B1

Les suffixes passifs en māori (-tia, -hia, -a, -ina)

Kīanga Whakaheke

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En bref

En māori, le passif se forme en ajoutant au verbe une terminaison qui varie selon le verbe : patu → patua, tuhi → tuhia, kite → kitea, rongo → rongohia. Il n’existe pas de règle simple permettant de choisir à coup sûr entre -a, -hia, -tia, -ina et les autres terminaisons : le plus sûr est donc d’apprendre chaque verbe avec sa forme passive.

Vue d’ensemble

La voix passive présente d’abord la personne ou la chose qui subit l’action, appelée ici le patient (autrement dit, ce qui est touché, vu, écrit, enseigné, etc.). Ainsi, dans Kua kitea te mea ngaro, « la chose perdue » est ce qui a été retrouvé. La personne qui l’a retrouvée n’est pas nécessairement nommée.

Le français possède lui aussi un passif : « la lettre a été écrite ». Cependant, il l’emploie souvent moins spontanément que le māori et le remplace volontiers par une phrase active ou par on. Une phrase māorie passive n’a donc pas forcément la lourdeur que peut avoir « être + participe passé » en français. Elle sert très naturellement à garder le patient au centre du propos.

Au niveau B1, il faut déjà savoir reconnaître la structure passive. La difficulté propre à ce chapitre est lexicale : elle tient au vocabulaire. On ne choisit pas librement un suffixe après avoir décidé de mettre la phrase au passif. Chaque verbe a une forme consacrée par l’usage, et plusieurs terminaisons existent au-delà des quatre mises en avant dans le titre.

Comment cela fonctionne

La structure de base

Une proposition passive courante suit ce modèle :

Élément Fonction Exemple
marqueur de temps ou d’aspect situe l’action i, kua, ka, kei te
verbe à la forme passive exprime l’action subie tuhia « être écrit »
patient personne ou chose touchée par l’action te reta « la lettre »
e + agent, si nécessaire indique qui accomplit l’action e Mere « par Mere »

On obtient par exemple :

  • I tuhia te reta e Mere. — La lettre a été écrite par Mere.
  • Kua tuhia te reta. — La lettre a été écrite ; elle est maintenant prête.
  • Ka tuhia te reta e Mere. — La lettre sera écrite par Mere.

L’agent (la personne ou la chose qui accomplit l’action) est introduit par e. Il peut être omis lorsqu’il est inconnu, évident ou sans importance. Il peut aussi se placer immédiatement après le verbe passif, notamment lorsqu’il est court : I tuhia e ia te reta. L’ordre avec le patient avant l’agent, I tuhia te reta e ia, est également courant.

La forme active et la forme passive

Le passage au passif ne consiste pas seulement à réordonner les groupes. Le verbe change aussi de forme.

Présentation de l’événement Structure Exemple Sens naturel en français
active : l’agent est au premier plan marqueur + verbe + agent + i + patient I tuhi a Mere i te reta. Mere a écrit la lettre.
passive : le patient est au premier plan marqueur + verbe passif + patient + e + agent I tuhia te reta e Mere. La lettre a été écrite par Mere.

Dans la phrase active, le patient est souvent introduit par i. Dans la phrase passive, ce patient n’a pas ce i ; c’est l’agent éventuel qui reçoit le marqueur e. Cette différence aide à reconnaître la construction même lorsque la traduction française choisit une phrase active.

Quatre familles importantes

Les flèches ci-dessous donnent des paires à mémoriser, non une recette applicable à tous les verbes.

Forme de dictionnaire Forme passive Famille pratique Sens
patu patua -a frapper → être frappé
tuhi tuhia -a après la forme écrite tuhi écrire → être écrit
kite kitea -a voir, trouver → être vu, trouvé
mahi mahia -a faire → être fait
rongo rongohia -hia entendre, ressentir → être entendu, ressenti
kimi kimihia -hia chercher → être recherché
kōrero kōrerotia -tia dire, raconter → être dit, raconté
pānui pānuitia -tia lire, annoncer → être lu, annoncé
tiki tikina forme en -ina/-na aller chercher, prendre → être récupéré

La limite entre le radical et le suffixe n’est pas toujours transparente dans l’orthographe actuelle. Par exemple, il vaut mieux retenir directement tiki — tikina que fabriquer une forme en collant mécaniquement les lettres -ina à tiki. De même, tuhi donne tuhia, et non une forme inventée sur le modèle de rongo — rongohia.

Il existe d’autres terminaisons

La liste -a, -hia, -tia, -ina ne couvre pas tout le système. On rencontre aussi, entre autres, des formes comme :

Forme de dictionnaire Forme passive Sens
ako akona apprendre, enseigner → être appris, enseigné
tuku tukuna envoyer, laisser → être envoyé, laissé
inu inumia boire → être bu
tango tangohia enlever, prendre → être enlevé, pris
mau mauria porter, emporter → être porté, emporté
whakatū whakatūria établir, ériger → être établi, érigé

Ces exemples montrent pourquoi une règle fondée uniquement sur la dernière voyelle du verbe serait trompeuse. Le but n’est pas de deviner toujours mieux, mais de construire peu à peu un lexique de paires fiables.

Les marqueurs temporels ne déterminent pas le suffixe

Le suffixe appartient au verbe ; i, kua ou ka ne le modifient pas.

Valeur Exemple Traduction
événement passé I kitea te kurī. Le chien a été trouvé.
résultat acquis Kua kitea te kurī. Le chien a maintenant été retrouvé.
événement à venir ou attendu Ka kitea te kurī. Le chien sera trouvé.
action en cours Kei te kimihia te kurī. On est en train de chercher le chien.

En français, kitea peut donc correspondre à « a été vu », « a été trouvé », « sera découvert » ou encore « on verra », selon le contexte et le marqueur placé devant le verbe.

Exemples en contexte

Māori Français Remarque
I tuhia e ia te reta. La lettre a été écrite par lui ou elle. L’agent bref e ia suit immédiatement le verbe.
Kua kitea te mea ngaro. La chose perdue a été retrouvée. L’agent n’est pas exprimé.
I rongohia te kōrero. Le récit a été entendu. rongo → rongohia.
Ka whakaakona ngā tamariki. Les enfants seront instruits. whakaako → whakaakona ; la forme ne fait pas partie des quatre modèles les plus visibles.
I patua te pōro e Hine. Le ballon a été frappé par Hine. patu → patua ; l’agent vient après le patient.
Kua kainga ngā āporo. Les pommes ont été mangées. Le résultat est maintenant acquis.
Ka horoia ngā rīhi ā muri ake. La vaisselle sera lavée plus tard. horoi → horoia.
Kua mahia e mātou te mahi. Nous avons fait le travail. La traduction française active est plus naturelle ici ; le māori reste passif.
Ka pānuitia te pānui āpōpō. L’annonce sera lue demain. pānui → pānuitia.
I karangatia a Mere ki te hui. Mere a été invitée à la réunion. Le marqueur personnel a accompagne le nom propre Mere.
I tangohia ngā hū ki waho. Les chaussures ont été emportées dehors. tango → tangohia.
Ka tukuna te karere ā te ata. Le message sera envoyé dans la matinée. tuku → tukuna.
I whakatūria te komiti e te hapori. Le comité a été créé par la communauté. whakatū → whakatūria.
Kei te kimihia te tamaiti. On recherche l’enfant. Le français préfère ici une tournure avec « on ».

Erreurs fréquentes

Choisir toujours le même suffixe

  • Incorrect : I patuhia te pōro.
  • Correct : I patua te pōro.
  • Pourquoi : patu a pour forme passive usuelle patua. Le suffixe de rongohia ne peut pas être étendu automatiquement à tous les verbes.

Ajouter un suffixe à une forme déjà passive

  • Incorrect : Kua tuhihia te reta.
  • Correct : Kua tuhia te reta.
  • Pourquoi : tuhia est déjà la forme passive de tuhi. On ne lui ajoute pas une deuxième terminaison.

Garder le verbe actif dans une structure passive

  • Incorrect : I tuhi te reta e Mere. pour « La lettre a été écrite par Mere. »
  • Correct : I tuhia te reta e Mere.
  • Pourquoi : lorsque le patient te reta est présenté dans la structure passive et que l’agent est introduit par e, le verbe doit prendre sa forme passive.

Conserver le marqueur d’objet i devant le patient

  • Incorrect : I tuhia i te reta e Mere.
  • Correct : I tuhia te reta e Mere.
  • Pourquoi : dans cette proposition passive, te reta est le patient mis au premier plan ; il n’est plus introduit comme l’objet de la construction active I tuhi a Mere i te reta.

Traduire mot à mot par un passif français lourd

  • Peu naturel en français : « Le travail a été fait par nous. » pour Kua mahia e mātou te mahi.
  • Traduction naturelle : « Nous avons fait le travail. »
  • Pourquoi : comprendre la structure māorie et choisir une bonne traduction française sont deux opérations différentes. Le passif māori peut être parfaitement ordinaire là où le français préfère l’actif ou on.

Notes d’usage

Les formes passives sont très fréquentes en māori. Elles permettent de poursuivre un thème déjà établi : si la conversation porte sur une lettre, commencer par Kua tuhia te reta... maintient naturellement cette lettre au centre. L’agent est ajouté seulement s’il apporte une information utile.

Les dictionnaires et les ressources pédagogiques donnent souvent la forme passive avec l’entrée du verbe. Cette information fait partie intégrante du mot, au même titre que son sens. Selon les usages linguistiques, régionaux ou lexicographiques, certains verbes peuvent présenter plus d’une forme attestée. Pour produire une phrase, privilégiez la forme donnée par la ressource ou la communauté de référence que vous suivez, plutôt qu’une variante reconstruite par analogie.

Attention aussi au mot e. Dans I tuhia te reta e Mere, il introduit l’agent du passif. Mais e remplit d’autres fonctions en māori, notamment avant certains verbes ou dans l’adresse à une personne. C’est la structure complète, et non le seul mot e, qui indique ici le passif.

Enfin, la traduction dépend du sens lexical. kitea peut signifier « être vu », « être constaté », « être découvert » ou « être trouvé ». rongohia peut évoquer ce qui est entendu, mais aussi ce qui est ressenti. Le suffixe marque la relation grammaticale ; il ne choisit pas à lui seul le meilleur verbe français.

Pour aller plus loin

Le passif dans les relatives

Le passif est particulièrement utile lorsqu’un nom correspond au patient d’une proposition relative. Comparez :

  • te pukapuka i tuhia e ia — le livre qu’il ou elle a écrit ;
  • te waiata i rongohia e mātou — la chanson que nous avons entendue.

Le français emploie ici une relative active avec « que », tandis que le māori utilise le verbe passif : le livre est « ce qui a été écrit », la chanson « ce qui a été entendu ». Reconnaître cette différence évite de chercher un équivalent mot à mot du pronom français « que ».

Un suffixe après un verbe complexe

Lorsqu’un verbe commence par un élément productif comme whaka-, la forme passive appartient à l’ensemble verbal :

  • whakaako → whakaakona — enseigner → être enseigné ;
  • whakatū → whakatūria — établir → être établi.

Il ne faut donc pas isoler le dernier élément et lui ajouter au hasard le suffixe le plus familier. Là encore, la paire complète doit être vérifiée et mémorisée.

Forme grammaticale et point de vue

Une active et une passive peuvent décrire le même événement, mais elles n’organisent pas l’information de la même manière :

  • I tuhi a Mere i te reta. répond naturellement à une question portant sur Mere ou sur ce qu’elle a fait.
  • I tuhia te reta e Mere. convient lorsque la lettre est déjà le sujet de la conversation ou lorsque son sort importe davantage.
  • Kua tuhia te reta. insiste sur le résultat sans identifier l’auteur.

À un niveau plus avancé, le choix du passif relève donc autant de la progression du discours — ce dont on parle et ce qu’on ajoute à son sujet — que de la simple transformation d’une phrase active.

Conseils de pratique

  1. Apprenez des cartes à deux faces. Notez tuhi — tuhia, rongo — rongohia, tiki — tikina, avec une courte phrase pour chaque forme. Une liste de suffixes isolés est moins utile qu’un répertoire de verbes complets.
  2. Transformez des paires entières. Partez de I tuhi a Mere i te reta, puis produisez I tuhia te reta e Mere. Vérifiez à la fois le verbe, la disparition de i devant le patient et l’ajout de e devant l’agent.
  3. Repérez les formes en lecture. Dans un texte, soulignez le marqueur temporel, encadrez le verbe passif et cherchez un éventuel groupe en e. Demandez-vous ensuite si une traduction française active, passive ou avec on est la plus naturelle.

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