B2

Le temps consécutif et narratif en *-ka-* en swahili

Wakati wa Mfuatano (-ka-)

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de swahili sur Settemila Lingue.

En bref

En swahili, -ka- relie des actions successives une fois que le premier verbe a situé le récit dans le temps : Aliamka, akala, akaondoka signifie « Il ou elle s’est réveillé(e), a mangé, puis est parti(e) ». Chaque forme en -ka- garde son propre préfixe de sujet, mais ne répète pas le marqueur du passé -li- : elle fait avancer le récit, comme « puis », « ensuite » ou simplement « et » en français.

Vue d’ensemble

Le wakati wa mfuatano est une construction très fréquente dans les récits en swahili. Le mot mfuatano évoque ce qui se suit : une action arrive, puis une autre, puis une troisième. Le marqueur -ka- permet de présenter cette progression sans répéter à chaque verbe un temps complet. On le rencontre dans les anecdotes, les biographies, les contes, les comptes rendus et les explications données étape par étape.

Cette notion est introduite ici au niveau B2, car il ne suffit pas de reconnaître aka- dans une phrase. Il faut savoir quel verbe fixe le moment du récit, faire varier le préfixe lorsque le sujet change et distinguer la succession de la simultanéité. Une proposition (un groupe organisé autour d’un verbe) en -ka- dépend donc généralement du contexte qui la précède.

Pour un francophone, le sens est souvent facile à rendre, mais la structure ne correspond à aucun temps français unique. Le français conjugue normalement chaque verbe au passé composé, à l’imparfait ou au passé simple et ajoute éventuellement « puis » ou « alors ». Le swahili peut, lui, établir le passé une seule fois avec -li-, puis faire progresser les événements avec -ka-.

Fonctionnement

Le premier verbe donne le repère temporel

Dans une narration typique, le premier verbe porte un marqueur temporel complet, souvent le passé -li- :

  • Aliamka : a-li-amk-a — « il ou elle s’est réveillé(e) » ;
  • akala : a-ka-l-a — « puis il ou elle a mangé » ;
  • akaondoka : a-ka-ondok-a — « puis il ou elle est parti(e) ».

Le premier verbe ancre la scène dans le passé. Les formes suivantes en -ka- reprennent ce cadre et indiquent que les faits se succèdent. -Ka- ne signifie donc pas à lui seul « passé » : sa valeur temporelle vient du récit déjà établi.

La formule de base

La forme affirmative la plus utile se construit ainsi :

préfixe de sujet + ka + préfixe d’objet éventuel + radical verbal + voyelle finale

Le préfixe de sujet est le petit élément placé au début du verbe qui indique qui accomplit l’action. Le préfixe d’objet représente, lorsqu’il est présent, la personne ou la chose qui subit ou reçoit cette action.

Élément Exemple Rôle
a- a-ka-ondok-a sujet : il ou elle
-ka- a-ka-ondok-a succession narrative
-mw- a-ka-mw-it-a objet : lui, elle
ondok, it akaondoka, akamwita sens lexical : partir, appeler
-a akaondoka, akamwita voyelle finale affirmative habituelle

Ainsi, akaniona se décompose en a-ka-ni-on-a : « puis il ou elle m’a vu(e) ». L’objet -ni- vient après -ka- et avant le radical on-.

Les préfixes de sujet avec -ka-

Personne Préfixe Exemple Sens dans un récit
moi ni- nikaondoka puis je suis parti(e)
toi u- ukaondoka puis tu es parti(e)
lui / elle a- akaondoka puis il ou elle est parti(e)
nous tu- tukaondoka puis nous sommes parti(e)s
vous m- mkaondoka puis vous êtes parti(e)s
eux / elles wa- wakaondoka puis ils ou elles sont parti(e)s

Avec un nom, le verbe s’accorde avec la classe nominale (la catégorie grammaticale du nom, visible notamment dans ses accords). C’est pourquoi on dit Mvua ikanyesha : mvua, « pluie », commande ici le préfixe i-. De même, gari likasimama emploie li- avec gari, « voiture ». Il ne faut donc pas employer automatiquement aka- avec tout sujet à la troisième personne.

Le sujet peut rester le même ou changer

Quand le même personnage accomplit plusieurs actions, le préfixe se répète :

Juma aliingia, akasalimia, akaketi.

« Juma est entré, a salué, puis s’est assis. »

Quand l’acteur change, chaque verbe prend le préfixe du nouveau sujet :

Juma aliuliza, Asha akajibu, watoto wakacheka.

« Juma a posé une question, Asha a répondu et les enfants ont ri. »

Le marqueur -ka- signale toujours la progression, mais l’accord permet de suivre qui fait quoi. Cette propriété est particulièrement importante, car le français répète souvent les noms ou les pronoms là où le swahili les encode directement dans le verbe.

Quelques verbes dont la forme peut surprendre

Le ku- de l’infinitif ne reste pas nécessairement visible. Des verbes très courants donnent notamment :

Infinitif Forme avec sujet a- + -ka- Traduction
kuja akaja puis il ou elle est venu(e)
kula akala puis il ou elle a mangé
kwenda akaenda puis il ou elle est allé(e)

Il est plus efficace de mémoriser ces formes dans de courtes chaînes que d’essayer de conserver mécaniquement tout l’infinitif.

Exemples en contexte

Les traductions françaises font apparaître « puis » ou « ensuite » lorsque cela aide à percevoir la progression. Dans un récit naturel, un simple « et » ou une juxtaposition suffit souvent.

Swahili Français Remarque
Aliamka, akala, akaondoka. Il ou elle s’est réveillé(e), a mangé, puis est parti(e). Même sujet pendant toute la chaîne.
Tulifika, tukakaa, tukajadili. Nous sommes arrivé(e)s, nous nous sommes assis(es), puis nous avons discuté. Tuli- établit le passé ; tuka- poursuit le récit.
Aliniita nikaja. Il ou elle m’a appelé(e), et je suis venu(e). Le sujet passe de a- à ni-.
Mvua ikanyesha, tukaingia ndani. La pluie s’est mise à tomber, alors nous sommes entré(e)s. i- s’accorde avec mvua ; la seconde action est une conséquence.
Mgeni aliingia, akasalimia watu, akaketi karibu na dirisha. L’invité(e) est entré(e), a salué les gens, puis s’est assis(e) près de la fenêtre. Trois étapes, avec le même sujet humain.
Nilifungua barua, nikaisoma, nikamjibu mwandishi. J’ai ouvert la lettre, je l’ai lue, puis j’ai répondu à son auteur. -i- reprend barua ; -m- reprend la personne.
Watoto walimaliza kazi, wakatoka kucheza. Les enfants ont fini leur travail, puis sont sortis jouer. Le préfixe pluriel humain est wa-.
Gari lilisimama, dereva akashuka, abiria wakasubiri. La voiture s’est arrêtée, le conducteur est descendu et les passagers ont attendu. Trois sujets et trois accords différents.
Mwalimu aliuliza swali, wanafunzi wakanyamaza. Le professeur a posé une question, puis les élèves se sont tus. Le second fait suit immédiatement le premier.
Alifika nyumbani, akakuta mlango umefungwa. Il ou elle est arrivé(e) chez lui ou chez elle et a trouvé la porte fermée. -ka- introduit ici une découverte dans le fil du récit.
Tulipotea njiani, tukamuuliza mkulima, akatuonyesha njia. Nous nous sommes perdu(e)s en chemin, avons interrogé un agriculteur, puis il nous a montré la route. -mu- signifie « lui » ; -tu- signifie « nous ».
Alichukua kikombe, akakijaza maji, akampa mtoto. Il ou elle a pris une tasse, l’a remplie d’eau, puis l’a donnée à l’enfant. -ki- est ici un préfixe d’objet reprenant kikombe, pas le marqueur temporel -ki-.

Erreurs fréquentes

Commencer par -ka- sans donner de repère

  • À éviter : Jana akaenda sokoni.
  • Préférable : Jana alienda sokoni, akanunua matunda.
  • Pourquoi : hors d’un contexte déjà établi, akaenda laisse le lecteur chercher le verbe ou l’épisode auquel cette action fait suite. Le premier verbe en -li- pose clairement le passé.

Dans une conversation, le contexte précédent peut parfois fournir ce repère. Pour produire un récit autonome et clair, mieux vaut néanmoins commencer par un temps explicite.

Empiler -li- et -ka- dans le même verbe

  • Incorrect : Aliamka, alikaoga, alikaondoka.
  • Correct : Aliamka, akaoga, akaondoka.
  • Pourquoi : -li- et -ka- occupent la même place de marqueur verbal. Le passé apparaît sur le premier verbe ; -ka- prend ensuite le relais.

Garder le même préfixe quand le sujet change

  • Incorrect : Aliniita akaja si la personne qui vient est « moi ».
  • Correct : Aliniita nikaja.
  • Pourquoi : a- renverrait à « il ou elle », tandis que ni- marque « je ». -Ka- ne dispense jamais d’accorder le verbe avec son sujet.

Confondre succession et simultanéité

  • Inadapté pour deux actions simultanées : Alitembea akaimba si l’on veut dire « il chantait en marchant ».
  • Mieux : Alitembea akiimba.
  • Pourquoi : -ka- présente normalement une avancée d’une action à la suivante. -ki- sert notamment à montrer une action qui accompagne l’autre : « en chantant », « pendant qu’il chantait ».

La phrase avec akaimba reste possible, mais elle suggère plutôt « il a marché, puis il a chanté ».

Mal placer le préfixe d’objet

  • Incorrect : ni-m-ka-jibu.
  • Correct : ni-ka-m-jibu → nikamjibu.
  • Pourquoi : l’ordre est sujet + ka + objet + radical. Ici, ni- indique « je » et -m- « lui ou elle ».

Inventer une négation en ajoutant simplement un élément à -ka-

  • À éviter : une forme improvisée comme akasikaa pour « puis il n’est pas resté ».
  • Clair : Aliingia, lakini hakukaa; akaondoka mara moja.
  • Traduction : « Il ou elle est entré(e), mais n’est pas resté(e) ; il ou elle est reparti(e) immédiatement. »
  • Pourquoi : pour interrompre la chaîne par une action négative, le moyen le plus sûr est d’employer une forme négative complète, ici hakukaa, avec un lien comme lakini (« mais »), puis de reprendre le récit.

Remarques d’usage

-Ka- organise le premier plan du récit

Dans une narration, certaines informations constituent l’arrière-plan : l’heure, le temps qu’il faisait, ce que quelqu’un était déjà en train de faire. Les formes en -ka- servent surtout à faire avancer les événements principaux. Une série trop longue peut toutefois devenir monotone. Un récit naturel alterne chaînes en -ka-, descriptions, paroles rapportées et nouveaux repères temporels.

« Puis » n’est pas une traduction obligatoire

Le français supporte mal la répétition constante de « puis ». Selon le contexte, -ka- peut se traduire par une virgule, « et », « alors », « ensuite » ou par deux phrases séparées. Dans Mvua ikanyesha, tukaingia ndani, « alors » rend bien la conséquence. Dans akafungua mlango, akaingia, « il a ouvert la porte et est entré » est plus naturel que deux « puis » successifs.

-Ka- ne garantit pas à lui seul un délai précis

La construction indique l’ordre conceptuel des événements, pas le nombre de secondes ou d’heures entre eux. Le contexte et des expressions comme baadaye (« plus tard »), mara moja (« immédiatement ») ou kesho yake (« le lendemain ») précisent l’intervalle.

La répétition de temps complets reste possible

Aliingia na aliketi est grammatical : « il ou elle est entré(e) et s’est assis(e) ». Cette formulation coordonne deux constats au passé. Aliingia akaketi présente plus nettement le second comme l’étape suivante du même fil narratif. Le choix relève donc aussi de la manière dont la personne qui parle organise son histoire.

Pour aller plus loin

Une relation de conséquence, pas seulement une chronologie

Le second événement peut être compris comme le résultat du premier :

Alianguka akavunjika mkono.

« Il ou elle est tombé(e) et s’est cassé le bras. »

La chronologie reste présente, mais le lien causal est saillant. Il faut éviter d’en conclure que -ka- signifie toujours « donc » : c’est le sens des verbes et la situation qui créent cette interprétation.

-Ka- avec une finale en -e après un ordre ou une invitation

On rencontre aussi -ka- dans des constructions orientées vers un but ou une action à accomplir, souvent après un impératif. La voyelle finale -e appartient au subjonctif (une forme verbale employée notamment pour une action souhaitée, demandée ou envisagée) :

Swahili Français Remarque
Nenda ukamwite Asha. Va appeler Asha. Littéralement : va, puis appelle Asha ; ukamwite finit en -e.
Njoo tukae hapa. Viens, asseyons-nous ici. tukae présente l’action visée après « venir ».
Chukua kikapu ukalete matunda. Prends le panier et rapporte des fruits. L’instruction comporte deux étapes liées.

Il ne faut pas confondre ce modèle avec la chaîne narrative affirmative en -a : akakaa signifie « puis il ou elle s’est assis(e) », tandis que tukae signifie ici « pour que nous nous asseyions / asseyons-nous ensuite ». Cette distinction devient importante dans les consignes, les invitations et les formulations de but.

Repartir d’un nouveau repère

Un auteur peut quitter une chaîne en -ka- pour décrire une situation, introduire un saut dans le temps ou changer de scène, puis employer un nouveau temps complet :

Aliingia, akala chakula, akalala. Asubuhi aliamka mapema, akaenda kazini.

« Il ou elle est entré(e), a mangé et s’est endormi(e). Le matin, il ou elle s’est réveillé(e) tôt, puis est allé(e) au travail. »

Asubuhi ouvre une nouvelle étape ; aliamka rétablit explicitement le passé avant une nouvelle forme en -ka-. Cette alternance évite les chaînes interminables et rend la structure du récit visible.

Conseils pratiques

  1. Construisez des chaînes de trois verbes. Partez d’un verbe au passé en -li-, puis ajoutez deux actions en -ka- : Nilifika, nikafungua mlango, nikaingia. Faites l’exercice avec ni-, tu- et wa-.
  2. Changez volontairement de sujet. Transformez une chaîne simple en mini-scène : Asha aliuliza, Juma akajibu, watoto wakacheka. Vérifiez le préfixe avant chaque -ka-.
  3. Écoutez l’ordre des événements. Dans un récit oral, notez seulement les verbes en -li-, -ka- et -ki-. Demandez-vous ensuite lesquels posent le cadre, lesquels font avancer l’histoire et lesquels décrivent une action simultanée.

Notions liées

  • Prérequis : Le passé en -li- — il fournit le repère temporel qui ouvre le plus souvent une chaîne narrative en -ka-.
  • Pour approfondir : Les combinaisons avancées de temps et d’aspect — elles permettent de situer avec davantage de précision l’arrière-plan, l’antériorité et les changements de repère dans un récit complexe.

Prérequis

Le passé en -li- en swahiliA2

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