Le discours indirect en finnois
Referatiivi
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de finnois sur Settemila Lingue.
En bref
Pour rapporter une affirmation, le finnois offre deux constructions principales : une proposition avec että (« que »), très courante dans tous les registres, ou une construction participiale plus compacte : Hän sanoi, että hän on väsynyt et Hän sanoi olevansa väsynyt. Contrairement au français, le finnois ne pratique pas une concordance mécanique des temps : avec että, le choix du temps dépend du moment auquel le contenu est présenté ; dans la construction participiale, -va/-vä marque surtout la simultanéité et -nut/-nyt, sous la forme -neen, l’antériorité.
Vue d’ensemble
Le discours indirect consiste à intégrer les paroles, les pensées ou les perceptions d’une personne dans une autre phrase, sans conserver nécessairement ses mots exacts. Ainsi, le discours direct Hän sanoi: « Olen väsynyt. » (« Cette personne a dit : “Je suis fatiguée.” ») peut devenir Hän sanoi, että hän on väsynyt (« Elle a dit qu’elle est fatiguée »). Le pronom minä du locuteur initial devient alors hän, car le point de vue a changé.
Au niveau B2, il faut aussi reconnaître et employer le referatiivi, souvent appelé referatiivinen lauseenvastike. Une lauseenvastike est une construction non personnelle qui remplit le rôle d’une proposition complète : au lieu de että hän on väsynyt, on dit hänen olevan väsynyt ou, si le sujet est déjà celui du verbe principal, olevansa väsynyt. Le participe — une forme issue du verbe, ici oleva ou tullut — porte la relation temporelle, tandis qu’un sujet distinct se met au génitif, le cas en -n.
Pour un francophone, deux habitudes sont à corriger. D’une part, après un verbe au passé, le présent finnois ne devient pas automatiquement un imparfait comme dans la concordance française. D’autre part, une suite telle que hänen tulevan ne se traduit pas mot à mot : elle signifie naturellement « qu’il ou elle vient/viendra ». Cette construction condensée est fréquente dans la presse et la langue écrite soignée, mais la proposition avec että reste toujours essentielle et souvent plus naturelle à l’oral.
Fonctionnement
1. La construction avec että
La solution la plus transparente suit ce schéma :
| Élément | Forme | Exemple |
|---|---|---|
| verbe de parole, de pensée ou de perception | sanoa, ajatella, kuulla… | Hän sanoi… |
| conjonction « que » | että | …että… |
| proposition complète | sujet + verbe conjugué | …hän on väsynyt. |
La proposition introduite par että possède son propre sujet et un verbe conjugué à une personne : että minä tulen, että sinä tiesit, että he ovat lähteneet. Une virgule sépare normalement la proposition principale de la proposition en että : Tiedän, että olet oikeassa (« Je sais que tu as raison »).
Le temps ne dépend pas seulement du temps du verbe introducteur. Il situe le fait rapporté selon le sens voulu :
| Forme rapportée | Interprétation habituelle | Exemple |
|---|---|---|
| présent | fait encore valable, actuel ou présenté directement | Hän sanoi, että hän on sairas. — Elle a dit qu’elle est malade. |
| imparfait | état ou événement situé au moment passé du récit | Hän sanoi, että hän oli sairas. — Elle a dit qu’elle était malade. |
| parfait | fait antérieur qui garde un lien avec le présent | Hän sanoo, että hän on käynyt Suomessa. — Elle dit qu’elle est déjà allée en Finlande. |
| plus-que-parfait | fait antérieur à un autre moment passé | Hän sanoi, että hän oli käynyt Suomessa. — Elle a dit qu’elle était déjà allée en Finlande. |
Le présent après un verbe au passé n’est donc pas une faute. Opettaja sanoi, että koe alkaa kello yhdeksän peut rapporter une information toujours valable : « Le professeur a dit que l’examen commence à neuf heures ». Si l’on raconte après coup un événement déjà terminé, alkoi (« a commencé ») sera plus logique.
À la forme négative, että fusionne très souvent avec le verbe négatif : etten, ettet, ettei, ettemme, ettette, etteivät. Par exemple, Hän sanoi, ettei hän ehdi signifie « Elle a dit qu’elle n’aurait pas le temps ». La forme non contractée että hän ei ehdi existe aussi, notamment lorsque le sujet est exprimé avec insistance, mais ettei est extrêmement courant.
2. La construction participiale avec un sujet distinct
Quand le sujet du contenu rapporté n’est pas celui du verbe principal, il apparaît au génitif (le cas qui se termine souvent par -n), puis le participe se met lui aussi dans une forme en -n :
verbe principal + sujet au génitif + participe au génitif + compléments
| Proposition avec että | Construction participiale | Sens |
|---|---|---|
| Luulen, että hän tietää. | Luulen hänen tietävän. | Je pense qu’il/elle sait. |
| Kuulin, että lapset laulavat. | Kuulin lasten laulavan. | J’ai entendu que les enfants chantaient. |
| Tiesin, että he olivat lähteneet. | Tiesin heidän lähteneen. | Je savais qu’ils étaient partis. |
Le pronom sujet prend donc une forme qu’il faut reconnaître : minun, sinun, hänen, meidän, teidän, heidän. Avec un nom, on emploie son génitif ordinaire : Marian olevan kotona (« que Maria est à la maison »), lasten nukkuvan (« que les enfants dorment »).
Le participe actif présent en -va/-vä prend ici le génitif :
| Infinitif | Participe de base | Forme du referatiivi |
|---|---|---|
| olla | oleva | olevan |
| tulla | tuleva | tulevan |
| tietää | tietävä | tietävän |
| tehdä | tekevä | tekevän |
| nukkua | nukkuva | nukkuvan |
Cette forme indique en principe que le fait est simultané au verbe principal ou envisagé à partir de ce moment. Le contexte peut lui donner un sens futur : Uskon hänen tulevan huomenna signifie « Je crois qu’il/elle viendra demain ».
3. Un même sujet : le suffixe possessif
Si le sujet du contenu rapporté est le même que celui du verbe principal, on ne répète normalement pas un pronom au génitif. On ajoute au participe un suffixe possessif, c’est-à-dire une terminaison qui indique la personne :
| Personne du sujet principal | Forme avec olla | Exemple |
|---|---|---|
| je | olevani | Sanon olevani valmis. — Je dis que je suis prêt. |
| tu | olevasi | Sanot olevasi valmis. — Tu dis que tu es prêt. |
| il/elle | olevansa | Hän sanoo olevansa valmis. — Il/Elle dit être prêt(e). |
| nous | olevamme | Sanomme olevamme valmiita. — Nous disons être prêts. |
| vous | olevanne | Sanotte olevanne valmiita. — Vous dites être prêts. |
| ils/elles | olevansa | He sanovat olevansa valmiita. — Ils/Elles disent être prêts. |
Dans Hän sanoi olevansa väsynyt, -nsa/-nsä renvoie au sujet hän. La structure équivaut à Hän sanoi, että hän oli/on väsynyt, mais elle ne choisit pas à elle seule entre le présent et l’imparfait français : elle indique surtout que la fatigue est simultanée au fait de parler.
4. L’antériorité avec le participe passé
Pour dire que l’action rapportée a eu lieu avant celle du verbe principal, on emploie le participe actif passé. Sa forme de base en -nut/-nyt change au génitif en -neen :
| Infinitif | Forme de base | Forme en -neen | Exemple |
|---|---|---|---|
| tulla | tullut | tulleen | Kuulin hänen tulleen. |
| tehdä | tehnyt | tehneen | Tiedän hänen tehneen työn. |
| lähteä | lähtenyt | lähteneen | Luulin heidän lähteneen. |
| olla | ollut | olleen | Hän kertoi olleensa sairas. |
Avec un même sujet, les formes sont par exemple tulleeni, tulleesi, tulleensa, tulleemme, tulleenne, tulleensa. Ainsi, Hän sanoi tulleensa ajoissa signifie « Il/Elle a dit être arrivé(e) à l’heure ». L’arrivée précède la déclaration.
5. Choisir entre että et le referatiivi
Les deux constructions se recouvrent largement, mais elles ne sont pas interchangeables dans tous les contextes.
| Choisissez plutôt… | Quand… |
|---|---|
| että + verbe conjugué | la phrase est négative, complexe, ambiguë ou spontanée ; vous voulez montrer clairement le temps et la personne |
| construction participiale | vous condensez une affirmation, une pensée ou une perception ; le rapport temporel est simple et les référents sont clairs |
La proposition avec että accepte facilement plusieurs verbes, des modalités et une négation : Hän väitti, ettei hän ollut voinut tulla (« Elle a affirmé qu’elle n’avait pas pu venir »). Il n’existe pas de moyen aussi simple que ei + participe pour nier directement le referatiivi ; dans ce cas, la proposition finie est généralement le meilleur choix.
Les constructions participiales apparaissent notamment après sanoa (« dire »), kertoa (« raconter, informer »), väittää (« affirmer »), luulla (« croire, supposer »), uskoa (« croire »), tietää (« savoir »), huomata (« remarquer »), nähdä (« voir ») et kuulla (« entendre »). Tous les verbes français suivis de « que » ne permettent pas automatiquement la même condensation en finnois.
Exemples en contexte
| Finnois | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Hän sanoi, että hän on väsynyt. | Il/Elle a dit qu’il/elle est fatigué(e). | Présent : état présenté comme actuel ou toujours valable. |
| Hän sanoi, että hän oli väsynyt. | Il/Elle a dit qu’il/elle était fatigué(e). | Imparfait : état replacé dans le moment passé. |
| Opettaja kertoi, että koe alkaa kymmeneltä. | Le professeur a expliqué que l’examen commence à dix heures. | Information future au moment de la parole et encore valable. |
| Hän sanoi olevansa väsynyt. | Il/Elle a dit être fatigué(e). | Même sujet ; participe présent et suffixe -nsa. |
| Luulin sinun tietävän vastauksen. | Je pensais que tu connaissais la réponse. | Sujet distinct sinun au génitif. |
| Kuulin hänen tulleen. | J’ai entendu dire qu’il/elle était arrivé(e). | Tulleen marque l’antériorité. |
| Tiesimme heidän lähteneen aikaisin. | Nous savions qu’ils/elles étaient partis tôt. | Sujet pluriel heidän ; le participe reste lähteneen. |
| Uskon Marian osaavan suomea. | Je crois que Maria sait parler finnois. | Nom propre au génitif : Marian. |
| Hän kertoi asuneensa Turussa viisi vuotta. | Il/Elle a raconté avoir vécu cinq ans à Turku. | Même sujet ; action antérieure avec -neensa. |
| Näin lasten leikkivän pihalla. | J’ai vu les enfants jouer dans la cour. | Perception directe ; action simultanée. |
| Hän väitti, ettei ollut saanut viestiä. | Il/Elle a affirmé ne pas avoir reçu le message. | La proposition en ettei rend la négation clairement. |
| Toivon sinun voivan paremmin huomenna. | J’espère que tu iras mieux demain. | Le contexte donne une orientation future. |
Erreurs fréquentes
Appliquer automatiquement la concordance française
- Incorrect comme règle automatique : Hän sanoi, että hän oli väsynyt chaque fois que le verbe introducteur est au passé.
- Correct selon le sens : Hän sanoi, että hän on väsynyt ou Hän sanoi, että hän oli väsynyt.
- Pourquoi : on présente la fatigue comme actuelle ou encore vraie ; oli la situe dans le passé. Le choix dépend du sens, pas seulement de sanoi.
Laisser le sujet du referatiivi au nominatif
- Incorrect : Luulin sinä tietävän.
- Correct : Luulin sinun tietävän.
- Pourquoi : le sujet propre à la construction participiale se met au génitif : minun, sinun, hänen, meidän, teidän, heidän.
Employer un sujet au génitif quand les deux sujets sont identiques
- Mal construit pour le sens voulu : Hän sanoi hänen olevansa väsynyt.
- Correct : Hän sanoi olevansa väsynyt.
- Pourquoi : si hän est à la fois la personne qui parle et la personne fatiguée, le suffixe -nsa/-nsä suffit. Une forme explicite comme hänen olevan tend à introduire un autre référent et peut créer une ambiguïté.
Confondre simultanéité et antériorité
- Incorrect pour une arrivée déjà accomplie : Kuulin hänen tulevan, si l’on veut dire « j’ai entendu qu’il était arrivé ».
- Correct : Kuulin hänen tulleen.
- Pourquoi : tulevan présente l’arrivée comme simultanée, en cours ou à venir ; tulleen indique qu’elle est antérieure.
Oublier la forme en -neen
- Incorrect : Tiesin hänen tullut.
- Correct : Tiesin hänen tulleen.
- Pourquoi : dans le referatiivi, le participe passé actif n’est pas la forme de base tullut ; il prend la forme génitive tulleen.
Forcer la construction participiale dans une phrase négative complexe
- Peu naturel ou incomplet : une construction improvisée sur le modèle ei + tietävän.
- Correct : Hän sanoi, ettei hän tiennyt vastausta.
- Pourquoi : pour la négation, une modalité ou plusieurs repères temporels, että/ettei avec un verbe conjugué est souvent plus clair et plus idiomatique.
Notes d’usage
Dans la conversation, että domine parce qu’il permet de construire la phrase au fur et à mesure. Le referatiivi n’est pourtant ni archaïque ni réservé à la littérature : on le rencontre dans les informations, les essais, les comptes rendus et une parole préparée. Il donne une expression plus dense, notamment lorsque la source de l’information est déjà connue.
Le pronom finnois hän ne marque pas le genre. Une phrase comme Hän sanoi olevansa valmis ne permet donc pas de savoir, sans contexte, s’il faut traduire par « il » ou « elle ». Le français oblige souvent à faire un choix que le finnois laisse ouvert.
La ponctuation change avec la structure. Une proposition en että est normalement précédée d’une virgule : Hän sanoi, että tulee myöhemmin. La construction participiale n’en prend pas : Hän sanoi tulevansa myöhemmin.
Enfin, la construction compacte peut devenir ambiguë si plusieurs personnes sont présentes. Dans Mikko kertoi Pekalle lähtevänsä, le possesseur logique de lähtevänsä peut demander du contexte. Une proposition explicite — Mikko kertoi Pekalle, että hän lähtee — ne résout pas toujours l’ambiguïté de hän, mais elle permet de nommer la personne : että Mikko lähtee ou että Pekka lähtee. La clarté prime sur l’élégance condensée.
Pour aller plus loin
Le discours rapporté ne se limite pas aux affirmations. Une question indirecte conserve un mot interrogatif ou emploie la particule -ko/-kö : Hän kysyi, missä asun (« Il/Elle a demandé où j’habite »), Hän kysyi, tulenko huomenna (« Il/Elle a demandé si je viendrais demain »). On n’emploie donc pas että comme l’équivalent universel de « si » interrogatif.
Avec les verbes de perception, le participe présent peut décrire une scène observée directement : Näin hänen ylittävän kadun (« Je l’ai vu traverser la rue »). Le participe passé, lui, présente le résultat comme déjà accompli ou l’information comme antérieure : Huomasin hänen lähteneen (« J’ai remarqué qu’il/elle était parti(e) »). Cette opposition n’est pas simplement « présent contre passé » ; elle organise deux événements l’un par rapport à l’autre.
Dans des textes soutenus, les groupes participiaux peuvent conserver leurs objets et leurs compléments : Poliisi uskoo miehen varastaneen auton yöllä (« La police pense que l’homme a volé la voiture pendant la nuit »). Pour analyser une longue construction, cherchez d’abord le verbe principal (uskoo), puis le sujet au génitif (miehen), le participe (varastaneen) et enfin ses compléments (auton yöllä). Cette méthode évite de prendre miehen pour un simple possesseur.
Conseils pour s’entraîner
- Transformez chaque jour quelques phrases dans les deux sens : Luulen, että hän tietää ↔ Luulen hänen tietävän. Commencez par des phrases affirmatives avec un seul sujet clairement identifiable.
- Faites deux colonnes, simultané ou à venir et antérieur. Classez-y des paires comme tulevan/tulleen, tekevän/tehneen, olevan/olleen, puis ajoutez une phrase complète pour chaque forme.
- En lisant la presse finnoise, soulignez les suites « génitif + forme en -van/-vän ou -neen ». Reformulez-les mentalement avec että : cela vérifie à la fois le sujet, le temps relatif et le sens global.
Concepts associés
- Prérequis : Les participes — leurs formes actives présentes et passées servent de base au referatiivi.
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