B1

Les propositions de but avec *kí* et *láti* en yoruba

Gbólóhùn Ète (Kí/Láti)

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de yoruba sur Settemila Lingue.

En bref

Pour présenter une action comme le but d’une autre action, le yoruba emploie souvent láti + verbe : Mo wá láti kọ́ èdè Yorùbá (« Je suis venu apprendre le yoruba »). Quand le but forme une proposition avec son propre sujet, on emploie kí + sujet + verbe : Mo ṣí ilẹ̀kùn kí wọ́n lè wọlé (« J’ai ouvert la porte pour qu’ils puissent entrer »). ajoute l’idée de possibilité ou de capacité : kí wọ́n lè wọlé, « pour qu’ils puissent entrer ».

Vue d’ensemble

Une proposition de but est une partie de phrase qui indique l’objectif recherché : pourquoi une personne agit, ou quel effet elle souhaite produire. En français, on choisit souvent entre « pour + infinitif » et « pour que + sujet + subjonctif ». Le yoruba fait une distinction assez proche dans son principe, mais avec ses propres outils : láti introduit généralement une action dont l’auteur est déjà compris, tandis que introduit une proposition où le sujet est exprimé.

Ce point apparaît au niveau B1 parce qu’il permet de relier deux idées de façon précise : venir pour apprendre, parler plus fort pour que les autres entendent, agir avec soin afin de réussir. Il s’appuie sur la capacité du yoruba à enchaîner plusieurs verbes sans leur donner les terminaisons que l’on attendrait en français.

Il faut en effet éviter de chercher un infinitif français mot à mot. Après láti, le verbe yoruba garde sa forme ordinaire : láti kọ́ (« pour apprendre »), láti ra (« pour acheter »), láti ran…lọ́wọ́ (« pour aider… »). Après , on trouve un sujet — la personne ou la chose qui accomplit l’action — puis le groupe verbal : kí a bẹ̀rẹ̀ (« pour que nous commencions »).

Fonctionnement

1. Láti + verbe : un but présenté comme une action

La structure de base est :

Élément Structure Exemple Sens
Action principale sujet + verbe Mo wá Je suis venu
But láti + verbe láti kọ́ pour apprendre
Ensemble action + but Mo wá láti kọ́. Je suis venu pour apprendre.

Le sujet du verbe qui suit láti n’est normalement pas répété : il se comprend grâce à la proposition principale.

  • Mo lọ sí ọjà láti ra ẹja. — Je suis allé au marché pour acheter du poisson.
  • A ṣe é láti ran wọ́n lọ́wọ́. — Nous l’avons fait pour les aider.

Dans ces phrases, la personne qui va est aussi celle qui achète ; les personnes qui font l’action sont aussi celles qui aident. C’est le contexte, et non une terminaison verbale, qui permet de suivre ce sujet commun.

Le français utilise parfois « pour », parfois « afin de », parfois un simple infinitif : « je viens apprendre ». Ces traductions différentes correspondent toutes ici à la même construction yoruba. Il vaut mieux retenir le modèle láti + action visée que chercher une traduction fixe de chaque mot.

2. Kí + sujet + verbe : un but sous forme de proposition

Une proposition est ici un petit ensemble qui possède son propre sujet et son propre verbe. Sa structure est :

action principale + kí + sujet + groupe verbal

  • Mo ṣí ilẹ̀kùn kí wọ́n wọlé. — J’ai ouvert la porte pour qu’ils entrent.
  • Sọ̀rọ̀ sókè kí a gbọ́ ọ. — Parle plus fort pour que nous t’entendions.

Cette construction est particulièrement claire lorsque les deux actions n’ont pas le même sujet. Dans le premier exemple, mo (« je ») ouvre la porte, mais wọ́n (« ils/elles ») entrent. Dans le second, la personne à qui l’on parle doit élever la voix, mais a (« nous ») doit entendre.

Après , les sujets usuels se présentent ainsi :

Personne visée Forme après Exemple de but Traduction
moi kí n kí n lè kà á pour que je puisse le lire
toi kí o kí o lè rí i pour que tu puisses le voir
lui, elle, cela kí ó kí ó lè dára pour que ce soit bien
nous kí a kí a lè bẹ̀rẹ̀ pour que nous puissions commencer
vous kí ẹ kí ẹ lè wọlé pour que vous puissiez entrer
eux, elles kí wọ́n kí wọ́n lè gbọ́ pour qu’ils ou elles puissent entendre

À la première personne du singulier, on rencontre donc kí n, et non une reproduction automatique de mo. Pour les autres personnes, observez surtout les tons et la différence entre o (« tu ») et ó (« il/elle »). Cette opposition est visible à l’écrit et audible dans la langue.

3. Le rôle de

signifie « pouvoir », au sens d’avoir la possibilité ou la capacité de faire quelque chose. Il est très fréquent dans une proposition de but en , mais il n’est pas obligatoire dans toutes les phrases.

Forme Idée mise en avant Exemple
kí + sujet + verbe l’action ou l’état souhaité Mo pè é kí ó wá. — Je l’ai appelé pour qu’il ou elle vienne.
kí + sujet + lè + verbe la possibilité de réaliser l’action Mo pè é kí ó lè wá. — Je l’ai appelé pour qu’il ou elle puisse venir.

Le français traduit souvent les deux phrases par une tournure voisine. Pourtant, n’est pas un simple remplissage : il présente l’action principale comme ce qui rend le but possible. Dans Mo ṣí ilẹ̀kùn kí wọ́n lè wọlé, ouvrir la porte donne aux personnes la possibilité d’entrer.

On peut également combiner láti et :

  • Mo ń kọ́ èdè Yorùbá láti lè bá àwọn ọ̀rẹ́ mi sọ̀rọ̀. — J’apprends le yoruba afin de pouvoir parler avec mes amis.

Ici, láti introduit le but et apporte le sens de « pouvoir ».

4. Exprimer un but négatif

Pour dire « afin de ne pas… » ou « pour que… ne… pas », on emploie devant le verbe concerné.

Type Structure Exemple Traduction
sujet compris láti má + verbe A tètè jáde láti má pẹ́. Nous sommes partis tôt pour ne pas être en retard.
sujet exprimé kí + sujet + má + verbe Fi oúnjẹ náà sínú fìríìjì kí ó má bàjẹ́. Mets cette nourriture au réfrigérateur pour qu’elle ne se gâte pas.

Le marqueur négatif se place donc dans l’expression du but, juste avant l’action à éviter. Il ne faut pas nier par erreur le verbe principal : partir a bien eu lieu ; c’est le retard qui devait être évité.

5. Choisir rapidement entre les deux structures

Posez-vous une question simple : ai-je besoin de nommer le sujet de l’action visée ?

  • Si l’auteur du but est déjà clair et reste le même, commencez par láti + verbe : Mo wá láti ṣiṣẹ́ (« Je suis venu pour travailler »).
  • Si le but a son propre sujet, notamment un sujet différent, choisissez kí + sujet + verbe : Mo wá kí a lè ṣiṣẹ́ pọ̀ (« Je suis venu pour que nous puissions travailler ensemble »).
  • Si le sens est « pour pouvoir », ajoutez : láti lè… ou kí…lè….
  • Si le sens est négatif, ajoutez devant le verbe à éviter.

Ce repère ressemble à l’opposition française entre « pour faire » et « pour que quelqu’un fasse ». La ressemblance est utile pour débuter, mais les formes ne se correspondent pas mot à mot : le yoruba ne marque pas un subjonctif par une conjugaison spéciale après .

Exemples en contexte

Yoruba Français Remarque
Mo wá láti kọ́ èdè Yorùbá. Je suis venu apprendre le yoruba. Le sujet de est aussi celui de kọ́.
Mo lọ sí ọjà láti ra ẹja. Je suis allé au marché pour acheter du poisson. But simple avec láti.
A ṣe é láti ran wọ́n lọ́wọ́. Nous l’avons fait afin de les aider. Ran…lọ́wọ́ signifie « aider ».
Wọ́n kó owó jọ láti kọ́ ilé. Ils ont économisé de l’argent pour construire une maison. L’action projetée suit láti.
Mo ń kọ́ èdè Yorùbá láti lè bá àwọn ọ̀rẹ́ mi sọ̀rọ̀. J’apprends le yoruba afin de pouvoir parler avec mes amis. ajoute la capacité.
Ó ṣiṣẹ́ kí ó lè jẹun. Il ou elle travaille pour pouvoir manger. Le sujet est répété dans la proposition en .
Ṣe dáadáa kí o lè borí. Fais bien les choses afin de pouvoir réussir. Conseil adressé à une seule personne.
Mo ṣí ilẹ̀kùn kí wọ́n lè wọlé. J’ai ouvert la porte pour qu’ils puissent entrer. Les deux propositions ont des sujets différents.
Ó fún mi ní ìwé kí n lè kà á. Il ou elle m’a donné un livre pour que je puisse le lire. La première personne devient n après .
Sọ̀rọ̀ sókè kí a lè gbọ́ ọ. Parle plus fort pour que nous puissions t’entendre. A est le sujet de l’action d’entendre.
Ẹ tètè dé kí ẹ lè rí àyè. Arrivez tôt afin que vous puissiez trouver une place. convient au pluriel ou à une adresse respectueuse.
Mo pè é kí ó wá. Je l’ai appelé pour qu’il ou elle vienne. Le but est exprimé sans .
Fi oúnjẹ náà sínú fìríìjì kí ó má bàjẹ́. Mets cette nourriture au réfrigérateur pour qu’elle ne se gâte pas. But négatif avec .
A tètè jáde láti má pẹ́. Nous sommes partis tôt pour ne pas être en retard. nie l’action suivant láti.

Erreurs fréquentes

Employer láti tout en ajoutant un nouveau sujet

  • Incorrect : Mo ṣí ilẹ̀kùn láti wọ́n wọlé.
  • Correct : Mo ṣí ilẹ̀kùn kí wọ́n lè wọlé.
  • Pourquoi : Wọ́n introduit un nouvel auteur de l’action. Une proposition en permet de l’exprimer clairement.

Oublier le sujet après

  • Incorrect : Mo ṣí ilẹ̀kùn kí lè wọlé.
  • Correct : Mo ṣí ilẹ̀kùn kí wọ́n lè wọlé.
  • Pourquoi : La structure en attend un sujet. Ici, ce sont wọ́n, « ils/elles », qui peuvent entrer.

Confondre o et ó

  • Incorrect dans un conseil adressé à “tu” : Ṣe dáadáa kí ó lè borí.
  • Correct : Ṣe dáadáa kí o lè borí.
  • Pourquoi : O désigne « tu », tandis que ó désigne « il/elle ». L’accent tonal change donc le sujet, pas seulement la prononciation.

Ajouter automatiquement

  • Forme possible : Mo pè é kí ó wá.
  • Autre nuance : Mo pè é kí ó lè wá.
  • Pourquoi : La première phrase vise simplement sa venue. La seconde insiste sur le fait de lui donner la possibilité de venir. est fréquent, mais doit garder son sens de « pouvoir ».

Placer la négation sur la mauvaise action

  • Incorrect pour dire “Nous sommes partis tôt pour ne pas être en retard” : A má tètè jáde láti pẹ́.
  • Correct : A tètè jáde láti má pẹ́.
  • Pourquoi : C’est le retard que l’on veut éviter ; doit donc précéder pẹ́ dans le groupe de but.

Notes d’usage

Les deux constructions appartiennent à la langue courante. Láti est compact et naturel lorsque le contexte permet d’identifier sans effort l’auteur de l’action visée. est plus explicite : il devient particulièrement utile lorsqu’une action crée les conditions nécessaires à l’action d’une autre personne.

La traduction française « pour » est trompeusement large. Elle peut correspondre à láti, à ou à kí…lè. Ainsi, au lieu de mémoriser « pour = láti », examinez la structure entière : qui réalise le but, et l’idée de possibilité est-elle importante ?

Les marques tonales et les points souscrits font partie de l’orthographe yoruba. Comparez kí o (« pour que tu… ») et kí ó (« pour qu’il/elle… »). Pendant l’apprentissage, conservez ces signes dans vos notes : ils vous empêchent d’associer une phrase à la mauvaise personne.

Enfin, une proposition de but décrit une intention, non un résultat garanti. Mo pè é kí ó wá dit pourquoi l’appel a été passé ; la phrase ne prouve pas que la personne est réellement venue. Le contexte dira si le but a été atteint.

Pour aller plus loin

ne marque pas toujours un but

À un niveau plus avancé, on rencontre dans d’autres environnements, par exemple après certaines expressions de volonté, de demande ou de nécessité. La forme kí + sujet + verbe ne suffit donc pas, à elle seule, à prouver qu’il s’agit d’un but. Dans cet article, la lecture finale vient du lien logique entre une action principale et l’objectif qu’elle cherche à rendre possible.

Comparez l’analyse, plutôt que de traduire isolément : dans Mo ṣí ilẹ̀kùn kí wọ́n lè wọlé, l’ouverture de la porte sert clairement l’entrée des autres. C’est cette relation qui produit le sens de but.

Même sujet, choix de présentation différent

La règle « même sujet = láti » est un excellent point de départ, mais ce n’est pas une interdiction absolue d’utiliser lorsque le sujet reste le même. Le locuteur peut choisir une proposition complète pour rendre le sujet visible ou pour mettre en avant la possibilité :

  • Ó ń ṣiṣẹ́ láti jẹun. — Il ou elle travaille pour manger.
  • Ó ń ṣiṣẹ́ kí ó lè jẹun. — Il ou elle travaille afin de pouvoir manger.

La première version présente le but de façon compacte. La seconde développe ce but comme une situation rendue possible. Le choix dépend donc aussi de la nuance recherchée, pas seulement de l’identité du sujet.

Accumuler les marqueurs avec méthode

Des formes telles que láti lè + verbe, láti má + verbe et kí + sujet + má + verbe paraissent longues si on les apprend comme des blocs opaques. Elles deviennent simples lorsqu’on attribue une fonction à chaque élément :

  • láti : introduit l’objectif ;
  • : ouvre une proposition avec sujet ;
  • : exprime la possibilité ;
  • : nie l’action qui suit.

Cette analyse permet aussi de comprendre une phrase nouvelle sans avoir mémorisé exactement le même exemple.

Conseils pratiques

  1. Transformez des paires françaises. Prenez « Je vais au marché pour acheter du poisson », puis « J’ouvre la porte pour qu’ils entrent ». Produisez la première avec láti, la seconde avec kí + sujet. Cette opposition entraîne le bon réflexe.
  2. Faites varier le sujet après . Répétez un même groupe verbal avec kí n, kí o, kí ó, kí a, kí ẹ et kí wọ́n. L’objectif est d’associer immédiatement chaque forme à la bonne personne et au bon ton.
  3. Construisez des séries de nuances. Partez de kí ó wá, puis formez kí ó lè wá et kí ó má wá. Expliquez à voix haute la différence : venue souhaitée, possibilité de venir, puis action à ne pas accomplir.

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