Les pronoms personnels en māori
Kupu Tūkutahi
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de maori sur Settemila Lingue.
En bref
Les pronoms personnels du māori indiquent non seulement la personne, mais aussi si le groupe compte deux personnes ou au moins trois. Pour dire « nous », il faut en plus préciser si l’interlocuteur fait partie du groupe : tāua, tātou l’incluent, tandis que māua, mātou l’excluent. Le pronom ia signifie aussi bien « il » que « elle ».
Vue d’ensemble
Un pronom personnel est un petit mot qui remplace le nom d’une personne ou d’un groupe : en français, je, tu, elle, nous ou ils, par exemple. En māori, le système des kupu tūkutahi oblige souvent à donner des informations que le français laisse dans le contexte : combien de personnes sont concernées, et si la personne à qui l’on parle fait partie de « nous ».
C’est un point fondamental du niveau A1. Les pronoms apparaissent dès les premières présentations et les premières phrases : Kei te pai au (« Je vais bien »), Ko wai koe? (« Qui es-tu ? »), Kei te ako rātou (« Ils ou elles étudient »). Contrairement au français, le māori ne conjugue pas le verbe selon la personne : mahi garde la même forme dans Kei te mahi au, Kei te mahi koe et Kei te mahi rātou. C’est donc le pronom qui indique clairement qui accomplit l’action.
La principale nouveauté pour une personne francophone est le duel, c’est-à-dire une forme réservée à exactement deux personnes. Le français emploie simplement nous, vous ou ils/elles pour deux comme pour dix ; le māori choisit des formes différentes. L’autre distinction essentielle est celle entre « nous inclusif » et « nous exclusif ». Une fois ces deux questions mémorisées — « combien ? » et « l’interlocuteur est-il inclus ? » — le tableau devient très logique.
Comment fonctionne le système
Le tableau complet
| Personne | Singulier : une personne | Duel : deux personnes | Pluriel : au moins trois personnes |
|---|---|---|---|
| 1re personne | au / ahau — je, moi | tāua — toi et moi ; māua — une autre personne et moi, sans toi | tātou — nous, toi compris ; mātou — nous, sans toi |
| 2e personne | koe — tu, toi / vous de politesse | kōrua — vous deux | koutou — vous, au moins trois |
| 3e personne | ia — il, elle, lui | rāua — eux ou elles deux | rātou — ils ou elles, au moins trois |
La « première personne » désigne la personne qui parle ; la « deuxième », celle à qui elle parle ; la « troisième », toute autre personne. Les macrons — les traits sur ā, ō et ū — font partie de l’orthographe. Il faut donc écrire tāua, māua, kōrua, rāua, tātou, mātou, koutou et rātou, et prononcer la voyelle longue.
Le singulier
- au / ahau : « je » ou « moi » ;
- koe : « tu », « toi », ou le « vous » adressé à une seule personne ;
- ia : « il », « elle » ou « lui ».
Les deux formes au et ahau renvoient à la même personne. Au est très fréquent comme sujet après le groupe verbal : Kei te ako au (« J’étudie »). Ahau, plus long, est également correct et se rencontre notamment quand le pronom est mis en relief ou après certains petits mots : Ko ahau tēnei (« C’est moi »), ki ahau (« à moi, vers moi »). L’usage réel varie, et des constructions comme ki a au existent aussi. Au niveau débutant, employer au comme sujet courant et reconnaître ahau suffit.
Le māori ne distingue pas le genre à la troisième personne : ia peut désigner un homme, une femme ou une personne dont le genre n’est pas précisé. Il faut choisir il ou elle dans la traduction française uniquement grâce au contexte. Cela évite une difficulté française, mais demande de ne pas chercher une forme différente en māori pour chacun des deux genres.
Le duel : exactement deux personnes
Le duel n’est pas un pluriel vague. Il signifie toujours que le groupe comprend deux personnes :
- tāua : toi et moi ;
- māua : moi et une autre personne, mais pas toi ;
- kōrua : vous deux ;
- rāua : ces deux personnes-là.
Imaginez que vous parlez à Ana. Me haere tāua propose : « Partons, toi et moi. » En revanche, Ka haere māua annonce : « Nous partirons, une autre personne et moi ; toi, Ana, tu ne viens pas avec nous. » En français, les deux phrases contiennent nous ; en māori, le choix change immédiatement la composition du groupe.
Le pluriel : trois personnes ou davantage
Dans ce système, les formes dites plurielles s’emploient à partir de trois personnes :
- tātou : nous tous, avec la ou les personnes à qui l’on parle ;
- mātou : mon groupe et moi, sans la ou les personnes à qui l’on parle ;
- koutou : vous tous, au moins trois ;
- rātou : eux ou elles, au moins trois.
Pour choisir entre tātou et mātou, il ne suffit donc pas de compter. Il faut se placer du point de vue de la conversation. Si une guide dit à son groupe Me haere tātou, elle inclut tout le monde : « Allons-y. » Si elle dit au groupe Ka haere mātou ki mua, elle parle d’un autre ensemble auquel elle appartient, mais dont ses interlocuteurs ne font pas partie : « Nous irons devant, pas vous. »
Une méthode de choix en trois questions
- Qui parle ou agit ? Moi, la personne en face, ou une autre personne ?
- Combien de personnes sont concernées ? Une, exactement deux, ou au moins trois ?
- S’il s’agit de “nous”, l’interlocuteur est-il compris ? Oui : série en t- (tāua, tātou). Non : série en m- (māua, mātou).
Un moyen mnémotechnique utile consiste à associer le t de tāua/tātou à « toi compris ». Ce n’est pas une explication historique, seulement une astuce de mémorisation en français.
La place du pronom dans la phrase
Dans une phrase verbale courante, le māori place généralement d’abord les marqueurs de temps ou d’aspect (les petits mots qui situent ou présentent l’action), puis le verbe, puis le sujet :
marqueur + verbe + pronom
- Kei te mahi au. — Je travaille en ce moment.
- I haere rāua. — Ils ou elles deux sont partis.
- Ka hoki mātou. — Nous rentrerons, sans vous.
Cette place diffère nettement du français, où le sujet précède normalement le verbe. Il ne faut donc pas calquer je travaille mot à mot en mettant au en tête de toute phrase. D’autres types de phrases ont leur propre structure. Avec ko, qui sert notamment à identifier ou à mettre un élément en avant, on trouve par exemple Ko ia te kaiako (« C’est lui/elle qui est l’enseignant(e) ») et Ko au tēnei (« C’est moi »).
Après une préposition ou comme complément
Devant un nom de personne et devant de nombreux pronoms personnels, le māori emploie souvent la particule personnelle a. Une particule est ici un petit mot grammatical qui accompagne le pronom :
- ki a koe — à toi, vers toi ;
- i a ia — lui/elle, comme complément après i ;
- mō rātou — pour eux/elles.
Ainsi, dans I kite au i a ia (« Je l’ai vu(e) »), le premier i marque l’action passée et le groupe i a ia introduit la personne vue. Toutes les prépositions ne se construisent pas de façon identique, et certaines se combinent avec le pronom dans des formes particulières. Pour débuter, retenez surtout les groupes fréquents ki a koe, i a ia et ki a rātou comme des blocs.
Pas de « vous » de politesse grammatical
Le français oppose tu et vous selon la relation sociale, même lorsqu’on parle à une seule personne. Le māori choisit avant tout selon le nombre : koe pour une personne, kōrua pour deux et koutou pour trois ou plus. Employer koutou face à une seule personne par politesse reproduirait une habitude française qui ne correspond pas au système māori. Le respect peut s’exprimer par la salutation, le ton, un titre ou une formule adaptée, mais pas en transformant une personne en groupe grammatical.
Exemples en contexte
| Māori | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Kei te mahi au. | Je travaille en ce moment. | Une seule personne parle. |
| Ko ahau tēnei. | C’est moi. | Ahau est mis en relief après ko. |
| Kei te pēhea koe? | Comment vas-tu ? / Comment allez-vous ? | Une seule personne est interrogée. |
| He kaiako ia. | Il ou elle est enseignant(e). | Ia ne précise pas le genre. |
| Me haere tāua. | Nous devrions partir, toi et moi. | Duel inclusif : l’interlocuteur vient. |
| I haere māua ki te toa. | Nous sommes allés tous les deux au magasin, sans toi. | Duel exclusif : deux personnes, interlocuteur exclu. |
| Kei te ako kōrua? | Est-ce que vous étudiez tous les deux ? | Kōrua s’adresse à exactement deux personnes. |
| Ka hoki rāua āpōpō. | Ils ou elles deux rentreront demain. | Rāua renvoie à deux autres personnes. |
| Me tīmata tātou. | Commençons. | Le groupe de trois personnes ou plus inclut l’auditoire. |
| Kei te noho mātou ki Pōneke. | Nous habitons à Wellington, sans vous. | Pluriel exclusif. |
| Tēnā koutou katoa. | Salutations à vous toutes et tous. | Formule adressée à au moins trois personnes. |
| Kei te kai rātou. | Ils ou elles sont en train de manger. | Au moins trois autres personnes. |
| I kite au i a ia. | Je l’ai vu(e). | Ia est complément dans le groupe i a ia. |
| Ka kōrero au ki a koe. | Je te parlerai. | Koe suit le groupe prépositionnel ki a. |
Observez que la traduction française perd souvent une information. Nous partons ne permet pas de savoir si « nous » sommes deux ou davantage, ni si la personne qui écoute vient aussi. Une bonne traduction d’apprentissage peut donc ajouter « tous les deux », « toi compris » ou « sans vous », même si une traduction naturelle l’omettrait lorsque le contexte est clair.
Erreurs fréquentes
Confondre le « nous » inclusif et exclusif
- Incorrect dans ce contexte : Ka haere tātou ki te hui. — alors que l’on annonce à son interlocuteur qu’il ne vient pas.
- Correct : Ka haere mātou ki te hui.
- Pourquoi : tātou inclut la personne à qui l’on parle ; mātou l’exclut. Avant de traduire nous, demandez toujours : « Est-ce que toi aussi, tu en fais partie ? »
Employer une forme plurielle pour deux personnes
- Incorrect : Kei te waiata rātou. — si seules Mere et Hana chantent.
- Correct : Kei te waiata rāua.
- Pourquoi : rāua désigne exactement deux personnes ; rātou en désigne au moins trois. La même opposition existe entre kōrua/koutou, tāua/tātou et māua/mātou.
Utiliser koutou comme « vous » de politesse singulier
- Incorrect : Kei te pēhea koutou? — adressé à une seule personne par respect.
- Correct : Kei te pēhea koe?
- Pourquoi : le choix entre koe, kōrua et koutou dépend du nombre, non du tutoiement ou du vouvoiement français.
Inventer deux pronoms pour « il » et « elle »
- Incorrect : chercher à remplacer ia par une forme masculine ou féminine.
- Correct : Kei te māuiui ia. — Il ou elle est malade.
- Pourquoi : ia ne porte pas de genre grammatical. Le nom de la personne ou le contexte fournit l’information si elle est pertinente.
Oublier le groupe qui introduit une personne complément
- Incorrect : I kite au ia.
- Correct : I kite au i a ia.
- Pourquoi : dans cette phrase, i introduit ce qui a été vu et a accompagne le pronom personnel. Mémorisez i a ia comme un groupe plutôt que comme trois mots isolés.
Négliger les macrons
- À éviter : maua, korua, ratou.
- Correct : māua, kōrua, rātou.
- Pourquoi : le macron indique une voyelle longue. Il appartient au mot et aide à conserver une prononciation et une orthographe correctes.
Notes d’usage
Les formes de nombre se voient aussi dans les salutations. Tēnā koe s’adresse à une personne, tēnā kōrua à deux, et tēnā koutou à au moins trois. Ce parallèle offre un excellent moyen de rendre le système concret dès les premiers échanges.
Le français emploie souvent on à la place de nous. Le māori n’a pas un pronom unique qui reproduise toutes les valeurs de on. Il faut comprendre qui est réellement concerné, puis choisir tāua, māua, tātou ou mātou. Dans « On y va ? » adressé à une seule personne, tāua sera naturel si la proposition concerne « toi et moi » ; face à un groupe, tātou conviendra si tout le monde est invité.
Les traductions de ia, rāua et rātou varient selon le contexte. Rāua peut devenir « ils deux », « elles deux » ou « ces deux personnes » ; rātou peut devenir « ils » ou « elles ». Cette neutralité n’est ni familière ni imprécise en māori : elle fait simplement partie du fonctionnement normal de la langue.
Enfin, ne supposez pas que les pronoms peuvent toujours être supprimés comme dans certaines langues où la terminaison du verbe révèle la personne. Le verbe māori ne change pas entre au, koe et rātou. Dans les phrases présentées ici, le sujet exprimé reste donc essentiel pour savoir qui agit, sauf si une construction ou le contexte permet clairement autre chose.
Au-delà des bases : emplois avancés
Cette section n’est pas à maîtriser au niveau A1, mais elle aide à reconnaître des formes rencontrées plus tard.
Mise en relief avec ko et anō
Ko peut mettre le pronom au premier plan : Ko wai? — Ko au (« Qui ? — Moi »). La particule anō peut ajouter une idée de « même », « encore » ou « en personne » selon la construction : Ko au anō signifie « moi-même » ou « moi aussi », suivant le contexte. Dans Nāna anō i mahi (« C’est lui/elle-même qui l’a fait »), la personne responsable est fortement mise en relief.
Avec un groupe, anō peut produire une lecture réfléchie ou réciproque : I kite rāua i a rāua anō peut se comprendre, selon le contexte, comme « ils se sont vus eux-mêmes » ou « ils se sont vus l’un l’autre ». Pour exprimer sans ambiguïté « l’un l’autre », on rencontre aussi des constructions avec tētahi ... tētahi. Il vaut mieux apprendre ces usages dans des phrases complètes que traduire automatiquement anō par « même ».
Les pronoms à l’intérieur des formes possessives
Quand le français dit mon, ton ou leur, le māori ne se contente pas d’ajouter le pronom personnel au nom. Il possède un système de possessifs qui distingue notamment les catégories a et o, selon la relation avec ce qui est possédé : tāku pukapuka, tōku whānau, ō rātou whare, etc. De même, certaines prépositions fusionnent avec des éléments pronominaux : māku, mōku, nāna, nōna. Ces mots sont apparentés au système des personnes, mais doivent être étudiés comme un nouveau tableau, et non devinés à partir du français.
Le nombre comme choix discursif
Le duel et le pluriel ne servent pas seulement à compter : ils montrent immédiatement comment la personne qui parle organise le groupe. Le contraste tātou/mātou, en particulier, indique si elle construit une action commune avec son auditoire ou parle au nom d’un groupe distinct. Dans une réunion, un accueil ou une décision collective, cette nuance peut avoir une réelle importance relationnelle. La grammaire rend donc explicite une frontière que le nous français laisse souvent implicite.
Conseils pour s’entraîner
- Apprenez le tableau par familles. Commencez par koe — kōrua — koutou et ia — rāua — rātou : seule la taille du groupe change. Ajoutez ensuite les quatre formes de « nous », qui demandent la distinction inclusif/exclusif.
- Dessinez les groupes. Placez un point pour vous, un pour l’interlocuteur et d’autres pour les absents. Entourez les personnes concernées, puis choisissez : tāua, māua, tātou ou mātou. Cette image est plus efficace qu’une simple traduction par nous.
- Transformez une même phrase. Répétez Kei te mahi au / koe / ia / kōrua / rātou. Le verbe ne change pas ; concentrez-vous sur le nombre, la personne et la place du pronom. Faites ensuite le même exercice avec une salutation : Tēnā koe / kōrua / koutou.
Notions associées
- Pour aller plus loin : Schémas pronominaux avancés — approfondit la mise en relief, les emplois réfléchis et réciproques, ainsi que les formes duelles et plurielles en contexte complexe.
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