B1

Les marqueurs d’agent *e*, *nā* et *mā* en māori

Kupu Kaihanga

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de maori sur Settemila Lingue.

En bref

Dans une vraie phrase passive, e introduit l’agent, c’est-à-dire la personne ou la force qui accomplit l’action : I patua te kurī e Hēmi « Le chien a été frappé par Hēmi ». Les tours nā…i… et mā…e… mettent plutôt la responsabilité au premier plan : attribue une action accomplie à quelqu’un, tandis que confie une action à venir. Il ne faut donc pas remplacer automatiquement e par au passé ou par au futur.

Vue d’ensemble

En français, le complément introduit par par permet souvent de nommer l’auteur d’une action passive : « la lettre a été écrite par Mere ». Le māori dispose lui aussi d’un marqueur d’agent, e, mais il emploie également deux constructions très fréquentes qui présentent l’action du point de vue de la responsabilité : nā…i… pour ce qui a été fait et mā…e… pour ce qui reste à faire.

Ce point apparaît au niveau B1 après l’étude de la voix passive (une construction dans laquelle on place au centre ce qui subit l’action). Il oblige à distinguer deux rôles. Le patient est la personne ou la chose touchée par l’action ; l’agent est celui qui la réalise ou la provoque. Dans I patua te kurī e Hēmi, te kurī « le chien » est le patient et Hēmi est l’agent.

La traduction française ne révèle pas toujours la structure māorie. Nā Hēmi i mahi peut se rendre par « C’est Hēmi qui l’a fait » ou, selon le contexte, « Cela a été fait par Hēmi ». Pourtant, la construction māorie n’est pas simplement un passif : elle met Hēmi en tête et lui attribue l’action. De même, Mā wai e mahi? signifie naturellement « Qui va s’en charger ? » ou « Par qui cela sera-t-il fait ? ».

Fonctionnement

1. e dans une phrase passive

Le schéma de base est le suivant :

particule de temps ou d’aspect + verbe passif + patient + e + agent

Dans ce schéma, le verbe passif est un verbe portant un suffixe tel que -a, -tia, -hia, -ina, -na ou -ria. La forme exacte dépend du verbe et doit souvent être apprise avec lui.

Élément Exemple Fonction
I I patua… situe l’action dans le passé
patua I patua… forme passive de patu « frapper »
te kurī I patua te kurī… patient : ce qui a été frappé
e Hēmi …e Hēmi agent : celui qui a frappé

Le marqueur e ne change pas avec le temps :

Temps ou aspect Structure Sens
passé I tuhia te reta e Mere. La lettre a été écrite par Mere.
accompli, résultat actuel Kua tuhia te reta e Mere. La lettre a maintenant été écrite par Mere.
futur Ka tuhia te reta e Mere. La lettre sera écrite par Mere.

L’agent peut être un nom propre, un groupe nominal ou un pronom : e Hēmi, e te kaiako « par l’enseignant », e ngā tamariki « par les enfants », e au « par moi », e koe « par toi », e ia « par lui ou elle ». S’il est inconnu, évident ou sans importance, on peut ne pas le mentionner : Kua tuhia te reta « La lettre a été écrite ».

2. nā…i… : attribuer une action accomplie

Le tour nā + agent + i + verbe actif désigne celui à qui l’on attribue une action déjà accomplie. On peut souvent le traduire par « c’est X qui a… », ce qui rend mieux sa valeur de mise en relief qu’un passif français.

nā + agent + i + verbe actif (+ autres éléments)

  • Nā Hēmi i mahi. — C’est Hēmi qui l’a fait.
  • Nā Mere i tunu te kai. — C’est Mere qui a préparé le repas.
  • Nā wai i tuhi tēnei reta? — Qui a écrit cette lettre ?

Dans la première phrase, l’objet de mahi n’est pas exprimé : le contexte indique ce qui a été fait. Cette omission est naturelle lorsque tout le monde sait déjà de quelle tâche il s’agit.

Avec certains pronoms singuliers, forme un seul mot :

Personne Forme avec Exemple de sens
moi nāku c’est moi qui ai…
toi nāu c’est toi qui as…
lui ou elle nāna c’est lui ou elle qui a…
qui ? nā wai qui a… ?

Avec d’autres pronoms, les mots restent séparés : nā māua « par nous deux, sans toi », nā tātou « par nous tous, toi compris », nā rātou « par eux ou elles ».

3. mā…e… : attribuer une action à venir

Le tour mā + agent + e + verbe actif présente une action comme la tâche, la responsabilité ou la contribution future de quelqu’un.

mā + agent + e + verbe actif (+ autres éléments)

  • Mā wai e mahi? — Qui va s’en charger ?
  • Mā te kaiako e whakamārama te ture. — Ce sera à l’enseignant d’expliquer la règle.
  • Māku e horoi ngā kapu. — Je laverai les tasses ; je m’en charge.

Le français offre plusieurs traductions possibles : futur simple, « ce sera à X de… », « X se chargera de… » ou parfois un passif. L’idée stable en māori est celle d’une responsabilité prospective, c’est-à-dire envisagée pour la suite.

Personne Forme avec Exemple de sens
moi māku ce sera à moi de…
toi māu ce sera à toi de…
lui ou elle māna ce sera à lui ou elle de…
qui ? mā wai à qui reviendra-t-il de… ?

On rencontre aussi mā tāua « à nous deux, toi et moi », mā mātou « à nous, sans vous » et mā koutou « à vous tous ».

Les trois constructions en contraste

Intention Schéma māori Exemple Traduction naturelle
mettre le patient au centre et nommer l’agent verbe passif + patient + e + agent I tuhia te reta e Mere. La lettre a été écrite par Mere.
identifier le responsable d’une action accomplie + agent + i + verbe actif Nā Mere i tuhi te reta. C’est Mere qui a écrit la lettre.
confier ou prévoir une action + agent + e + verbe actif Mā Mere e tuhi te reta. Mere écrira la lettre / Ce sera à Mere de l’écrire.

Deux phrases peuvent donc décrire le même événement tout en répondant à des besoins différents. I tuhia te reta e Mere parle d’abord de la lettre ; Nā Mere i tuhi te reta corrige ou précise plutôt l’identité de la personne qui l’a écrite.

Exemples en contexte

Māori Français Remarque
I patua e te kaiako. Cela a été frappé par l’enseignant. Passif elliptique : le patient est compris grâce au contexte.
I patua te kurī e Hēmi. Le chien a été frappé par Hēmi. e Hēmi nomme l’agent du verbe passif patua.
I kainga te ika e te ngeru. Le poisson a été mangé par le chat. Le patient te ika précède l’agent.
Kua horoia ngā kapu e ngā tamariki. Les tasses ont maintenant été lavées par les enfants. e reste inchangé avec kua.
Ka tuhia te pūrongo e te kaiwhakahaere. Le rapport sera écrit par la responsable ou le responsable. Même marqueur e au futur passif.
I kitea te kurī e au. Le chien a été trouvé par moi. Avec un pronom après e, on dit e au.
Nā Hēmi i mahi. C’est Hēmi qui l’a fait. Action accomplie, objet laissé implicite.
Nā Mere i tunu te kai. C’est Mere qui a préparé le repas. L’agent passé est mis en relief.
Nā wai i tuhi tēnei reta? Qui a écrit cette lettre ? Question sur le responsable d’une action accomplie.
Nā te hau i whiu. C’est le vent qui l’a emporté ou projeté. Une force naturelle peut être présentée comme agent.
Mā wai e mahi? Qui va s’en charger ? Question sur la responsabilité à venir.
Māku e horoi ngā kapu. Je laverai les tasses ; je m’en charge. māku met l’engagement du locuteur au premier plan.
Mā te kaiako e whakamārama te ture. Ce sera à l’enseignant d’expliquer la règle. Attribution d’une tâche.
Mā rātou e whakaoti te mahi. Ce sera à eux de terminer le travail. Agent pluriel d’une action future.

Erreurs fréquentes

Employer e après un verbe actif

  • Incorrect : I patu te kurī e Hēmi.
  • Correct : I patua te kurī e Hēmi.
  • Pourquoi : dans la construction visée, e Hēmi accompagne un verbe passif. Le suffixe -a transforme ici patu en patua.

Remplacer e par ou selon le temps

  • Incorrect : Ka tuhia te reta mā Mere. pour « La lettre sera écrite par Mere ».
  • Correct : Ka tuhia te reta e Mere.
  • Autre possibilité : Mā Mere e tuhi te reta. « Mere l’écrira / ce sera à Mere de l’écrire. »
  • Pourquoi : e marque l’agent du passif au passé comme au futur. Mā…e… est une autre construction, avec un verbe actif et une valeur de responsabilité future.

Mettre une forme passive dans le modèle simple avec

  • Incorrect : Nā Hēmi i mahia. si l’on veut simplement dire « C’est Hēmi qui l’a fait ».
  • Correct : Nā Hēmi i mahi.
  • Pourquoi : le modèle de base nā…i… utilise le verbe actif. La traduction française par un passif ne doit pas dicter la forme māorie.

Oublier i après ou e après

  • Incorrect : Nā Mere tuhi te reta. / Mā Mere tuhi te reta.
  • Correct : Nā Mere i tuhi te reta. / Mā Mere e tuhi te reta.
  • Pourquoi : i et e font partie du cadre verbal de ces constructions. Apprenez les ensembles complets nā…i… et mā…e….

Dire nā au ou mā au

  • Incorrect : Nā au i mahi. / Mā au e mahi.
  • Correct : Nāku i mahi. / Māku e mahi.
  • Pourquoi : aux personnes du singulier, les formes courantes sont contractées : nāku, nāu, nāna et māku, māu, māna.

Confondre action et possession

  • Nā wai tēnei? — À qui est ceci ?
  • Nā wai i mahi? — Qui l’a fait ?
  • Pourquoi : sert aussi dans les prédicats possessifs. La présence de i + verbe signale ici l’attribution d’une action accomplie.

Notes d’usage

La voix passive est très présente en māori et ne produit pas nécessairement l’effet lourd ou administratif que peut avoir le passif en français. Elle est particulièrement naturelle lorsque le patient est déjà le sujet de la conversation. Si l’on parle d’une lettre, Kua tuhia te reta e Mere poursuit ce thème sans devoir commencer par Mere.

Le choix entre e et nā…i… est donc aussi un choix de perspective. Le passif avec e répond bien à « Qu’est-il arrivé à cette chose ? ». Le tour avec répond plus volontiers à « Qui en est responsable ? ». Quant à , il sert souvent à répartir les tâches, proposer son aide ou demander qui prendra une action en charge.

Les mots e, et ont d’autres fonctions. E peut notamment apparaître dans un ordre ou dans le cadre verbal e…ana. et appartiennent aussi au système possessif : Nāku tēnei pukapuka « Ce livre est à moi », He wai māu? « De l’eau pour toi ? ». Il faut donc regarder toute la phrase, et non traduire chaque petit mot isolément.

Dans une conversation réelle, le contexte permet souvent d’omettre le patient : Nā wai i mahi? — Nā Hēmi. « Qui l’a fait ? — Hēmi. » Une réponse courte peut ne conserver que le groupe qui fournit l’information nouvelle.

Pour aller plus loin

Dans des phrases plus élaborées, le patient peut se placer à l’intérieur du cadre de focalisation : Nā te kaituhi tēnei pukapuka i tuhi « C’est l’auteur qui a écrit ce livre » et Mā tātou tēnei mahi e kawe « Ce sera à nous tous de mener ce travail ». Ces ordres mettent clairement en regard le responsable, le patient et l’action. Il est utile de savoir les reconnaître même si, au niveau B1, les modèles courts Nā X i mahi et Mā X e mahi suffisent pour commencer.

Les distinctions propres aux pronoms māoris restent actives dans ces constructions. Comparez :

  • Mā tāua e mahi. — Nous le ferons, toi et moi.
  • Mā māua e mahi. — Nous deux le ferons, mais pas toi.
  • Mā tātou e mahi. — Nous le ferons tous, toi compris.
  • Mā mātou e mahi. — Nous le ferons, sans inclure votre groupe.

À un niveau plus avancé, peut introduire une cause et un moyen, notamment dans des phrases contenant ai. Ces emplois prolongent les idées de source et de voie par laquelle un résultat se produit, mais ils ne doivent pas être confondus trop tôt avec les trois modèles centraux de cet article.

Enfin, une force non humaine peut être agent. On peut opposer I whiua ngā rau e te hau « Les feuilles ont été projetées par le vent », qui garde les feuilles au centre, et Nā te hau i whiu ngā rau « C’est le vent qui a projeté les feuilles », qui met la cause agissante au premier plan.

Conseils pour s’entraîner

  1. Transformez une même idée de trois façons. Partez de Mere a écrit la lettre, puis produisez I tuhia te reta e Mere, Nā Mere i tuhi te reta et Mā Mere e tuhi te reta. Dites à chaque fois si vous présentez le résultat, la responsabilité passée ou la tâche future.
  2. Apprenez les cadres, pas les mots seuls. Répétez oralement verbe passif…e…, nā…i… et mā…e…. Remplacez ensuite l’agent par Hēmi, te kaiako, au, koe, ia en faisant les contractions nécessaires.
  3. Posez deux questions complémentaires. Devant une tâche terminée, demandez Nā wai i mahi? ; devant une tâche à répartir, demandez Mā wai e mahi?. Répondez par Nāku ou Māku avant de construire une phrase complète.

Notions liées

Prérequis

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