B1

La voix passive en māori

Hanga Whakaheke

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de maori sur Settemila Lingue.

En bref

En māori, le passif se forme surtout en ajoutant au verbe un suffixe tel que -a, -hia, -ina, -na, -ria ou -tia : patu « frapper » devient ainsi patua « être frappé ». La personne ou la chose qui subit l’action devient le sujet, tandis que l’auteur de l’action, s’il est mentionné, est introduit par e : I patua te kurī e Hēmi « Le chien a été frappé par Hēmi ». Chaque verbe doit être appris avec sa forme passive.

Vue d’ensemble

La voix passive présente une action du point de vue de la personne ou de la chose qui la subit. Dans I patua te kurī e Hēmi, on parle d’abord de te kurī, « le chien », et non de Hēmi. Te kurī est donc le sujet grammatical (le groupe autour duquel la phrase est construite), même s’il ne réalise pas l’action.

Cette construction est particulièrement importante en māori. Elle ne correspond pas seulement au passif français en être + participe passé. Le māori choisit volontiers une phrase passive lorsque le résultat, l’élément touché ou déjà connu dans la conversation mérite d’être placé au premier plan. Une phrase māorie naturelle peut donc se traduire en français par un passif, mais parfois aussi par un actif ou un impératif.

Le principe central s’étudie au niveau B1, après les particules de temps et d’aspect comme i, kua et ka. La difficulté ne vient pas de l’accord — le verbe passif ne s’accorde ni en genre ni en nombre — mais du choix du bon suffixe et de la nouvelle organisation de la phrase.

Fonctionnement

De l’actif au passif

Un verbe transitif est un verbe qui agit sur un objet direct (la personne ou la chose directement touchée par l’action). Comparons les deux constructions :

Construction Schéma Exemple Sens en français
Active particule + verbe + auteur + i + objet I patu a Mere i te pōro. Mere a frappé le ballon.
Passive particule + verbe passif + sujet touché + e + auteur I patua te pōro e Mere. Le ballon a été frappé par Mere.

Lors du passage au passif :

  1. le verbe reçoit son suffixe passif : patu → patua ;
  2. l’ancien objet, te pōro, devient le sujet et perd le marqueur d’objet i ;
  3. l’ancien sujet, Mere, devient l’agent (l’auteur réel de l’action) et reçoit e ;
  4. la particule de temps ou d’aspect reste devant le verbe.

Le groupe en e est facultatif. On l’omet lorsque l’auteur est inconnu, évident ou sans importance : Kua kitea te mea ngaro signifie « La chose perdue a été retrouvée », sans préciser par qui.

Les suffixes passifs

Il n’existe pas de règle simple permettant de deviner le suffixe de chaque verbe. Les formes ci-dessous montrent les familles les plus courantes, mais elles doivent servir de vocabulaire à mémoriser, non de modèle automatique.

Verbe de base Forme passive Sens approximatif
patu patua frapper → être frappé
kite kitea voir, trouver → être vu, trouvé
tuhi tuhia écrire → être écrit
mahi mahia faire → être fait
rongo rongohia entendre, ressentir → être entendu, ressenti
tiki tikina aller chercher → être cherché, récupéré
hoko hokona acheter, vendre → être acheté, vendu selon le contexte
tuku tukuna envoyer, laisser → être envoyé, laissé
mau mauria porter, emporter → être porté, emporté
pānui pānuitia lire, annoncer → être lu, annoncé
kōrero kōrerotia dire, discuter → être dit, discuté
kai kainga manger → être mangé

On rencontre notamment -a, -ia, -hia, -ina, -na, -ria et -tia, ainsi que d’autres réalisations dans le vocabulaire. Les limites entre le radical et le suffixe ne sont pas toujours évidentes à l’écrit : mieux vaut retenir kai — kainga comme une paire complète. Un bon dictionnaire māori indique généralement la forme passive avec l’entrée du verbe.

Les particules de temps et d’aspect

Le suffixe exprime la voix passive, pas le moment de l’action. Celui-ci est indiqué par la même charpente de particules que dans les autres phrases verbales.

Cadre Valeur fréquente Exemple passif Traduction
i + verbe action passée I tuhia te reta. La lettre a été écrite.
kua + verbe action accomplie, résultat actuel Kua kitea te kī. La clé a été retrouvée.
ka + verbe action à venir ou étape suivante Ka tukuna te karere. Le message sera envoyé.
kei te + verbe action en cours Kei te pānuitia te pukapuka. Le livre est en train d’être lu.
e + verbe + ana déroulement ou habitude selon le contexte E whakatikahia ana te whare. La maison est en cours de réparation.

Dans le dernier modèle, le premier e appartient au cadre e ... ana. Il ne marque pas un agent. Un éventuel agent possède son propre e devant un groupe nominal : E whakatikahia ana te whare e ngā kaimahi « La maison est réparée par les ouvriers ».

Marquer l’agent avec e

L’agent suit normalement le sujet touché :

  • e Mere — par Mere ;
  • e te kaiako — par le professeur ou la professeure ;
  • e ngā tamariki — par les enfants ;
  • e au — par moi ;
  • e koe — par toi ;
  • e ia — par lui ou par elle ;
  • e rātou — par eux ou par elles.

Contrairement au participe passé français, la forme passive māorie ne change pas avec le sujet : I tuhia te reta et I tuhia ngā reta emploient tous deux tuhia.

Quels verbes peuvent être mis au passif ?

La construction concerne d’abord les verbes transitifs, puisqu’il faut un élément touché par l’action à promouvoir comme sujet. Un verbe décrivant simplement un déplacement, un état ou une position ne reçoit pas librement un suffixe passif. Il faut donc apprendre non seulement la forme d’un verbe, mais aussi la manière dont il construit ses compléments.

Exemples en contexte

Māori Français Remarque
I patua te kurī e Hēmi. Le chien a été frappé par Hēmi. Passé avec agent exprimé.
I kainga te kai e ngā tamariki. Le repas a été mangé par les enfants. kai → kainga.
Kua kitea te mea ngaro. La chose perdue a été retrouvée. L’auteur de la découverte n’est pas précisé.
Ka tuhia te reta. La lettre sera écrite. Événement à venir.
Kei te pānuitia te pukapuka e Hana. Le livre est en train d’être lu par Hana. Action en cours.
Kua rongohia te waiata e te katoa. La chanson a été entendue par tout le monde. rongo → rongohia.
Ka tukuna ngā kōrero āpōpō. Les informations seront envoyées demain. Aucun accord au pluriel sur tukuna.
I mahia te mahi e au. Le travail a été fait par moi. Le pronom agent suit e.
Kāore te kai i kainga e Pita. Le repas n’a pas été mangé par Pita. Exemple négatif au passé.
Me horoia ngā ringaringa. Il faut se laver les mains. La traduction française naturelle n’est pas forcément passive.
Katia te kūaha! Fermez la porte ! Le passif sert naturellement dans cette consigne.
I whiriwhiria a Maia hei māngai. Maia a été choisie comme représentante. Le sujet est une personne nommée, marqué par a.

Erreurs fréquentes

Garder le verbe actif

  • Incorrect : I patu te kurī e Hēmi.
  • Correct : I patua te kurī e Hēmi.
  • Pourquoi : la présence d’un agent en e ne suffit pas. Le verbe doit aussi porter sa forme passive, ici patua.

Conserver le marqueur d’objet i

  • Incorrect : I patua i te kurī e Hēmi.
  • Correct : I patua te kurī e Hēmi.
  • Pourquoi : dans la phrase passive, te kurī n’est plus l’objet introduit par i ; il est devenu le sujet grammatical.

Choisir un suffixe au hasard

  • Incorrect : Kua kitina te kī.
  • Correct : Kua kitea te kī.
  • Pourquoi : on ne peut pas appliquer -ina à tous les verbes. La forme consacrée de kite est kitea.

Oublier e devant l’agent

  • Incorrect : I tuhia te reta Mere.
  • Correct : I tuhia te reta e Mere.
  • Pourquoi : lorsque l’auteur de l’action est exprimé dans cette construction, e l’introduit.

Imiter le passif français mot à mot

  • Incorrect : ajouter un équivalent de « être » devant tuhia ou tenter d’accorder le verbe avec ngā reta.
  • Correct : I tuhia ngā reta e Mere.
  • Pourquoi : le māori marque ici le passif sur le verbe lui-même. Il n’utilise ni auxiliaire correspondant à « être » ni accord de participe passé.

Confondre les deux emplois de e

  • Incorrect : interpréter le premier e de E tuhia ana te pūrongo e Mere comme « par ».
  • Correct : reconnaître e ... ana comme le cadre verbal et e Mere comme l’agent.
  • Pourquoi : la position permet de distinguer ces deux fonctions : l’un encadre le verbe, l’autre précède l’auteur de l’action.

Notes d’usage

Le passif māori est souvent plus naturel et plus fréquent que ne le laisserait prévoir le français. En français courant, on évite parfois le passif par une phrase active avec on : « On a envoyé le message. » En māori, Kua tukuna te karere place directement le message et son nouvel état au centre du propos, sans devoir inventer un auteur indéfini.

L’omission de l’agent est donc tout à fait normale. Elle peut signifier que l’auteur est inconnu, qu’il a déjà été mentionné ou que seul le résultat importe. Dans une annonce, une procédure ou un récit, cela permet de conserver le même thème d’une phrase à la suivante.

Les ordres constituent un autre contraste utile avec le français. Une consigne telle que Katia te kūaha! contient une forme passive, mais « Que la porte soit fermée ! » serait souvent trop solennel en français. La traduction idiomatique est simplement « Fermez la porte ! ». Il faut chercher la fonction de la phrase, pas reproduire sa forme grammaticale.

L’usage et parfois la forme préférée peuvent varier selon les locuteurs et les variétés régionales. Pour produire une forme sûre, relevez celle qu’emploient votre dictionnaire, votre cours ou les locuteurs de la communauté avec laquelle vous apprenez.

Pour aller plus loin

Le passif comme outil d’organisation du discours

Le choix entre actif et passif ne consiste pas seulement à cacher ou montrer l’auteur. Il sert à organiser l’information. Comparez :

  • I tuhi a Mere i te reta. — « Mere a écrit la lettre » : Mere est le point de départ ;
  • I tuhia te reta e Mere. — « La lettre a été écrite par Mere » : la lettre est le point de départ.

Si la conversation porte déjà sur te reta, la seconde version maintient ce thème. Le passif aide ainsi à relier les phrases d’un récit et à mettre en relief le résultat. À un niveau avancé, observez moins la traduction française que la question suivante : « De quoi parle-t-on à ce moment précis ? »

Négation et enchâssement

La négation peut modifier l’ordre global de la proposition : Kāore te kai i kainga e Pita. Le suffixe passif reste cependant attaché au verbe. De même, une forme passive peut apparaître dans une proposition dépendante, sans perdre la distinction entre le sujet touché et l’agent en e.

E face à et

Dans le passif canonique, e introduit l’agent : I mahia te mahi e Hine. Les constructions avec et peuvent elles aussi mettre l’auteur en valeur, avec des rapports temporels ou modaux particuliers : Nā wai i mahi? demande par exemple « Qui l’a fait ? ». Elles ont toutefois leur propre structure et ne doivent pas être remplacées mécaniquement par e. Il est préférable de les étudier comme un prolongement distinct.

Conseils pour s’entraîner

  1. Apprenez les verbes par paires. Sur chaque fiche, notez tuhi — tuhia, kite — kitea, rongo — rongohia, puis créez une phrase avec chacune des deux formes. Cela évite de deviner le suffixe.
  2. Transformez de petites phrases. Partez de I pānui a Hana i te pukapuka, déplacez te pukapuka, ajoutez le suffixe et marquez l’agent : I pānuitia te pukapuka e Hana. Vérifiez chaque étape séparément.
  3. Repérez le centre d’attention. Dans un texte ou un enregistrement, soulignez les verbes passifs et demandez-vous pourquoi l’élément touché est mis en avant. Relevez aussi les passifs sans agent et les consignes comme Katia te kūaha!

Notions associées

Prérequis

Le passé avec *i* en māoriA2

Concepts qui s'appuient sur celui-ci

Plus de concepts de niveau B1

Ce concept dans d'autres langues

Comparer dans toutes les langues

Entraînez-vous à Hanga Whakaheke en maori avec un compte Settemila Lingue gratuit. Nous configurerons maori · B1 et générerons des cartes consacrées précisément à ce concept grammatical.

Pratiquer ce concept