B2

Le temporel-conditionnel *-ki-* et *kama* en swahili

Hali ya Wakati (-ki-) na Masharti (Kama)

languages.seo.contextNote

En bref

En swahili, le même marqueur -ki- peut introduire une situation simultanée ou une condition réelle : Ukisoma, utaelewa signifie « Si tu étudies, tu comprendras », tandis que Nikiwa nyumbani, ninapumzika signifie « Quand je suis chez moi, je me repose ». Le contexte et la proposition principale permettent de choisir entre « quand », « pendant que » et « si » en français. Kama (« si ») peut rendre la condition plus explicite, mais -ki- suffit souvent à lui seul.

Vue d’ensemble

Le marqueur verbal -ki- sert à présenter une action comme le cadre d’une autre action : quelque chose se produit pendant qu’une situation est en cours, chaque fois qu’elle se produit, ou à condition qu’elle se produise. On parle ici de proposition subordonnée, c’est-à-dire d’un groupe de mots qui dépend d’une autre proposition pour former le message complet. Ainsi, akisoma ne situe pas à lui seul l’action dans le présent, le passé ou le futur ; cette forme signifie selon le contexte « quand il étudie », « pendant qu’il étudiait » ou « s’il étudie ».

Ce fonctionnement est particulièrement important au niveau B2, car il permet de relier les événements sans répéter des mots comme « quand » ou « si ». Pour un francophone, la difficulté vient moins du sens que de la forme : là où le français place une conjonction devant un verbe conjugué (si tu lis, quand il arrive), le swahili intègre la relation dans le verbe lui-même : u-ki-soma, a-ki-fika.

Il faut aussi distinguer les conditions ouvertes en -ki- des hypothèses en -nge- ou -ngali-. Ukiniuliza, nitakusaidia envisage une demande tout à fait possible : « Si tu me demandes, je t’aiderai. » Ungeniuliza, ningekusaidia place la scène dans l’hypothèse : « Si tu me le demandais, je t’aiderais. »

Fonctionnement

La structure de base

La forme suit généralement ce modèle :

marque de sujet + -ki- + éventuelle marque d’objet + radical verbal

Dans ukisoma, u- représente « tu », -ki- établit la circonstance ou la condition, et -soma signifie « lire, étudier ». Une marque d’objet est un petit élément placé dans le verbe pour représenter la personne ou la chose qui reçoit l’action : dans ukiniuliza (« si tu me demandes »), -ni- signifie « me ».

Sujet Construction avec soma Sens possible
mimi ni-ki-somanikisoma quand/si j’étudie
wewe u-ki-somaukisoma quand/si tu étudies
yeye a-ki-somaakisoma quand/s’il ou elle étudie
sisi tu-ki-somatukisoma quand/si nous étudions
ninyi m-ki-somamkisoma quand/si vous étudiez
wao wa-ki-somawakisoma quand/si ils ou elles étudient

Les noms des différentes classes nominales prennent leur propre marque de sujet. Une classe nominale est une catégorie de noms qui commande certains accords, un peu comme le genre grammatical en français, mais avec davantage de catégories.

Swahili Français Remarque
Mtoto akilala, nyumba huwa tulivu. Quand l’enfant dort, la maison est calme. mtoto commande a-
Watoto wakilala, nyumba huwa tulivu. Quand les enfants dorment, la maison est calme. watoto commande wa-
Kitabu kikianguka, kiokote. Si le livre tombe, ramasse-le. kitabu commande ki- ; on obtient ki-ki-anguka
Vitabu vikianguka, viokote. Si les livres tombent, ramasse-les. vitabu commande vi-

La répétition dans kikianguka n’est donc pas une erreur : le premier ki- marque le sujet de la classe de kitabu, et le second est le marqueur temporel-conditionnel.

Trois lectures principales

1. Une condition possible : « si »

La proposition en -ki- indique une condition dont dépend le résultat. Cette condition reste réelle, ouverte ou raisonnablement possible.

proposition en -ki- + proposition principale

Ukisoma, utaelewa. — « Si tu étudies, tu comprendras. »

La proposition principale peut être au futur, au présent, à l’impératif ou prendre une autre forme adaptée au sens :

  • Ukimwona, mwambie. — « Si tu le vois, dis-le-lui. »
  • Tukifanya kazi pamoja, tutafanikiwa. — « Si nous travaillons ensemble, nous réussirons. »
  • Mvua ikinyesha, tunabaki nyumbani. — « S’il pleut, nous restons à la maison. »

Comme en français dans si tu viens, nous partirons ensemble, la condition n’a pas besoin d’être elle-même au futur. Le futur se trouve normalement dans la conséquence : ukija, tutaondoka, et non une forme future après kama calquée mot à mot.

2. Un moment ou une habitude : « quand », « chaque fois que »

Avec une conséquence habituelle ou générale, -ki- se comprend souvent comme « quand » ou « chaque fois que » :

Akiimba, anafurahi. — « Quand il ou elle chante, il ou elle est heureux/heureuse. »

La différence entre « si » et « quand » ne se trouve pas dans -ki- lui-même. Elle vient de la situation. Nikiwa nyumbani, ninapumzika décrit une habitude certaine : « Quand je suis chez moi, je me repose. » Dans Nikiwa nyumbani kesho, nitakupigia simu, la présence à la maison reste incertaine : « Si je suis chez moi demain, je t’appellerai. »

3. Deux actions simultanées : « pendant que », « en… »

-Ki- peut installer une action d’arrière-plan pendant laquelle une autre se déroule :

Alisikiliza redio akipika. — « Il/Elle écoutait la radio en cuisinant. »

Lorsque les deux propositions ont le même sujet, le français traduit volontiers la seconde par le gérondif en en : alitembea akiimba, « il marchait en chantant ». Si les sujets diffèrent, une proposition avec « pendant que » est plus claire : Nilisoma watoto wakicheza nje, « J’étudiais pendant que les enfants jouaient dehors. »

L’ordre peut changer selon ce que l’on veut mettre en avant :

  • Akipika, alisikiliza redio. — le cadre « en cuisinant » vient d’abord ;
  • Alisikiliza redio akipika. — l’écoute est présentée d’abord, puis sa circonstance.

Le verbe kuwa : nikiwa, ukiwa, akiwa…

Le verbe kuwa (« être ») est très fréquent avec -ki-. Ses formes sont nikiwa, ukiwa, akiwa, tukiwa, mkiwa, wakiwa. Elles signifient selon le contexte « étant », « quand… est/sont » ou « si… est/sont ».

Personne Forme Traduction possible
je nikiwa quand/si je suis
tu ukiwa quand/si tu es
il, elle akiwa quand/s’il ou elle est
nous tukiwa quand/si nous sommes
vous mkiwa quand/si vous êtes
ils, elles wakiwa quand/s’ils ou elles sont

On ne construit pas ces formes en conservant l’infinitif entier : on dit akiwa, et non akikuwa. De même, des verbes courts donnent notamment akija (« quand/s’il vient ») et akila (« quand/s’il mange »).

L’objet à l’intérieur du verbe

La marque d’objet se place après -ki- et avant le radical :

  • u-ki-ni-onaukiniona : « si/quand tu me vois » ;
  • a-ki-ku-pigiaakikupigia : « si/quand il ou elle t’appelle » ;
  • tu-ki-ki-somatukikisoma : « si/quand nous le lisons », en parlant par exemple de kitabu.

Il faut donc conserver l’ordre des éléments. -Ki- n’est ni un mot indépendant ni un préfixe que l’on place avant la marque de sujet.

La négation avec -sipo-

Pour exprimer « si/quand… ne… pas », le swahili courant remplace la construction positive en -ki- par marque de sujet + -sipo- + verbe :

Positif Négatif Sens
nikisoma nisiposoma si/quand j’étudie ; si/quand je n’étudie pas
ukisoma usiposoma si/quand tu étudies ; si/quand tu n’étudies pas
akisoma asiposoma si/quand il ou elle étudie ; si/quand il ou elle n’étudie pas
tukisoma tusiposoma si/quand nous étudions ; si/quand nous n’étudions pas
mkisoma msiposoma si/quand vous étudiez ; si/quand vous n’étudiez pas
wakisoma wasiposoma si/quand ils ou elles étudient ; si/quand ils ou elles n’étudient pas

Exemple : Usipofanya mazoezi, hutaendelea — « Si tu ne t’exerces pas, tu ne progresseras pas. » Avec kuwa, on rencontre usipokuwa : Usipokuwa tayari, niambie (« Si tu n’es pas prêt, dis-le-moi »).

La place de kama

Kama est un mot autonome qui peut signifier « si » dans une condition. Avec une forme en -ki-, il rend la lecture conditionnelle explicite :

Kama ukisoma kwa makini, utaelewa. — « Si tu étudies attentivement, tu comprendras. »

Très souvent, ukisoma suffit et kama n’ajoute qu’une insistance ou une clarification. Dans une phrase courte, kama ukisoma peut donc sembler plus appuyé que ukisoma. Il ne faut toutefois pas supprimer kama partout : il reste essentiel dans plusieurs autres types de conditions, notamment avec -nge- : Kama ningejua, ningekuambia (« Si je savais, je te le dirais »).

Exemples en contexte

Swahili Français Valeur de -ki-
Ukisoma, utaelewa. Si tu étudies, tu comprendras. Condition possible
Akiimba, anafurahi. Quand il/elle chante, il/elle est heureux/heureuse. Habitude
Tukifanya kazi pamoja, tutafanikiwa. Si nous travaillons ensemble, nous réussirons. Condition et résultat futur
Nikiwa nyumbani, ninapumzika. Quand je suis chez moi, je me repose. Situation habituelle avec kuwa
Nikiwa nyumbani kesho, nitakupigia simu. Si je suis chez moi demain, je t’appellerai. Condition future ouverte
Ukimwona Amina, mpe ujumbe huu. Si tu vois Amina, donne-lui ce message. Condition suivie d’un ordre
Alitembea akiimba kwa sauti. Il/Elle marchait en chantant à voix haute. Actions simultanées, même sujet
Nilifanya kazi watoto wakilala. J’ai travaillé pendant que les enfants dormaient. Actions simultanées, sujets différents
Mkiwasili mapema, tutakunywa kahawa pamoja. Si vous arrivez tôt, nous prendrons un café ensemble. Condition adressée à plusieurs personnes
Maji yakichemka, ongeza mchele. Quand l’eau bout, ajoutez le riz. Étape d’une consigne
Kama ukihitaji msaada, nipigie simu. Si vous avez besoin d’aide, appelez-moi. Condition explicitée par kama
Usipouliza, hutapata jibu. Si tu ne poses pas de question, tu n’obtiendras pas de réponse. Condition négative
Wakiwa tayari, tutaanza mkutano. Quand ils/elles seront prêts/prêtes, nous commencerons la réunion. kuwa et repère futur
Akikupigia simu, mwambie nimerudi. S’il/Elle t’appelle, dis-lui que je suis revenu(e). Marque d’objet -ku-

Erreurs fréquentes

Employer -ki- comme une phrase indépendante complète

  • Incorrect : Mimi nikisoma kila jioni.
  • Correct : Mimi ninasoma kila jioni. — « J’étudie chaque soir. »
  • Correct avec un cadre : Nikisoma kila jioni, ninaendelea haraka. — « Quand j’étudie chaque soir, je progresse vite. »
  • Pourquoi : nikisoma présente normalement une circonstance ou une condition qui appelle une proposition principale. Pour une simple affirmation au présent, on emploie ici ninasoma.

Croire que -ki- signifie toujours « si »

  • Interprétation maladroite : Akiimba, anafurahi → « S’il/Elle chante, il/elle est heureux/heureuse », dans le récit d’une habitude.
  • Interprétation naturelle : « Quand il/elle chante, il/elle est heureux/heureuse. »
  • Pourquoi : -ki- ne choisit pas à lui seul entre condition, habitude et simultanéité. Il faut observer le sens de la proposition principale et la situation décrite.

Ajouter un futur dans la proposition en -ki-

  • Incorrect : vouloir combiner dans le même verbe le futur -ta- et le cadre -ki- pour traduire « si tu viendras ».
  • Correct : Ukija kesho, tutaongea. — « Si tu viens demain, nous parlerons. »
  • Pourquoi : ukija porte la condition ; tutaongea porte le futur du résultat. Cette répartition ressemble d’ailleurs au français standard « si tu viens », et non « si tu viendras ».

Mal former les verbes courts

  • Incorrect : akikuwa nyumbani ; akikuja mapema dans le sens simple « s’il vient tôt ».
  • Correct : akiwa nyumbani ; akija mapema.
  • Pourquoi : après -ki-, kuwa et kuja apparaissent ici sous les formes akiwa et akija. Il est utile de mémoriser directement les groupes fréquents nikiwa, akiwa, ukija et wakija.

Nier avec une forme positive en -ki-

  • Incorrect : ukisoma si… pour « si tu n’étudies pas ».
  • Correct : Usiposoma, hutaelewa. — « Si tu n’étudies pas, tu ne comprendras pas. »
  • Pourquoi : la contrepartie négative usuelle est -sipo- : usiposoma, asipokuja, tusipofanya.

Employer -nge- pour une condition simplement possible

  • Mal choisi : Ungerudi kesho, tutazungumza si l’on veut seulement dire « Si tu reviens demain, nous parlerons. »
  • Naturel : Ukirudi kesho, tutazungumza.
  • Pourquoi : -ki- présente le retour comme une possibilité ouverte. -nge- introduit plutôt une situation imaginée ou contraire aux faits et demande une conséquence cohérente : Ungerudi kesho, tungezungumza (« Si tu revenais demain, nous parlerions »).

Notes d’usage

Dans les instructions, les recettes et les explications de procédure, -ki- est très courant parce qu’il indique naturellement l’étape qui déclenche la suivante : Maji yakichemka, ongeza mchele (« Quand l’eau bout, ajoutez le riz »). Dans les conseils, il permet d’adoucir et de cadrer un impératif : Ukipata muda, nipigie simu (« Si tu as le temps, appelle-moi »).

La virgule aide à lire une proposition en -ki- placée au début, surtout dans une phrase longue : Ukiwasili kituoni kabla yangu, unisubiri karibu na mlango. Lorsqu’elle vient après la proposition principale et reste courte, la virgule est souvent moins nécessaire : Nipigie simu ukifika (« Appelle-moi quand tu arrives »).

Le français oblige souvent à choisir entre « si », « quand », « pendant que » et le gérondif. Une traduction ne doit donc pas être automatique. Ukiendesha gari, usitumie simu peut se rendre par « Quand vous conduisez, n’utilisez pas votre téléphone » dans une règle générale, ou par « Si vous conduisez, n’utilisez pas votre téléphone » selon la situation. Le swahili laisse cette relation plus ouverte parce que le cadre est partagé par le contexte.

Enfin, kama n’est pas nécessaire devant chaque forme en -ki-. À l’oral comme à l’écrit, Ukitaka, tunaweza kuondoka (« Si tu veux, nous pouvons partir ») est complet. Kama ukitaka… rend seulement la condition plus explicite ou plus insistante dans cet emploi.

Pour aller plus loin

-Ki- face à -nge- et -ngali-

Le bon choix dépend surtout de la manière dont la personne qui parle envisage la condition.

Forme Exemple swahili Français Point de vue
-ki- Ukinisaidia, tutamaliza leo. Si tu m’aides, nous finirons aujourd’hui. Aide possible, résultat attendu
-nge- Ungeweza kunisaidia, tungemaliza leo. Si tu pouvais m’aider, nous finirions aujourd’hui. Scénario imaginé ou plus incertain
-ngali- Ungalinisaidia, tungalimaliza jana. Si tu m’avais aidé, nous aurions fini hier. Situation passée qui ne s’est pas réalisée

Cette opposition ne correspond pas simplement à présent, futur et passé. Elle concerne surtout la réalité envisagée : ouverte avec -ki-, hypothétique avec -nge-, irréalisée dans le passé avec -ngali-.

Kuwa suivi de -ki- dans une description en cours

Le swahili peut employer une forme conjuguée de kuwa avec un second verbe en -ki- pour insister sur une action en cours à un moment donné :

  • Alikuwa akisoma nilipofika. — « Il/Elle était en train d’étudier quand je suis arrivé(e). »
  • Tutakuwa tukifanya kazi saa mbili. — « À huit heures, nous serons en train de travailler. »

Dans ces constructions, alikuwa ou tutakuwa fournit le repère temporel, tandis que akisoma ou tukifanya décrit l’activité en cours. Cela confirme que -ki- n’indique pas à lui seul une date précise : son interprétation dépend d’un autre verbe ou du contexte.

Effet de style et enchaînement de circonstances

Plusieurs formes en -ki- peuvent préciser en peu de mots la manière dont une scène se déroule : Alirudi nyumbani akicheka na kuwasalimia majirani (« Il/Elle est rentré(e) chez lui/elle en riant et en saluant les voisins »). Il vaut cependant mieux éviter d’accumuler trop de propositions : lorsque les sujets ou les moments changent, des connecteurs plus explicites rendent le récit plus clair.

Conseils pratiques

  1. Transformez une même forme selon trois contextes. Partez de akija et créez une condition (Akija kesho, tutazungumza), une habitude (Akija hapa, hunywa chai) et une consigne (Akija, nifahamishe). Traduisez ensuite par « si », « quand » ou « dès que » selon le sens.
  2. Mémorisez des couples positif–négatif. Répétez ukisoma/usiposoma, akija/asipokuja, tukifanya/tusipofanya. Vous apprendrez ainsi -sipo- comme un système, sans essayer d’ajouter une négation française mot à mot.
  3. Repérez le temps dans la proposition principale. En lisant ou en écoutant, soulignez la forme en -ki-, puis cherchez -na-, -li-, -ta- ou un autre indice dans le reste de la phrase. Cela vous aidera à comprendre pourquoi la même forme peut renvoyer au présent, au passé ou au futur.

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