et le verbe.

Choisir systématiquement kua pour traduire le passé composé

  • Incorrect dans un simple récit daté : Kua haere au ki te toa inanahi si l’on veut seulement raconter sa course d’hier.
  • Choix naturel pour ce récit : I haere au ki te toa inanahi.
  • Pourquoi : les temps français ne correspondent pas terme à terme aux particules du māori. I présente un événement passé ; kua souligne plutôt l’accomplissement, le résultat ou un nouvel état. Le contexte peut nuancer ce choix.

Notes d’usage

Dans la conversation, un repère comme « hier » peut être omis si le contexte situe déjà clairement l’histoire. I haere mātou ki te moana suffit si tout le monde sait que l’on parle du week-end dernier. À l’inverse, ajouter inanahi, i tērā wiki (« la semaine dernière ») ou une heure rend le récit plus facile à suivre.

Les particules directionnelles suivent le verbe : tae mai présente une arrivée vers le locuteur ou le point de référence, tandis que haere atu indique un mouvement qui s’en éloigne. Elles ne modifient pas la règle du passé : I tae mai ia ; I haere atu rātou.

La traduction française de ia doit parfois choisir « il » ou « elle », alors que le māori ne fait pas cette distinction. De même, le français impose souvent des marques de genre dans « allé(e) » ou « resté(e)s » que la phrase en māori ne contient pas. Une traduction peut donc être correcte sans restituer une information de genre absente de l’original.

Pour aller plus loin

Les points suivants ne sont pas indispensables pour produire vos premières phrases au niveau A2, mais ils expliquent des formes que vous rencontrerez ensuite.

Le passé dans un récit n’emploie pas toujours i à chaque étape

Dans une narration, ka peut enchaîner les événements et faire avancer l’histoire, même si les faits racontés sont passés : I tae mai ia, ka noho, ka kōrero peut se comprendre comme « Il/Elle est arrivé(e), puis s’est assis(e) et a parlé ». Ka n’est donc pas uniquement un équivalent mécanique du futur français ; il peut avoir une valeur inceptive ou séquentielle. Pour commencer, utilisez i pour poser clairement un fait passé, puis apprenez séparément les emplois narratifs de ka.

Le passif est particulièrement important en māori

Le māori recourt volontiers à la voix passive, une construction qui met au premier plan ce qui subit l’action. Comparez l’actif I kai ngā tamariki i te kai (« Les enfants ont mangé la nourriture ») et le passif I kainga te kai e ngā tamariki (« La nourriture a été mangée par les enfants »). Dans les deux cas, le premier i marque le passé. La terminaison passive de chaque verbe doit être apprise ; elle dépasse la règle élémentaire étudiée ici.

I peut apparaître dans une proposition relative

Dans te pukapuka i pānuihia e Mere (« le livre que Mere a lu »), i ouvre une proposition relative, c’est-à-dire un groupe qui précise le nom pukapuka. La structure passive pānuihia est naturelle parce que le livre est placé au premier plan. À un niveau plus avancé, vous rencontrerez aussi ai dans certaines relatives : sa présence dépend du rôle de l’élément repris et de la structure de la proposition.

Le contexte décide entre temps et aspect

Il serait trompeur de traduire chaque i par un seul temps français. Selon le verbe et le contexte, une phrase peut recevoir un passé composé ou un imparfait en français. I situe avant tout le procès dans le passé ; des constructions plus développées, des adverbes et le contexte précisent s’il s’agit d’un événement ponctuel, d’un arrière-plan ou d’une habitude. Ne fabriquez donc pas une correspondance rigide « i = passé composé ».

Conseils pour s’entraîner

  1. Transformez une même phrase. Partez de I haere au ki te kura, changez le sujet (koe, ia, māua, tātou), puis mettez chaque version au négatif avec kāore. Vous travaillerez à la fois l’invariabilité du verbe et la place du sujet.
  2. Racontez trois faits de la veille. Utilisez trois verbes courants, par exemple mahi (« travailler »), kai (« manger ») et kite (« voir »). Vérifiez si le complément demande ki, i ou i a.
  3. Classez les exemples entendus. Dans un dialogue ou un enregistrement, relevez les phrases en i, kua et ka. Demandez-vous si elles racontent un événement, présentent un résultat actuel ou font avancer une suite d’actions.

Notions liées

Prérequis

Structure de base de la phrase en māoriA1

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