B1

Le discours indirect en français

Discours Indirect

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de français sur Settemila Lingue.

En bref

Le discours indirect sert à rapporter des paroles sans les citer mot pour mot. Une affirmation est généralement introduite par que, une question fermée par si, une question ouverte conserve son mot interrogatif, et un ordre devient souvent de + infinitif. Quand le verbe introducteur est au passé, les temps, les pronoms et les repères comme demain peuvent aussi changer.

Vue d’ensemble

Le discours direct reproduit des mots tels qu’ils ont été prononcés : Lina dit : « Je suis prête. » Le discours indirect les intègre dans une nouvelle phrase : Lina dit qu’elle est prête. Il n’y a alors ni guillemets ni deux-points, et la phrase rapportée dépend d’un verbe comme dire, annoncer, expliquer, répondre, demander ou ordonner. Cette partie dépendante est une proposition subordonnée (un groupe de mots construit autour d’un verbe et rattaché à une autre proposition).

Ce point apparaît au niveau B1 parce qu’il rassemble plusieurs connaissances : les temps du passé, les pronoms, les questions et l’infinitif. Il est indispensable pour raconter une conversation, transmettre une consigne, résumer une interview ou expliquer ce que quelqu’un pense. Dans la vie courante, on l’emploie constamment : Elle m’a dit qu’elle aurait du retard ; Tu sais s’il vient ?

La transformation n’est pas une simple opération mécanique. Il faut tenir compte de la personne qui rapporte les paroles, du moment où elle parle et de ce qui reste vrai. Les règles ci-dessous donnent donc d’abord le schéma sûr, puis les choix plus nuancés de l’usage réel.

Comment ça fonctionne

1. Rapporter une affirmation avec que

Après dire, répondre, annoncer, expliquer, préciser, penser ou croire, on introduit normalement l’affirmation par que :

  • Discours direct : Nora dit : « Je connais cette adresse. »
  • Discours indirect : Nora dit qu’elle connaît cette adresse.

Que devient qu’ devant une voyelle ou un h muet : Il affirme qu’il a compris. À la différence du discours direct, la subordonnée ne forme pas une phrase indépendante.

Le choix du verbe introducteur apporte une nuance. Dire reste neutre ; affirmer marque une certaine assurance ; avouer signale une reconnaissance parfois difficile ; prévenir annonce une information utile ou un risque. Leur construction n’est cependant pas toujours identique : on dit quelque chose à quelqu’un, mais on prévient quelqu’un que…

2. Rapporter une question fermée avec si

Une question fermée (une question à laquelle on peut répondre par oui ou par non) est introduite par si :

  • « Est-ce que vous avez réservé ? »Elle demande si nous avons réservé.
  • « Viendras-tu demain ? »Il a demandé si je viendrais le lendemain.

La subordonnée n’est plus construite comme une question directe : on supprime est-ce que et l’inversion du sujet. On écrit donc Elle demande si vous êtes prêts, et non si êtes-vous prêts.

Devant il et ils, si s’élide : s’il, s’ils. Il ne s’élide pas devant elle : si elle vient.

3. Rapporter une question ouverte

Une question ouverte demande une information précise et contient un mot interrogatif. Où, quand, comment, pourquoi, combien, qui et lequel sont conservés :

  • « Où habitez-vous ? »Il demande où nous habitons.
  • « Pourquoi Paul est-il parti ? »Elle demande pourquoi Paul est parti.
  • « Qui a appelé ? »Je voudrais savoir qui a appelé.

L’ordre redevient généralement celui d’une affirmation : sujet puis verbe. Deux transformations méritent une attention particulière :

Question directe Question indirecte Exemple
Que… ? / Qu’est-ce que… ? ce que Que fais-tu ?Il demande ce que je fais.
Qu’est-ce qui… ? ce qui Qu’est-ce qui manque ?Elle demande ce qui manque.

Dans ce que, que représente le complément direct (ce qui subit ou reçoit directement l’action) : tu fais quoi ? Dans ce qui, qui représente le sujet (ce qui accomplit l’action ou se trouve dans l’état exprimé) : qu’est-ce qui manque ?

Une question indirecte intégrée dans une affirmation ne prend normalement pas de point d’interrogation : Il m’a demandé où j’allais. En revanche, toute la phrase peut elle-même être une question : Sais-tu où il habite ?

4. Rapporter un ordre, une demande ou un conseil

L’impératif est le mode employé pour donner un ordre ou un conseil, comme dans Attendez ! Au discours indirect, on utilise souvent de + infinitif après le verbe introducteur :

  • « Pars maintenant. »Il m’a dit de partir immédiatement.
  • « Ne touchez pas à ce bouton. »Elle nous a demandé de ne pas toucher à ce bouton.
  • « Prenez rendez-vous. »Le médecin lui a conseillé de prendre rendez-vous.

L’infinitif est la forme non conjuguée du verbe, celle que donne le dictionnaire : partir, toucher, prendre. La personne qui doit agir est souvent indiquée comme complément du verbe introducteur : *Il **m’*a dit de partir ; Elle nous a demandé d’attendre.

On peut aussi employer que + subjonctif, surtout si l’on veut nommer clairement un autre sujet : Le directeur exige que chacun soit présent. Le subjonctif est une forme verbale souvent liée à la volonté, à la nécessité ou à l’incertitude. À l’oral courant, demander à quelqu’un de faire quelque chose est généralement plus direct et plus léger.

5. Adapter les personnes et les possessifs

Les pronoms ne changent pas selon une liste fixe : ils changent selon qui rapporte les paroles et à qui. De même, un possessif (un mot comme mon, ton, son qui indique à qui appartient quelque chose) doit garder le même propriétaire.

  • Léa dit : « J’ai oublié mon sac chez toi. »
  • Paul rapporte les paroles à Marc : Léa dit qu’elle a oublié son sac chez lui.
  • Marc répond à Léa : Tu dis que tu as oublié ton sac chez moi.

Avant de transformer une phrase, il est donc utile d’identifier les personnes réelles derrière je, tu, nous et les possessifs.

6. La concordance des temps

La concordance des temps est l’accord logique entre le temps du verbe introducteur et celui de la parole rapportée. Si le verbe introducteur est au présent ou au futur, le temps d’origine est en principe conservé :

  • « Je travaille. »Il dit qu’il travaille.
  • « J’ai terminé. »Il dira qu’il a terminé.
  • « Je partirai tôt. »Elle explique qu’elle partira tôt.

Quand le verbe introducteur est à un temps du passé, le récit classique place les faits par rapport à ce moment passé. Les correspondances les plus utiles sont les suivantes :

Temps au discours direct Temps généralement employé après un verbe au passé Exemple
présent imparfait « Je suis libre. »Il a dit qu’il était libre.
passé composé plus-que-parfait « J’ai fini. »Elle a dit qu’elle avait fini.
futur simple conditionnel présent « Je viendrai. »Il a annoncé qu’il viendrait.
futur antérieur conditionnel passé « J’aurai terminé. »Elle a promis qu’elle aurait terminé.
imparfait imparfait « Je dormais. »Il a expliqué qu’il dormait.
plus-que-parfait plus-que-parfait « J’avais oublié. »Elle a reconnu qu’elle avait oublié.
conditionnel conditionnel « Je pourrais aider. »Il a dit qu’il pourrait aider.

Le plus-que-parfait situe une action avant un autre moment passé : avait fini. Le conditionnel présente ici le futur vu depuis le passé : dans Il a annoncé qu’il viendrait, la venue était future au moment de l’annonce.

Ces changements sont un cadre de référence, pas une obligation aveugle. Si une information reste vraie au moment où l’on parle, le présent est fréquent : Le professeur nous a expliqué que la Terre tourne autour du Soleil. Dans une conversation récente, on entend aussi : Elle m’a dit qu’elle arrive à huit heures, si l’arrivée est encore à venir et envisagée depuis le présent.

7. Adapter les repères de temps et de lieu

Les repères déictiques (des mots dont le sens dépend du moment ou du lieu où l’on parle) changent lorsque le point de vue a changé. Voici les adaptations classiques dans un récit au passé :

Paroles d’origine Dans un récit ultérieur
aujourd’hui ce jour-là
hier la veille
avant-hier l’avant-veille
demain le lendemain
après-demain le surlendemain
cette semaine cette semaine-là
la semaine prochaine la semaine suivante
la semaine dernière la semaine précédente
ici là / à cet endroit
maintenant alors / à ce moment-là

On ne change ces mots que si le contexte l’exige. Si l’on rapporte aujourd’hui une phrase prononcée plus tôt aujourd’hui, aujourd’hui reste parfaitement logique : Ce matin, elle m’a dit qu’elle viendrait aujourd’hui.

Exemples en contexte

Paroles d’origine Discours indirect Point observé
Maya dit : « Je viens avec vous. » Maya dit qu’elle vient avec nous. Affirmation avec que ; adaptation des personnes.
Le gardien a dit : « Le musée ferme à dix-huit heures. » Le gardien a dit que le musée fermait à dix-huit heures. Présent devenu imparfait dans le récit.
Inès a annoncé : « J’ai trouvé un appartement. » Inès a annoncé qu’elle avait trouvé un appartement. Passé composé devenu plus-que-parfait.
Samir a promis : « Je vous rappellerai. » Samir a promis qu’il nous rappellerait. Futur vu depuis un moment passé.
« Est-ce que tu es libre ? » Elle a demandé si j’étais libre. Question fermée avec si.
« Avez-vous reçu mon message ? » Il nous demande si nous avons reçu son message. Suppression de l’inversion ; verbe introducteur au présent.
« Où avez-vous garé la voiture ? » Elle voulait savoir où nous avions garé la voiture. Mot interrogatif conservé ; plus-que-parfait.
« Qu’est-ce que tu prépares ? » Il m’a demandé ce que je préparais. Qu’est-ce que devient ce que.
« Qu’est-ce qui fait ce bruit ? » Elle demande ce qui fait ce bruit. Qu’est-ce qui devient ce qui.
« Qui viendra demain ? » Ils voulaient savoir qui viendrait le lendemain. Qui est le sujet ; changement du repère temporel.
« Fermez la fenêtre, s’il vous plaît. » Elle nous a demandé de fermer la fenêtre. Demande avec de + infinitif.
« Ne partez pas sans moi ! » Il nous a dit de ne pas partir sans lui. Négation placée avant l’infinitif.
« Soyez tous prêts à huit heures. » La guide a exigé que nous soyons tous prêts à huit heures. Ordre reformulé avec que + subjonctif.

Erreurs fréquentes

Garder la forme de la question directe

  • Incorrect : Elle demande où habites-tu.
  • Correct : Elle demande où tu habites.
  • Pourquoi : dans la question indirecte, on supprime l’inversion et on revient normalement à l’ordre sujet-verbe.

Employer que pour une question fermée

  • Incorrect : Il m’a demandé que j’étais disponible.
  • Correct : Il m’a demandé si j’étais disponible.
  • Pourquoi : une question qui appelle oui ou non est introduite par si. Demander que + subjonctif a un autre sens : exprimer une demande, comme dans Il demande que la porte soit fermée.

Conserver est-ce que ou qu’est-ce que

  • Incorrect : Je ne sais pas est-ce qu’il vient.
  • Correct : Je ne sais pas s’il vient.
  • Incorrect : Elle demande qu’est-ce que nous voulons.
  • Correct : Elle demande ce que nous voulons.
  • Pourquoi : est-ce que appartient à la question directe. Il devient si dans une question fermée ; qu’est-ce que devient ce que.

Appliquer les changements de temps sans regarder le contexte

  • Mal adapté : Hier, le professeur a expliqué que Paris était la capitale de la France, si l’on présente ce fait comme toujours vrai.
  • Plus naturel : Hier, le professeur a expliqué que Paris est la capitale de la France.
  • Pourquoi : l’imparfait est possible dans un récit entièrement placé dans le passé, mais le présent souligne ici une vérité encore valable. Le sens et le point de vue comptent autant que le tableau de concordance.

Oublier de changer les personnes ou les repères

  • Incorrect : Lundi, elle a dit : « Je reviendrai demain. » → Vendredi, elle a dit que je reviendrais demain.
  • Correct : Vendredi, j’ai rapporté qu’elle avait dit qu’elle reviendrait le lendemain.
  • Pourquoi : je désignait la personne citée, et demain était le jour suivant ses paroles, pas nécessairement le lendemain du récit.

Mettre un point d’interrogation à toute question rapportée

  • Incorrect : Il m’a demandé pourquoi je partais ?
  • Correct : Il m’a demandé pourquoi je partais.
  • Pourquoi : l’ensemble est une affirmation qui rapporte une question. On garde le point d’interrogation seulement si la phrase entière interroge : T’a-t-il demandé pourquoi tu partais ?

Remarques d’usage

Dans la conversation, les locuteurs privilégient souvent le lien avec la situation présente plutôt qu’une concordance strictement scolaire. Elle m’a dit qu’elle vient demain peut être naturel si demain est encore demain pour la personne qui rapporte et si le rendez-vous est maintenu. Elle m’a dit qu’elle viendrait le lendemain place davantage la scène dans un récit passé. Le premier choix rapproche l’information du présent ; le second adopte le point de vue du moment rapporté.

Le verbe dire ne se construit pas directement avec la personne destinataire : on dit Il m’a dit la vérité ou Il a dit à Zoé de venir, mais pas il a dit Zoé de venir. À l’inverse, prévenir prend directement la personne : Il a prévenu Zoé qu’il serait en retard. Apprendre le discours indirect implique donc aussi d’apprendre la construction de chaque verbe introducteur.

À l’oral familier, il arrive qu’une personne commence au discours indirect puis reproduise soudain les paroles exactes : Il m’a dit qu’il était fatigué et puis : « Laissez-moi tranquille ! » Ce mélange peut rendre un récit vivant, mais dans un texte formel il vaut mieux signaler clairement le passage au discours direct avec la ponctuation appropriée.

Enfin, selon lui, d’après elle et à l’entendre permettent d’attribuer une information sans construire une subordonnée complète : Selon elle, le dossier est prêt. Ces tournures sont utiles dans les résumés, mais elles ne précisent pas nécessairement les mots exacts employés.

Pour aller plus loin

Le discours indirect libre

Dans un roman, on rencontre le discours indirect libre : les pensées ou paroles d’un personnage apparaissent sans verbe introducteur ni que, tout en conservant souvent les temps et les personnes d’un récit au passé :

Élise regarda l’horloge. Il était déjà neuf heures. Pourquoi Paul n’avait-il pas appelé ? Il viendrait sûrement demain.

Les deux dernières phrases peuvent refléter le point de vue d’Élise sans écrire Élise se demanda pourquoi… ou Elle pensa qu’il viendrait… Cette forme rapproche le lecteur du personnage. Il faut surtout savoir la reconnaître ; elle appartient davantage à l’analyse des récits qu’aux échanges quotidiens.

Ambiguïté du conditionnel

Après un verbe au passé, le conditionnel peut simplement marquer un futur dans le passé : Il a annoncé qu’il partirait mardi. Mais il peut aussi signaler une information non confirmée, surtout dans la presse : Le ministre serait sur le point de démissionner. Le contexte permet de distinguer la chronologie de la prudence journalistique.

Fidélité aux paroles ou reformulation

Rapporter ne signifie pas forcément répéter exactement. Elle a dit : « Je n’en peux plus de ces réunions » peut devenir Elle a expliqué qu’elle était épuisée par les réunions. Le sens général est conservé, mais le choix du verbe et du vocabulaire ajoute une interprétation. Dans un compte rendu professionnel, scientifique ou juridique, il faut distinguer soigneusement citation exacte, résumé et interprétation.

Le subjonctif dans une demande rapportée

Le français moderne conserve généralement le subjonctif présent après un verbe principal au passé : Il a exigé qu’elle vienne, et non l’imparfait du subjonctif littéraire qu’elle vînt. Ce dernier peut apparaître dans des textes anciens ou dans un style volontairement soutenu, mais il n’est pas nécessaire pour communiquer avec naturel.

Conseils pratiques

  1. Transformez de courtes conversations. Prenez quatre répliques et racontez-les le lendemain. Vérifiez séparément le lien (que, si, ce que, de), les personnes, les temps et les repères temporels.
  2. Classez les verbes introducteurs par construction. Faites trois listes : dire que / expliquer que, demander si / demander ce que, puis demander à quelqu’un de / conseiller à quelqu’un de. Une phrase modèle par verbe vaut mieux qu’un mot isolé.
  3. Écoutez le point de vue temporel. Dans un entretien ou un récit audio, relevez les formes après il a dit que. Demandez-vous si le locuteur raconte depuis le passé ou maintient un lien avec le présent : cela explique beaucoup de variations réelles.

Notions liées

  • Prérequis : L’imparfait — indispensable pour comprendre le passage du présent à l’imparfait après un verbe introducteur au passé.

Prérequis

L’imparfait en françaisA2

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