Concordance des temps en norvégien
Tempusskift
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En bref
En norvégien, la concordance des temps consiste surtout à situer chaque fait par rapport à un repère temporel. Après un verbe au passé, on emploie généralement le prétérit pour un fait simultané, hadde + participe passé pour un fait antérieur et ville, skulle ou kom til å + infinitif pour un fait postérieur. Le présent reste toutefois possible si le locuteur présente l’information comme encore vraie ou directement liée au moment où il parle.
Vue d’ensemble
Le terme norvégien tempusskift signifie littéralement « changement de temps ». Il concerne les phrases dans lesquelles plusieurs moments se superposent : quelqu’un raconte aujourd’hui ce qu’une autre personne a dit hier, un narrateur revient sur un événement plus ancien, ou une conséquence future est envisagée depuis un moment passé. Le temps de chaque verbe ne dépend donc pas seulement de la date réelle de l’événement, mais aussi du point de vue adopté.
Ce sujet apparaît au niveau C1 parce qu’il réunit plusieurs mécanismes déjà rencontrés séparément : le discours indirect, les temps du passé, les verbes modaux et les propositions subordonnées (groupes de mots qui dépendent d’une proposition principale). L’enjeu avancé est de maintenir une chronologie lisible lorsque la phrase contient deux, trois, voire quatre repères différents.
Pour un francophone, les correspondances sont souvent familières : sa at hun var syk ressemble à « a dit qu’elle était malade », et hadde reist à « était parti ». Mais il ne faut pas remplacer chaque temps français par une forme norvégienne fixe. Le norvégien choisit volontiers entre un ancrage dans le passé et un rattachement au présent ; de plus, son « futur dans le passé » n’est pas un conditionnel unique, mais plusieurs constructions dont les nuances diffèrent.
Comment fonctionne la concordance
1. Identifier le repère
Le repère temporel est le moment à partir duquel on observe les autres faits. Dans le discours rapporté, il est souvent donné par un verbe de parole, de pensée ou de connaissance : si « dire », tro « croire », vite « savoir », forklare « expliquer ».
| Repère | Phrase norvégienne | Interprétation |
|---|---|---|
| Présent | Hun sier at hun er sliten. | Elle dit qu’elle est fatiguée maintenant. |
| Passé | Hun sa at hun var sliten. | Elle était fatiguée au moment où elle l’a dit. |
| Présent accompli | Hun har sagt at hun er sliten. | Elle l’a dit, et l’information reste pertinente maintenant. |
| Passé avec antériorité | Hun sa at hun hadde vært sliten lenge. | Sa fatigue avait commencé avant ses paroles. |
Le temps de la proposition principale donne une orientation, non une consigne aveugle. Il faut ensuite classer le fait subordonné comme simultané, antérieur ou postérieur.
2. Situer les faits par rapport à un repère passé
| Relation temporelle | Forme fréquente | Exemple | Sens |
|---|---|---|---|
| Simultanéité | prétérit | Han trodde at døra var åpen. | La porte était ouverte au moment où il le croyait. |
| Antériorité | hadde + participe passé | Han trodde at noen hadde åpnet døra. | Quelqu’un avait ouvert la porte auparavant. |
| Postériorité | ville/skulle/kom til å + infinitif | Han trodde at de ville åpne døra. | L’ouverture était encore future depuis ce passé. |
Le participe passé est la forme employée avec ha « avoir », par exemple spist dans hadde spist ou gått dans hadde gått. La construction hadde + participe passé, appelée plus-que-parfait, marque clairement qu’un fait était déjà accompli avant un autre fait passé.
Comparez :
- Jeg visste at hun jobbet der. — Je savais qu’elle y travaillait à cette époque.
- Jeg visste at hun hadde jobbet der. — Je savais qu’elle y avait travaillé auparavant.
- Jeg visste at hun skulle jobbe der. — Je savais qu’elle devait ou allait y travailler plus tard.
3. Reculer les temps dans le discours indirect
Quand des paroles présentes sont rapportées depuis le passé, un recul du temps est courant :
| Paroles d’origine | Récit au passé | Changement principal |
|---|---|---|
| «Jeg er klar.» | Hun sa at hun var klar. | er devient var |
| «Jeg har sendt brevet.» | Hun sa at hun hadde sendt brevet. | har sendt devient hadde sendt |
| «Jeg kan vente.» | Hun sa at hun kunne vente. | kan devient kunne |
| «Jeg skal ringe.» | Hun sa at hun skulle ringe. | skal devient skulle |
At « que » introduit souvent la proposition rapportée, mais peut être omis, notamment dans la langue parlée : Hun sa hun var klar. Son maintien rend généralement une phrase longue plus facile à lire.
Les pronoms et les indications de temps ou de lieu peuvent également changer. Jeg kommer hit i morgen « je viens ici demain » peut devenir Han sa at han skulle komme dit dagen etter « il a dit qu’il viendrait là le lendemain ». On rencontre notamment nå → da (« maintenant » → « alors »), i dag → den dagen (« aujourd’hui » → « ce jour-là ») et i går → dagen før (« hier » → « la veille »). Ces remplacements ne sont nécessaires que si le nouveau contexte l’exige : si « demain » désigne encore réellement le lendemain du locuteur actuel, i morgen peut rester inchangé.
4. Choisir le futur dans le passé
Le français emploie souvent un conditionnel présent, comme « il a dit qu’il viendrait ». Le norvégien dispose de plusieurs solutions. Elles sont parfois interchangeables, mais ne mettent pas l’accent sur la même chose.
| Construction | Valeur habituelle | Exemple |
|---|---|---|
| ville + infinitif | futur vu du passé, volonté ou intention | Han sa at han ville hjelpe. |
| skulle + infinitif | projet, accord, obligation ou événement prévu | De avtalte at de skulle møtes. |
| kom til å + infinitif | évolution attendue ou résultat qui allait effectivement se produire | Ingen visste at byen kom til å vokse så raskt. |
Ainsi, Han sa at han ville komme peut signifier « il a dit qu’il viendrait » ou, selon le contexte, « il a dit qu’il voulait venir ». Han sa at han skulle komme présente plus nettement sa venue comme prévue, convenue ou attendue. Aucun des deux mots ne correspond à lui seul à tous les emplois du conditionnel français.
5. Conserver le présent lorsque le fait reste actuel
Le recul vers le passé est fréquent, mais pas obligatoire. Le présent peut signaler que le locuteur assume encore l’information au moment où il parle :
- Læreren sa at jorda går rundt sola. — Le professeur a dit que la Terre tourne autour du Soleil.
- Mina fortalte at hun bor i Oslo nå. — Mina a raconté qu’elle habite maintenant à Oslo.
- Legen sa at resultatene er normale. — Le médecin a dit que les résultats sont normaux.
Le prétérit reste possible, avec une perspective différente : Legen sa at resultatene var normale rapporte le constat dans son cadre passé sans affirmer explicitement qu’il vaut encore. Le contraste n’oppose donc pas toujours une phrase correcte à une phrase incorrecte ; il oppose souvent deux ancrages choisis par le locuteur.
6. Ordonner les temps dans les subordonnées temporelles
Avec når « quand », før « avant que », etter at « après que » et da « lorsque, à ce moment passé », le temps dépend aussi de l’ordre réel des actions.
- Han kommer når han har spist. — Il viendra quand il aura mangé.
- Han sa at han ville komme når han hadde spist. — Il a dit qu’il viendrait quand il aurait mangé.
- Da vi kom, hadde møtet allerede begynt. — Lorsque nous sommes arrivés, la réunion avait déjà commencé.
Dans la première phrase, le norvégien emploie le parfait har spist là où le français choisit le futur antérieur. Une fois tout le point de vue déplacé dans le passé, ce parfait devient hadde spist. Il est donc plus sûr de représenter l’ordre « repas terminé, puis venue » que de traduire littéralement le nom du temps français.
Exemples en contexte
| Norvégien | Français | Point à observer |
|---|---|---|
| Hun sier at hun trenger mer tid. | Elle dit qu’elle a besoin de plus de temps. | Repère présent. |
| Hun sa at hun trengte mer tid. | Elle a dit qu’elle avait besoin de plus de temps. | Simultanéité dans le passé. |
| De trodde at vi allerede hadde gått. | Ils croyaient que nous étions déjà partis. | Départ antérieur à leur croyance. |
| Jeg visste ikke at du hadde bodd her. | Je ne savais pas que tu avais habité ici. | Situation antérieure découverte plus tard. |
| Han sa at han ville komme når han hadde spist. | Il a dit qu’il viendrait quand il aurait mangé. | Futur du passé après une action accomplie. |
| Hun forklarte at hun måtte levere rapporten samme dag. | Elle a expliqué qu’elle devait remettre le rapport le jour même. | må recule à måtte. |
| Vi avtalte at vi skulle møtes utenfor stasjonen. | Nous avons convenu de nous retrouver devant la gare. | Projet commun fixé dans le passé. |
| Ingen forsto at avgjørelsen kom til å få store følger. | Personne ne comprenait que la décision allait avoir de lourdes conséquences. | Résultat ultérieur envisagé. |
| Han spurte hvorfor jeg ikke hadde svart. | Il a demandé pourquoi je n’avais pas répondu. | Question indirecte et antériorité. |
| Forskeren påpekte at is smelter når temperaturen stiger. | La chercheuse a rappelé que la glace fond quand la température augmente. | Vérité générale maintenue au présent. |
| Legen sa at prøvene var normale. | Le médecin a dit que les analyses étaient normales. | Constat replacé dans son contexte passé. |
| Legen sa at prøvene er normale. | Le médecin a dit que les analyses sont normales. | Résultat présenté comme toujours valable. |
| Hvis hun hadde visst at han hadde kommet, ville hun ha ventet. | Si elle avait su qu’il était arrivé, elle aurait attendu. | Plusieurs niveaux d’antériorité dans une hypothèse irréelle. |
| Da jeg ringte, hadde de ventet i nesten en time. | Quand j’ai téléphoné, ils attendaient depuis presque une heure. | L’attente avait commencé avant l’appel. |
| Senere skulle dette møtet vise seg å være avgjørende. | Plus tard, cette rencontre allait se révéler décisive. | Skulle annonce la suite depuis le récit. |
Erreurs courantes
1. Employer le prétérit pour une action déjà achevée
- Incorrect : De trodde at vi allerede gikk.
- Correct : De trodde at vi allerede hadde gått.
- Pourquoi : Le départ est terminé avant le moment où ils se font cette idée. Gikk décrirait plutôt le fait de marcher ou partir au même niveau temporel ; hadde gått établit l’antériorité.
2. Traiter ville comme une simple traduction de « voulait »
- Interprétation trop étroite : Hun sa at hun ville komme = uniquement « elle a dit qu’elle voulait venir ».
- Interprétation souvent correcte : « Elle a dit qu’elle viendrait. »
- Pourquoi : Ville peut exprimer la volonté, mais aussi un futur observé depuis le passé. Le contexte, et parfois le contraste avec skulle ou ønsket å, précise le sens.
3. Décaler tous les présents sans tenir compte de l’actualité du fait
- Possible mais limité au cadre passé : Professoren sa at vann kokte ved 100 grader.
- Naturel pour une vérité générale : Professoren sa at vann koker ved 100 grader.
- Pourquoi : Le présent maintient explicitement la validité générale de l’énoncé. Le norvégien ne demande pas un recul mécanique après chaque verbe au passé.
4. Garder un indicateur temporel devenu ambigu
- Confus dans un récit ultérieur : Hun sa på mandag at hun skulle reise i morgen.
- Clair : Hun sa på mandag at hun skulle reise dagen etter.
- Pourquoi : I morgen se calcule normalement depuis le moment où l’on parle maintenant. Dagen etter renvoie sans ambiguïté au jour suivant le lundi mentionné.
5. Conserver l’ordre d’une question directe
- Incorrect : Han spurte hvorfor hadde jeg reist.
- Correct : Han spurte hvorfor jeg hadde reist.
- Pourquoi : Dans une question indirecte, on emploie l’ordre de la subordonnée : sujet jeg, puis verbe conjugué hadde. Avec une négation, on dira hvorfor jeg ikke hadde reist.
6. Calquer le futur antérieur français
- Incorrect : Han kommer når han vil ha spist.
- Correct : Han kommer når han har spist.
- Pourquoi : Après når, l’action future achevée se formule normalement au parfait. Depuis un repère passé, on aura ville komme når han hadde spist.
Notes d’usage
Dans la conversation, le lien avec la situation présente favorise les temps non décalés : Hun sa hun kommer klokka seks est naturel si six heures n’est pas encore passé et si la venue reste prévue. Dans un récit entièrement situé dans le passé, Hun sa at hun skulle komme klokka seks établit plus clairement la perspective historique. L’omission de at est également plus courante à l’oral, sans être réservée à un registre relâché.
Le passé composé français ne correspond pas toujours au parfait norvégien. Pour raconter un événement daté et terminé, le norvégien emploie souvent le prétérit : Hun sa det i går « elle l’a dit hier ». Le parfait Hun har sagt at... garde généralement un lien avec le présent et favorise alors une subordonnée actuelle : Hun har sagt at hun er tilgjengelig « elle a dit qu’elle est disponible ».
Dans un texte long, le plus-que-parfait sert souvent à ouvrir un retour en arrière. Une fois l’antériorité établie, un auteur peut poursuivre quelques phrases au prétérit si la chronologie est devenue évidente, puis revenir au fil principal. Répéter hadde à chaque verbe peut alourdir le passage ; le supprimer trop tôt peut en revanche désorienter le lecteur.
Pour aller plus loin
Perspective du personnage et perspective du narrateur
Un récit peut rester proche de ce qu’un personnage savait à l’époque ou laisser intervenir le savoir ultérieur du narrateur. Comparez :
- Hun trodde at toget skulle komme snart. — Elle croyait que le train devait arriver bientôt : on reste dans son attente passée.
- Hun visste ikke at toget kom til å bli tre timer forsinket. — Elle ignorait que le train allait avoir trois heures de retard : le narrateur connaît la suite.
- Dette skulle bli deres siste samtale. — Cela allait être leur dernière conversation : skulle annonce rétrospectivement un événement décisif.
Ce dernier emploi est fréquent dans les récits et les biographies. Il ne décrit pas nécessairement un projet ; il présente ce qui, vu après coup, devait se produire.
Présent historique
Le présent historique rend un récit plus vivant : Så åpner han døra og ser at alle har gått « Alors il ouvre la porte et voit que tout le monde est parti ». Le repère étant maintenant construit au présent, l’antériorité s’exprime avec har gått. Si le même passage revient au passé — Han åpnet døra og så at alle hadde gått — le plus-que-parfait réapparaît. Le changement est cohérent tant que la perspective reste stable pour le lecteur.
Plusieurs passés dans une phrase conditionnelle
Dans Hvis hun hadde visst at han hadde kommet, ville hun ha ventet, les deux formes en hadde n’ont pas exactement la même fonction. Hadde visst établit une condition passée contraire aux faits ; hadde kommet place l’arrivée avant le savoir hypothétique. Ville ha ventet exprime la conséquence qui ne s’est pas réalisée. Pour analyser une phrase aussi dense, attribuez un rôle à chaque verbe plutôt que de voir une simple succession de plus-que-parfaits.
Une concordance guidée par le sens
Deux formulations grammaticales peuvent transmettre des engagements différents :
- Kari sa at hun var syk. — Le locuteur rapporte l’état de Kari à ce moment passé.
- Kari sa at hun er syk. — Le locuteur présente sa maladie comme actuelle.
- Kari sa at hun hadde vært syk. — La maladie est antérieure à ses paroles.
La maîtrise C1 consiste précisément à choisir l’ancrage voulu et à le conserver, pas à appliquer le recul maximal dans toutes les phrases.
Conseils de pratique
- Tracez trois cases — avant, au même moment, après — autour d’un verbe comme sa ou trodde. Placez-y les événements, puis choisissez respectivement hadde gjort, le prétérit et ville/skulle gjøre.
- Transformez un court dialogue deux fois : d’abord en le rapportant le jour même, puis plusieurs semaines plus tard. Vérifiez les pronoms, les temps ainsi que nå, i morgen, her et leurs équivalents déplacés.
- En lisant la presse ou un roman, relevez les formes qui suivent sa, mente, visste et oppdaget. Demandez-vous chaque fois si le narrateur confirme encore le fait ou le laisse enfermé dans la perspective passée.
Concepts liés
- Prérequis : Discours indirect — pour rapporter paroles, pensées et questions avant d’aborder les changements complexes de repère temporel.
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