B1

Les propositions relatives avec *tí* en yoruba

Gbólóhùn Ọ̀rọ̀ Àpèjúwe (Tí)

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de yoruba sur Settemila Lingue.

En bref

En yoruba, une proposition relative se place après le nom qu’elle précise et commence généralement par : ìwé tí o kà, « le livre que tu as lu ». Le même marqueur sert notamment pour « qui », « que » et « où » en français. Le nom décrit vient donc d’abord, puis , puis une proposition dans laquelle ce nom joue un rôle.

Vue d’ensemble

Une proposition relative est un petit groupe construit autour d’un verbe qui sert à identifier ou à décrire un nom : dans « la femme qui chante », « qui chante » précise de quelle femme on parle. Le nom précisé s’appelle l’antécédent — autrement dit, le mot placé avant la relative. En yoruba, cet antécédent est suivi du marqueur .

Cette construction apparaît partout : pour reconnaître une personne, choisir un objet, rappeler un événement ou indiquer un lieu. Elle constitue un point central du niveau B1, car elle permet de réunir deux idées sans produire une suite de phrases courtes. Ainsi, au lieu de dire séparément qu’on a vu un homme et que cet homme est parti, on peut dire Ọkùnrin tí mo rí lánàá ti lọ : « L’homme que j’ai vu hier est parti. »

Pour un francophone, la bonne nouvelle est que l’ordre général ressemble souvent au français : le nom précède ce qui le décrit. La différence importante est que le français choisit entre « qui », « que », « dont », « où », etc., tandis que le yoruba emploie très largement . Il faut ensuite regarder la structure de la proposition pour comprendre le rôle du nom.

Comment cela fonctionne

Le schéma essentiel

La structure de base est la suivante :

Élément Fonction Exemple
nom ou groupe nominal élément que l’on décrit ìwé — le livre
introduit la relative
proposition relative information qui identifie le nom o kà — tu as lu
suite de la phrase principale ce que l’on affirme de l’ensemble dára — est bon

On obtient ainsi : nom + tí + proposition relative.

Ìwé tí o kà dára.

Le livre que tu as lu est bon.

Dans la relative tí o kà, o est le sujet (« tu ») et le verbe (« lire »). Le livre est ce qui a été lu, mais on ne le répète pas après le verbe : sa place logique reste vide. L’ensemble ìwé tí o kà fonctionne ensuite comme le sujet de dára.

Quand le nom est l’objet de la relative

Le nom peut représenter l’objet direct, c’est-à-dire la personne ou la chose sur laquelle porte l’action :

  • ọkùnrin tí mo rí — l’homme que j’ai vu ;
  • ìwé tí o kà — le livre que tu as lu ;
  • aṣọ tí wọ́n rà — le vêtement qu’ils ont acheté.

Après , on conserve le sujet et le verbe : mo rí (« j’ai vu »), o kà (« tu as lu »), wọ́n rà (« ils ont acheté »). On ne rajoute normalement pas un pronom objet correspondant à l’antécédent.

Quand le nom est le sujet de la relative

Le nom peut aussi être celui qui accomplit l’action. Dans une forme développée, on rencontre souvent tí ó devant le verbe :

  • ọkùnrin tí ó wá — l’homme qui est venu ;
  • ẹni tí ó ṣiṣẹ́ — la personne qui a travaillé.

Avec un marqueur d’aspect comme ń, qui présente une action en cours, le pronom peut ne pas apparaître dans des tournures courantes :

  • obìnrin tí ń kọrin — la femme qui chante / qui est en train de chanter.

Il est utile d’apprendre les groupes complets rencontrés dans de vrais énoncés plutôt que de chercher à remplacer automatiquement le français « qui » mot à mot.

Une seule forme pour des antécédents variés

ne s’accorde ni en genre ni en nombre. Il peut suivre un nom de personne, de chose, de lieu ou de temps.

Type d’antécédent Groupe en yoruba Sens en français
personne ọmọ tí mo rí l’enfant que j’ai vu
chose ohun tí o sọ ce que tu as dit
lieu ibi tí a ti pàdé l’endroit où nous nous sommes rencontrés
moment ọjọ́ tí wọ́n dé le jour où ils sont arrivés
personne non précisée ẹni tí ó mọ̀ la personne qui sait / celui ou celle qui sait

Les mots ẹni (« personne, celui ou celle »), ohun (« chose, ce que ») et ibi (« lieu, endroit ») donnent à la relative un support clair. Ils correspondent souvent à des expressions françaises telles que « celui qui », « ce que » ou « l’endroit où ».

Le rôle reste lisible dans la proposition

Le français change de pronom relatif selon la fonction : « la femme qui chante », « le livre que tu lis », « la personne à qui j’écris ». En yoruba, reste stable ; ce sont les mots autour du verbe qui indiquent la relation.

Avec certaines prépositions, le mot qui correspond à « à », « avec » ou « depuis » reste vers la fin de la relative. On peut le voir dans :

ẹni tí mo fi lẹ́tà ránṣẹ́ sí

la personne à qui j’ai envoyé une lettre

Ici, reste après le groupe verbal. Pour un francophone, cette organisation demande de l’attention, car il ne faut pas placer mécaniquement l’équivalent de « à qui » juste après le nom.

et les marqueurs d’aspect

Le marqueur relatif n’indique pas à lui seul si l’action est passée, en cours ou habituelle. Les marqueurs verbaux ordinaires restent présents dans la relative :

  • ń : action en cours — obìnrin tí ń kọrin ;
  • ti : situation accomplie — selon la phrase, ti peut marquer qu’une action est déjà réalisée ;
  • máa : valeur habituelle ou prospective selon le contexte ;
  • : valeur conditionnelle dans des structures plus avancées.

Les tons comptent. , avec un ton haut indiqué par l’accent aigu, est le marqueur relatif. Ti, sans accent tonal écrit, peut avoir une autre fonction. Dans Ọkùnrin tí mo rí lánàá ti lọ, le premier introduit « que j’ai vu hier », tandis que ti contribue à présenter le départ comme accompli.

Exemples en contexte

Yoruba Français Remarque
Ọkùnrin tí mo rí lánàá ti lọ. L’homme que j’ai vu hier est parti. L’antécédent est l’objet de .
Ìwé tí o kà dára. Le livre que tu as lu est bon. correspond ici à « que ».
Obìnrin tí ń kọrin ni olùkọ́ wa. La femme qui chante est notre professeure. Le nom décrit accomplit l’action.
Ibi tí mo ti wá ni ilé mi. L’endroit d’où je viens est chez moi. Relative construite avec ibi.
Mo ra aṣọ tí o fẹ́. J’ai acheté le vêtement que tu aimes. Tout le groupe relatif est objet de ra.
Àwọn akẹ́kọ̀ọ́ tí wọ́n dé ní kutukutu wọlé. Les élèves qui sont arrivés tôt sont entrés. Antécédent au pluriel ; ne change pas.
Ilé tí wọ́n ń kọ tóbi. La maison qu’ils construisent est grande. L’action de construire est en cours.
Mo rí ẹni tí o ń wá. J’ai vu la personne que tu cherches. Ẹni désigne une personne sans la nommer.
Ohun tí o sọ ṣe pàtàkì. Ce que tu as dit est important. Ohun tí introduit « ce que ».
Ọjọ́ tí a pàdé ni ọjọ́ Ajé. Le jour où nous nous sommes rencontrés était un lundi. Un nom de temps précède .
Adé ni ó kọ lẹ́tà tí mo kà. C’est Adé qui a écrit la lettre que j’ai lue. La relative s’insère dans une construction avec ni.
Bí o bá rí ẹni tí mo fi lẹ́tà ránṣẹ́ sí, sọ fún un pé mo ti dé. Si tu vois la personne à qui j’ai envoyé la lettre, dis-lui que je suis arrivé. reste à la fin de la relative.

Erreurs courantes

Placer à l’intérieur de la relative

  • Incorrect : Ìwé o tí kà dára.
  • Correct : Ìwé tí o kà dára.
  • Pourquoi : vient immédiatement après le nom qu’il introduit : ìwé + tí + o kà.

Répéter l’objet déjà représenté par l’antécédent

  • Incorrect : Ìwé tí mo kà á dára.
  • Correct : Ìwé tí mo kà dára.
  • Pourquoi : Dans cette relative, ìwé est déjà ce que l’on a lu. Le reprendre par un pronom objet produit une répétition inutile dans le schéma de base.

Employer le même schéma pour le sujet et pour l’objet

  • Incorrect : Ọkùnrin tí wá ti lọ.
  • Correct : Ọkùnrin tí ó wá ti lọ.
  • Pourquoi : Quand l’antécédent est le sujet d’un verbe simple, la forme développée avec ó fournit un modèle sûr. Il ne faut pas généraliser sans précaution l’absence de pronom observée dans tí ń kọrin.

Calquer « à qui » sur l’ordre français

  • Incorrect : Ẹni sí tí mo fi lẹ́tà ránṣẹ́...
  • Correct : Ẹni tí mo fi lẹ́tà ránṣẹ́ sí...
  • Pourquoi : Dans cette construction yoruba, reste à la fin du groupe verbal. L’ordre français ne se transpose pas mot à mot.

Confondre et ti

  • Incorrect : Ọkùnrin ti mo rí lánàá ti lọ. dans une écriture soignée
  • Correct : Ọkùnrin tí mo rí lánàá ti lọ.
  • Pourquoi : L’accent aigu note le ton haut de relatif. Le second ti a une autre fonction. Négliger les tons peut rendre la structure moins claire ou changer l’interprétation.

Supprimer trop tôt

  • À éviter au début : Ìwé o kà dára.
  • Modèle clair : Ìwé tí o kà dára.
  • Pourquoi : On peut entendre des relatives sans dans la conversation familière, mais le marqueur rend immédiatement la relation visible. Pour apprendre et pour écrire avec soin, mieux vaut d’abord maîtriser la forme complète.

Notes d’usage

Dans la parole spontanée, peut être omis lorsque le contexte et le rythme rendent la relation évidente. Cette omission relève surtout de l’usage familier ; elle ne signifie pas que toutes les relatives doivent être produites sans marqueur. Pour un apprenant, conserver est généralement le choix le plus transparent, en particulier dans un texte, une présentation ou une situation formelle.

On rencontre aussi très souvent , notamment là où une forme avec tí ó est contractée : Ọmọdé tó bá mọ̀wọ́ wẹ̀... (« L’enfant qui sait se laver les mains… »). Cette forme appartient à l’usage réel et n’est pas simplement une faute de prononciation. Il est néanmoins utile de reconnaître d’abord la relation entre la forme développée tí ó et la forme contractée .

La présence ou l’absence de marques tonales change fortement la facilité de lecture. Dans les messages informels, elles sont parfois omises, mais les textes pédagogiques les conservent pour distinguer des mots comme et ti. Prenez donc les accents comme une partie de la forme à apprendre, et non comme une décoration facultative.

Enfin, ne traduit pas toujours un seul mot français. Selon l’antécédent et le reste de la proposition, une traduction naturelle pourra employer « qui », « que », « où », « dont », « à qui », « ce que » ou « celui qui ». Il faut traduire la relation complète, pas le marqueur isolé.

Au-delà des bases

À un niveau plus avancé, plusieurs relatives peuvent s’emboîter ou se suivre. La phrase suivante combine ainsi plusieurs informations autour du même groupe nominal :

Ọkùnrin tí mo rí tí ó sọ pé ó fẹ́ lọ ni bàbá rẹ̀.

L’homme que j’ai vu, qui a dit qu’il voulait partir, est ton père.

Pour analyser une phrase longue, partez du premier nom, encadrez chaque groupe introduit par , puis cherchez le prédicat principal. Ici, ọkùnrin est précisé par tí mo rí puis par tí ó sọ pé ó fẹ́ lọ ; la partie principale se termine par ni bàbá rẹ̀.

Les relatives interagissent également avec la focalisation, c’est-à-dire la mise en relief d’un élément. Dans Obìnrin tí ń kọrin ni olùkọ́ wa, relie obìnrin à l’action de chanter, tandis que ni relie ou met en relief le groupe ainsi formé par rapport à olùkọ́ wa. Ne confondez donc pas les deux particules : elles n’organisent pas le même niveau de la phrase.

Les groupes ẹni tí, ohun tí et ibi tí permettent de construire des équivalents très souples de « celui qui », « ce qui/ce que » et « l’endroit où ». Ils sont fréquents dans les explications générales, les conseils et les proverbes. Les textes élaborés peuvent en outre conserver une préposition à la fin d’une relative, ou intégrer aspect, condition et discours rapporté dans la même structure. La règle de départ reste pourtant visible : un antécédent, , puis l’information qui le caractérise.

Conseils de pratique

  1. Transformez deux phrases en une seule. Partez de Mo rí ọkùnrin (« J’ai vu un homme ») et Ọkùnrin ti lọ (« L’homme est parti »), puis construisez Ọkùnrin tí mo rí ti lọ. Faites le même exercice avec un livre, un lieu et une personne.
  2. Repérez le rôle du nom. Pour chaque relative rencontrée, demandez-vous : « Est-ce le nom qui fait l’action, ou est-ce lui qui la subit ? » Soulignez ensuite le sujet et le verbe présents après .
  3. Écoutez les variantes sans perdre le modèle. Dans un dialogue, notez séparément les formes avec , les contractions comme et les omissions familières. Réécrivez ensuite chaque exemple sous une forme complète afin de relier prononciation courante et structure grammaticale.

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Prérequis

La structure de base sujet-verbe-objet en yorubaA1

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