Le subjonctif en -e en swahili
Hali ya Kutaka (-e)
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de swahili sur Settemila Lingue.
En bref
Le subjonctif swahili se forme le plus souvent avec un préfixe de sujet et un verbe dont le -a final devient -e : a-som-e « qu’il ou elle lise », tu-fany-e « que nous fassions ». Il sert notamment après lazima « il faut », pour exprimer un souhait ou un but, et dans les demandes ou propositions : Twende! « Allons-y ! » À la forme négative, on insère -si- : usiende « ne pars pas / il ne faut pas que tu partes ».
Vue d’ensemble
Le subjonctif est un mode verbal, c’est-à-dire une manière de présenter l’action plutôt que de la situer simplement dans le temps. En swahili, il signale souvent une action voulue, nécessaire, souhaitée, envisagée comme but ou formulée comme invitation. On le rencontre donc dans des phrases très courantes : Lazima uende « Il faut que tu partes », Nataka aje « Je veux qu’il ou elle vienne », ou Tuanze « Commençons ».
Cette notion apparaît au niveau B1, une fois que l’on connaît déjà les préfixes de sujet et les ordres à l’impératif. La bonne nouvelle est que le modèle régulier est compact : il n’existe pas une longue série de terminaisons comme en français. En revanche, toute l’information grammaticale se place dans le même mot verbal. Il faut donc reconnaître le préfixe du sujet, les éventuels préfixes d’objet et de négation, puis la base du verbe.
Pour un francophone, la correspondance est parfois très directe : lazima usome ressemble par le sens à « il faut que tu étudies ». Mais le swahili n’ajoute pas systématiquement un mot équivalent à « que », et le subjonctif peut aussi former à lui seul une proposition, une demande ou un encouragement. Il vaut donc mieux apprendre ses fonctions swahilies que chercher à reproduire mot à mot une phrase française.
Formation et fonctionnement
Le modèle régulier
Pour un verbe dont la forme de dictionnaire se termine en -a, on enlève le préfixe infinitif ku- et on remplace le -a final par -e :
préfixe de sujet + (préfixe d’objet) + base verbale en -e
- kusoma « lire, étudier » → u-som-e → usome
- kufanya « faire » → tu-fany-e → tufanye
- kusaidia « aider » → u-ni-saidi-e → unisaidie « que tu m’aides / aide-moi, s’il te plaît »
Le préfixe d’objet, lorsqu’il y en a un, se place juste avant la base verbale. Dans unisaidie, u- représente « tu », -ni- représente « me » et -saidie porte la terminaison du subjonctif.
Les six personnes
Voici le paradigme (l’ensemble des formes) de kusoma au subjonctif affirmatif :
| Personne | Préfixe | Forme | Sens courant selon le contexte |
|---|---|---|---|
| je | ni- | nisome | que je lise / que j’étudie |
| tu | u- | usome | que tu lises / étudie donc |
| il, elle | a- | asome | qu’il ou elle lise |
| nous | tu- | tusome | que nous lisions / étudions |
| vous | m- | msome | que vous lisiez / étudiez |
| ils, elles | wa- | wasome | qu’ils ou elles lisent |
Le sujet peut aussi être une chose ou un nom appartenant à une classe nominale. Le préfixe s’accorde alors avec cette classe : kitabu kisomeke « que le livre soit lisible », barua zifikie leo « que les lettres arrivent aujourd’hui ». Pour maîtriser ces formes, il faut déjà connaître les accords des classes nominales.
La forme négative avec -si-
La négation du subjonctif ne reprend pas les formes négatives du présent. On insère -si- après le préfixe de sujet, tout en gardant la terminaison -e pour les verbes réguliers :
préfixe de sujet + -si- + base verbale en -e
| Personne | Forme négative de kusoma | Traduction possible |
|---|---|---|
| je | nisisome | que je n’étudie pas |
| tu | usisome | que tu n’étudies pas / n’étudie pas |
| il, elle | asisome | qu’il ou elle n’étudie pas |
| nous | tusisome | que nous n’étudiions pas |
| vous | msisome | que vous n’étudiiez pas |
| ils, elles | wasisome | qu’ils ou elles n’étudient pas |
Cette construction sert aussi à l’interdiction : Usifungue mlango « N’ouvre pas la porte » ; Msichelewe « Ne soyez pas en retard ».
Verbes fréquents à connaître
Les verbes en -a suivent généralement la règle, mais quelques verbes très courants ont une base courte ou irrégulière. Par ailleurs, les emprunts dont la forme se termine déjà par -e, -i ou -u ne changent normalement pas leur voyelle finale.
| Infinitif | Subjonctif, 3e personne | Sens |
|---|---|---|
| kuja | aje | qu’il ou elle vienne |
| kwenda | aende | qu’il ou elle parte / aille |
| kula | ale | qu’il ou elle mange |
| kunywa | anywe | qu’il ou elle boive |
| kuwa | awe | qu’il ou elle soit |
| kufanya | afanye | qu’il ou elle fasse |
| kurudi | arudi | qu’il ou elle revienne |
| kujibu | ajibu | qu’il ou elle réponde |
| kusamehe | asamehe | qu’il ou elle pardonne |
Ainsi, on ne fabrique pas une terminaison artificielle en -e pour arudi ou ajibu. C’est la structure sans marqueur de temps, ainsi que le contexte, qui indique ici le subjonctif.
Une forme sans temps propre
Le subjonctif simple n’emploie ni -na- du présent, ni -li- du passé, ni -ta- du futur. Comparez :
- anasoma : « il ou elle lit / est en train d’étudier » ;
- atasoma : « il ou elle étudiera » ;
- asome : « qu’il ou elle étudie / il faudrait qu’il ou elle étudie ».
Le moment de l’action se déduit du verbe principal, d’un adverbe ou de la situation : Ninataka aje kesho « Je veux qu’il ou elle vienne demain ».
Les principaux contextes d’emploi
- Obligation ou nécessité : lazima usome « il faut que tu étudies ».
- Volonté ou souhait : nataka aje « je veux qu’il ou elle vienne ».
- But, souvent après ili « afin que » : Ninaeleza polepole ili waelewe « J’explique lentement afin qu’ils comprennent ».
- Proposition collective : twende « allons-y », tuanze « commençons ».
- Demande polie, conseil ou instruction atténuée : ukae hapa « veuillez rester ici », selon le ton et le contexte.
- Souhait ou bénédiction : Mungu akubariki « Que Dieu te bénisse ».
Exemples en contexte
| Swahili | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Lazima usome kwa bidii. | Tu dois étudier sérieusement. | Obligation avec lazima |
| Ninataka aje mapema. | Je veux qu’il ou elle vienne tôt. | Les deux verbes ont des sujets différents |
| Twende nyumbani. | Rentrons à la maison. | Proposition avec « nous » |
| Kabla hujaondoka, nipe kitabu. | Avant de partir, donne-moi le livre. | hujaondoka n’est pas un subjonctif ; voir plus bas |
| Tuanze mkutano sasa. | Commençons la réunion maintenant. | Invitation collective |
| Ninaongea polepole ili unielewe. | Je parle lentement afin que tu me comprennes. | But ; -ni- signifie « me » |
| Waambie wasubiri nje. | Dis-leur d’attendre dehors. | Volonté transmise à une autre personne |
| Tafadhali unisaidie. | Aidez-moi, s’il vous plaît. | Demande polie |
| Usifungue dirisha. | N’ouvre pas la fenêtre. | Subjonctif négatif employé comme interdiction |
| Tusiwe na haraka. | Ne nous pressons pas. | Négation de tuwe, verbe kuwa |
| Nilete nini? | Qu’est-ce que j’apporte ? | Le locuteur demande une instruction |
| Afadhali uende sasa. | Tu ferais mieux de partir maintenant. | Conseil avec afadhali |
| Aende au abaki? | Faut-il qu’il ou elle parte ou reste ? | Deux options envisagées |
| Mungu akulinde safarini. | Que Dieu te protège pendant le voyage. | Souhait ou bénédiction |
Erreurs fréquentes
Garder le -a final d’un verbe régulier
- Incorrect : Lazima unasoma kwa bidii.
- Correct : Lazima usome kwa bidii.
- Pourquoi : unasoma est un présent en -na- (« tu étudies / tu es en train d’étudier »). Après lazima, l’obligation visant une action s’exprime ici par usome, sans marqueur de temps et avec -e.
Oublier le préfixe du sujet
- Incorrect : Ninataka je mapema.
- Correct : Ninataka aje mapema.
- Pourquoi : le verbe au subjonctif conserve son sujet dans le mot verbal. Le a- de aje indique « il ou elle ».
Employer la négation du présent
- Incorrect : Hatusomi sasa pour dire « Ne commençons pas à étudier maintenant ».
- Correct : Tusisome sasa.
- Pourquoi : hatusomi constate un fait : « nous n’étudions pas ». Tusisome exprime une volonté, une consigne ou une proposition négative : « n’étudions pas ».
Changer la voyelle d’un emprunt qui ne finit pas en -a
- Incorrect : Lazima ajibe.
- Correct : Lazima ajibu.
- Pourquoi : kujibu se termine en -u. Cette voyelle reste inchangée au subjonctif. La règle -a → -e ne s’applique qu’aux verbes en -a.
Copier automatiquement la construction française avec « que »
- Incorrect : chercher à ajouter un mot devant chaque subjonctif pour traduire « que ».
- Correct : Nataka aje ; Twende ; Usichelewe.
- Pourquoi : le swahili peut relier directement les verbes ou employer le subjonctif dans une proposition indépendante. C’est la forme verbale qui porte l’essentiel de l’information.
Notes d’usage
Le choix entre impératif et subjonctif influe sur le ton. Soma! « Lis ! » est un ordre direct à une seule personne. Usome peut être un souhait, une consigne moins abrupte ou la suite d’un autre mot : Nataka usome « Je veux que tu étudies ». Avec une formule telle que tafadhali « s’il vous plaît » ou naomba « je demande », le subjonctif convient particulièrement bien aux demandes courtoises : Naomba unisaidie « Je vous prie de m’aider ».
Pour parler à plusieurs personnes, le préfixe m- indique déjà le pluriel : msome, msisome. Dans un appel collectif ou un ordre, on entend aussi le suffixe pluriel -ni, notamment dans twendeni! « allons-y ! » ou someni! « lisez ! ». Il ne faut pas confondre ce -ni d’adresse collective avec la terminaison fondamentale du subjonctif.
Après un verbe de volonté, le choix dépend souvent des sujets. Comme en français, un même sujet favorise l’infinitif : Ninataka kwenda « Je veux partir ». Lorsque le sujet change, le subjonctif rend ce changement visible : Ninataka aende « Je veux qu’il ou elle parte ». Dans l’usage réel, le contexte et la nuance voulue permettent parfois plusieurs formulations, mais cette opposition constitue un excellent repère.
Enfin, kabla « avant » ne commande pas une seule construction. On trouve kabla ya kuondoka « avant de partir », avec l’infinitif, et très couramment kabla hujaondoka « avant que tu sois parti / avant ton départ », avec la forme négative en -ja- qui signifie « pas encore ». Dans la phrase Kabla hujaondoka, nipe kitabu, hujaondoka n’est donc pas un subjonctif en -e. Des phrases orientées vers une action attendue peuvent également présenter un subjonctif selon leur construction ; il faut apprendre l’expression complète plutôt que considérer kabla comme un déclencheur automatique.
Pour aller plus loin
Le subjonctif peut enchaîner plusieurs actions voulues sans répéter de conjonction : Mwambie aje anione « Dis-lui de venir me voir ». Aje et anione ont le même sujet ; le second verbe précise le but de la venue. Ce type de chaîne est très naturel et montre pourquoi une traduction mot à mot depuis le français devient vite maladroite.
Après un verbe de mouvement ou une instruction, le marqueur -ka- peut s’ajouter pour présenter l’action suivante, accomplie ailleurs ou après la première : Nenda ukamwone daktari « Va consulter le médecin ». Dans u-ka-mw-on-e, u- est le sujet « tu », -ka- relie l’action à l’étape précédente, -mw- représente « le/la », et -one est la base de kuona avec la finale -e. Cette construction dépasse la règle élémentaire, mais elle est fréquente dans les indications et les récits d’actions prévues.
Les souhaits constituent aussi un domaine riche. Aishi kwa amani peut signifier « Qu’il ou elle vive en paix » ; Mungu awape nguvu signifie « Que Dieu vous donne de la force ». Le même mécanisme sert donc aussi bien à une consigne pratique qu’à une bénédiction. Le ton, la situation et les mots qui entourent le verbe déterminent la nuance exacte : ordre atténué, désir, permission, conseil ou espoir.
Il faut enfin résister à l’idée que le subjonctif swahili équivaut toujours au subjonctif français. Le français choisit ce mode après certaines locutions et selon des contraintes propres ; le swahili organise les propositions avec ses propres marqueurs. Une traduction française à l’indicatif, à l’impératif ou avec « devoir » peut parfaitement correspondre à un subjonctif swahili.
Conseils pratiques
- Décomposez les formes. Pour chaque mot, séparez sujet, négation, objet et base : u-si-ni-sahau « ne m’oublie pas ». Cette habitude évite de mémoriser chaque forme comme un bloc opaque.
- Transformez une seule phrase. Partez de anasoma « il étudie », puis produisez asome « qu’il étudie » et asisome « qu’il n’étudie pas ». Répétez avec cinq verbes, dont kwenda, kuwa et un verbe en -i ou -u.
- Associez chaque fonction à une amorce. Créez des phrases avec lazima…, ninataka…, ili…, tafadhali… et tu-…-e. Vous apprendrez ainsi le subjonctif dans des situations réelles plutôt que comme une simple terminaison.
Notions liées
- Prérequis : Impératif et commandes au subjonctif — pour distinguer l’ordre direct de la demande, de l’invitation et de l’interdiction.
- À revoir : Verbes modaux : pouvoir, devoir et falloir — notamment les constructions avec lazima, -weza et -pasa.
- Pour continuer : Propositions temporelles : quand, avant et après — pour comparer le subjonctif, l’infinitif et les formes en -ja- autour de kabla.
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