Les pronoms personnels en yoruba
Arọ́pò Orúkọ
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de yoruba sur Settemila Lingue.
En bref
En yoruba, les pronoms sujets courts sont mo « je », o « tu », ó « il, elle, cela », a « nous », ẹ « vous » et wọ́n « ils, elles ». Le verbe ne change pas selon la personne : c’est donc le pronom, avec son ton exact, qui indique généralement qui accomplit l’action. Le yoruba ne distingue ni le masculin ni le féminin dans ses pronoms.
Vue d’ensemble
Un pronom personnel est un petit mot qui remplace le nom d’une personne ou d’une chose : en français, je, tu, elle ou nous. Le sujet est la personne ou la chose qui accomplit l’action, ou dont on dit quelque chose. Dans Mo jẹun, « j’ai mangé », mo est ainsi le sujet de jẹun, « manger ».
Les pronoms sujets font partie des toutes premières notions du niveau A1, car ils permettent immédiatement de construire des phrases complètes. La logique est plus régulière qu’en français : on dit mo lọ, o lọ, ó lọ, a lọ, sans modifier le verbe lọ, « aller ». En revanche, on ne peut pas se fier à une terminaison verbale pour reconnaître la personne. Dans une phrase ordinaire, le sujet doit donc être exprimé.
Deux caractéristiques demandent une attention particulière aux francophones. D’abord, o « tu » et ó « il, elle, cela » se distinguent par le ton, noté à l’écrit par l’accent aigu de ó. Ensuite, le yoruba ne possède pas de pronoms séparés correspondant à il et elle. Le contexte indique si ó renvoie à un homme, à une femme, à un animal ou à une chose.
Fonctionnement
Les formes courtes : la règle essentielle
Les formes courtes se placent normalement avant le verbe ou avant un marqueur d’aspect (un mot qui présente l’action comme en cours, achevée ou habituelle).
| Personne | Pronom sujet | Équivalent courant en français | Exemple bref |
|---|---|---|---|
| 1re personne du singulier | mo | je | Mo lọ. — Je suis parti(e). |
| 2e personne du singulier | o | tu | O lọ. — Tu es parti(e). |
| 3e personne du singulier | ó | il, elle, cela | Ó lọ. — Il/Elle est parti(e). |
| 1re personne du pluriel | a | nous | A lọ. — Nous sommes parti(e)s. |
| 2e personne du pluriel ou de respect | ẹ | vous | Ẹ lọ. — Vous êtes parti(e)(s). |
| 3e personne du pluriel | wọ́n | ils, elles | Wọ́n lọ. — Ils/Elles sont parti(e)s. |
Le français marque la personne à la fois par le pronom et, souvent, par la forme du verbe : je suis, nous sommes. En yoruba, le verbe reste identique :
| Structure | Exemple | Sens |
|---|---|---|
| sujet + verbe | Mo ṣiṣẹ́. | Je travaille / J’ai travaillé. |
| sujet + ń + verbe | Mo ń ṣiṣẹ́. | Je suis en train de travailler. |
| sujet + ti + verbe | Mo ti ṣiṣẹ́. | J’ai déjà travaillé. |
| sujet + máa + verbe | Mo máa ṣiṣẹ́. | Je travaillerai / J’ai l’habitude de travailler, selon le contexte. |
Les mots ń, ti et máa apportent des informations sur le déroulement de l’action ; ils ne sont pas des terminaisons attachées au verbe. Quand on change de personne, seul le pronom change : O ń ṣiṣẹ́, Ó ń ṣiṣẹ́, A ń ṣiṣẹ́, etc.
Le ton fait partie du pronom
Le yoruba possède trois tons : haut, moyen et bas. Le ton haut porte un accent aigu, le ton bas un accent grave et le ton moyen n’a généralement pas de signe. Il faut donc lire o et ó comme deux formes distinctes :
- O ń lọ. — Tu es en train de partir.
- Ó ń lọ. — Il/Elle est en train de partir.
À l’oral, cette différence s’entend dans la hauteur de la voix. À l’écrit soigné, l’accent permet de l’identifier immédiatement. Les points sous les lettres comptent eux aussi : ẹ n’est pas la même voyelle que e. Mieux vaut apprendre chaque pronom avec sa graphie complète plutôt que d’ajouter les signes plus tard.
ẹ : plusieurs personnes ou une personne respectée
Ẹ correspond au pluriel « vous », mais sert également à s’adresser avec respect à une seule personne, notamment une personne plus âgée ou occupant une position à laquelle on témoigne de la déférence. Ce fonctionnement rappelle en partie le vous français :
- O ń lọ? — Tu pars ?
- Ẹ ń lọ? — Vous partez ? / Vous partez, Madame ou Monsieur ?
La correspondance n’est toutefois pas automatique. Les usages sociaux yoruba accordent une grande place à l’âge, à la relation et à la situation. Une personne que l’on vouvoie en français ne sera pas nécessairement traitée de façon identique dans chaque contexte yoruba, et inversement. Au niveau débutant, retenez surtout o pour un interlocuteur singulier familier et ẹ pour plusieurs interlocuteurs ou pour une adresse respectueuse.
mo et la variante mi
Dans une affirmation simple, la forme normale de « je » est mo : Mo mọ̀, « je sais ». La forme mi apparaît comme variante du sujet dans certains environnements, surtout dans la négation courante mi ò :
- Mi ò mọ̀. — Je ne sais pas.
- Mi ò lọ. — Je ne suis pas parti(e) / Je n’y suis pas allé(e).
Il ne faut pas en conclure que mo et mi sont librement interchangeables partout. Pour former une phrase affirmative de base, choisissez mo. Par ailleurs, mi peut aussi avoir d’autres fonctions, par exemple « me » après un verbe ou « mon/ma/mes » après un nom. C’est la place du mot dans la phrase qui permet de distinguer ces emplois.
Les formes longues et emphatiques
Le yoruba possède aussi des formes longues, souvent dites emphatiques, c’est-à-dire employées pour insister, opposer ou mettre une personne au premier plan.
| Personne | Forme courte | Forme longue | Valeur française approximative |
|---|---|---|---|
| 1re du singulier | mo | èmi | moi, moi-même |
| 2e du singulier | o | ìwọ | toi, toi-même |
| 3e du singulier | ó | òun | lui, elle ; lui-même, elle-même |
| 1re du pluriel | a | àwa | nous, nous-mêmes |
| 2e du pluriel | ẹ | ẹ̀yin | vous, vous-mêmes |
| 3e du pluriel | wọ́n | àwọn | eux, elles |
Ces formes ne servent pas simplement à remplacer mécaniquement les formes courtes dans toute phrase. Elles apparaissent fréquemment dans une construction de mise en relief avec ni :
- Èmi ni mo ṣe é. — C’est moi qui l’ai fait.
- Ìwọ ni o pè mí. — C’est toi qui m’as appelé(e).
- Òun ni ó dé. — C’est lui/elle qui est arrivé(e).
- Àwọn ni wọ́n ṣẹ́gun. — Ce sont eux/elles qui ont gagné.
On voit alors souvent les deux séries dans la même phrase : la forme longue désigne la personne mise en relief, puis la forme courte introduit l’action. Cette construction sera plus facile à maîtriser après les phrases simples ; au niveau A1, il suffit de la reconnaître et de savoir que òun n’est pas un pronom masculin.
Aucun genre grammatical dans les pronoms
Ó peut signifier « il », « elle » ou « cela », et òun peut correspondre à « lui » ou « elle » lorsqu’il y a insistance. De même, wọ́n peut renvoyer à un groupe masculin, féminin ou mixte. Si l’identité n’est pas déjà claire, on précise avec un nom ou avec davantage de contexte :
- Bọ́lá ti dé. Ó wà níta. — Bọ́lá est arrivé(e). Il/Elle est dehors.
- Ìwé náà wà níbí. Ó dára. — Ce livre est ici. Il est bien.
En traduisant vers le français, il faut choisir il ou elle selon la personne ou le nom concerné. Le yoruba, lui, n’ajoute pas cette information au pronom.
Exemples en contexte
| Yoruba | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Mo jẹun. | J’ai mangé. | mo, 1re personne du singulier |
| O ń lọ. | Tu es en train de partir. | o, interlocuteur singulier familier |
| Ó ti dé. | Il/Elle est arrivé(e). | ó, sans distinction de genre |
| A ń kọ́ èdè Yorùbá. | Nous apprenons le yoruba. | a, 1re personne du pluriel |
| Ẹ jókòó. | Asseyez-vous. | ẹ, pluriel ou marque de respect |
| Ṣé ẹ ti jẹun? | Avez-vous mangé ? | Question adressée à plusieurs personnes ou avec respect |
| Wọ́n ń ṣiṣẹ́. | Ils/Elles travaillent en ce moment. | wọ́n, 3e personne du pluriel |
| O fẹ́ kọfí? | Tu veux du café ? | Question familière au singulier |
| Ó wà ní ilé. | Il/Elle est à la maison. | Le contexte identifie la personne |
| A máa lọ lọ́la. | Nous partirons demain. | Le verbe lọ ne change pas après a |
| Mi ò mọ̀. | Je ne sais pas. | Variante mi dans la négation courante |
| Èmi ni mo ṣe é. | C’est moi qui l’ai fait. | Forme longue et mise en relief |
| Òun ni ó pè mí. | C’est lui/elle qui m’a appelé(e). | òun reste neutre quant au genre |
| Àwọn ni wọ́n dé lákọ̀ọ́kọ́. | Ce sont eux/elles qui sont arrivé(e)s en premier. | Forme longue plurielle, puis sujet court |
Erreurs fréquentes
1. Confondre o et ó
- Incorrect : O ti dé. si l’on veut dire « il/elle est arrivé(e) ».
- Correct : Ó ti dé.
- Pourquoi : o sans accent aigu signifie « tu », tandis que ó au ton haut signifie « il, elle, cela ». L’accent n’est pas décoratif : il change l’identité du sujet.
2. Supprimer le sujet comme si le verbe suffisait
- Incorrect, hors contexte : Ń lọ. pour « je pars ».
- Correct : Mo ń lọ.
- Pourquoi : contrairement au français, le verbe yoruba ne porte pas une terminaison qui révèle la personne. Une proposition ordinaire a donc besoin de son sujet. Les ordres directs et certaines phrases liées au contexte suivent d’autres règles, mais ils ne constituent pas le modèle de base.
3. Employer mi dans toute phrase affirmative
- Incorrect : Mi rí Adé. pour « j’ai vu Adé ».
- Correct : Mo rí Adé.
- Pourquoi : mo est le sujet attendu dans l’affirmation simple. Mi apparaît notamment dans mi ò et remplit aussi des fonctions d’objet ou de possessif ; ce n’est pas un substitut libre de mo.
4. Inventer un pronom distinct pour « elle »
- Interprétation incorrecte : réserver ó à « il » et òun à « elle ».
- Correct : ó est la forme courte pour « il », « elle » ou « cela » ; òun est la forme longue correspondante, quel que soit le genre.
- Pourquoi : la différence entre ces deux formes concerne surtout l’insistance et la structure de la phrase, pas le sexe de la personne.
5. Utiliser o dans une adresse qui exige du respect
- Mal adapté au contexte : O ń lọ? adressé à une personne âgée que l’on doit traiter avec déférence.
- Mieux : Ẹ ń lọ?
- Pourquoi : ẹ sert à la fois au pluriel et comme forme respectueuse du singulier. Le choix dépend de la relation sociale, et pas seulement du nombre de personnes.
6. Traduire ẹ uniquement par le pluriel
- Interprétation incorrecte : comprendre forcément plusieurs destinataires dans Ẹ kú àárọ̀.
- Correct : selon la situation, la formule peut saluer une seule personne avec respect ou plusieurs personnes.
- Pourquoi : le français vous offre un repère utile, mais seul le contexte permet de décider entre politesse et pluriel.
Notes d’usage
Dans la conversation, les tons restent essentiels même lorsque les messages informels ou certains supports omettent les accents. Pour apprendre, conservez systématiquement la graphie complète : o/ó, ẹ, wọ́n, èmi, ìwọ, òun. Elle aide à associer dès le départ la bonne hauteur de voix au bon sens. Il faut également distinguer les lettres à point souscrit, comme ẹ, des lettres ordinaires.
Les formes courtes sont extrêmement fréquentes et neutres dans les phrases courantes. Les formes longues ajoutent du contraste ou attirent l’attention sur une personne. Comparez Mo lọ, « je suis parti(e) », avec Èmi ni mo lọ, qui insiste : « c’est moi qui suis parti(e) ». En français, cette nuance passe souvent par moi, c’est moi qui ou par l’intonation.
Le respect ne se limite pas à un simple équivalent du vouvoiement français. Ẹ s’emploie pour parler directement à une personne avec déférence. Lorsqu’on parle d’une personne respectée à la troisième personne, wọ́n, normalement « ils/elles », peut aussi servir de forme honorifique singulière. Le contexte culturel, l’âge relatif et les habitudes familiales influencent ces choix.
Enfin, le temps n’est pas contenu dans le pronom. Une phrase sans marqueur comme Mo jẹun reçoit sa valeur temporelle grâce au contexte ; une traduction française choisira par exemple « je mangeai », « j’ai mangé » ou une autre formulation appropriée. Les marqueurs tels que ń et ti rendent certaines lectures plus précises.
Pour aller plus loin
Cette partie n’est pas à maîtriser immédiatement, mais elle permet de comprendre des phrases rencontrées plus tard.
Le même mot peut changer de fonction
Les séries de pronoms varient selon leur rôle. Mi peut être sujet dans mi ò, objet dans Ó rí mi, « il/elle m’a vu(e) », ou possessif après un nom dans ilé mi, « ma maison ». D’autres formes d’objet et de possession ne coïncident pas toujours avec les sujets courts. Il vaut donc mieux apprendre les pronoms par fonction plutôt que sous la forme d’une unique liste traduite du français.
La mise en relief reprend souvent le sujet
Dans Èmi ni mo ṣe é, la répétition apparente est normale : èmi est l’élément mis en avant et mo reste le sujet court de l’action. Le français restructure la phrase avec « c’est moi qui ». Cette organisation se retrouve avec toutes les personnes et devient importante dans les phrases focalisées, les réponses contrastives et certaines questions.
wọ́n peut avoir une valeur indéfinie
Selon le contexte, wọ́n ne renvoie pas toujours à un groupe précisément identifié. Il peut se rapprocher du français on ou d’une tournure passive : Wọ́n kọ ilé náà ní ọdún 1990, littéralement « ils ont construit cette maison en 1990 », peut se traduire naturellement par « cette maison a été construite en 1990 ». Cet emploi ne change pas la forme du pronom ; c’est l’absence d’un groupe précis dans le contexte qui produit la lecture indéfinie.
Les formes respectueuses dépassent la simple grammaire du nombre
Le couple ẹ / ẹ̀yin correspond à la forme courte et à la forme longue de la deuxième personne du pluriel, mais il sert aussi dans l’adresse respectueuse. De façon parallèle, wọ́n peut honorer une seule personne dont on parle. Ces usages relient la grammaire aux normes de respect yoruba et méritent d’être observés dans de vraies salutations et conversations.
Conseils de pratique
- Récitez les six formes courtes avec un seul verbe. Dites mo lọ, o lọ, ó lọ, a lọ, ẹ lọ, wọ́n lọ. Gardez exactement le même verbe et concentrez-vous sur les pronoms, surtout sur le contraste oral o/ó.
- Transformez une phrase plutôt que d’apprendre des listes isolées. À partir de Mo ń ṣiṣẹ́, remplacez le sujet par chaque personne, puis recommencez avec ti : Mo ti ṣiṣẹ́, o ti ṣiṣẹ́, ó ti ṣiṣẹ́, etc.
- Associez chaque forme longue à une phrase de contraste. Entraînez-vous avec Èmi ni mo…, Ìwọ ni o…, Òun ni ó…. Cela évite de traiter les formes longues comme de simples variantes libres.
Notions liées
- Étape suivante : Structure de base de la phrase (SVO) — pour placer le sujet, le verbe et ce qui subit l’action.
- Étape suivante : La négation avec kò, kì et má — pour comprendre notamment l’emploi courant de mi ò.
- Étape suivante : Les constructions possessives — pour distinguer mi sujet, objet et marque de possession.
- Approfondissement : Pronoms objets et formes emphatiques — pour apprendre les formes employées après le verbe et développer la mise en relief.
- Approfondissement : Les constructions réfléchies avec ara ẹni — pour exprimer « moi-même », « toi-même » ou une action faite sur soi.
- Approfondissement : Les constructions de sens passif — pour voir comment wọ́n et d’autres sujets indéfinis remplacent souvent le passif français.
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