Grammaire yoruba
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A1 (30)
En yoruba, les pronoms sujets courts sont mo « je », o « tu », ó « il, elle, cela », a « nous », ẹ « vous » et wọ́n « ils, elles ». Le verbe ne change pas selon la personne : c’est donc le pronom, avec son ton exact, qui indique généralement qui accomplit l’action. Le yoruba ne distingue ni le masculin ni le féminin dans ses pronoms.
Le yoruba distingue trois tons : haut (á, accent aigu), moyen (a, sans accent) et bas (à, accent grave). Le ton fait partie du mot : changer la hauteur d'une syllabe peut changer entièrement le sens, comme dans ọkọ « mari », ọ̀kọ̀ « houe » et ọkọ̀ « véhicule ». Il faut donc apprendre les tons en même temps que les lettres du mot.
En yoruba, on ne choisit pas seulement une formule selon l’heure : on peut aussi saluer ce que la personne est en train de faire. Avec un aîné, une personne que l’on connaît peu ou plusieurs interlocuteurs, on emploie généralement Ẹ et des formes respectueuses comme Ẹ ṣé (« merci ») ; avec une seule personne proche, on peut employer O et O ṣé.
La phrase déclarative yoruba suit généralement l’ordre sujet + verbe + objet : Adé jẹ oúnjẹ (« Adé a mangé de la nourriture »). Le sujet se place normalement avant le verbe, tandis que l’objet vient après celui-ci. Contrairement au français, le yoruba n’ajoute pas systématiquement un équivalent de « un », « une », « le » ou « la » devant le nom.
Pour identifier ou classer une personne ou une chose, le yoruba emploie notamment ni ou jẹ́ : Adé ni olùkọ́ et Ó jẹ́ dókítà. La négation la plus sûre est kì í ṣe « ne pas être », tandis que la présence dans un lieu s’exprime avec wà, et non avec ni ou jẹ́.
Pour dire où se trouve quelqu’un ou quelque chose, le yoruba emploie wà : Ó wà ní ilé signifie « Il/Elle est à la maison ». Wà sert aussi à signaler une présence ou une existence : Omi wà veut dire « Il y a de l’eau ». Pour nier cette présence, retenez dès le niveau A1 le bloc kò sí : Kò sí omi (« Il n’y a pas d’eau »).
Le yoruba ne traduit pas toutes les négations françaises par un seul mot. Placez kò avant le verbe pour nier un fait, kì í pour nier une habitude ou un comportement caractéristique, et má pour interdire une action : Kò lọ « il ou elle n’est pas parti(e) », Kì í mu ọtí « il ou elle ne boit habituellement pas d’alcool », Má lọ! « Ne pars pas ! ». À la première personne, retenez dès le début la tournure très courante Mi ò…, comme dans Mi ò mọ̀ « Je ne sais pas ».
En yoruba, le nombre vient normalement après le nom : ọmọ méjì signifie « deux enfants » et ilé mẹ́ta, « trois maisons ». Les formes de 2 à 10 commencent souvent par m- dans cet emploi. À partir de 11, les nombres traditionnels se construisent autour de repères comme 10 et 20, avec des formes issues de l’addition ou de la soustraction : mieux vaut cependant les apprendre comme des mots complets.
Pour poser une question fermée, à laquelle on répond par oui ou non, placez généralement ṣé ou ǹjẹ́ au début de la phrase, sans changer l’ordre des mots : Ṣé o ti jẹun? « As-tu mangé ? » Pour demander une information, mettez souvent le groupe interrogatif en tête, puis ni : Níbo ni o ń lọ? « Où vas-tu ? »
En yoruba, on place d’abord la chose possédée, puis son possesseur : ilé Adé signifie « la maison d’Adé » et ilé mi « ma maison ». Devant un nom, le français dit mon, ton, notre ; le yoruba emploie après le nom mi, rẹ, rẹ̀, wa, yín, wọn, sans accord de genre ni de nombre.
En yoruba, le mot descriptif vient normalement après le nom : ilé ńlá signifie « une grande maison » et omi tutù, « de l’eau froide ». Il ne s’accorde ni en genre ni en nombre. Certaines qualités emploient toutefois une forme différente selon qu’elles accompagnent un nom ou qu’elles constituent à elles seules ce que l’on affirme : ọmọ dáadáa « un bon enfant », mais Ọmọ náà dára « Cet enfant est gentil ».
Le yoruba emploie ní pour situer quelque chose, sí pour indiquer une destination, láti pour marquer une origine, fún pour un bénéficiaire et pẹ̀lú pour l’accompagnement. Pour préciser « sur », « sous », « dans », « derrière » ou « devant », on rencontre des formes locatives comme lórí, lábẹ́, nínú, lẹ́yìn et níwájú : Ó wà lórí tábìlì signifie « C’est sur la table ».
En yoruba, le verbe ne change pas selon la personne : lọ garde la même forme dans Mo lọ (« je vais »), Ó lọ (« il ou elle va ») et Wọ́n lọ (« ils ou elles vont »). Le sujet et, si nécessaire, un marqueur placé avant le verbe indiquent qui agit et comment situer l’action dans le temps. Il faut donc mémoriser une seule forme par verbe, mais respecter soigneusement les tons et les voyelles pointées.
En yoruba, ń signale qu’une action est en cours : Mo ń jẹun signifie « Je suis en train de manger ». La structure de base est sujet + ń + verbe (+ complément). Contrairement au français, il n’y a ni auxiliaire « être » ni conjugaison spéciale du verbe.
En yorùbá, bàbá désigne le père, ìyá la mère et ọmọ l’enfant. Pour parler de la fratrie, on indique d’abord l’âge relatif plutôt que le sexe : ẹ̀gbọ́n est un frère ou une sœur plus âgé(e), tandis que àbúrò est un frère ou une sœur plus jeune. Le possesseur vient après le terme de parenté : bàbá mi, « mon père ».
En yoruba, le nom d’une partie du corps est généralement suivi de la personne à laquelle elle appartient : orí mi (« ma tête »), ọwọ́ rẹ (« ta main »), ojú rẹ̀ (« ses yeux »). Une même forme peut couvrir une distinction que le français impose, comme ẹsẹ̀ pour « pied » ou « jambe » et ojú pour « œil » ou « visage » ; c’est le contexte qui précise le sens.
Pour parler d’un aliment, on emploie surtout jẹ « manger » ; pour une boisson, mu « boire » : Mo jẹ ẹ̀wà « Je mange des haricots », Mo mu omi « Je bois de l’eau ». Les noms n’ont pas besoin d’un équivalent de « un », « une », « le » ou « la », et le verbe ne change pas selon la personne. En revanche, les tons et les lettres pointées font partie de l’orthographe : ọbẹ̀, ẹja et oúnjẹ doivent être appris avec tous leurs signes.
En yoruba, le mot de couleur se place généralement après le nom qu’il décrit : aṣọ pupa signifie « tissu rouge » et ilé funfun, « maison blanche ». Le mot de couleur ne change ni selon le genre ni selon le nombre. Les signes de ton font toutefois partie de l’orthographe : il faut donc apprendre dúdú et àlùkò avec leurs accents.
Pour parler d’un lieu en yoruba, retenez d’abord trois structures : wà ní pour être ou se trouver quelque part, lọ sí pour aller quelque part et láti pour venir de quelque part. Ainsi, Ó wà ní ọjà signifie « Il ou elle est au marché », tandis que Mo ń lọ sí ilé ẹ̀kọ́ signifie « Je vais à l’école ».
En yoruba, le verbe ne change pas selon la personne : mo jí « je me suis réveillé(e) », ó jí « il ou elle s’est réveillé(e) ». Pour présenter une action en cours, on place ń entre le sujet et le verbe : Ó ń wẹ̀ « Il ou elle se lave ». Les repères comme ní àárọ̀ « le matin » et ní alẹ́ « le soir, la nuit » permettent ensuite d’organiser la journée.
Les noms d’animaux en yoruba ne changent ni selon le genre ni selon le nombre : ajá peut désigner « chien » ou « chienne », et le contexte indique s’il y en a un ou plusieurs. Pour rendre le pluriel explicite, on place souvent àwọn devant le nom : àwọn ajá, « les chiens ». Les marques de ton font partie de l’orthographe : il faut donc apprendre ẹyẹ, ẹja ou ẹlẹ́dẹ̀ avec leurs accents et leurs lettres pointées.
Pour décrire un phénomène en cours, le yoruba nomme généralement l’élément naturel puis place ń devant le verbe : Òjò ń rọ̀ (« Il pleut »), littéralement « la pluie tombe », et Ẹ̀fúùfù ń fẹ́ (« Le vent souffle »). Pour décrire un paysage, on place la qualité après le nom : Igi náà ga (« L’arbre est grand »). Les accents et les points sous certaines lettres font partie de l’orthographe et ne doivent pas être traités comme de simples décorations.
Le mot aṣọ désigne le tissu, l’étoffe ou les vêtements selon le contexte. Pour parler de sa tenue, on emploie notamment wọ̀ « porter, mettre », puis le nom du vêtement : Mo wọ̀ aṣọ funfun « Je porte des vêtements blancs ». Les mots descriptifs viennent généralement après le nom : aṣọ funfun « vêtement blanc », ìró gígùn « pagne long ».
En yoruba, le nom d’un objet ne change généralement pas entre le singulier et le pluriel : le contexte, un nombre ou àwọn indique la quantité. Les précisions viennent après le nom : àga mẹ́rin (« quatre chaises »), ilé wa (« notre maison »), ilé ńlá (« une grande maison »). Pour dire où se trouve un objet, on emploie souvent wà : Àwo wà lórí tábìlì (« L’assiette est sur la table »).
Pour faire un achat en yoruba, retenez d’abord ra « acheter », tà « vendre », owó « argent, prix » et ọjà « marché ». Les phrases suivent généralement l’ordre sujet–verbe–complément : Mo fẹ́ ra ẹja (« Je veux acheter du poisson »). Pour demander le prix avec respect, on peut dire Ẹ jọ̀wọ́, iye èyí méèlò?, puis Ẹ dín owó fún mi pour demander une réduction.
En yoruba, les jours se mémorisent avec Ọjọ́ « jour » : Ọjọ́ Ajé est le lundi et Ọjọ́ Ẹtì le vendredi. Pour demander le jour, on dit Ọjọ́ kín ni lónìí ? ; pour l’heure, Àkókò wo ni ? ou, plus précisément, Aago mélòó ni ?. Les moments de la journée s’introduisent souvent par ní : ní àárọ̀ « le matin », ní ọ̀sán « l’après-midi » et ní alẹ́ « la nuit ».
Pour dire le métier de quelqu’un, on peut employer sujet + jẹ́ + métier : Bàbá mi jẹ́ agbẹ̀ (« Mon père est agriculteur »). Pour parler de l’activité professionnelle, on emploie souvent ṣiṣẹ́ (« travailler »), seul ou dans la tournure ṣiṣẹ́ gẹ́gẹ́ bí + métier (« travailler en tant que… »). Le nom de métier reste généralement inchangé, quel que soit le genre de la personne.
En yoruba, on décrit souvent la santé et les émotions au moyen du corps : Inú mi dùn signifie « je suis heureux/heureuse », tandis que Orí mi ń fọ́ mi signifie « j’ai mal à la tête ». Il faut apprendre chaque expression comme un ensemble, car la construction yoruba ne correspond pas toujours au modèle français « je suis + adjectif » ou « j’ai mal à + nom ».
En yoruba, on combine souvent un verbe de mouvement avec un moyen de transport et une direction : Mo gun ọkọ̀ ayọ́kẹ́lẹ́ lọ sí ibi iṣẹ́ signifie « Je suis allé au travail en voiture ». Les verbes ne changent pas selon la personne ; de petits mots comme ń, ti et máa indiquent plutôt une action en cours, accomplie ou à venir/habituelle. lọ exprime un mouvement qui s’éloigne du point de référence, tandis que wá exprime un mouvement vers ce point.
En yoruba, le mot descriptif se place généralement après le nom : aṣọ pupa (« un vêtement rouge »), ilé funfun (« une maison blanche »). Il ne change ni selon le genre ni selon le nombre. Pour faire une phrase complète, le même type de mot peut suivre directement le sujet : Ọmọ náà kéré (« L’enfant est petit »).
A2 (12)
En yoruba, ti se place entre le sujet et le verbe pour présenter une action comme accomplie ou un résultat comme déjà atteint : Mo ti jẹun signifie « J’ai mangé ». Ti ne change jamais selon la personne et le verbe garde sa forme ordinaire. Il correspond souvent au passé composé français, mais le contexte peut conduire à traduire par « déjà », par un plus-que-parfait ou par un état présent.
En yoruba, le verbe ne reçoit pas de terminaison spéciale pour parler de l’avenir. On place surtout máa ou yóò entre le sujet et le verbe : Mo máa lọ lọ́la (« J’irai demain »), Ó yóò wá (« Il ou elle viendra »). Yóò présente généralement l’événement comme plus assuré, tandis que máa convient aussi aux intentions et, selon le contexte, aux actions futures répétées ; á est une forme contractée de yóò.
En yoruba, plusieurs verbes peuvent former une seule proposition et décrire un même événement, sans mot équivalent à et ou pour : Ó mú ìwé wá signifie « Il/Elle a apporté un livre », littéralement « il/elle a pris livre est venu(e) ». Les verbes ont généralement le même sujet, mais chacun garde sa place et son éventuel complément : sujet + verbe 1 + objet + verbe 2.
En yoruba, àti (« et ») relie surtout des noms ou des groupes nominaux : Adé àti Bọ́lá. Pour enchaîner des actions qui ont le même sujet, on juxtapose souvent les verbes au lieu d’ajouter àti : Ó lọ ra oúnjẹ (« Il/Elle est allé(e) acheter à manger »). Les autres liens essentiels sont tàbí (« ou »), ṣùgbọ́n / àmọ́ (« mais »), nítorí pé (« parce que »), torí náà (« donc ») et bí/tí…bá (« si »).
En yoruba, le pronom objet se place normalement après le verbe : Ó rí mi signifie « Il ou elle m’a vu(e) ». Les formes courantes sont mi, ọ/ẹ, ún ou une voyelle reprise, wa, yín, wọn. Pour insister ou opposer une personne à une autre, on emploie une forme indépendante telle que èmi, ìwọ, òun, àwa, ẹ̀yin, àwọn, souvent avec ni.
En yoruba, des mots comme lónìí « aujourd’hui », lánàá « hier » et lọ́la ou ọ̀la « demain » situent l’action, mais ne remplacent pas les marqueurs verbaux : Mo máa lọ lọ́la signifie « J’irai demain ». Une expression de temps peut souvent se placer au début ou à la fin de la phrase, tandis que ní introduit fréquemment une heure ou une période : ní àárọ̀ « le matin ».
Pour dire que quelqu’un a quelque chose, le yoruba place ní après le sujet : Mo ní ọkọ̀ « J’ai une voiture ». La négation courante est kò ní : Kò ní ọmọ « Il ou elle n’a pas d’enfant ». Pour identifier un propriétaire sans répéter l’objet, on emploie une forme en ti, par exemple tèmi « le mien, la mienne » : Tèmi ni yẹn « Celui-là est à moi ».
En yoruba, fẹ́ exprime le désir, lè la capacité ou la possibilité, gbọ́dọ̀ une obligation forte, et yẹ kí un conseil ou ce qu’il convient de faire. Avec les trois premiers, on place directement le verbe d’action après le modal : Mo fẹ́ lọ (« Je veux partir »). Avec yẹ kí, la proposition introduite par kí possède son propre sujet : Ó yẹ kí o lọ (« Tu devrais partir »).
En yoruba, le mot descriptif se place généralement après le nom : aṣọ tuntun (« un vêtement neuf »), owó díẹ̀ (« un peu d’argent »). Il ne s’accorde ni en genre ni en nombre. Pour dire qu’une chose « est bonne », « est mauvaise » ou « est rapide », le yoruba emploie souvent directement un mot à fonctionnement verbal : Ó dára (« c’est bien »), Ó burú (« c’est mauvais »), Ó yára (« c’est rapide »).
En yoruba, máa ń se place entre le sujet et le verbe pour présenter une action comme régulière, habituelle ou caractéristique : Mo máa ń jẹun ní àárọ̀ signifie « Je mange habituellement le matin ». Ne le confondez pas avec ń seul, qui montre plutôt une action en cours : Mo ń jẹun signifie « Je suis en train de manger ».
Pour dire qu’une personne ou une chose possède une qualité à un degré supérieur, le yoruba emploie le modèle A + qualité + ju + B + lọ : Adé ga ju Bọ́lá lọ signifie « Adé est plus grand que Bọ́lá ». La qualité se place avant ju, tandis que l’élément pris comme point de comparaison se trouve entre ju et lọ. Pour exprimer une ressemblance ou une égalité, on rencontre notamment bí, bí…bẹ́ẹ̀ et dàbí.
Pour indiquer que l’action revient sur la personne qui l’accomplit, le yoruba emploie ara + possessif : ara mi « moi-même », ara rẹ « toi-même », ara rẹ̀ « lui-même ou elle-même », ara wa « nous-mêmes », ara yín « vous-mêmes » et ara wọn « eux-mêmes ou elles-mêmes ». Le verbe ne reçoit pas de terminaison réfléchie : dans Mo ń wo ara mi, « je me regarde », c’est ara mi qui porte le sens réfléchi.
B1 (14)
Le yoruba peut réunir plusieurs verbes sous un seul sujet pour présenter le moyen, l’action, la direction et le résultat comme les facettes d’un même événement. Dans Ó fi ọbẹ gé ẹran jẹ, la chaîne fi … gé … jẹ signifie naturellement « Il/Elle a utilisé un couteau pour couper la viande et la manger ». L’ordre des verbes et la place de chaque complément sont essentiels : on ne traduit pas la phrase française mot à mot.
Pour exprimer « plus… que », le yoruba encadre le second terme de la comparaison avec jù…lọ : Ó ga jù mi lọ (« Il ou elle est plus grand(e) que moi »). Pour désigner le degré le plus élevé, on emploie jùlọ ou jù lọ : Èwo ni ó tóbi jùlọ? (« Lequel est le plus grand ? »). L’égalité se rend notamment avec bí (« comme »), la corrélation bí…bẹ́ẹ̀, ou dọ́gba (« être égal »).
Pour donner un ordre direct en yoruba, on place généralement le verbe sans sujet au début : Wá! « Viens ! » Pour adoucir la demande, on ajoute jọ̀wọ́ « s’il te plaît / s’il vous plaît » ou le marqueur respectueux ẹ ; pour interdire, on met má devant le verbe. La structure jẹ́ kí + sujet + verbe sert à exprimer « laisse… », « permettons… » ou « que… ».
En yoruba, une proposition relative se place après le nom qu’elle précise et commence généralement par tí : ìwé tí o kà, « le livre que tu as lu ». Le même marqueur sert notamment pour « qui », « que » et « où » en français. Le nom décrit vient donc d’abord, puis tí, puis une proposition dans laquelle ce nom joue un rôle.
Pour exprimer « si », le yoruba emploie le plus souvent bí, puis place généralement bá entre le sujet et le verbe : Bí o bá lọ... (« Si tu pars… »). Tí ... bá peut présenter la situation comme attendue ou répétée, avec une valeur proche de « quand/si ». Dans une hypothèse contraire aux faits, ìbá marque le résultat imaginé : ...ìbá ti sọ... (« …aurait dit… »).
Le yoruba relie deux actions dans le temps au moyen de groupes comme nígbà tí « quand », ṣáájú kí…tó « avant que », lẹ́yìn tí « après que » et títí…fi « jusqu’à ce que ». À la différence du français, il ne conjugue pas le verbe selon un temps grammatical : l’ordre des actions se comprend grâce au connecteur, au contexte et à des marqueurs tels que ti « action accomplie » ou ń « action en cours ».
Pour parler d’une action comme d’une chose ou d’une activité, le yoruba transforme souvent le verbe par redoublement partiel : jẹ « manger » devient jíjẹ « le fait de manger », kà « lire » devient kíkà « la lecture, le fait de lire ». D’autres noms sont formés avec un préfixe, comme àlọ « départ », ou appartiennent à un composé, comme ilé ẹ̀kọ́ « école ». Ces formes sont des noms : elles peuvent donc être le sujet d’une phrase, recevoir un complément ou être suivies d’un possessif.
En yoruba, certaines actions courantes s'expriment sous une forme compacte issue d'un verbe suivi d'un nom : jẹun « manger », bímọ « enfanter », kọrin « chanter », ṣiṣẹ́ « travailler ». Lorsque le nom doit être précisé, compté ou décrit, les deux éléments redeviennent visibles : Ó kọrin « Il/Elle a chanté », mais Ó kọ orin kan « Il/Elle a chanté une chanson ».
En yoruba, on place souvent fi devant l’objet qui sert à accomplir une action : sujet + fi + instrument + verbe principal + complément. Ainsi, Ó fi ọbẹ gé ẹran signifie « Il/Elle a coupé la viande avec un couteau » : le couteau, introduit par fi, est le moyen employé pour couper. Cette structure ne correspond pas mot à mot au français « avec » ; elle forme une suite de verbes autour d’une seule action.
En yoruba, ẹ sert à parler à plusieurs personnes, mais aussi à une seule personne avec respect : un aîné, un parent, un responsable ou quelqu’un à qui la situation impose de la déférence. Le verbe ne change pas ; c’est surtout le choix du pronom, de la formule de salutation et du terme d’adresse — bàbá, ìyá, ẹ̀gbọ́n, Ọba — qui indique la relation sociale.
En yoruba, mú présente une personne, une chose ou un événement comme la cause d’une action ou d’un état : Ó mú mi bínú signifie « Cela m’a mis en colère ». Jẹ́ kí sert surtout à donner une permission, à ne pas empêcher une action ou à proposer « faisons… » : Jẹ́ kí ó lọ signifie « Laisse-le/la partir ». Retenez d’abord les deux schémas mú + personne concernée + action/état et jẹ́ kí + sujet + action.
Pour présenter une action comme le but d’une autre action, le yoruba emploie souvent láti + verbe : Mo wá láti kọ́ èdè Yorùbá (« Je suis venu apprendre le yoruba »). Quand le but forme une proposition avec son propre sujet, on emploie kí + sujet + verbe : Mo ṣí ilẹ̀kùn kí wọ́n lè wọlé (« J’ai ouvert la porte pour qu’ils puissent entrer »). Lè ajoute l’idée de possibilité ou de capacité : kí wọ́n lè wọlé, « pour qu’ils puissent entrer ».
Le yoruba n’a pas de voix passive morphologique comparable à « être + participe passé » en français. Il conserve généralement une phrase active, mais emploie wọ́n (« ils », avec un sens indéfini), a (« nous/on ») ou une mise en relief avec ni pour ne pas nommer l’auteur de l’action : Wọ́n kọ ilé náà peut ainsi se traduire par « La maison a été construite ».
En yoruba, le mot ou le groupe qui indique comment une action se déroule vient généralement après le verbe, et souvent après son complément : Ó ṣiṣẹ́ dáadáa (« Il ou elle a bien travaillé »), Ó ka ìwé náà dáadáa (« Il ou elle a bien lu le livre »). On peut employer un adverbe simple comme kíákíá (« rapidement »), une forme répétée comme díẹ̀díẹ̀ (« petit à petit »), ou un groupe introduit par pẹ̀lú (« avec ») ou ní (« de, d’une manière… »).
B2 (10)
En yoruba, on place l’élément à mettre en relief au début, puis ni, puis le reste de la proposition : Ìwé ni mo ra (« C’est un livre que j’ai acheté »). Si cet élément est le sujet, il est généralement repris par un pronom : Adé ni ó lọ (« C’est Adé qui est parti »). Cette structure sert aussi avec les mots interrogatifs : Kí ni o ṣe ? (« Qu’as-tu fait ? »).
Le yoruba peut placer plusieurs marqueurs devant le verbe pour présenter une action sous un angle temporel précis : ti ń indique souvent une activité commencée auparavant et encore en cours, ti máa donne une perspective future ou progressive vers un aboutissement, et kò tíì signifie « ne… pas encore ». Ces groupes ne correspondent pas automatiquement à un seul temps français : le contexte indique s’il faut traduire par « fait depuis », « faisait déjà », « finira par » ou « n’a pas encore ».
Pour rapporter une déclaration ou une information, le yoruba emploie très souvent pé : Ó sọ pé ó máa wá (« Il ou elle a dit qu’il ou elle viendrait »). Pour transmettre une consigne, une demande ou un souhait, on emploie kí, parfois dans la suite pé kí : Olùkọ́ sọ fún wa kí a kà ìwé (« Le professeur nous a dit de lire »). Contrairement au français, le yoruba n’impose pas une transposition automatique des temps après un verbe au passé : on conserve les marqueurs d’aspect et de temps qui correspondent au sens voulu.
Le yoruba n’a pas de forme verbale passive comparable à « être construit » ou « être choisi » en français. Pour ne pas nommer l’auteur d’une action, il emploie surtout wọ́n (« ils/elles », avec une valeur indéfinie) ou a (« on/nous » selon le contexte) devant un verbe actif : Wọ́n kọ ilé náà signifie littéralement « Ils ont construit cette maison », mais peut correspondre naturellement à « Cette maison a été construite ». La mise en relief place le patient au premier plan, tandis que di (« devenir ») décrit plutôt l’état obtenu.
Un idéophone est un mot expressif qui fait presque « voir », « entendre » ou « sentir » une scène : Ó ṣubú gẹ̀dẹ̀gbẹ́ ne dit pas seulement que quelqu’un est tombé, mais qu’il est tombé de tout son long. En yoruba, l’idéophone vient le plus souvent après le verbe ou le mot de qualité qu’il précise : sujet + prédicat + idéophone. Il faut apprendre chaque association comme un tout, car on ne peut pas remplacer librement un idéophone par un autre.
Le verbe di présente le passage vers une nouvelle identité, qualité ou situation : Ó di ọba signifie « Il est devenu roi ». Avec ti, il souligne que le nouvel état est déjà atteint : Omi náà ti di yìnyín (« L’eau est devenue de la glace »). La tournure dà bí (ẹni) pé, elle, n’exprime pas ce changement : elle signifie « sembler », « donner l’impression que ».
En yoruba, une idée que le français exprime par un verbe simple ou par « être » suivi d’un adjectif peut correspondre à une unité composée : gbàgbé « oublier », fẹ́ràn « aimer », dákẹ́ « se taire » et bínú « être en colère ». Il faut apprendre chaque expression avec son sens global, sa graphie, ses tons et la façon dont elle reçoit un complément. Certaines unités peuvent se déployer, comme jẹun « manger » → jẹ oúnjẹ « manger de la nourriture », mais cette séparation n’est pas une règle applicable à tous les verbes composés.
Pour mettre un élément en relief, le yoruba le place généralement au début de la phrase, puis ajoute ni : Adé ni ó wá signifie « C’est Adé qui est venu ». L’élément placé avant ni reçoit le contraste principal ; le reste de la proposition indique ce qu’on affirme à son sujet. Cette construction correspond souvent à « c’est… qui/que » en français, mais sa structure propre doit être apprise.
En yoruba, un verbe peut devenir un nom verbal, c’est-à-dire un nom qui désigne une action ou un événement : jẹ « manger » donne jíjẹ « le fait de manger », et ṣe « faire » donne ṣíṣe « le fait de faire ». Cette forme peut être le sujet ou le complément d’une phrase et recevoir un possessif : Wíwá rẹ mú mi dùn signifie « Ta venue m’a fait plaisir ». Elle correspond souvent à l’infinitif français employé comme nom, mais pas automatiquement au gérondif français en -ant.
Les marqueurs discursifs relient des idées entières et rendent le raisonnement explicite : bí ó tilẹ̀ jẹ́ pé introduit une concession (« bien que »), nítorí náà une conséquence (« par conséquent »), tandis que pẹ̀lú èyí et ní àfikún sí èyí ajoutent un argument. Il faut surtout distinguer le connecteur qui annonce une cause de celui qui en présente le résultat, et ne pas traduire chaque mot isolément.
C1 (9)
Une phrase complexe yoruba combine plusieurs propositions au moyen de marqueurs courts mais essentiels : tí introduit notamment une relative, pé un contenu rapporté, bí…bá une condition et ni une focalisation. Pour bien l’interpréter, il faut repérer le rôle de chaque proposition, le sujet de chaque verbe et la portée des marqueurs d’aspect tels que ti, ń et máa.
Un proverbe yoruba, òwe, ne se comprend pas en remplaçant simplement chaque mot par son équivalent français : l’image littérale conduit à une leçon adaptée à une situation précise. Pour bien l’interpréter, il faut repérer sa structure — souvent une condition, une relative ou un énoncé général — puis distinguer l’image, le message et l’intention du locuteur. Les tons et les sous-points des lettres font partie de l’expression et ne sont pas décoratifs.
Le yoruba formel ne repose pas sur une conjugaison spéciale : il combine les marques ordinaires de la langue avec le pronom respectueux ẹ, des titres, des salutations développées et des tournures qui atténuent l'ordre ou structurent le discours. Dans une assemblée, une cérémonie ou une adresse aux aînés, la manière d'ouvrir, de rythmer et de conclure la parole compte autant que son contenu.
En yoruba, le ton ne sert pas seulement à distinguer des mots : il peut aussi signaler une fonction grammaticale ou résulter de la rencontre de plusieurs éléments. Ainsi, ó peut être un sujet de troisième personne, ò intervient dans certaines formes négatives ou interrogatives, et tí ó se contracte couramment en tó. Il faut donc apprendre à la fois le ton propre de chaque mot et les changements produits par la phrase.
L’oríkì est une parole poétique de célébration qui évoque l’identité, l’histoire et les qualités d’une personne, d’une lignée, d’une ville ou d’une divinité. Il procède souvent par adresse directe, accumulation d’épithètes, répétition de ọmọ (« enfant, descendant de »), images et allusions : ce n’est donc ni un simple compliment ni une biographie en vers. Pour bien le comprendre, il faut écouter autant sa construction et son rythme que traduire ses mots.
Le vocabulaire culturel yoruba ne se traduit pas toujours mot à mot : àṣà peut désigner une coutume précise ou la culture au sens large, tandis que orí signifie aussi bien « tête » que, dans certains contextes, le principe lié à la destinée personnelle. Pour comprendre ìsìn, egúngún, ọ̀rìṣà et ìwà, il faut donc observer les mots qui les entourent, la situation et le registre, plutôt que chercher un unique équivalent français.
En yoruba, on peut annoncer d’abord ce dont on va parler, puis apporter une information à son sujet : Ìwé yẹn, mo ti kà á (« Ce livre-là, je l’ai déjà lu »). Le groupe placé en tête constitue le thème ; la suite forme le commentaire et reprend souvent le thème par un pronom. Cette construction ne doit pas être confondue avec la focalisation en ni, qui sert à identifier ou à opposer un élément : Ìwé yẹn ni mo ti kà (« C’est ce livre-là que j’ai lu »).
Le récit yoruba traditionnel est une performance autant qu’une suite d’événements : l’appel Àlọ́ ò! sollicite la réponse Àlọ́!, puis le conteur installe le passé, fait avancer l’action à l’aide de marqueurs et peut insérer chants, dialogues, proverbes et répétitions. Le verbe ne change pas de forme comme en français ; le temps et le déroulement se comprennent surtout grâce au contexte, aux expressions temporelles et aux marqueurs d’aspect tels que ń, ti et máa ń.
Les mots àṣà, ìwà, orí, àyànmọ́ et ọmọlúàbí ne désignent pas seulement la culture, le caractère ou le destin : ils organisent aussi une manière de parler de la personne, de ses actes et de sa place dans la collectivité. Pour bien les comprendre, il faut observer leur contexte, les tons et les structures telles que X ni… (« c’est X qui… »), plutôt que leur attribuer un unique équivalent français.
C2 (5)
Le yorùbá poétique ne se reconnaît pas à une conjugaison spéciale, mais à une exploitation très dense des ressources de la langue : tons, rythme, répétitions, images, noms de louange et allusions culturelles. Dans l’oríkì comme dans les ẹsẹ Ifá (vers ou séquences poétiques d’Ifá), le texte écrit ne représente qu’une partie de l’œuvre : la voix, le débit, la situation d’énonciation et la mémoire du public participent aussi au sens.
Le yoruba standard permet de communiquer largement, mais il ne résume pas toute la diversité du yoruba parlé. Des variétés comme l’Ìjẹ̀bú, l’Èkìtì, l’Ọ̀yọ́, l’Ìjẹ̀ṣà, l’Ìfẹ̀, l’Ọ̀wọ̀ ou l’Ondo peuvent employer d’autres mots, d’autres sons ou d’autres schémas tonals. Il n’existe pas de règle unique qui transforme automatiquement le standard en chaque parler : au niveau C2, il faut surtout apprendre à reconnaître des correspondances régulières dans des sources bien identifiées.
Le yorùbá contemporain ne remplace pas la grammaire traditionnelle : il en conserve souvent l’ossature tout en y insérant des mots anglais, des éléments du pidgin nigérian et des raccourcis propres à l’oral ou aux réseaux sociaux. Pour parler avec naturel, il faut surtout savoir qui parle à qui, dans quel cadre, et si une forme hybride exprime la proximité, l’humour, la modernité ou simplement le besoin de nommer une réalité récente.
Le yoruba administratif et juridique privilégie des groupes nominaux précis, des formules comme gẹ́gẹ́ bí « conformément à », des propositions introduites par pé et des formulations où l’auteur de l’action reste général : a « on » ou wọ́n « ils/on ». Il ne suffit donc pas de remplacer les mots d’une phrase française : il faut aussi réorganiser l’information selon la syntaxe yoruba et choisir exactement entre obligation, autorisation, interdiction et décision.
La langue d’Ifá est une langue de récitation : elle associe des ẹsẹ Ifá (vers d’Ifá), organisés sous des odù, à des hommages appelés ìbà, à des formules répétées et à des images dont le sens dépend du récit et de la situation de consultation. Pour la comprendre, il faut donc écouter le rythme, repérer les formules et respecter les tons, sans traiter un vers isolé comme une phrase ordinaire ni comme une traduction mot à mot.
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