C1

La concordance des temps en suédois

Tempusskifte

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de suédois sur Settemila Lingue.

En bref

En suédois, le tempusskifte place chaque événement par rapport à un repère temporel : avant ce repère, en même temps ou après. Avec un verbe introducteur au passé, on emploie souvent le plus-que-parfait pour l'antériorité, le prétérit pour la simultanéité et skulle + infinitif pour la postériorité : Hon sa att hon hade ätit, var trött och skulle gå hem. Le décalage n'est toutefois pas mécanique : un présent peut rester au présent si l'information demeure valable au moment où l'on parle.

Vue d'ensemble

La « concordance des temps » désigne ici les relations entre les temps de plusieurs propositions. Une proposition est un groupe de mots organisé autour d'un verbe ; dans Han sa att hon sov, han sa est la proposition principale et att hon sov la proposition subordonnée. Le suédois ne suit pas une table de correspondances aussi rigide que le français scolaire : il choisit surtout le temps qui permet de comprendre depuis quel moment la situation est envisagée.

Ce point devient central au niveau C1, lorsque l'on rapporte plusieurs événements, que l'on raconte une histoire avec des retours en arrière ou que l'on change de perspective. Il ne suffit alors plus de reconnaître le passé. Il faut distinguer l'antériorité (ce qui s'est produit avant le repère), la simultanéité (ce qui vaut au même moment) et la postériorité (ce qui vient après).

Pour un francophone, les grandes relations sont familières, mais les formes ne se superposent pas toujours. Le suédois n'a ni imparfait distinct ni conditionnel morphologique comparable aux formes françaises. Son prétérit, par exemple var ou bodde, couvre plusieurs valeurs que le français répartit entre imparfait et passé composé ; skulle sert aussi bien à exprimer un futur vu depuis le passé qu'une situation conditionnelle. C'est donc le contexte, et non une traduction mot à mot, qui guide l'interprétation.

Comment fonctionne le tempusskifte

Choisir d'abord le repère temporel

Le repère temporel est le moment depuis lequel les autres événements sont présentés. Dans Hon säger att hon är trött, le repère est le présent : la fatigue est simultanée à ce qu'elle dit. Dans Hon sa att hon var trött, le repère est sa, au passé : la fatigue est présentée comme simultanée à cette parole passée.

Un même événement peut donc recevoir un temps différent selon le point de vue :

Relation avec le repère passé Forme suédoise fréquente Exemple Sens
Avant hade + supin Hon sa att hon hade ätit. Elle avait mangé avant de parler.
En même temps prétérit Hon sa att hon var trött. Elle était fatiguée au moment de parler.
Après skulle + infinitif Hon sa att hon skulle vila. Le repos était encore à venir au moment de parler.

Le supin est la forme verbale employée après har et hade, par exemple ätit, gått, sett ou bott. Il ne faut pas le confondre avec le participe passé adjectival, qui s'accorde : dörren är stängd (« la porte est fermée »), mais hon hade stängt dörren (« elle avait fermé la porte »).

Du discours direct au discours indirect

Après un verbe au présent, le temps est souvent conservé :

  • “Jag är sjuk.”Hon säger att hon är sjuk.
  • “Jag har tappat nyckeln.”Hon säger att hon har tappat nyckeln.
  • “Jag kommer senare.”Hon säger att hon kommer senare.

Après un verbe introducteur au passé, le centre temporel se déplace généralement vers le passé :

Paroles d'origine Récit ultérieur Relation exprimée
Jag är sjuk. Hon sa att hon var sjuk. simultanéité passée
Jag har tappat nyckeln. Hon sa att hon hade tappat nyckeln. antériorité
Jag kommer senare. Hon sa att hon skulle komma senare. postériorité

Le changement de temps s'accompagne parfois d'un changement de personne ou de repère : jag peut devenir hon, nu devenir et i morgon devenir nästa dag. Ces changements ne sont pas automatiques. Si le lieu, le jour ou le point de vue reste celui du locuteur actuel, on peut conserver här, i dag ou i morgon.

Le présent peut rester présent

Le suédois autorise le présent lorsque le contenu reste vrai ou est présenté comme une vérité générale :

  • Läraren förklarade att vatten kokar vid hundra grader. — Le professeur a expliqué que l'eau bout à cent degrés.
  • Hon sa att hon bor i Malmö. — Elle a dit qu'elle habite à Malmö, et le locuteur la présente toujours comme y habitant.

À l'inverse, Hon sa att hon bodde i Malmö rattache le fait d'habiter à Malmö au moment passé. La phrase ne dit pas forcément qu'elle n'y habite plus ; elle ne confirme simplement rien sur le présent. Ce contraste est particulièrement utile en suédois, où le choix entre présent et prétérit permet au locuteur d'assumer ou non la validité actuelle de l'information.

Distinguer prétérit et plus-que-parfait

Le prétérit suédois peut décrire un état ou une activité simultanés au repère passé :

  • Jag visste att hon arbetade hemma. — Je savais qu'elle travaillait chez elle.

Le plus-que-parfait, hade + supin, place normalement la situation avant ce repère :

  • Jag visste att hon hade arbetat hemma tidigare. — Je savais qu'elle avait travaillé chez elle auparavant.

Avec certains verbes duratifs, le contexte décide si la situation continuait ou était achevée. Jag visste inte att du hade bott här présente le séjour comme antérieur au moment où je l'ai appris ; Jag visste inte att du bodde här présente plutôt le fait d'y habiter comme actuel à ce moment passé. Le français offre souvent des choix semblables, mais il ne faut pas décider uniquement à partir de « avais habité » ou « habitais » : demandez-vous si la situation est achevée avant le repère ou en cours à ce repère.

Exprimer le futur vu depuis le passé

Skulle + infinitif correspond souvent au futur dans le passé :

  • Han sa: “Jag kommer senare.”Han sa att han skulle komma senare.
  • Vi visste att mötet skulle börja klockan nio. — Nous savions que la réunion commencerait à neuf heures.

Cette construction indique une postériorité depuis un moment passé, sans garantir que l'événement s'est réellement produit. Han skulle komma klockan åtta peut signifier qu'il devait venir ou qu'il était censé venir à huit heures. Pour préciser que l'événement futur dans le passé était déjà accompli avant un autre moment, on peut réorganiser la phrase autour de ce second repère : Han sa att han skulle komma när han hade ätit (« il a dit qu'il viendrait quand il aurait mangé »).

Dans une subordonnée temporelle introduite par när (« quand »), innan (« avant que »), tills (« jusqu'à ce que ») ou så fort som (« dès que »), le suédois évite normalement une marque de futur inutile : Jag ringer när jag kommer fram, littéralement « j'appelle quand j'arrive », là où le français emploie naturellement le futur. Dans un récit passé, ce présent devient souvent un prétérit ou un plus-que-parfait selon la relation visée : Han sa att han skulle ringa när han kom fram ou … när han hade kommit fram.

Enchaîner plusieurs relations

Une phrase complexe peut avoir plusieurs niveaux de repérage :

De trodde att vi redan hade gått när Anna kom.

Le repère principal est trodde (« croyaient »). Notre départ, hade gått, est antérieur à cette croyance ; l'arrivée d'Anna, kom, constitue un autre événement passé dont la relation exacte est éclairée par när et le contexte. Pour analyser une longue phrase, partez de chaque verbe conjugué et tracez mentalement une petite chronologie plutôt que d'appliquer une seule règle à toute la phrase.

Les hypothèses irréelles suivent une construction apparentée, mais distincte :

Partie de la phrase Forme Exemple
Condition passée non réalisée om + hade + supin Om hon hade vetat …
Conséquence passée non réalisée skulle ha + supin … skulle hon ha stannat.

Ainsi, Om hon hade vetat att han hade kommit, skulle hon ha stannat signifie « Si elle avait su qu'il était venu, elle serait restée ». Le premier hade vetat pose la condition ; le second hade kommit place l'arrivée encore plus tôt ; skulle ha stannat exprime la conséquence qui ne s'est pas réalisée.

Exemples en contexte

Suédois Français Remarque
Hon säger att hon arbetar hemifrån i dag. Elle dit qu'elle travaille de chez elle aujourd'hui. Repère au présent.
Hon sa att hon arbetade hemifrån den dagen. Elle a dit qu'elle travaillait de chez elle ce jour-là. Simultanéité avec un repère passé.
De trodde att vi redan hade gått. Ils croyaient que nous étions déjà partis. Le départ précède leur croyance.
Jag visste inte att du hade bott här. Je ne savais pas que tu avais habité ici. Séjour présenté comme antérieur.
Jag visste inte att du bodde här. Je ne savais pas que tu habitais ici. Situation simultanée au fait de savoir.
Han sa att han skulle komma när han hade ätit. Il a dit qu'il viendrait quand il aurait mangé. Futur dans le passé après une action achevée.
Vi anade inte att beslutet skulle få sådana följder. Nous ne nous doutions pas que la décision aurait de telles conséquences. Conséquence encore future depuis le passé.
Läkaren förklarade att medicinen fungerar bäst på morgonen. Le médecin a expliqué que le médicament agit mieux le matin. Présent maintenu : information toujours valable.
Hon berättade att hon hade varit nervös men att allt hade gått bra. Elle a raconté qu'elle avait été nerveuse, mais que tout s'était bien passé. Deux faits antérieurs au récit.
När jag kom till stationen hade tåget redan gått. Quand je suis arrivé à la gare, le train était déjà parti. Retour sur un événement antérieur.
Jag ringer dig när mötet är slut. Je t'appellerai quand la réunion sera terminée. Présent suédois dans la subordonnée future.
Om hon hade vetat att han hade kommit, skulle hon ha stannat. Si elle avait su qu'il était venu, elle serait restée. Condition et conséquence irréelles dans le passé.
År 1998 flyttar familjen till Uppsala, där barnen senare börjar skolan. En 1998, la famille s'installe à Uppsala, où les enfants commencent ensuite l'école. Présent historique dans un récit.
Han hade lovat att han skulle hjälpa oss så fort han fick tid. Il avait promis qu'il nous aiderait dès qu'il aurait le temps. Plusieurs repères temporels imbriqués.

Erreurs courantes

Employer le présent par simple copie des paroles d'origine

  • Incorrect : Hon sa att hon är trött si l'on rapporte seulement son état au moment passé.
  • Correct : Hon sa att hon var trött.
  • Pourquoi : le prétérit var rend la fatigue simultanée à sa. Le présent är est possible, mais il affirme ou suggère que la fatigue vaut encore maintenant ; ce n'est donc pas une variante neutre dans tous les contextes.

Mettre tous les verbes au prétérit

  • Incorrect : De trodde att vi redan gick pour dire que nous étions partis avant qu'ils ne le pensent.
  • Correct : De trodde att vi redan hade gått.
  • Pourquoi : hade gått marque clairement l'antériorité. Le simple gick peut évoquer une action simultanée, habituelle ou interprétée autrement selon le contexte.

Traduire le futur français par un futur dans la subordonnée temporelle

  • Mal choisi : Jag ringer när jag ska komma fram pour « je t'appellerai quand j'arriverai ».
  • Correct : Jag ringer när jag kommer fram.
  • Pourquoi : après när, le présent suffit normalement pour une action future. Ska komma fram peut recevoir un autre sens, notamment celui d'un projet ou d'une attente, et paraît inutile ici.

Confondre futur dans le passé et irréel

  • Ambigu sans contexte : Han skulle resa på fredagen.
  • Plus clair selon le sens : Han sa att han skulle resa på fredagen (« il a dit qu'il partirait le vendredi ») ou Han skulle ha rest om han inte hade blivit sjuk (« il serait parti s'il n'était pas tombé malade »).
  • Pourquoi : skulle + infinitif situe souvent un projet après un repère passé ; skulle ha + supin sert fréquemment à une conséquence passée non réalisée. Le contexte reste indispensable.

Calquer les temps du français sans vérifier la chronologie

  • Mal choisi : Jag visste inte att du bodde här si l'on veut dire que la personne avait vécu là auparavant mais n'y vivait plus.
  • Correct : Jag visste inte att du hade bott här.
  • Pourquoi : le prétérit suédois ne correspond pas automatiquement à l'imparfait français. Il faut choisir entre simultanéité (bodde) et antériorité achevée (hade bott).

Notes d'usage

Dans la conversation, les locuteurs simplifient parfois la chronologie quand des adverbes comme redan (« déjà »), tidigare (« auparavant ») ou sedan (« ensuite ») rendent l'ordre évident. Dans un texte formel, un récit dense ou une argumentation, le plus-que-parfait évite toutefois beaucoup d'ambiguïtés. Il est particulièrement utile lors d'un retour en arrière, puis peut céder la place au prétérit une fois ce nouveau cadre temporel bien installé.

La conjonction att (« que ») peut être omise après certains verbes de parole, de pensée ou de perception, surtout dans un style courant : Hon sa hon var trött. Sa présence reste parfaitement naturelle et améliore souvent la lisibilité des longues phrases. L'omission de att ne change pas la relation entre les temps.

Les expressions déictiques, c'est-à-dire les mots dont le sens dépend du moment ou du lieu où l'on parle, doivent être adaptées au point de vue. Nu peut devenir , i går devenir dagen innan, et i morgon devenir nästa dag ou dagen därpå. Mais si le récit est fait le même jour et depuis le même lieu, garder i dag ou här peut être tout à fait logique.

Au-delà des règles de base : récit et point de vue

Dans un récit au passé, le prétérit fait généralement avancer l'action : Hon öppnade dörren, gick in och tände lampan. Le plus-que-parfait ouvre un regard vers un passé antérieur : Någon hade lämnat ett brev på bordet. Une fois le retour en arrière établi, un auteur peut revenir au prétérit pour éviter une série pesante de hade, à condition que la chronologie reste claire. Ce changement est un choix de perspective narrative, pas une erreur de concordance.

Le présent historique raconte des événements passés comme s'ils se déroulaient sous nos yeux : År 1998 flyttar familjen till Uppsala. On le rencontre dans les résumés, les biographies, les commentaires sportifs et les récits vivants. Un passage cohérent peut ensuite revenir au prétérit pour reprendre une narration plus distante. Le changement de temps doit produire un effet lisible ; une alternance sans raison donne plutôt l'impression d'une chronologie mal maîtrisée.

Le présent maintenu dans un discours indirect peut également révéler la position du narrateur. Comparez :

  • Forskaren hävdade att metoden var säker. — Le chercheur affirmait que la méthode était sûre ; le narrateur situe l'affirmation dans le passé sans la valider maintenant.
  • Forskaren hävdade att metoden är säker. — Le chercheur affirmait que la méthode est sûre ; le présent présente davantage cette sécurité comme encore pertinente, sans forcément garantir que le narrateur l'approuve.

Enfin, skulle peut exprimer une information attribuée à autrui ou non confirmée, surtout dans la presse : Ministern skulle vara beredd att avgå peut signifier « le ministre serait prêt à démissionner ». Cette valeur de prudence journalistique se distingue du futur dans le passé par le contexte, la source de l'information et le type de verbe qui suit. À un niveau avancé, il est utile de savoir la reconnaître, mais mieux vaut éviter de la produire sans contexte clair.

Conseils pour s'entraîner

  1. Tracez trois cases : avant, pendant, après. Prenez un repère passé comme hon sa et classez chaque action avant de choisir entre hade + supin, le prétérit et skulle + infinitif.
  2. Transformez un mini-dialogue. Écrivez trois paroles au présent, au passé composé et au futur, puis rapportez-les le lendemain. Pensez aussi aux pronoms et aux mots comme nu, i dag et i morgon.
  3. Repérez les changements de plan dans un récit. En lisant un article ou un roman suédois, soulignez le prétérit, encadrez les formes en hade et notez la raison de chaque retour au présent. Cette observation développe une intuition plus fiable que la traduction phrase par phrase.

Notions associées

  • Prérequis : Le discours indirect — pour maîtriser les propositions en att, les changements de personne et la transmission des paroles avant d'analyser des chronologies plus complexes.

Prérequis

Le discours indirect en suédoisB2

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