A2

Expressions de temps et mots temporels en yoruba

Àwọn Ọ̀rọ̀ Àkókò

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de yoruba sur Settemila Lingue.

En bref

En yoruba, des mots comme lónìí « aujourd’hui », lánàá « hier » et lọ́la ou ọ̀la « demain » situent l’action, mais ne remplacent pas les marqueurs verbaux : Mo máa lọ lọ́la signifie « J’irai demain ». Une expression de temps peut souvent se placer au début ou à la fin de la phrase, tandis que introduit fréquemment une heure ou une période : ní àárọ̀ « le matin ».

Vue d’ensemble

Les expressions temporelles servent à dire quand une action se déroule, combien de temps elle dure et dans quel ordre plusieurs événements arrivent. Elles comprennent des adverbes (des mots qui précisent les circonstances de l’action) tels que nísisìnyí « maintenant », des noms comme ọjọ́ « jour » et des groupes de mots comme lẹ́yìn náà « après cela ».

Ce point apparaît au niveau A2 parce qu’il permet de dépasser la phrase isolée. Avec quelques repères bien choisis, on peut raconter sa journée, fixer un rendez-vous, parler d’un projet ou relater un événement passé. Le yoruba demande cependant une attention particulière aux signes souscrits et aux tons : ọjọ́, oṣù et ọ̀la ne doivent pas être réduits à une orthographe approximative.

Pour un francophone, la différence essentielle est que le temps chronologique et l’aspect verbal travaillent ensemble. L’aspect indique comment on envisage l’action — en cours, achevée, habituelle ou à venir — plutôt que de conjuguer systématiquement le verbe comme en français. Ainsi, le mot « demain » situe l’action, mais le marqueur máa contribue à l’interprétation future dans Mo máa lọ lọ́la.

Comment cela fonctionne

Les repères les plus utiles

Yoruba Sens en français Exemple bref
lónìí aujourd’hui Lónìí ni mo máa lọ. — C’est aujourd’hui que je partirai.
lánàá hier Ó wá lánàá. — Il ou elle est venu(e) hier.
lọ́la / ọ̀la demain A ó pàdé lọ́la. — Nous nous verrons demain.
nísisìnyí maintenant Mo ń ṣiṣẹ́ nísisìnyí. — Je travaille maintenant.
tẹ́lẹ̀ auparavant, avant Mo ti rí i tẹ́lẹ̀. — Je l’ai déjà vu auparavant.
lẹ́yìn náà ensuite, après cela Lẹ́yìn náà, a lọ sí ilé. — Ensuite, nous sommes rentrés.
ṣáájú avant, auparavant Ó dé ṣáájú mi. — Il ou elle est arrivé(e) avant moi.
nígbà tí quand, au moment où Nígbà tí mo dé… — Quand je suis arrivé(e)…

Lọ́la et ọ̀la se rencontrent tous deux avec le sens de « demain ». Pour commencer, choisissez une forme et apprenez-la avec ses tons, tout en sachant reconnaître l’autre.

La place dans la phrase

Le repère temporel se place couramment après le groupe verbal :

  • Mo máa lọ lọ́la. — J’irai demain.
  • Ó wá lánàá. — Il ou elle est venu(e) hier.
  • Wọ́n ń ṣiṣẹ́ nísisìnyí. — Ils ou elles travaillent maintenant.

Il peut aussi venir au début pour poser le cadre ou créer un contraste :

  • Lónìí, mo máa sinmi. — Aujourd’hui, je vais me reposer.
  • Lánàá, a lọ sí ọjà. — Hier, nous sommes allés au marché.

Une tournure focalisante avec ni met précisément le moment en relief : Lónìí ni mo máa lọ signifie « C’est aujourd’hui que je partirai ». Le mot ni ne veut donc pas simplement dire « à » ; dans cette construction, il souligne l’élément placé avant lui.

Le rôle de ní devant une période ou une heure

La préposition (un petit mot qui introduit ici un repère) correspond souvent à « à », « en » ou « pendant » selon le contexte. Au contact du mot suivant, elle est fréquemment écrite sous une forme contractée :

Forme Décomposition utile Sens
ní àárọ̀ ní + àárọ̀ le matin
ní ọ̀sán ní + ọ̀sán l’après-midi, à midi selon le contexte
ní ìrọ̀lẹ́ ní + ìrọ̀lẹ́ le soir
ní alẹ́ ní + alẹ́ la nuit
lọ́jọ́ Ajé ní + ọjọ́ Ajé lundi
ní aago mẹ́ta ní + aago mẹ́ta à trois heures

Le français utilise parfois un article sans préposition, comme dans « lundi » ou « le matin ». Le yoruba emploie volontiers pour rattacher ce moment à l’action. Il ne faut toutefois pas l’ajouter devant les adverbes autonomes lónìí, lánàá et lọ́la.

Jours, semaines, mois et années

Les unités de calendrier les plus courantes sont ọjọ́ « jour », ọ̀sẹ̀ « semaine », oṣù « mois » et ọdún « année ». Les jours de la semaine ont des noms qu’il faut apprendre comme des unités complètes.

Jour en yoruba Français
Ọjọ́ Àìkú dimanche
Ọjọ́ Ajé lundi
Ọjọ́ Ìṣẹ́gun mardi
Ọjọ́rú mercredi
Ọjọ́bọ̀ jeudi
Ọjọ́ Ẹtì vendredi
Ọjọ́ Àbámẹ́ta samedi

Pour demander le jour, on peut dire Ọjọ́ kín ni lónìí? « Quel jour sommes-nous aujourd’hui ? » Pour compter une durée, le nom de l’unité est suivi d’une expression numérique : ọjọ́ méjì « deux jours », ọ̀sẹ̀ mẹ́ta « trois semaines », oṣù mélòó « combien de mois ? ».

Dire l’heure et demander une durée

Aago ou wákàtí peut renvoyer à l’heure selon la construction et le contexte. Deux questions utiles sont :

  • Kí ni wákàtí? — Quelle heure est-il ?
  • Aago mélòó ni? — Il est quelle heure ?

Pour une heure pleine, on emploie aago suivi du nombre : aago mẹ́ta « trois heures ». Dans une phrase, on ajoute souvent : Ìpàdé náà bẹ̀rẹ̀ ní aago mẹ́ta « La réunion commence à trois heures ».

Pour demander depuis combien de temps une situation dure, le yoruba peut associer l’unité, mélòó « combien ? » et ti, marqueur d’une situation déjà commencée ou accomplie :

  • Oṣù mélòó ni o ti wà níbí? — Depuis combien de mois es-tu ici ? / Depuis combien de mois êtes-vous ici ?
  • Mo ti wà níbí fún oṣù méjì. — Je suis ici depuis deux mois.

Dans la réponse, fún introduit la durée (« pendant, pour »). Le français choisit « depuis » parce que la situation continue au moment où l’on parle ; il serait trompeur de traduire chaque petit mot séparément.

Relier plusieurs moments

Pour construire un récit simple, trois outils suffisent souvent :

  • ṣáájú : avant, plus tôt ;
  • lẹ́yìn náà : après cela, ensuite ;
  • nígbà tí : quand, au moment où.

Nígbà tí introduit une proposition subordonnée (un groupe de mots avec un verbe qui dépend de la phrase principale) : Nígbà tí mo dé, wọ́n ń jẹun « Quand je suis arrivé(e), ils mangeaient ». À l’inverse, lẹ́yìn náà renvoie à ce qui vient d’être raconté et fait avancer le récit : A jẹun. Lẹ́yìn náà, a lọ. « Nous avons mangé. Ensuite, nous sommes partis. »

Exemples en contexte

Yoruba Français Remarque
Mo máa lọ lọ́la. J’irai demain. máa et lọ́la orientent la phrase vers l’avenir.
Ó wá lánàá. Il ou elle est venu(e) hier. Le repère passé suit le verbe.
Kí ni wákàtí? Quelle heure est-il ? Question donnée dans le concept de base.
Oṣù mélòó ni o ti wà níbí? Depuis combien de mois es-tu ici ? mélòó demande une quantité.
Lónìí, mo ń ṣiṣẹ́ ní ilé. Aujourd’hui, je travaille à la maison. Le cadre temporel est placé en tête.
A ó pàdé ní aago mẹ́rin. Nous nous retrouverons à quatre heures. introduit l’heure.
Mo máa ń jí ní àárọ̀ kùtùkùtù. Je me réveille habituellement tôt le matin. máa ń marque ici une habitude.
Wọ́n dé ní ìrọ̀lẹ́. Ils ou elles sont arrivé(e)s le soir. Période de la journée avec .
Ọjọ́ kín ni lónìí? Quel jour sommes-nous aujourd’hui ? Question sur le jour.
Lónìí ni Ọjọ́ Ajé. Aujourd’hui, c’est lundi. Identification avec ni.
Mo ti dúró fún wákàtí méjì. J’attends depuis deux heures. Durée introduite par fún.
Nígbà tí mo dé, wọ́n ń jẹun. Quand je suis arrivé(e), ils ou elles mangeaient. Deux actions mises en relation.
A ra oúnjẹ; lẹ́yìn náà, a lọ sí ilé. Nous avons acheté de la nourriture ; ensuite, nous sommes rentrés. Succession de deux étapes.
Ó dé ṣáájú mi. Il ou elle est arrivé(e) avant moi. Comparaison entre deux moments d’arrivée.
Mo ń ṣe é nísisìnyí. Je suis en train de le faire maintenant. Action en cours avec ń.

Erreurs courantes

Ajouter ní devant lónìí, lánàá ou lọ́la

  • Incorrect : Mo máa lọ ní lọ́la.
  • Correct : Mo máa lọ lọ́la.
  • Pourquoi : lọ́la fonctionne déjà comme l’adverbe « demain ». En revanche, on emploie normalement dans ní aago mẹ́ta « à trois heures ».

Croire que le mot temporel suffit toujours à exprimer l’aspect

  • Incorrect : Mo lọ lọ́la. si l’on veut annoncer clairement « J’irai demain ».
  • Correct : Mo máa lọ lọ́la.
  • Pourquoi : le yoruba combine les repères chronologiques avec des marqueurs comme máa, ti ou ń. Apprenez donc la phrase entière, pas seulement le mot « demain ».

Calquer mot à mot « depuis »

  • Incorrect : construire la question en remplaçant simplement « depuis » par un seul mot yoruba.
  • Correct : Oṣù mélòó ni o ti wà níbí?
  • Pourquoi : la durée en cours est exprimée par l’ensemble de la structure : unité de temps + mélòó + ni + sujet + ti + verbe.

Confondre lọ́la et lánàá

  • Incorrect : Ó wá lọ́la pour dire « Il est venu hier ».
  • Correct : Ó wá lánàá.
  • Pourquoi : lọ́la regarde vers demain, alors que lánàá renvoie à hier. Associez chaque mot à une phrase complète pour ne pas les inverser.

Négliger les tons et les lettres souscrites

  • Incorrect : ojo, osu, ola dans un texte soigné.
  • Correct : ọjọ́, oṣù, ọ̀la.
  • Pourquoi : en yoruba standard, les accents indiquent les tons et le point souscrit distingue certaines voyelles ou consonnes. Ces signes font partie de l’orthographe et peuvent distinguer des mots.

Notes d’usage

Dans une conversation, le contexte permet parfois de laisser le repère temporel implicite. Toutefois, au niveau A2, le nommer explicitement rend le message plus sûr. Placez-le en tête pour changer de cadre — « hier…, aujourd’hui… » — et en fin de phrase pour donner simplement l’information attendue.

Lẹ́yìn náà est particulièrement naturel pour raconter une série d’actions. Nígbà tí, lui, ne signifie pas automatiquement que la première action est terminée avant la seconde : les marqueurs verbaux et le contexte indiquent si les actions se chevauchent ou se succèdent.

À l’oral, on peut entendre des réalisations réduites ou des variations de prononciation. Pour apprendre et écrire, conservez les tons et les lettres ẹ, ọ, ṣ. Cette orthographe facilite aussi la distinction entre des formes qui paraîtraient identiques sans signes diacritiques.

Pour aller plus loin

Vous n’avez pas besoin de maîtriser toutes les nuances suivantes au niveau A2, mais elles expliquent des phrases que vous rencontrerez plus tard.

Le yoruba ne superpose pas exactement les catégories françaises de passé, présent et futur. Comparez :

Yoruba Interprétation naturelle Élément important
Mo ń ṣiṣẹ́ nísisìnyí. Je travaille en ce moment. ń présente l’action en cours.
Mo ti ṣiṣẹ́ fún wákàtí méjì. Je travaille depuis deux heures / J’ai travaillé pendant deux heures. ti et le contexte déterminent si le résultat ou la durée est mis en avant.
Mo máa ń ṣiṣẹ́ ní àárọ̀. Je travaille habituellement le matin. máa ń exprime l’habitude.
Mo máa ṣiṣẹ́ lọ́la. Je travaillerai demain. máa reçoit ici une lecture future grâce à lọ́la.

On peut également préciser les limites d’une période avec láti… títí dé… « de… jusqu’à… » : Mo ṣiṣẹ́ láti àárọ̀ títí dé ìrọ̀lẹ́ « J’ai travaillé du matin jusqu’au soir ». Cette structure présente une période entière, alors que ní àárọ̀ ne donne qu’un point ou un cadre temporel.

Enfin, ni permet de corriger ou d’opposer les moments : Ọ̀la ni, kì í ṣe lónìí « C’est demain, pas aujourd’hui ». Cette focalisation devient utile lorsqu’on confirme un rendez-vous ou rectifie un malentendu.

Conseils de pratique

  1. Tenez une ligne de journal par jour. Utilisez tour à tour lónìí, lánàá, lọ́la et lẹ́yìn náà, avec un marqueur verbal adapté.
  2. Apprenez les repères par paires. Opposez lánàá / lọ́la, puis ṣáájú / lẹ́yìn náà. Dites chaque paire à voix haute en respectant les tons.
  3. Construisez un agenda oral. Donnez un jour, une période et une heure : lọ́jọ́ Ajé, ní àárọ̀, ní aago mẹ́ta. Vérifiez surtout où est nécessaire et où il ne l’est pas.

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