La concordance des temps en finnois
Tempusten Yhteensovitus
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de finnois sur Settemila Lingue.
En bref
Le finnois ne transpose pas automatiquement tous les temps après un verbe au passé comme le fait souvent le français. Il indique surtout si l’action subordonnée est simultanée, antérieure ou postérieure à celle de la proposition principale. Dans une construction participiale, olevan ou tulevan présentent une situation simultanée ou attendue, tandis que olleen ou tulleen marquent clairement l’antériorité.
Vue d’ensemble
La concordance des temps est la manière d’organiser les temps de plusieurs verbes dans une phrase complexe. Une proposition principale porte l’information centrale, comme « je pensais » ; une subordonnée en dépend, comme « qu’il était malade ». En français, le passé de la principale entraîne souvent l’imparfait, le plus-que-parfait ou le conditionnel dans la subordonnée : « je pensais qu’il était malade », « je pensais qu’il avait été malade », « j’espérais qu’il viendrait ».
Le finnois ne possède ni imparfait de concordance obligatoire ni temps futur distinct. Il s’appuie davantage sur le sens du verbe, le contexte, les adverbes de temps et l’opposition entre formes présentes et passées. Une phrase avec että (« que ») conserve une proposition complète : Luulin, että hän oli sairas. Une construction participiale emploie un participe, c’est-à-dire une forme verbale qui peut aussi fonctionner comme un adjectif : Luulin hänen olevan sairas. Ces deux phrases peuvent signifier « Je pensais qu’il ou elle était malade ».
Au niveau C1, l’enjeu n’est donc pas d’apprendre une table de transposition mécanique. Il faut choisir une perspective temporelle et reconnaître les formes compactes fréquentes dans la presse, les textes informatifs et le style soutenu. Cette maîtrise permet aussi de lever une ambiguïté que le français laisse parfois ouverte : olevan situe normalement l’état au même moment que la pensée, tandis que olleen le place avant elle.
Fonctionnement
Trois relations temporelles
Le temps de la principale fournit un point de repère. L’action dépendante peut se situer par rapport à ce repère.
| Relation | Question à se poser | Modèle finnois | Sens |
|---|---|---|---|
| Simultanéité | Les deux situations ont-elles lieu au même moment ? | Luulin hänen olevan sairas. | Je pensais qu’il ou elle était malade à ce moment-là. |
| Antériorité | La situation dépendante était-elle déjà accomplie ? | Luulin hänen olleen sairas. | Je pensais qu’il ou elle avait été malade auparavant. |
| Postériorité | L’action était-elle encore à venir depuis ce point passé ? | Toivoin hänen tulevan. | J’espérais qu’il ou elle viendrait. |
La distinction entre simultanéité et postériorité n’est pas toujours inscrite dans la forme elle-même. Le participe actif présent tulevan peut correspondre à « venir », « être en train de venir » ou « venir plus tard ». Un adverbe rend la lecture explicite : Tiesin hänen tulevan seuraavana päivänä (« Je savais qu’il ou elle viendrait le lendemain »).
La subordonnée avec että
Avec että, chaque proposition possède un verbe conjugué. Cette solution est souple, claire et très courante, notamment à l’oral.
- Tiedän, että hän on kotona. — « Je sais qu’il ou elle est chez lui/elle. »
- Tiesin, että hän oli kotona. — « Je savais qu’il ou elle était chez lui/elle. »
- Tiesin, että hän oli lähtenyt. — « Je savais qu’il ou elle était parti(e). »
- Tiesin, että hän tulee huomenna. — « Je savais qu’il ou elle viendrait demain. »
Le dernier exemple illustre une différence importante avec le français. Le présent finnois tulee peut viser l’avenir grâce à huomenna. Après tiesin, il n’est pas nécessaire de remplacer automatiquement ce présent par un conditionnel. Le conditionnel finnois reste néanmoins possible lorsqu’il apporte une nuance d’éventualité, d’intention rapportée ou de distance : Hän sanoi, että tulisi myöhemmin (« Il ou elle a dit qu’il ou elle viendrait plus tard »). Ce choix ne se réduit pas à une simple règle « passé → conditionnel ».
Le choix entre on et oli dépend aussi du point de vue. Comparez :
- Lääkäri sanoi, että lääke on turvallinen. — le locuteur présente encore la sécurité du médicament comme valable ;
- Lääkäri sanoi, että lääke oli turvallinen. — la sécurité est située dans le cadre passé du récit, sans engagement nécessaire sur la situation actuelle.
Le temps de la principale influence donc l’interprétation, mais il ne commande pas mécaniquement la forme de la subordonnée.
La construction participiale de discours rapporté
Le finnois peut remplacer une proposition en että par une construction appelée référative : elle rapporte une pensée, une parole, une connaissance ou une perception sans employer un second verbe conjugué. Son sujet se met généralement au génitif, un cas — c’est-à-dire une forme marquée par une terminaison — souvent reconnaissable à -n.
| Proposition en että | Construction participiale | Relation |
|---|---|---|
| Luulin, että hän on sairas. | Luulin hänen olevan sairas. | simultanée à la pensée |
| Luulin, että hän oli ollut sairas. | Luulin hänen olleen sairas. | antérieure à la pensée |
| Tiesin, että juna lähtee pian. | Tiesin junan lähtevän pian. | simultanée ou postérieure selon pian |
| Kuulin, että juna oli lähtenyt. | Kuulin junan lähteneen. | antérieure et accomplie |
Le sujet n’est donc pas au nominatif, sa forme habituelle : hän devient hänen, juna devient junan, lapset devient lasten. Le participe ne s’accorde pas avec ce sujet en personne ou en nombre : on dit hänen olevan et heidän olevan, non une forme plurielle comparable à un verbe conjugué.
Former les deux participes utiles
Pour une relation simultanée ou postérieure, on emploie le génitif du participe actif présent en -va/-vä. Pour une relation antérieure, on emploie le génitif du participe actif passé, généralement en -neen.
| Infinitif | Simultanéité ou postériorité | Antériorité |
|---|---|---|
| olla (« être ») | olevan | olleen |
| tulla (« venir ») | tulevan | tulleen |
| lähteä (« partir ») | lähtevän | lähteneen |
| tehdä (« faire ») | tekevän | tehneen |
| nukkua (« dormir ») | nukkuvan | nukkuneen |
Ces formes héritent des changements de radical des participes. Il est plus sûr de mémoriser des séries telles que tulla – tuleva – tulevan et tullut – tulleen que d’ajouter une terminaison directement à l’infinitif.
Lorsque le sujet est le même
Si l’auteur de la principale et celui de l’action rapportée sont la même personne, le finnois omet normalement le pronom au génitif et ajoute un suffixe possessif, une terminaison qui renvoie ici à cette personne.
| Personne reprise | Forme | Exemple | Traduction |
|---|---|---|---|
| moi | -ni | Sanoin tulevani. | J’ai dit que je viendrais. |
| toi | -si | Sanoit tulevasi. | Tu as dit que tu viendrais. |
| lui, elle | -nsa/-nsä | Hän sanoi tulevansa. | Il ou elle a dit qu’il ou elle viendrait. |
| nous | -mme | Sanoimme tulevamme. | Nous avons dit que nous viendrions. |
| vous | -nne | Sanoitte tulevanne. | Vous avez dit que vous viendriez. |
| eux, elles | -nsa/-nsä | He sanoivat tulevansa. | Ils ou elles ont dit qu’ils ou elles viendraient. |
Pour l’antériorité, le même principe donne Sanoin olleeni sairas (« J’ai dit avoir été malade ») ou Hän kertoi lähteneensä aikaisin (« Il ou elle a raconté être parti(e) tôt »).
Lorsque les sujets diffèrent, le génitif les distingue :
- Sanoin tulevani huomenna. — j’ai dit que je viendrais demain ;
- Sanoin hänen tulevan huomenna. — j’ai dit qu’il ou elle viendrait demain.
Cette opposition est essentielle. En français, le pronom de la subordonnée suffit ; en finnois, le choix entre suffixe possessif et sujet au génitif encode directement la coréférence, c’est-à-dire le fait que les deux verbes ont ou non le même auteur.
Adapter les repères temporels
La chronologie ne dépend pas seulement du temps verbal. Des mots comme nyt (« maintenant »), tänään (« aujourd’hui »), eilen (« hier ») et huomenna (« demain ») sont liés au moment où l’on parle. Dans un récit rapporté, on peut les garder si le repère reste le présent réel, ou les remplacer par des expressions relatives :
- silloin — à ce moment-là ;
- samana päivänä — le même jour ;
- edellisenä päivänä — la veille ;
- seuraavana päivänä — le lendemain.
Ainsi, Hän sanoi tulevansa huomenna signifie « Il ou elle a dit qu’il ou elle viendrait demain » si huomenna désigne bien le lendemain du moment actuel. Dans un récit ancien, seuraavana päivänä évite l’ambiguïté.
Exemples en contexte
| Finnois | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Luulin hänen olevan sairas. | Je pensais qu’il ou elle était malade. | L’état est simultané à la pensée. |
| Luulin hänen olleen sairas. | Je pensais qu’il ou elle avait été malade. | La maladie précède la pensée. |
| Toivoin hänen tulevan. | J’espérais qu’il ou elle viendrait. | La venue est attendue après l’espoir. |
| Sanoin tulevani huomenna. | J’ai dit que je viendrais demain. | Même sujet ; suffixe -ni. |
| Tiesimme lasten nukkuvan. | Nous savions que les enfants dormaient. | Lasten est le sujet au génitif. |
| Kuulin junan lähteneen jo. | J’ai entendu que le train était déjà parti. | Départ accompli avant l’information reçue. |
| Hän kertoi työskennelleensä aiemmin Oulussa. | Il ou elle a raconté avoir travaillé auparavant à Oulu. | Même sujet et antériorité. |
| Uskon kokouksen päättyvän pian. | Je pense que la réunion se terminera bientôt. | Pian donne une lecture future. |
| Uskoin kokouksen päättyvän pian. | Je pensais que la réunion se terminerait bientôt. | La forme participiale ne change pas avec le passé de la principale. |
| Opettaja sanoi, että koe alkaa kello yhdeksän. | Le professeur a dit que l’examen commencerait à neuf heures. | Le présent finnois peut exprimer un événement futur programmé. |
| Lääkäri sanoi, että tulokset olivat normaalit. | Le médecin a dit que les résultats étaient normaux. | La subordonnée reste dans le cadre passé. |
| Hän sanoi, että asia on edelleen tärkeä. | Il ou elle a dit que la question est toujours importante. | On présente la validité comme actuelle. |
| He lupasivat palaavansa seuraavana päivänä. | Ils ont promis de revenir le lendemain. | Même sujet ; postériorité explicitée par l’adverbe. |
| Näin hänen ylittävän kadun. | Je l’ai vu traverser la rue. | Perception d’une action en cours. |
Erreurs fréquentes
Appliquer automatiquement la règle française du discours indirect
- Incorrect : croire que tout présent finnois doit devenir un conditionnel après un verbe au passé.
- Correct : Hän sanoi, että juna lähtee huomenna.
- Pourquoi : lähtee est un présent morphologique, mais huomenna lui donne une valeur future. Le finnois n’a pas de futur verbal obligatoire équivalant au futur français.
Employer olevan pour une situation déjà terminée
- Incorrect : Luulin hänen olevan sairas viime viikolla si la maladie est antérieure à la pensée.
- Correct : Luulin hänen olleen sairas viime viikolla.
- Pourquoi : olevan place normalement l’état au même moment que la pensée ; olleen marque qu’il l’a précédée.
Mettre le sujet participial au nominatif
- Incorrect : Tiesin hän tulevan.
- Correct : Tiesin hänen tulevan.
- Pourquoi : le sujet propre de la construction participiale se met au génitif : hän → hänen.
Employer un génitif lorsque les deux verbes ont le même sujet
- Mal adapté au sens voulu : Minä sanoin minun tulevan pour « J’ai dit que je viendrais ».
- Correct : Sanoin tulevani.
- Pourquoi : avec un sujet identique, la construction standard emploie le suffixe possessif. Sanoin hänen tulevan indique au contraire une autre personne.
Accorder le participe avec un sujet pluriel
- Incorrect : Luulin heidän olevien kotona.
- Correct : Luulin heidän olevan kotona.
- Pourquoi : olevan est la forme requise dans cette construction, que le sujet au génitif soit singulier ou pluriel.
Oublier que le contexte peut être ambigu
- À préciser : Hän sanoi tulevansa perjantaina.
- Plus clair selon le récit : Hän sanoi tulevansa seuraavana perjantaina.
- Pourquoi : perjantaina peut être compris grâce au contexte, mais seuraavana perjantaina fixe explicitement le repère à partir du moment rapporté.
Notes d’usage
La proposition en että est le choix le plus polyvalent. Elle accepte facilement la négation, une question rapportée, des modaux et plusieurs indications temporelles : Hän sanoi, ettei ehdi tänään (« Il ou elle a dit ne pas avoir le temps aujourd’hui »). Quand une construction participiale deviendrait lourde ou risquerait d’être mal comprise, että n’est pas une solution moins élégante : c’est souvent la plus naturelle.
La construction participiale est compacte et fréquente dans le finnois écrit soigné. Elle apparaît aussi dans la langue courante avec des verbes fréquents comme luulla (« croire à tort, penser »), tietää (« savoir »), uskoa (« croire »), sanoa (« dire »), kertoa (« raconter »), kuulla (« entendre ») et nähdä (« voir »). Une longue chaîne de compléments avant le participe peut toutefois ralentir la lecture ; le finnois moderne préfère alors volontiers une subordonnée en että.
Le pronom hän ne distingue pas le masculin du féminin. Luulin hänen lähteneen peut donc signifier « Je pensais qu’il était parti » ou « Je pensais qu’elle était partie ». La chronologie est claire grâce à lähteneen, mais le genre se déduit uniquement du contexte.
Enfin, les traductions françaises ne doivent pas dicter le temps finnois mot à mot. L’imparfait français de « je pensais qu’il était malade » indique la simultanéité, tandis que le plus-que-parfait de « je pensais qu’il avait été malade » indique l’antériorité. C’est cette différence de relation, et non le nom des temps français, qu’il faut associer à olevan et olleen.
Pour aller plus loin
Le présent participial couvre plus d’une relation
Les étiquettes « présent » et « passé » décrivent la forme du participe, pas une date absolue. Nukkuvan dans Tiesin lapsen nukkuvan est simultané à tiesin. Alkavan dans Tiesin kurssin alkavan syyskuussa peut être postérieur. Le sens lexical du verbe et les compléments temporels décident donc entre action en cours, état, habitude et événement attendu.
À l’inverse, le participe passé en -neen établit normalement une action accomplie avant le repère principal : Poliisi epäili kuljettajan nukahtaneen (« La police soupçonnait le conducteur de s’être endormi »). Il ne donne pas à lui seul une date ; jo, aiemmin ou une expression datée peut préciser l’intervalle.
Plusieurs niveaux de discours rapporté
Une phrase peut contenir plusieurs repères temporels :
Hän sanoi tietävänsä Marin lähteneen jo. — « Il ou elle a dit savoir que Mari était déjà partie. »
Sanoin est le premier repère implicite du récit. Tietävänsä est simultané au fait de dire, et Marin lähteneen est antérieur au fait de savoir. Pour analyser une telle phrase, il faut avancer de verbe en verbe au lieu de tout comparer directement au moment présent.
Temps et attitude du locuteur
Dans une proposition en että, le choix entre présent, passé et conditionnel peut aussi montrer comment le locuteur présente l’information. Le présent peut maintenir une affirmation comme valable : Tutkija totesi, että menetelmä toimii (« Le chercheur a constaté que la méthode fonctionne »). Le passé peut enfermer l’affirmation dans le récit : menetelmä toimi (« la méthode fonctionnait »). Le conditionnel peut présenter un projet, une conséquence attendue ou une information avec davantage de distance : Hän ilmoitti, että päätös tulisi myöhemmin (« Il ou elle a annoncé que la décision viendrait plus tard »).
Il ne faut cependant pas attribuer une nuance fixe de doute à chaque conditionnel. Le verbe introducteur, le genre du texte et le contexte déterminent l’interprétation. À ce niveau, l’objectif est de voir que la concordance finnoise combine chronologie et point de vue, plutôt que d’appliquer une conversion automatique depuis le français.
Perception directe et constat
Avec nähdä et kuulla, le participe présent peut cadrer une action perçue dans son déroulement : Näin hänen juoksevan asemalle (« Je l’ai vu courir vers la gare »). Le participe passé présente le résultat comme déjà acquis au moment du constat : Huomasin hänen lähteneen (« Je me suis aperçu qu’il ou elle était parti(e) »). Cette opposition rejoint la concordance des temps, mais elle touche aussi à la manière dont l’information a été perçue.
Conseils pratiques
- Tracez une petite ligne du temps. Placez d’abord le verbe principal, puis notez « en même temps », « avant » ou « après ». Choisissez ensuite -van/-vän, -neen ou une proposition en että.
- Apprenez les formes par paires. Entraînez-vous avec olevan/olleen, tulevan/tulleen, lähtevän/lähteneen et tekevän/tehneen. Pour chaque paire, créez deux phrases qui ne diffèrent que par la relation temporelle.
- Transformez sans traduire mot à mot. Partez de Tiesin, että hän oli lähtenyt et produisez Tiesin hänen lähteneen. Puis changez le sujet : Tiesin lähteneeni (« Je savais être parti(e) »). Cet exercice automatise à la fois le génitif et les suffixes possessifs.
Concepts associés
- Prérequis : Les participes — formation des participes actifs présents et passés employés dans les constructions référatives.