B1

Donner, recevoir et transférer en māori

Kupu Hoko

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de maori sur Settemila Lingue.

En bref

En māori, le choix du verbe précise souvent le mouvement du transfert : homai fait venir une chose vers la personne qui parle, hoatu l’éloigne d’elle, tuku signifie notamment « envoyer » ou « laisser partir », et riro présente le transfert du côté de la personne qui obtient ou de la chose qui est prise. Il faut donc repérer qui donne, qui reçoit et dans quelle direction la chose se déplace, plutôt que chercher un seul équivalent de « donner ».

Vue d’ensemble

Les échanges les plus ordinaires — passer un livre, offrir quelque chose, envoyer une lettre, obtenir un prix — demandent en māori plusieurs constructions complémentaires. Au niveau B1, l’enjeu n’est plus seulement de connaître du vocabulaire : il faut choisir le point de vue à partir duquel on décrit le transfert. Homai et hoatu intègrent une idée de direction, tandis que tuku insiste sur l’envoi, la remise ou la libération. Riro, lui, décrit ce qui arrive au destinataire ou à la chose transférée.

Pour un francophone, la principale difficulté vient de ce que « donner » reste généralement le même verbe, que le mouvement se fasse vers soi ou vers autrui. Le māori rend cette orientation beaucoup plus visible grâce à mai (« vers ici, vers le locuteur ») et atu (« en s’éloignant d’ici »). Cette opposition apparaît aussi avec d’autres verbes, notamment dans tuku mai et tuku atu.

Ces structures s’emploient avec les marqueurs de temps et d’aspect déjà connus : i pour un événement passé, e ... ana pour une action en cours, kua pour un résultat déjà atteint et ka pour ce qui va arriver ou pour la suite d’un récit. Le mot i peut également introduire l’objet direct (la personne ou la chose directement touchée par l’action) : sa fonction dépend donc de sa place dans la phrase.

Fonctionnement

Choisir le verbe selon le point de vue

Forme Idée centrale Question utile Exemple bref
homai donner ou passer vers le locuteur La chose vient-elle vers moi ou vers notre côté ? Homai te pukapuka.
hoatu donner ou passer en s’éloignant du locuteur La chose part-elle de mon côté vers quelqu’un d’autre ? Hoatu te kī ki a Rangi.
tuku envoyer, remettre, relâcher, laisser partir Met-on la chose en circulation ou la laisse-t-on partir ? I tuku au i te reta.
riro obtenir, échoir à quelqu’un, être pris Qui finit par avoir la chose ? I riro i a Maia te tohu.

Cette présentation donne la règle pratique, mais le « centre » n’est pas toujours le corps du locuteur. Selon la situation, mai peut orienter le mouvement vers le groupe auquel la personne qui parle s’identifie, vers le lieu de la conversation ou vers le point de vue adopté dans le récit. Atu indique le mouvement opposé.

Construire une phrase avec homai et hoatu

Dans une phrase active, on trouve fréquemment l’ordre suivant :

marqueur de temps/aspect + verbe + acteur + i + chose transférée + ki + destinataire

  • E hoatu ana au i tēnei ki a koe. — Je suis en train de te donner ceci.
  • I hoatu a Hana i ngā kai ki ngā manuhiri. — Hana a donné la nourriture aux invités.

L’acteur est la personne qui effectue l’action. La chose transférée est l’objet direct ; dans une phrase active développée, elle est souvent introduite par i. Le destinataire est introduit par ki (« à, vers »). Devant un nom de personne ou un pronom personnel, on emploie normalement le marqueur personnel a : ki a Rangi, ki a koe.

Dans un ordre bref, l’acteur est évident et n’est pas exprimé. L’objet peut alors suivre directement le verbe :

  • Homai te pukapuka. — Donne-moi le livre.
  • Hoatu te kī ki a Rangi. — Donne la clé à Rangi.

Koa permet d’adoucir une demande, comme « s’il te plaît » : Homai koa te wai. La politesse ne dépend toutefois pas d’un seul mot ; l’intonation et la relation entre les personnes comptent aussi.

Employer tuku et sa forme passive tukuna

Tuku couvre un champ plus large que le français « envoyer ». Selon le complément et le contexte, il peut évoquer l’envoi, la remise, le fait de relâcher ou de permettre qu’une chose parte. Avec un sujet actif, la structure est régulière :

  • I tuku au i te reta. — J’ai envoyé la lettre.

Le māori recourt très volontiers à la voix passive, une construction qui place au premier plan la chose concernée plutôt que l’auteur de l’action. La forme passive de tuku est tukuna. L’auteur, s’il est mentionné, est introduit par e :

  • I tukuna e ia te reta. — Il ou elle a envoyé la lettre.
  • Kua tukuna te tono. — La demande a été envoyée.

Dans la première phrase, l’analyse littérale est proche de « la lettre a été envoyée par lui ou par elle », même si une traduction française active est plus naturelle. Il ne faut donc pas conclure que e ia est simplement une autre manière de dire le sujet d’un verbe actif : il signale ici l’agent (la personne qui accomplit l’action) dans une construction passive.

Comme d’autres verbes de mouvement, tuku peut recevoir une particule directionnelle séparée :

  • tuku mai : envoyer ou faire parvenir vers ici ;
  • tuku atu : envoyer depuis ici vers ailleurs.

Ces particules subsistent à la forme passive : I tukuna mai e ia te reta ki ahau (« Il ou elle m’a envoyé la lettre »), Ka tukuna atu e mātou ngā kōrero ki a koe (« Nous t’enverrons les informations »).

Présenter le résultat avec riro

Riro change le cadrage. Au lieu de partir de la personne qui donne, on constate qu’une chose est obtenue, attribuée ou prise. La personne qui finit par la posséder est couramment introduite par i :

  • I riro i a Maia te tohu. — Maia a obtenu le prix.
  • Kua riro i a ia. — Il ou elle l’a obtenu.
  • Kua riro i a rātou te whare. — Ils ont acquis ou pris la maison.

Après i, un pronom personnel prend encore a : i a ia, i a rātou. Quand la chose est déjà connue, elle peut rester sous-entendue, comme dans Kua riro i a ia. Avec kua, on insiste sur le résultat désormais acquis : la chose n’est plus disponible de la même manière, ou elle se trouve maintenant entre les mains de quelqu’un.

Il est utile de ne pas réduire riro au seul français « recevoir ». Selon le contexte, les traductions naturelles seront « obtenir », « gagner », « revenir à », « être pris » ou « ne plus être disponible ».

Exemples en contexte

Māori Français Remarque
Homai te pukapuka. Donne-moi le livre. Mouvement vers la personne qui parle.
Homai koa he kaputī māku. Donne-moi un thé, s’il te plaît. koa adoucit la demande ; māku indique que le thé est destiné au locuteur.
Hoatu te kī ki a Rangi. Donne la clé à Rangi. La clé s’éloigne du locuteur vers Rangi.
E hoatu ana au i tēnei ki a koe. Je suis en train de te donner ceci. Action en cours avec e ... ana.
I hoatu a Hana i ngā kai ki ngā manuhiri. Hana a donné la nourriture aux invités. Phrase active au passé.
I tuku au i te reta. J’ai envoyé la lettre. tuku actif ; au est l’acteur.
I tukuna e ia te reta. Il ou elle a envoyé la lettre. Forme passive tukuna, agent introduit par e.
Kua tukuna te tono. La demande a été envoyée. Le résultat compte ; l’auteur n’est pas précisé.
I tukuna mai e ia te reta ki ahau. Il ou elle m’a envoyé la lettre. mai oriente l’envoi vers le locuteur.
Ka tukuna atu e mātou ngā kōrero ki a koe. Nous t’enverrons les informations. atu oriente l’envoi vers le destinataire.
I riro i a Maia te tohu. Maia a obtenu le prix. Le point de vue est celui de l’obtention.
Kua riro i a ia. Il ou elle l’a obtenu. La chose obtenue est comprise grâce au contexte.
Kua riro kē te tūru. La place est déjà prise. souligne que la situation est déjà différente de ce qu’on pouvait attendre.
Ka riro i a rātou te whare. La maison leur reviendra. ka présente ici un résultat futur.

Erreurs fréquentes

Employer homai pour un mouvement qui part de soi

  • Incorrect : E homai ana au i tēnei ki a koe.
  • Correct : E hoatu ana au i tēnei ki a koe.
  • Pourquoi : si je donne un objet à mon interlocuteur, il s’éloigne de mon point de vue. Atu convient donc mieux que mai.

Mélanger construction active et construction passive avec tuku

  • Incorrect : I tuku e ia te reta.
  • Correct, actif : I tuku ia i te reta.
  • Correct, passif : I tukuna e ia te reta.
  • Pourquoi : e ia marque l’agent avec la forme passive tukuna. Dans la phrase active, ia est le sujet et la lettre est introduite par i.

Oublier a devant une personne ou un pronom

  • Incorrect : Hoatu te pukapuka ki koe.
  • Correct : Hoatu te pukapuka ki a koe.
  • Pourquoi : après ki, un pronom personnel demande le marqueur personnel a. On retrouve le même principe dans i a ia avec riro.

Construire riro exactement comme « recevoir »

  • Incorrect : Kua riro ia te pukapuka.
  • Correct : Kua riro i a ia te pukapuka.
  • Pourquoi : la personne qui obtient la chose est ici introduite par i, puis par le marqueur personnel a devant ia.

Confondre les deux emplois de i

  • À comparer : I tuku au i te reta.
  • Analyse : le premier i place l’action dans le passé ; le second introduit l’objet, te reta.
  • Pourquoi : le français emploie des moyens différents là où le māori présente deux petits mots de même forme. Leur position révèle leur rôle.

Notes d’usage

Homai est particulièrement fréquent dans les demandes directes, car demander qu’on vous passe quelque chose crée naturellement un mouvement vers vous. Hoatu s’emploie lorsque la chose part vers un tiers ou vers l’interlocuteur. Le choix ne traduit donc pas à lui seul la politesse : une demande peut être rendue plus souple par koa, par l’intonation ou par une formulation moins abrupte.

Avec tuku, le choix entre une phrase active et une phrase passive dépend de ce que l’on veut mettre en avant. I tuku au i te reta présente clairement « moi » comme auteur. I tukuna te reta attire plutôt l’attention sur la lettre et sur le fait que l’envoi a eu lieu. En français, il est souvent plus idiomatique de traduire cette seconde structure par « on a envoyé la lettre » ou même « la lettre est partie », selon la situation.

Les pronoms māori ne marquent pas le genre. Ia peut donc correspondre à « il » ou « elle » ; seule la situation permet de savoir de qui il s’agit. De même, le français exige souvent un choix entre « tu » et « vous » alors que koe est singulier sans porter exactement la même opposition de registre.

Pour aller plus loin

Les particules mai et atu ne se limitent pas aux quatre verbes de cet article. Elles organisent constamment l’espace et le point de vue en māori. Quand un récit adopte le regard d’un personnage ou d’un groupe, « vers ici » peut signifier « vers ce personnage » ou « vers notre communauté », même si la personne qui raconte n’est pas physiquement sur place. À un niveau plus avancé, il faut donc suivre le centre de perspective, pas seulement traduire mai par « vers moi » et atu par « loin de moi ».

Riro possède également des prolongements sémantiques. Avec atu, il peut indiquer qu’une personne ou une chose s’en va ou disparaît du cadre : la traduction exacte dépend fortement du contexte. Certaines expressions peuvent même prendre une valeur délicate ou euphémistique lorsqu’elles parlent du départ définitif d’une personne. Mieux vaut d’abord maîtriser l’emploi concret « obtenir / être pris », puis apprendre ces sens dans des phrases complètes.

Enfin, l’opposition actif-passif est plus structurante en māori qu’en français courant. Une traduction française active ne prouve pas que la phrase māorie est active. Pour analyser une phrase avec tukuna, cherchez la terminaison passive -na et l’agent éventuel en e. Cette habitude sera utile avec de nombreux autres verbes passifs.

Conseils pratiques

  1. Dessinez une flèche. Pour chaque situation, placez le locuteur, la chose et le destinataire. Une flèche vers le locuteur appelle généralement homai ou tuku mai ; une flèche qui s’en éloigne appelle hoatu ou tuku atu.
  2. Transformez les phrases par paires. Partez de I tuku au i te reta, puis produisez I tukuna e au te reta. Vous entraînerez en même temps tuku/tukuna, la place de l’objet et le rôle de e.
  3. Variez le résultat. Complétez Kua riro i a ... avec plusieurs personnes, puis ajoutez la chose obtenue : Kua riro i a Maia te tohu. Dites ensuite la même scène du point de vue de la personne qui donne.

Notions liées

  • Prérequis : Le passé avec i — nécessaire pour distinguer le marqueur passé placé avant le verbe du i qui introduit un objet ou la personne associée à riro.

Prérequis

Le passé avec *i* en māoriA2

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