B2

Les propositions de cause, de but et de conséquence en gallois

Cymalau Achos, Pwrpas a Chanlyniad

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de gallois sur Settemila Lingue.

En bref

Pour donner une cause, on emploie surtout achos, oherwydd (bod) ou gan fod ; pour exprimer un objectif, i ou er mwyn ; pour annoncer une conséquence, felly, o ganlyniad ou mor… fel bod. Le point essentiel est de ne pas confondre l’objectif recherché avec le résultat réellement obtenu : er mwyn i bawb ddeall signifie « afin que tout le monde comprenne », tandis que mor glir fel bod pawb wedi deall présente la compréhension comme une conséquence.

Vue d’ensemble

Une proposition est un groupe de mots organisé autour d’un verbe. Une proposition subordonnée (une partie de phrase qui dépend d’une autre) peut préciser pourquoi une action a lieu, dans quel but elle est accomplie ou ce qui en résulte. Ces liens sont indispensables dès que l’on veut dépasser une suite de petites phrases et expliquer un raisonnement, raconter un événement ou défendre un point de vue.

Au niveau B2, il ne suffit plus de connaître une traduction approximative de chaque connecteur. Il faut distinguer l’oral spontané de l’écrit soigné, reconnaître les formes personnelles de bod (« être ») et choisir entre intention et conséquence. Pour un francophone, la difficulté vient notamment du fait qu’un même « pour » peut correspondre à i, er mwyn ou er mwyn i, et qu’un même « donc » ne se construit pas comme « si… que ».

Ce point prolonge directement les propositions complétives (des propositions qui occupent la place d’un complément) avec bod. Les séries fy mod i, dy fod di, ei fod e et ei bod hi, déjà employées après des verbes comme « penser » ou « savoir », réapparaissent après gan pour introduire une cause.

Fonctionnement

Exprimer la cause : achos, oherwydd et gan fod

Ces trois formes répondent toutes à la question « pourquoi ? », mais elles n’ont pas exactement le même ton.

Connecteur Construction courante Valeur et registre
achos achos + proposition « parce que » ; direct, très courant dans la conversation
oherwydd oherwydd + nom ou oherwydd bod + proposition « à cause de », « parce que » ; neutre à soigné
gan fod gan + forme personnelle de bod « puisque », « étant donné que », « comme » ; explicatif, fréquent dans un discours construit

Avec un nom, oherwydd fonctionne comme « à cause de » : oherwydd y tywydd (« à cause du temps »). Pour introduire toute une proposition, on rencontre très souvent oherwydd bod : oherwydd bod y ffordd ar gau (« parce que la route est fermée »). Achos introduit volontiers une proposition complète à l’oral : Arhoson ni adref achos roedd hi’n bwrw glaw (« Nous sommes restés chez nous parce qu’il pleuvait »).

Gan fod demande davantage d’attention lorsque le sujet est un pronom. Il reprend les formes personnelles de bod :

Personne Forme après gan Sens de base
moi gan fy mod i puisque je suis / j’étais
toi gan dy fod di puisque tu es / tu étais
lui gan ei fod e/o puisqu’il est / était
elle gan ei bod hi puisqu’elle est / était
nous gan ein bod ni puisque nous sommes / étions
vous gan eich bod chi puisque vous êtes / étiez
eux, elles gan eu bod nhw puisqu’ils ou elles sont / étaient

Les changements bod → mod après fy et bod → fod après dy ou ei sont des mutations consonantiques (des changements du début d’un mot provoqués par son environnement grammatical). Il est plus efficace de mémoriser chaque groupe comme un bloc : gan fy mod i, et non comme quatre mots à reconstruire séparément.

Lorsque le sujet est un nom, la structure est plus transparente : gan fod y trên yn hwyr (« puisque le train est en retard »). Le temps se comprend grâce au contexte et aux formes verbales de la proposition : gan fod y trên wedi cyrraedd renvoie à un train qui est arrivé, tandis que gan fod y trên yn hwyr décrit son retard.

La cause peut précéder ou suivre la proposition principale :

  • Gan fod y siop ar gau, aethon ni adref. — Comme le magasin était fermé, nous sommes rentrés.
  • Aethon ni adref gan fod y siop ar gau. — Nous sommes rentrés puisque le magasin était fermé.

En tête de phrase, la cause sert souvent de cadre à toute l’information. Après la proposition principale, elle ressemble davantage à une justification ajoutée.

Exprimer le but : i et er mwyn

Le nom verbal gallois (la forme qui nomme l’action, souvent traduite par un infinitif français) s’emploie après i ou er mwyn. Si la même personne accomplit les deux actions, deux modèles sont particulièrement utiles :

  • action + i + nom verbal : Es i i’r siop i brynu bara. — Je suis allé au magasin pour acheter du pain.
  • er mwyn + nom verbal : Er mwyn arbed amser, prynon ni’r tocynnau ymlaen llaw. — Afin de gagner du temps, nous avons acheté les billets à l’avance.

Le simple i est très naturel pour un objectif concret, surtout après un verbe de mouvement. Er mwyn rend l’intention plus explicite et convient bien à un objectif que l’on veut mettre en relief. Contrairement au français, on ne traduit donc pas automatiquement tout « pour » par une seule préposition.

Si la personne censée accomplir l’action du but est exprimée séparément, on emploie :

er mwyn i + sujet + nom verbal

  • Siaradodd yr athrawes yn araf er mwyn i bawb ddeall. — La professeure a parlé lentement afin que tout le monde comprenne.
  • Gadawodd hi nodyn er mwyn i ni wybod ble roedd hi. — Elle a laissé un mot afin que nous sachions où elle était.

Le nom verbal subit normalement la mutation douce dans cette construction : deall → ddeall après i bawb, gwybod → wybod après i ni. Dans er mwyn i bawb ddeall, pawb est le sujet (la personne ou le groupe qui accomplit l’action) de deall.

Le but reste une intention. La phrase avec er mwyn ne garantit pas que l’objectif a été atteint. Quelqu’un peut parler lentement er mwyn i bawb ddeall, sans que tout le monde comprenne effectivement.

Exprimer la conséquence : felly et o ganlyniad

Felly signifie « donc », « alors » ou « par conséquent ». Il relie deux constats, souvent dans la langue courante :

Roedd y bws yn hwyr, felly cerddon ni. — Le bus était en retard, donc nous sommes partis à pied.

O ganlyniad signifie « par conséquent », « de ce fait ». Il est plus fréquent dans une explication formelle, un rapport ou un exposé :

Methodd y system; o ganlyniad, collwyd y data. — Le système est tombé en panne ; par conséquent, les données ont été perdues.

Ces deux expressions fonctionnent comme des connecteurs adverbiaux (des mots qui relient des idées sans faire de la seconde une proposition dépendante). Elles peuvent donc relier deux propositions indépendantes, voire deux phrases. En français aussi, « donc » et « par conséquent » ont cette fonction ; cette ressemblance est utile, à condition de ne pas employer felly à la place d’une structure « si… que ».

Attention à o ganlyniad i + nom, qui signifie « à la suite de » ou « en raison de » et présente alors la cause : o ganlyniad i’r storm (« à la suite de la tempête »). Sans i, o ganlyniad annonce généralement ce qui en découle.

Exprimer « si… que » : mor… fel bod

Lorsqu’un degré entraîne un résultat, le gallois dispose d’une construction proche du français « si… que » :

mor + adjectif ou adverbe + fel bod + conséquence

  • Roedd hi mor oer fel bod yr afon wedi rhewi. — Il faisait si froid que la rivière avait gelé.
  • Roedd yr esboniad mor glir fel bod pawb wedi deall. — L’explication était si claire que tout le monde avait compris.

Mor porte sur une qualité ou une manière : mor oer (« si froid »), mor glir (« si clair »), mor gyflym (« si vite »). Pour une quantité, on emploie souvent cymaint o… fel bod :

Roedd cymaint o draffig fel bod y bws awr yn hwyr. — Il y avait tellement de circulation que le bus avait une heure de retard.

Dans une conséquence négative, fel na ou fel nad peut remplacer fel bod selon la structure qui suit : Roedd y blwch mor drwm fel na allwn i ei godi (« La boîte était si lourde que je ne pouvais pas la soulever »). Cette tournure mérite d’être reconnue comme un ensemble plutôt que traduite mot à mot.

Exemples en contexte

Gallois Français Remarque
Gan fy mod i’n sâl, es i ddim. Comme j’étais malade, je ne suis pas allé(e). Cause avec la première personne.
Aeth hi adref oherwydd ei bod hi’n flinedig. Elle est rentrée parce qu’elle était fatiguée. Oherwydd suivi d’une forme personnelle de bod.
Arhoson ni adref achos roedd hi’n bwrw glaw. Nous sommes restés chez nous parce qu’il pleuvait. Formulation naturelle dans la conversation.
Gan fod y trên yn hwyr, ffoniais i’r swyddfa. Comme le train était en retard, j’ai téléphoné au bureau. Sujet nominal après gan fod.
Er mwyn dysgu Cymraeg, symudais i Gymru. Afin d’apprendre le gallois, j’ai déménagé au pays de Galles. Le sujet des deux actions est le même.
Aethon ni i’r farchnad i brynu llysiau. Nous sommes allés au marché pour acheter des légumes. But concret après un déplacement.
Siaradodd hi’n araf er mwyn i bawb ddeall. Elle a parlé lentement afin que tout le monde comprenne. Le but possède son propre sujet.
Gadawais i’r drws ar agor er mwyn i’r gath fynd allan. J’ai laissé la porte ouverte pour que le chat puisse sortir. mynd → fynd par mutation douce.
Roedd y ffordd ar gau, felly troeson ni’n ôl. La route était fermée, donc nous avons fait demi-tour. Conséquence courante avec felly.
Cafodd y cyfarfod ei ganslo. O ganlyniad, aeth pawb adref. La réunion a été annulée. Par conséquent, tout le monde est rentré. Lien entre deux phrases, dans un registre soigné.
Roedd hi mor oer fel bod yr afon wedi rhewi. Il faisait si froid que la rivière avait gelé. Degré suivi d’un résultat.
Roedd cymaint o sŵn fel bod neb yn gallu clywed y siaradwr. Il y avait tellement de bruit que personne ne pouvait entendre l’orateur. Quantité avec cymaint o….
Roedd y blwch mor drwm fel na allwn i ei godi. La boîte était si lourde que je ne pouvais pas la soulever. Conséquence négative avec fel na.
Gan fod y plant wedi blino, gorffennon ni’n gynnar er mwyn iddyn nhw orffwys. Comme les enfants étaient fatigués, nous avons terminé tôt afin qu’ils se reposent. Cause et but dans la même phrase.

Erreurs fréquentes

Oublier le petit mot possessif dans gan fod

  • Incorrect : Gan mod i’n sâl, es i ddim.
  • Correct : Gan fy mod i’n sâl, es i ddim.
  • Pourquoi : avec « je », la forme complète est fy mod i. Fy provoque ici la mutation de bod en mod.

Employer gan fod sans adapter la personne

  • Incorrect : Gan fod hi’n flinedig, aeth hi adref.
  • Correct : Gan ei bod hi’n flinedig, aeth hi adref.
  • Pourquoi : avec un sujet pronominal féminin, la série personnelle donne ei bod hi. Avec un nom, en revanche, gan fod y ferch yn flinedig est normal.

Copier directement le français « pour que »

  • Incorrect : Es i i Gymru er mwyn i ddysgu Cymraeg.
  • Correct : Es i i Gymru er mwyn dysgu Cymraeg.
  • Pourquoi : lorsque le sujet reste le même, er mwyn + nom verbal suffit. Dans er mwyn i…, le i introduit un sujet exprimé : er mwyn i’r plant ddysgu.

Présenter un but comme un résultat certain

  • Sens visé : elle a parlé lentement afin que chacun comprenne.
  • À employer : Siaradodd hi’n araf er mwyn i bawb ddeall.
  • Autre sens : Siaradodd hi mor glir fel bod pawb wedi deall. — Elle a parlé si clairement que tout le monde a compris.
  • Pourquoi : er mwyn i indique l’intention ; mor… fel bod affirme la conséquence.

Remplacer « si… que » par felly

  • Incorrect : Roedd hi mor oer felly rhewodd yr afon.
  • Correct : Roedd hi mor oer fel bod yr afon wedi rhewi.
  • Pourquoi : mor… fel bod forme la construction complète « si… que ». Felly introduit plutôt une nouvelle affirmation : Roedd hi’n oer, felly arhoson ni adref (« Il faisait froid, donc nous sommes restés chez nous »).

Notes d’usage

Achos et felly sont extrêmement utiles dans la conversation. Ils ne sont pas « mauvais » ou incorrects ; ils donnent simplement un ton plus direct. Oherwydd bod, gan fod et o ganlyniad conviennent souvent mieux à une argumentation suivie, à un courriel professionnel ou à un texte explicatif. Dans un même texte, varier les connecteurs évite aussi une répétition monotone de achos ou de felly.

Le gallois parlé présente des variantes régionales dans les pronoms, notamment e ou o pour « il » et différentes réalisations de nhw. Le mécanisme grammatical ne change pas : on peut rencontrer gan ei fod e comme gan ei fod o. Il est préférable d’adopter la variante du cours ou de la région que l’on suit, tout en apprenant à reconnaître l’autre.

Comme en français, placer la cause au début permet d’orienter l’interprétation avant d’annoncer le fait principal. Une virgule rend cette organisation claire à l’écrit : Gan fod y cyfarfod wedi gorffen, aethon ni am goffi. Quand la cause vient après, la ponctuation est souvent plus légère.

Enfin, le français « comme » est ambigu : il peut exprimer une cause, une comparaison ou une manière. Pour une cause placée en tête, gan fod constitue souvent un bon choix, mais il ne faut pas traduire automatiquement chaque « comme » par gan fod sans vérifier le sens.

Pour aller plus loin

La frontière entre but et résultat n’est pas totalement rigide. Fel bod peut aussi décrire l’état que l’on cherche à obtenir, surtout dans une consigne : Rhowch y cadeiriau yma fel bod pawb yn gallu gweld (« Mettez les chaises ici de façon que tout le monde puisse voir »). La version er mwyn i bawb allu gweld insiste plus nettement sur l’objectif. Le contexte indique donc si fel bod décrit un résultat constaté ou une disposition voulue.

Dans un style plus élaboré, nes peut marquer l’aboutissement d’un degré : Roedd e mor flinedig nes iddo syrthio i gysgu (« Il était si fatigué qu’il s’est endormi »). Cette construction avec i conjugué (iddo, iddi, iddyn nhw, etc.) est plus avancée que le modèle central mor… fel bod, mais elle apparaît régulièrement dans les récits et les textes soignés.

La négation permet également de condenser l’expression : gan nad oedd y bws wedi cyrraedd signifie « puisque le bus n’était pas arrivé ». Nad introduit ici une proposition négative. De même, après fel, une forme négative comme na allwn i (« que je ne pouvais pas ») évite d’ajouter une négation calquée sur le français.

On peut enfin imbriquer plusieurs relations dans une seule phrase sans perdre la logique : Gan fod y trên yn hwyr, ffoniais i’r swyddfa er mwyn iddyn nhw wybod (« Comme le train était en retard, j’ai appelé le bureau afin qu’ils soient au courant »). Pour construire ce type de phrase, mieux vaut partir de trois blocs — cause, action principale, objectif — puis les relier, plutôt que traduire toute la phrase française mot après mot.

Conseils pratiques

  1. Classez les connecteurs par fonction. Faites trois colonnes — cause, but, conséquence — puis ajoutez un exemple personnel avec achos, er mwyn et felly. La fonction doit venir à l’esprit avant la traduction.
  2. Récitez la série de gan fod. Répétez gan fy mod i, gan dy fod di, gan ei fod e / ei bod hi, gan ein bod ni, gan eich bod chi, gan eu bod nhw avec le même complément, par exemple yn brysur. Les blocs complets automatisent les mutations.
  3. Transformez une intention en bilan. Écrivez d’abord une phrase avec er mwyn i…, puis dites si l’objectif a été atteint avec felly ou mor… fel bod. Ce contraste entraîne à ne plus confondre « afin que » et « si bien que ».

Notions associées

  • Prérequis : Les propositions complétives — elles présentent les formes personnelles de bod réutilisées dans gan fy mod i, gan ei fod e et les autres personnes.

Prérequis

Les propositions nominales en galloisB1

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