Le discours indirect en gallois
Araith Anuniongyrchol
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de gallois sur Settemila Lingue.
En bref
Pour rapporter une déclaration, le gallois reconstruit généralement la phrase comme une proposition nominale (un groupe de mots qui remplit le rôle d’un nom) : dweud + bod avec les formes périphrastiques, ou dweud + y/yr devant certaines formes verbales conjuguées. Une question totale emploie a, tandis que la négation emploie souvent na/nad. Comme en français, il faut aussi adapter la personne, le temps et parfois des mots tels que « demain » ou « ici ».
Vue d’ensemble
Le discours direct reproduit les paroles telles qu’elles ont été prononcées : « Je viens demain. » Le discours indirect les intègre dans une nouvelle phrase : « Il a dit qu’il viendrait le lendemain. » En gallois, cette intégration ne repose pas sur un équivalent unique du français que. Le choix dépend surtout de la forme du verbe rapporté : bod sert avec les nombreuses constructions formées autour de « être », alors que y/yr introduit notamment un futur ou un conditionnel conjugué.
Ce point de niveau B2 prolonge directement les cymalau enwol, les propositions nominales. Il demande de coordonner plusieurs éléments déjà connus : les formes de bod, les pronoms, les temps et les mutations consonantiques (changements réguliers de la première consonne). Dans la conversation, on rencontre très souvent dweud « dire », gofyn « demander », esbonio « expliquer » et meddwl « penser ».
Pour un francophone, le changement de point de vue est familier : je peut devenir il, et demain peut devenir le lendemain. La différence essentielle est structurelle. Là où le français répète presque partout que, le gallois choisit entre bod, y/yr, a, un mot interrogatif ou na/nad.
Fonctionnement
1. Rapporter une construction avec bod
Les phrases galloises très courantes avec mae, dw i, wyt ti, etc. sont reformées avec bod. Ce verbe non conjugué est accompagné d’un élément qui indique le sujet. On trouve souvent aussi un pronom explicite après lui, surtout dans la langue parlée.
| Sujet de la proposition rapportée | Forme avec bod | Sens pratique |
|---|---|---|
| moi | fy mod i | que je suis / que je… |
| toi, singulier familier | dy fod di | que tu es / que tu… |
| lui | ei fod e/o | qu’il est / qu’il… |
| elle | ei bod hi | qu’elle est / qu’elle… |
| nous | ein bod ni | que nous sommes / que nous… |
| vous | eich bod chi | que vous êtes / que vous… |
| eux, elles | eu bod nhw | qu’ils, elles sont / qu’ils, elles… |
Ces formes comportent des mutations : bod devient notamment mod après fy, et fod après dy ou ei masculin. Les petits mots fy, dy, ei, ein, eich, eu ressemblent aux possessifs gallois, mais il ne faut pas les traduire ici par « mon », « ton » ou « son ». Dans cette construction, ils servent à marquer le sujet de bod.
Comparez :
- Mae e’n mynd. — Il part / Il est en train de partir.
- Dwedodd e ei fod e’n mynd. — Il a dit qu’il partait.
Le premier e est le sujet de « a dit » ; ei fod e introduit ce qui a été dit. Après un verbe introducteur au passé, le français traduit naturellement ei fod e’n mynd par « qu’il partait ». Le gallois n’applique cependant pas toujours une concordance des temps aussi mécanique que celle présentée dans les tableaux scolaires français : le contexte et le moment auquel l’information reste valable comptent aussi.
2. Employer y/yr devant une forme conjuguée
Quand l’information rapportée contient une forme verbale conjuguée, notamment le futur ou le conditionnel, on emploie souvent y devant une consonne et yr devant une voyelle. Ces particules introduisent une déclaration ; elles n’ont pas besoin d’être traduites mot à mot autrement que par « que ».
| Paroles envisagées | Discours indirect | Valeur en français |
|---|---|---|
| Bydd e’n dod. | Dwedodd hi y byddai e’n dod. | Elle a dit qu’il viendrait. |
| Bydd y siop ar agor. | Dwedon nhw y byddai’r siop ar agor. | Ils ont dit que le magasin serait ouvert. |
| Af i ar y trên. | Esboniodd y byddai’n mynd ar y trên. | Il/Elle a expliqué qu’il/elle irait en train. |
Le passage de bydd « sera » à byddai « serait » correspond bien au couple français viendra → viendrait. C’est l’un des changements de temps les plus nets et les plus utiles à mémoriser.
Dans l’usage réel, la frontière entre une reformulation avec bod et une proposition à verbe conjugué dépend aussi du temps, du registre et du sens voulu. Retenez d’abord les deux modèles très productifs : ei fod e’n… pour une construction périphrastique, et y byddai… pour « qu’il/elle…-rait ».
3. Adapter les personnes et le point de vue
Le pronom se choisit par rapport à la personne qui rapporte les paroles, et non par simple copie de la citation.
- Citation de Ceri : “Dw i’n flinedig.” — « Je suis fatiguée. »
- Rapport par une autre personne : Dwedodd Ceri ei bod hi’n flinedig. — Ceri a dit qu’elle était fatiguée.
La même adaptation touche les possessifs et les formes verbales. Une question adressée à « toi » peut ainsi devenir une question sur « moi » :
- “Wyt ti’n dod?” — « Est-ce que tu viens ? »
- Gofynnodd hi a oeddwn i’n dod. — Elle a demandé si je venais.
Il est donc plus sûr d’identifier les personnes réelles — qui parle, à qui, à propos de qui — avant de transformer la phrase.
4. Rapporter une question
Une question totale (une question à laquelle on peut répondre par oui ou non) s’introduit avec a, qui correspond ici au français si. Cette particule peut provoquer la mutation douce : byddai devient fyddai.
- Gofynnodd hi a oeddwn i’n dod. — Elle a demandé si je venais.
- Gofynnodd e a fyddai’r trên yn hwyr. — Il a demandé si le train serait en retard.
Une question portant sur une information conserve son mot interrogatif : pwy « qui », beth « quoi », ble « où », pryd « quand », pam « pourquoi » ou sut « comment ». On ne rajoute pas a après ce mot.
- Gofynnodd ble roedd y swyddfa. — Il/Elle a demandé où se trouvait le bureau.
- Gofynnodd hi pam roeddwn i’n gadael. — Elle a demandé pourquoi je partais.
Comme en français standard, la proposition rapportée n’est plus construite comme une question directe autonome. Il ne faut donc pas conserver mécaniquement tous les marqueurs de la question d’origine.
5. Rapporter une négation
Devant une forme verbale conjuguée, une déclaration négative emploie souvent na devant une consonne et nad devant une voyelle. Na entraîne normalement une mutation douce.
- Dwedodd hi nad oedd y drws ar agor. — Elle a dit que la porte n’était pas ouverte.
- Dwedodd e na fyddai’n hwyr. — Il a dit qu’il ne serait pas en retard.
Avec bod, la conversation place volontiers ddim dans la proposition :
- Dwedodd e ei fod e ddim yn barod. — Il a dit qu’il n’était pas prêt.
Les deux schémas ne sont donc pas interchangeables mot pour mot. Repérez d’abord si vous utilisez une forme conjuguée comme oedd/fyddai, ou le groupe ei fod e….
6. Rapporter une consigne ou une demande
Un ordre direct ne se transforme généralement pas avec bod. Après dweud wrth « dire à quelqu’un » ou un verbe de demande, on emploie souvent am + nom verbal (la forme non conjuguée qui nomme l’action), ou une construction avec la personne concernée suivie du nom verbal.
- Dwedodd y meddyg wrtha i am orffwys. — Le médecin m’a dit de me reposer.
- Gofynnodd hi i ni aros tu allan. — Elle nous a demandé d’attendre dehors.
Cette distinction rejoint le français : « dire que… » rapporte une déclaration, tandis que « dire à quelqu’un de… » rapporte une consigne.
Exemples en contexte
| Gallois | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Dwedodd e ei fod e’n mynd. | Il a dit qu’il partait. | Déclaration avec ei fod e. |
| Dwedodd Ceri ei bod hi’n gweithio gartref. | Ceri a dit qu’elle travaillait chez elle. | Sujet féminin : ei bod hi. |
| Dwedon nhw eu bod nhw’n barod. | Ils ont dit qu’ils étaient prêts. | Sujet pluriel : eu bod nhw. |
| Esboniais fy mod i’n aros am y bws. | J’ai expliqué que j’attendais le bus. | Première personne : fy mod i. |
| Dwedodd y byddai’n dod yfory. | Il/Elle a dit qu’il/elle viendrait demain. | Futur vu depuis un moment passé : y byddai. |
| Addawodd y byddai’r gwaith yn barod erbyn dydd Gwener. | Il/Elle a promis que le travail serait prêt d’ici vendredi. | Déclaration au conditionnel. |
| Gofynnodd hi a oeddwn i’n dod. | Elle a demandé si je venais. | Question totale avec a. |
| Gofynnodd e a fyddai’r trên yn cyrraedd mewn pryd. | Il a demandé si le train arriverait à l’heure. | a provoque la mutation de byddai. |
| Gofynnodd y twristiaid ble roedd yr orsaf. | Les touristes ont demandé où se trouvait la gare. | Le mot interrogatif est conservé. |
| Gofynnodd Rhian pam roedd y cyfarfod wedi’i ganslo. | Rhian a demandé pourquoi la réunion avait été annulée. | Question en pam. |
| Dwedodd hi nad oedd ganddi amser. | Elle a dit qu’elle n’avait pas le temps. | Négation avec nad devant une voyelle. |
| Dwedodd e na fyddai’n anghofio. | Il a dit qu’il n’oublierait pas. | Négation avec na fyddai. |
| Dwedodd yr athro wrthyn nhw am ddarllen y bennod. | Le professeur leur a dit de lire le chapitre. | Consigne avec am + nom verbal. |
| Gofynnodd hi i mi gau’r ffenestr. | Elle m’a demandé de fermer la fenêtre. | Demande adressée à une personne. |
Erreurs fréquentes
Employer bod sans marquer son sujet
- Incorrect : Dwedodd hi bod hi’n flinedig.
- Correct : Dwedodd hi ei bod hi’n flinedig.
- Pourquoi : dans le modèle soigné présenté ici, le sujet de bod est marqué par ei. La forme de bod dépend de la personne : fy mod i, dy fod di, ei fod e, ei bod hi, etc.
Copier le pronom de la citation
- Incorrect : Ceri a dit fy mod i’n flinedig lorsqu’une autre personne rapporte « Je suis fatiguée ».
- Correct : Dwedodd Ceri ei bod hi’n flinedig.
- Pourquoi : le « je » de Ceri devient « elle » dans le récit. Il faut reconstruire le point de vue, comme en français.
Utiliser y pour une question totale
- Incorrect : Gofynnodd e y byddai’r trên yn hwyr.
- Correct : Gofynnodd e a fyddai’r trên yn hwyr.
- Pourquoi : y introduit une déclaration ; a introduit une question indirecte signifiant « si ». La mutation byddai → fyddai est également nécessaire.
Ajouter a après un mot interrogatif
- Incorrect : Gofynnodd hi ble a oedd y swyddfa.
- Correct : Gofynnodd hi ble roedd y swyddfa.
- Pourquoi : ble suffit à signaler la question indirecte. La syntaxe naturelle ne consiste pas à traduire « où est-ce que » élément par élément.
Confondre dweud et gofyn
- Incorrect : Dwedodd hi a oeddwn i’n dod pour « Elle a demandé si je venais. »
- Correct : Gofynnodd hi a oeddwn i’n dod.
- Pourquoi : dweud signifie « dire », tandis que gofyn signifie « demander ». Le français demander peut introduire une question ou une requête ; le gallois distingue également le sens par la construction qui suit.
Garder automatiquement tous les repères de la citation
- Mal adapté : employer toujours yfory « demain » plusieurs jours après les paroles.
- Mieux : choisir, selon le contexte, y diwrnod wedyn « le lendemain ».
- Pourquoi : le repère temporel doit rester compréhensible depuis le nouveau moment d’énonciation. Si le jour désigné est encore réellement demain, yfory peut bien sûr rester naturel.
Notes d’usage
Dweud est le nom verbal courant « dire ». On rencontre dywedyd dans un registre plus littéraire ou traditionnel. Au passé, dywedodd est une forme standard très répandue ; dwedodd, sans la première syllabe, est fréquent dans l’usage parlé et figure aussi dans des textes qui reflètent la conversation. Il est utile de reconnaître les deux sans supposer qu’elles signalent deux temps différents.
Les pronoms présentent aussi des variantes régionales : e est courant au sud pour « il », tandis que o est très fréquent au nord. Nhw « ils/elles » et les formes complètes après bod sont particulièrement audibles dans la conversation. Un texte formel peut être plus compact, mais l’apprenant gagne d’abord en clarté en conservant des modèles comme ei fod e et eu bod nhw.
Le recul du temps n’est pas un remplacement automatique de chaque forme présente par une forme passée. Si le contenu reste vrai au moment où l’on parle, le gallois peut conserver une perspective plus proche de l’énoncé d’origine. À l’inverse, y byddai permet de montrer clairement un futur vu depuis le passé. Choisissez le temps selon la chronologie réelle, puis vérifiez si la traduction française exige une concordance plus marquée.
Les repères de lieu et de temps suivent le même principe : yma « ici » peut devenir yno « là-bas », heddiw « aujourd’hui » peut devenir y diwrnod hwnnw « ce jour-là », et yfory peut devenir y diwrnod wedyn « le lendemain ». Le changement n’est nécessaire que si le nouveau contexte l’exige.
Pour aller plus loin
Une information rapportée n’est pas toujours neutre
Le choix du verbe introducteur indique l’attitude du locuteur. Dweud rapporte simplement, esbonio présente une explication, addo une promesse et honni une affirmation dont le locuteur peut se distancier. La grammaire de la proposition reste souvent semblable, mais le sens discursif change :
- Honnodd ei fod e’n ddieuog. — Il a affirmé qu’il était innocent.
- Addawodd y byddai hi’n ffonio. — Elle a promis qu’elle téléphonerait.
L’omission et la variation dans la langue réelle
À l’oral, on peut entendre des constructions plus relâchées, notamment bod sans le marqueur de personne attendu dans une norme soignée. Pour la production, les formes fy mod i, dy fod di, ei fod e / ei bod hi, ein bod ni, eich bod chi et eu bod nhw constituent une base sûre. À la compréhension, il faut accepter davantage de variation régionale.
Discours indirect libre et style narratif
Dans un récit, la voix du narrateur peut se rapprocher des pensées d’un personnage sans répéter constamment « il a dit que ». C’est ce qu’on appelle le discours indirect libre : les paroles ou pensées sont intégrées au récit sans verbe introducteur explicite. Ce procédé relève surtout de la lecture littéraire avancée. Il ne change pas les règles fondamentales ci-dessus, mais il peut rendre moins visible la frontière entre narration et pensée rapportée.
Garder l’ambiguïté sous contrôle
Le gallois peut omettre un pronom lorsqu’il est récupérable, par exemple dans y byddai’n dod. Hors contexte, cette forme ne dit pas à elle seule si la personne est « il » ou « elle ». Si plusieurs personnes sont possibles, ajoutez le sujet : y byddai Ceri’n dod ou y byddai hi’n dod. La concision est naturelle seulement lorsque la référence reste claire.
Conseils pratiques
- Transformez la phrase en trois étapes. Soulignez d’abord le locuteur et le destinataire, choisissez ensuite le lien (bod, y/yr, a, na/nad), puis adaptez les pronoms et les repères temporels. Cette méthode évite de traduire mot à mot depuis le français.
- Mémorisez les formes de bod comme une série orale. Répétez fy mod i, dy fod di, ei fod e, ei bod hi, ein bod ni, eich bod chi, eu bod nhw, puis créez une phrase courte avec chacune. Les mutations deviennent ainsi un automatisme sonore.
- Entraînez-vous avec de courts dialogues. Écoutez ou écrivez une réplique, puis racontez-la quelques minutes plus tard. Alternez déclaration, question et consigne afin de pratiquer dweud, gofyn et dweud wrth… am….
Notions associées
- Prérequis : Les propositions nominales — elles fournissent les modèles avec bod sur lesquels repose le discours indirect.
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